‹ L'Association des idées [electronic resource]Chapitre 77 sur 93 · I. Dr Ballion, La mort chez les animaux. Bazas · texte numérisé non relu

I. Dr Ballion, La mort chez les animaux. Bazas

y âge, soin des œufs, etc.) ; comment ceux-ci ont-ils pu se transmettre chez les animaux ne pondant qu'une fois dans leur vie, et ne pouvant par conséquent transmettre à la progéniture d'une seconde ponte les habitudes prises lors de la première? — 6° Les instincts de prévoyance sont tout aussi incapables d'être expliqués par une association fixée puis transmise ; car il faudrait admettre que l'acte primitif qui a créé cette association était intelligent : or, « il est impossible que jamais un animal ait gardé ses œufs à une température tiède avec le dessein intelligent d'en faire éclore le contenu » (Romanes, 173). — 7° De même, pour tous les instincts répandus chez des animaux très bas placés dans l'échelle ou encore très jeunes : comment admettre que ceuxlà même qui sont si incapables, actuellement, du moindre acte raisonnable, aient pu avoir, jadis, l'intelligence admirable que supposeraient les actes ^ dont l'instinct ne serait aujourd'hui qu'une habitude.

L'hypothèse de l'origine intelligente des instincts offre encore une autre difficulté : si c'est par suite d'une expérience que certaines associations se sont créées, il faut donc admettre que cette expérience a été la même pour tous les animaux d'une même espèce ; sinon l'hérédité en aurait éteint le mécanisme plutôt qu'il ne l'aurait transmis. Mais comment admettre que tous les représentants d'une même espèce ont eu justement l'occasion de remarquer que tel procédé était le meil-

I. La façon dont s'y prend le sphex, par exemple, pour tuer sa proie, aurait supposé, si elle avait jamais été intelligente, un degré d'attention et de réflexion considérable.

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leur pour tuer un insecte, pour construire un nid, pour faire éclore un œuf, pour creuser un terrier, etc. ?

Il existe, il est vrai, un certain nombre dïnstincts qui paraissent facilement explicables par une association acquise et transmise : la crainte du chien par le chat, du tigre par la gazelle, des ténèbres par l'homme, etc., et tous les cas de terreurs innées pour tel objet, pour tel ennemi, etc. — Voici cependant une objection, que Ton n'a pas encore fait valoir, que je sache : pour être transmise, une association doit évidemment s'être gravée profondément dans l'individu, et pour cela, avoir été répétée fréquemment. Mais, comment admettre qu'en fait, une telle association a pu se créer : si l'instinct provient de l'expérience, la première gazelle qui a vu un tigre a certainement été dévorée par lui, puisque, par hypothèse, elle ne possédait pas encore l'instinct qui devait la faire fuir à la vue de ce fauve — à moins que l'on ne fasse la supposition assez hardie que ce n'est qu'une fois mordue ou griffée qu'elle s'est sauvée, pour transmettre à ses héritiers le fruit de son expérience. Mais ne voit-on pas qu'alors il aurait fallu que cette gazelle échappât un grand nombre de fois à un tigre qui avait déjà la griffe sur elle, pour que la connexion créée soit assez forte pour s'imprimer dans ses centres nerveux ; hypothèse absurde* ! De même pour le chien et le chat, et pour l'homme qui a peur des ténèbres pour avoir associé à

I. A moins d'admettre qu'il s'agisse dans ces cas d'une association privilégiée (v, plus haut p. i/io) ; mais c'est là une nouvelle hypothèse, qui demanderait à son tour confirmation.

SgA l'association des idées

l'obscurité des ténèbres l'idée du danger des ours qu'il y rencontrait I

Supposons pourtant qu'une association utile a pu se créer et se répéter nombre de fois dans le cours de la vie de Findividu, et qu'elle est représentée dans ses centres nerveux par un faisceau de respectable calibre : par quel moyen ce faisceau a-t-il pu agir sur le plasma germinatif de telle façon, et d'une façon si précise, que les êtres nouveaux issus de ce plasma possèdent précisément la même voie anatomique au même point de leurs centres nerveux — et, à supposer que ce faisceau ait pu avoir une action sur le germe, ce n'est que par suite d'une coïncidence presque miraculeuse que la modification ainsi produite du germe pourrait être justement celle qu'il fallait pour que l'embryon soit doté de la même connexion anatomique ! — Ainsi que le remarquQ FoREL ^ , (( on ne voit pas comment une habitude réellement acquise, par exemple jouer du piano ou aller en vélocipède (celles-ci le sont sûrement) pourrait transmettre son mécanisme au plasma germinatif des descendants. Car ce n'est que lorsqu'il est adulte que le cerveau acquiert ce mécanisme, il n'y a pas moyen pour celui-ci de transmettre directement par la substance nucléaire du spermatozoïde de tels complexus moteurs. »

L'hypothèse de Weismann est donc la seule probable, dans l'état actuel de nos connaissances : les instincts sont le résultat de coordinations motrices qui se sont créées fortuitement, sous l'influence de causes

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