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I. Ed. Glapa.rède. Du sêns musculaire. Genève

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donnée l'idée du livre, seule, parmi toutes les idées qui seront évoquées par cet objet, celle qui se rapporte à la préhension de ce livre provoquera mon intérêt à ce moment-là; et, grâce à l'expérience antérieure, la perception de la distance à laquelle se trouve le livre, etc., évoquera l'image du mouvement à exécuter. Mais cette dernière évocation n'est pas (originairement tout au moins) purement mécanique, n'est pas purement un effet de l'image antérieure et delà constellation, elle est le produit, comme tout éveil d'idée, du concours du sentiment présent, de l'intérêt du moment — et, ici, ce facteur affectif est le sentiment que le mouvement imaginé est dans un rapport de cause à effet (ou de moyen à fin) avec la préhension, que cette préhension est dans une relation analogue avec l'acte de déposer le livre sur la table, et en outre, le sentiment que ces deux gestes sont dans une relation telle que le premier est à la fois indispensable et suffisant pour passer au second.

Lorsqu'il y a délibération avant l'acte, c'est que parmi les représentations concurrentes, aucune n'est encore de nature à provoquer un intérêt (à être réalisées) supérieur à celui que provoque l'incertitude causée par leur diversité; ce n'est que lorsque l'une d'elles aura, par la réflexion ou autrement, été reconnue avoir un intérêt qu'on ne lui soupçonnait pas tout d'abord, qu'elle sera capable de provoquer la réaction nécessaire à sa victoire, ou plutôt, la réaction qui sera sa victoire même.

Cette pré-représentation du but et des moyens de l'atteindre est caractéristique, non seulement du mouvement volontaire, mais de toute activité voulue :

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nous Pavons vu précédemment à propos de l'évocation volontaire, de l'attention volontaire, de la création volontaire. Mais est-ce que cette pré-représentation suffit à donner à l'acte qui l'implique ce cachet sai generis que nous appelons le sentiment de la volition, du Jîat ? — Toujours pour la même raison, il faut répondre non ; une représentation prépondérante est une représentation prépondérante, et si elle est à un certain moment accompagnée d'un état subjectif autre que celui en lequel elle consiste, il faut admettre que la prépondérance de cette représentation et ce sentiment sont tous deux les résultats d'un même processus (par exemple la concentration de tout l'intérêt de l'individu sur un point unique ^ ). Il ne peut être question de développer ici un sujet délicat entre tous, qui relève d'une psychologie de l'intérêt, et ne rentre pas, par conséquent, dans le domaine de l'association ; c'est tout au plus si celle-ci explique que, grâce au rôle qu'elle a joué dans la délibération en fournissant matériaux sur matériaux, elle soit la cause indirecte du sentiment de spontanéité qui est si intense dans certaines actions volontaires ; tous ces matériaux, souvenirs de notre vie passée, sont en effet, on l'a vu, la condition de notre sentiment de personnalité empirique.

I. Le caractère siii generis du mom^ement volontaire peut provenir aussi de ce que les muscles, les ligaments, etc., se comportent absolument différemment dans le mouvement actif et dans le mouvement passif, et envoient à la conscience, par conséquent, des sensations différentes dans chacun de ces cas ; j'ai précédemment attiré l'attention sur ce fait {Du sens musculaire, ^8), sur lequel V. Henri a insisté plus tard, dans sa Bévue sur le sens musculaire, Ann. Psychol., V, 479-

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Toute action volontaire suffisamment répétée finit par devenir automatique : cela signifie que les associations créées ont acquis, par la répétition, une force suffisante pour pouvoir diriger seules le sens de Faction, sans le concours de l'intérêt. — Il faut bien remarquer que la plupart de nos actions contiennent une part d'automatisme beaucoup plus grande que nous ne le croyons. Tandis que, dans l'action nouvelle, l'intérêt, après s'être fixé sur le but à atteindre, vient actionner successivement chacun des anneaux de la chaîne des moyens qui va de nous jusqu'à ce but — dans l'action déjà connue, au contraire, il suffit que la fin provoque l'intérêt pour que toute la série des actions-moyens entre spontanément en activité, et sans qu'elle ait besoin d'être représentée consciemment : nous sautons les intermédiaires. C'est ainsi que dans le mouvement dit volontaire nous passons directement de la représentation visuelle ou verbale de ce mouvement à son exécution, sans évoquer l'image kinesthésique intermédiaire ; des expériences assez délicates d'introspection, que nous avions entreprises il y à quelques années, V. Henri et moi (encore inédites) nous ont donné des résultats certains à cet égard.

