lii
2. Gattell avait déjà montré qu'il faut plus de temps pou dénommer un objet dans une langue étrangère que dans s langue maternelle.
VITESSE DE l' ASSOCIATION} 269
On se souvient des expériences de ces auteurs : ils lisaient des séries de syllabes, et cherchaient ensuite, par la méthode des associations, le nombre des associations justes qui persistaient au bout d'un certain temps. En outre, au moyen d'un chronoscope, on déterminait la vitesse de chacune de ces évocations (le sujet répondait en parlant avec une clef labiale).
MûLLER et PiLZECKER trouvèreut d'abord que les associations justes sont plus rapides que les associations fausses, et, celles-ci, plus rapides à leur tour que les associations nulles (celles dans lesquelles le sujet, ne trouvant aucune syllabe à associer à celle qu'on lui présentait, répondait « rien »).
Ils trouvèrent aussi d'assez grandes différences individuelles, soit dans la valeur absolue des temps d'association, soit dans les valeurs relatives des durées des associations justes, fausses et nulles.
Voici par exemple un exemple des réponses chez deux sujets (les expériences d'association ont eu lieu trois minutes après l'étude des syllabes) :
ci I»
EMPS d'ass.
SSOC.
AUSSES
SSOC.
ULLES
EMPS d'ass.
soc
Sujet !..
Sujet m. . .<
Les tableaux ci-dessus * nous montrent encore que la durée d'association, dans le cas des associations fausses et nulles, est d'autant plus grande que le nombre des répétitions de la série a été plus considérable. Ce résultat, qui paraît paradoxal, s'explique facilement : plus la série a été étudiée et mieux on la connaît, plus on a l'impression que l'on va retrouver la syllabe qui était accouplée à celle que l'on vous présente, et l'on cherche avec plus d'insistance dans sa mémoire, on se décide moins facilement à répondre au hasard ou à répondre « rien », ^
Il est plus difficile, par contre, de s'expliquer pourquoi la durée moyenne des associations justes reste à peu près constante — au lieu de décroître — malgré l'accroissement du nombre des répétitions. Gela prouve-t-il que la force associative n'a pas d'influence sur la vitesse de la reproduction ? Non, on peut expliquer les choses, ainsi que Miiller et PiLZECKER (32 -4o) l'out fait, tout en conservant l'hypothèse que la force accélère la vitesse de l'association : chez le sujet i, par exemple (V. tableau ci-dessus), 8 lectures de la série à apprendre permettent 3 9 associations justes sur 100. Gela signifie que, au moment de l'étude de la série, tous les couples n'ont pas été liés avec la même force, et cette inégalité peut tenir à diverses causes, au rang des couples, aux oscillations de l'attention du sujet, etc. Sur 100 couples, il n'y en a donc que 39 qui, après
I. D'autres tableaux, extraits du même travail, étant reproduits dans l'Année Psychologique, VII, 577-8, nous j renvoyons le lecteur.
TITESSE DE l'association 2 7 I
8 lectures, ont acquis une force suffisante pour permettre la reproduction, qui sont donc, en quelque sorte, au-dessus du seuil de reproductibilité (Jleproductionsschwelle) . Quant au 6i couples qui n'ont donné lieu à aucune réponse juste, leurs forces respectives sont au-dessous de ce seuil, mais elles sont cependant inégales. Si maintenant, le sujet lit i3 fois, au lieu de 8, ladite série, ce supplément de lectures aura pour effet de faire passer au-dessus du seuil de reproductibilité un certain nombre de ces 6 1 associations dont la force était restée subliminale ; nous voyons en effet que, dans ce second cas, il y a 57 réponses justes, soit une augmentation de 18. Mais ces 18 nouvelles associations superliminales, dépassant à peine le seuil, auront une vitesse très faible, qui compensera l'augmentation de vitesse dont auront bénéficié, par suite du supplément de répétitions, les Sg premières associations justes. Cette compensation négative explique donc que la vitesse moyenne des associations justes ne croisse pas avec la force associative moyenne de la série.
