CONCLUSION
Il y aurait encore bien des chapitres de psychologie à passer en revue pour épuiser tout ce que l'on sait du rôle de l'association dans la vie mentale ; mais ce serait perdre notre temps que de traiter en quelques pages des sujets auxquels sont réservés des volumes entiers de cette Bihliothèque : les rêves, la pédagogie, le caractère, V inconscient, etc. C'est pour la même raison que l'on s'est abstenu de consacrer un chapitre spécial à la pathologie de l'association, qui aurait compris une étude de l'agnosie, de l'incoordination, des troubles de la personnalité, du délire, des obsessions, de la suggestion et de la psychothérapie : de tels sujets demandent à être traités à fond, et la place manquait pour appuyer cette étude des documents qui, seuls, auraient pu lui donner quelque valeur — car ce sont moins des questions à résumer, que des études à faire.
Etant donné le peu de place mis à la disposition d'un si vaste sujet, j'ai cherché à insister sur les questions de méthode, de procédés expérimentaux, afin de permettre à chacun de suppléer aux lacunes de notre exposition par des expériences personnelles. Au
CONCLUSIOiV 597
lieu de m'attarder à la tâche facile de rapporter avec abondance les résultats détaillés ou statistiques obtenus jusqu'ici par les observateurs — résultats trop rares encore et de valeur trop inégale pour qu'on puisse en tirer des conclusions décisives, — j'ai pensé plus utile de mettre en relief les points obscurs et qui réclament de nouvelles recherches. Car si les psychophysiologistes contemporains décrivent avec complaisance ce que l'association explique, ils passent comme chats sur braise sur ce dont elle ne paraît pas pouvoir — jusqu'ici du moins — rendre compte à elle seule.
Dans la première partie de cet ouvrage on a cherché à serrer de près le mécanisme de l'association. Pour y parvenir, il a fallu préalablement subdiviser la question, et distinguer des processus différents trop souvent confondus sous un même terme, à savoir la création de l'association (qui répond à la loi de simultanéité subjective), le mécanisme de l'association (exprimé par la loi de contiguïté), et révocation associative (régie par la loi de totalisation).
Toute notre seconde partie a été traitée dans ses grandes lignes seulement ; mais mon but — est-il besoin de le répéter? — était simplement d'attirer l'attention des chercheurs sur des points encore obscurs, et que l'on a trop coutume déconsidérer, à la favein-du mirage associationiste, comme entièrement élucidés. Il n'était pas inutile de montrer que ceux qui se font fort de tout expliquer par l'association se bornent à nous payer de mots, et à exécuter sous nos yeux éblouis quelques tours d'escamotage qui, si adroits soient-ils, sauraient d'autant moins nous satisfaire que l'on a moins vu par où avait apparu la muscade,
GlAPARÈDE. 23
3()S L'ASSOCrATIO>' DES IDEES
c'est-à-dire la fonction mentale dont il s'agissait de démontrer l'origine associative. — Trop éouvent, en effet, on ne nous a servi sous le nom de psychologie « expérimentale » ou (( positive », qu'un condillacisme réchauffé à la sauce évolutionniste, qu'une sorte de construction a priori, suspendue nécessairement dans le vide, et qui réclame, pour se tenir debout, plus d'hypothèses encore que les vieux systèmes que l'on désirait renverser.
Cerles, je ne nie pas qu'il puisse être utile, parfois, de partir de l'amibe pour remonter l'échelle des complications biologiques; c'est même un travail de vérification indispensable, il fixe et précise les idées, à la condition toutefois que la méthode descendante soit employée de concert avec lui. Que l'on n'oublie pas, surtout, que la solidité du sommet d'un édifice est en raison directe de la largeur de sa base. Or, faire reposer toute la psychologie humaine sur la psychologie aléatoire des protozoaires, c'est un peu vouloir faire tenir une pyramide sur sa pointe.
La lecture de ce livre aura peut-être apporté la confusion dans l'esprit de quelques-uns ; ils se figuraient que l'association était un principe expliquant très simplement tous les phénomènes mentaux; si je les ai désillusionnés, j'en suis fâché, mais c'était nécessaire. Moi-même, en entreprenant ce travail, je m'imaginais que j'aurais surtout une œuvre simplificatrice à accomplir ; j'ai dû vite m'apercevoir du contraire. Si quelque chose est obscur, c'est la façon dont on a voulu expliquer par une ou deux lois ce qui est en réalité l'effet du concours de facteurs très différents. Ce caractère de l'association, de n'être qu'un