Chacun pourra remarquer, en trouvant des exemples lui-même (aller à son bureau, aller dîner lorsqu'on entend la cloche du repas, se tenir convenablement à table ou dans un salon, saluer, éviter une voiture dans la rue, etc., etc.), combien il est difficile de dire en pratique jusqu'où va la volonté et d'où part l'automatisme.

Cette constatation nous permet de rehausser un pou

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le rôle de Fassociation, qui est sortie passablement malmenée de toute cette étude. L'association, et l'habitude qu'elle crée, nous épargnent, en effet, bien des fatigues ; — elles sont, en revanche, les agents de la routine, et, par suite, de bien des injustices indignes de ce siècle naissant.

§ 2. — L'instinct. — L'association est-elle héréditaire ?

L'instinct est l'impulsion à accomplir un acte, par un mouvement dont l'adaptation à ce but est antérieure à l'expérience individuelle, et sans qu'il y ait pré-représentation de la fin poursuivie. — On est d'accord sur ce point. Mais on ne s'entend plus lorsqu'il s'agit de l'origine des associations que suppose ce mouvement adapté; celles-ci ont-elles été une fois acquises à la suite d'expériences déterminées ou bien au contraire ne sont-elles que le résultat fortuit de la variation, protégé par la sélection?

La première opinion était celle de Lamarck ; la seconde est défendue par Weismawn et les néo-darwiniens. Darwin lui-même. Romanes ont pensé que l'une et l'autre étaient vraies : les instincts primaires seraient le résultat de la sélection seule, les instincts secondaires proviendraient d'actes intelligents devenus habituels, puis mécaniques, et transmis par hérédité.

Bien qu'il soit impossible, dans l'état actuel de nos connaissances, de donner à cette question une ré ponse définitive, je voudrais rappeler les raisons qui montrent que la formation des instincts par la voie

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secondaire est le plus souvent insoutenable, et que, par suite, l'hérédité de Tassociation — dans laquelle la doctrine associationiste contemporaine a cru trouver un refuge assuré — n'est rien moins que prouvée.

Il est reconnu que certains instincts ne peuvent pas provenir de la transmission héréditaire d'associations acquises par l'expérience : 1° Les merveilleux instincts des fourmis et des abeilles sont précisément accomplis par les « ouvrières », c'est-à-dire par ceux de ces insectes qui sont stériles. Quelles que soient donc les habitudes qu'ils ont pu contracter, l'intelligence qui a pu dicter, jadis, leurs premières créations, il est certain qu'ils n'ont pas pu en transmettre le mécanisme à une progéniture qu'ils n'ont pas. — 2" Les mâles des abeilles naissent d'un œuf non fécondé : comment donc les habitudes de ces mâles auraient-elles pu se transmettre aux mâles des générations suivantes, et pourquoi ne se transmettent-elles pas aux ouvrières qui naissent, elles, d'un œuf fécondé? — 3° Chez les mêmes animaux, et chez d'autres, il est certains instincts qui ne se manifestent qu'une seule fois dans la vie de l'individu : ainsi le vol nuptial; comment admettre qu'un acte qui n'a eu lieu qu'une fois puisse, non seulement devenir automatique, mais encore se transmettre à l'infini, avec une sûreté et une précision défiant toute critique ? — /i° Certains instincts se manifestent, chez les animaux, au moment de la mort ^ ; comment, si l'animal meurt aussitôt après, a-t-il pu les transmettre? — 5° On voit apparaître, après la ponte, certains instincts bien connus (cou-

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