MûLLER et PiLZECKER (4 1-^3) Confirment la valeur de cette explication, par la détermination des vitesses des associations justes prises isolément. C'est ainsi que, chez le sujet i, lorsque la série a été lue 8 fois, il n'y a que 1 1 associations dont la durée ait été inférieure à i 5oo a (i sec. 1/2); au contraire, après i3 lectures, on a trouvé 27 associations dont les durées fussent inférieures à ce chiffre. Cette méthode, que l'on peut appeler « du dénombrement des temps des réponses exactes » ÇZdhlung der kleinen Trefferzeiien) nous montre que la vitesse de reproduction
croît avec la fréquence des présentations, donc avec la force de l'association.
Cette proposition a été confirmée par d'autres expériences des mêmes auteurs, qui prouvent que les associations correspondant aux réponses exactes dont la durée est inférieure à i 600 a persistent plus longtemps dans la mémoire que celles dont la vitesse d'association a été moindre.
La loi ci-dessus n'est vraie cependant que sous une certaine condition, c'est que les associations en jeu soient du même âge. Toutes choses égales d'ailleurs, les associations anciennes ont une vitesse de reproduction moins grande que les associations créées plus récemment. Ce sont encore Mijller et Pilzecker (48-57) qui ont énoncé et vérifié cette seconde loi :
Si, par exemple, une série est lue un certain nombre de fois, 3 fois, par exemple, et une autre i4 fois, et si l'on fait les épreuves d'association relatives à la première au bout de 20 secondes, et celles concernant la seconde au bout de 12 minutes, on trouve que le nombre des réponses justes est presque exactement le même dans les deux cas, donc, que la force associative des deux séries est la même aux moments considérés (ou même est légèrement plus considérable pour la série ancienne)
Série ancienne : 66 pour 100 réponses justes. — Temps . d'ass. — 3^^^o8.
Série récente: 64 pour 100 réponses justes. — Temps d'ass. = i^^'',92.
Mais le temps moyen d'association est beaucoup plus court pour la série récente ; dans cette dernière, en outre, on trouve 33 réponses dont la durée n'excède pas I seconde, tandis que, sur les 66 réponses justes de la série ancienne, 3 seulement sont dans ce cas.
VITESSE DE lVsSOCIATIOIV 2'JO
Comment expliquer cette influence accélératrice de l'âge de l'association sur la reproduction ? Mûller et PiLZECRER invoquent cette Perseverationstendenz dont nous avons parlé précédemment (V. p. 199). Cette tendance à la persévérance expliquerait aussi pourquoi les associations fausses elles-mêmes sont de plus courte durée lorsqu'elles sont relatives à la récitation d'une série récente que lorsqu'elles se rapportent à une série ancienne.
Mais les auteurs précités ne sont pas très explicites sur le mécanisme de cette persévérance. Peutêtre suffit-il d'admettre, pour expliquer cette difTérence de vitesse, une différence dans la conductibilité de l'influx nerveux suivant le degré d'organisation des trajets associatifs correspondants. Peut-être aussi, lorsqu'il est interrogé sur ime série récente, le sujet peut-il plus facilement se replacer par l'imagination dans la Stimmung dans laquelle il était au moment de l'étude de cette série, et cela facilite-t-il l'évocation.
On ignore encore si cette différence d'ancienneté fait aussi sentir son influence sur la vitesse de reproduction lorsque les séries sont très anciennes, si l'une a été apprise, par exemple, il y a 6 mois, l'autre il y a 5 mois. Des expériences intéressantes pourraient être faites pour éclaircir ce point.
§ 3. — La vitesse suivant la forme associative.
Les premières expériences psychométriques remontent assez haut : Valentin, en i84^, Donders, en
2 7-4 l'associâ^tio?^ dés idées
1868, Helmoltz, en 1872, d'autres encore s'appliquèrent à mesurer la rapidité de la perception, de lai reconnaissance (Erkennen) des lettres ou des mots Bien que cette perception implique un certain pro cessus d'association simultanée, nous ne nous arrêterons pas à leurs expériences, car ce n'est nullement ce processus associatif lui-même dont la rapidité est mesurée. Lorsqu'une lettre ou un mot est reconnu, quoique exposé pendant un temps très court, un dixième de seconde, par exemple, il n'est pas certain, en effet, que la durée du processus de perception ne déborde pas celle du temps de présentation, et ne s'achève pas alors que l'excitant a déjà été soustrait au regard du sujet.
C'est Galton qui chercha le premier, en 1879, à déterminer la vitesse associative proprement dite : son procédé était des plus simples : il écrivait des mots sur des bandes de papier. Plusieurs jours après, il regardait chacun de ces mots, en pressant le bouton d'un chronomètre, et l'arrêtant lorsque 2, 3 ou 4 idées en association directe avec le mot considéré étaient évoquées. Il opéra k fois sur 76 mots dans l'espace d'un mois. Pour5o5 associations, il employa 660 secondes, ce qui fait i^'"',3 par association.
Cette méthode n'est pas empreinte d'une grande exactitude : au moment où Galton regardait le chronomètre et notait le temps, ça devait le distraire. En outre, il faisait un effort pour associer chaque idée à l'inducteur, et pour chasser les associations indirectes, ce qui devait allonger la durée de l'association. C'est pourquoi Trauïsgholdt essaya d'obte nir cette mensuration par un procédé plus rigoureux
VITESSE DE L Association 276
on crie au sujet un mot en mettant le chronomètre en marche ; le sujet l'arrête en pressant un bouton « au moment où parvient au foyer de sa conscience la première présentation évoquée par association avec le mot donné » . Mais il est évident que le temps ainsi obtenu mesure la durée de plusieurs autres phénomènes que le processus associatif lui-même : ainsi le temps de réaction simple, et le temps de perception du mot (Wortreaction). Pour ohtenirle temps net d'association, il faudra donc déduire, a pensé Traut- SCHOLDT, du temps brut d'association indiqué par le chronomètre, les temps de réaction et de perception.
Cet auteur combina donc les séries d'expériences pour déterminer, outre le temps d'association brut, le temps de réaction simple et celui d'identification des mots. Il obtint, par exemple, pour un sujet :
Temps de réaction. . . o^^'=,iio.
— d'identification(br.).o^*'S3i5.
— d'assoc. brut. . . i^<='',o36.
— d'assoc. net. . . i«'^so36— o''^S3i5=o^*^S72o. La moyenne des résultats fournis par 4 sujets fournit
le même chiffre, soit 727 g.
Mais il est fort douteux que ce procédé soit correct. Le processus total d'une expérience d'association comprend un bien plus grand nombre de processus élénxentaires, dont la durée de plusieurs n'a pu être jusqu'ici évaluée.
Voici quels sont ces temps :
i^* Le temps de propagation du 50/i jusqu'à l'oreille du sujet, soit t^ = 3 a environ (si le sujet est à une distance de un mètre de l'observateur).
Lorsqu'il s'agi't d'expériences dans lesquelles l'exci-
tant est Adsuel, il faut tenir compte alors du temps nécessaire pour vaincre Vinertie de la surface rétinienne, variant de o a, 75 à'i a, 76 suivant les lettres (Gattell)^, variant aussi suivant les couleurs.
2^ Le temps de la conduction nerveuse jusqu'au centre auditif ou visuel, soit t'', dont l'évaluation ne peut être faite qu'approximativement, et par comparaison avec la vitesse de la conduction dans les nerfs périphériques. Zieiien (b, II, i5) évalue t^' entre 5 et 20 pour le nerf acoustique.
3" Le temps de reconnaissance du mot comme tel (identification primaire), soit f.
4" Le temps de compréhension du mot (identification secondaire), soit t^'.
5° Le temps à^évocation de limage induite, soit t', ou temps d'association net.
6" Le temps de dénomination de l'image évoquée,, évocation du mot correspondant à l'image induite, t^
7° Le temps di' excitation du centre moteur d'articulation(du centre moteur de la main, lorsque le sujet doit réagir avec le doigt en même temps qu'il répond), soit t'.
8*^ Le temps de conduction dans le nerf moteur périphérique, t^, soit 20 à 5o a d'après Ziehen.
Ainsi qu'on le voit (fîg. 6), pour déduire t' du temps total, il faudrait connaître tous les autres temps ; or t^, t*, t*^, t^ ne sont pas connus. Ainsi que l'a fait re marquer Ziehen (6, II, 16), les expériences de réac tion simple ne nous autorisent pas à considér comme nécessairement semblables les processus t"^