‹ L'Association des idées [electronic resource]Chapitre 9 sur 93 · LES CONDITIOINS DE E ASSOCIATION · texte numérisé non relu

LES CONDITIOINS DE E ASSOCIATION

tuelle, ils ne soient pas simultanément présents? — Ne pas admettre cette loi, c'est nier l'association elle-même, qui l'implique en quelque sorte, car, pour que deux états soient en connexion, il faut qu'ils aient eu l'occasion, une fois au moins, de se lier l'un à l'autre. Admettre que A peut attirer B avant que ces états se soient trouvés préalablement simultanément dans la conscience, c'est penser que la liaison n'existe que juste au moment où l'on en constate l'effet (c'est-à-dire où l'un évoque l'autre), ce qui est absurde, puisque cette liaison, étant précisément invoquée pour expliquer le rappel, doit nécessairement lui préexister.

Cependant, on a formulé contre la loi de simultanéité quelques objections : la liaison de phénomènes en succession immédiate ; 2" le cas des associations par ressemblance, qui serait inexjDlicable par elle ; 3° enfin, certains cas observés, où il y a association entre événements qui n'ont certainement jamais coexisté, ni ne se sont succédé immédiatement, et qui n'offrent entre eux aucun rapport de ressemblance. — Nous étudierons ces derniers cas dans les chapitres suivants où ils rentrent plus naturellement, et n'examinerons ici que la première objection : la loi de simultanéité, dit-on, n'embrasse pas tous les faits ; l'observation montre que non seulement les événements simultanément conscients s'associent, mais encore les événements qui se présentent à la conscience en succession immédiate : l'éclair évoque le souvenir du tonnerre, la himière fait penser à l'obscurité, l'image de la poudre appelle celle de la détonation, etc. Cependant, il est certain que nous

n'avons jamais expérimenté simultanément ces phénomènes.

Comment donc la loi de simultanéité explique-t-elle ces faits ?

D'abord, cette succession, que l'on invoque, estelle bien réelle ; n'est-elle pas peut-être apparente?

Voici ce qu'écrivait le professeur de philosophie DoRSCH, en 1788 : « Les lois de l'association des idées se laissent peut-être toutes réduire à une seule, celle de coexistence. La loi de la succession y est elle-même impliquée. Lorsque, dans un jardin, je vois d'abord la maison^, puis une rangée d'arbres avoisinant des parterres de fleurs et des fontaines, toutes ces images seront ensuite éveillées dans l'ordre dans lequel elles se sont présentées. La coexistence n'en est-elle pas la raison ? L'allée coexiste à la maison, à l'allée coexistent les parterres, etc. Les derniers membres d'une série coexistent aux premiers de la série suivante, par conséquent ceux-là doivent évoquer ceux-ci par coexistence». En 1797, un autre professeur allemand, Maass (22 et s.), défendait la même explication. Avant eux, Ch. Bonnet, nous l'avons vu, l'avait déjà donnée.

Mais ce n'est que tout récemment que l'on a tenté de démontrer par l'expérience que la liaison des idées par succession immédiate se ramène à la simultanéité (MUNSTERBERG, Q, b, 1).

D'après Mïnsterberg, lorsqu'une série d'impressions successives ABCD s'associent, la cause en est :

1° Oa bien que A n'est pas encore éteint clans la conscience lorsque B j apparaît — et alors on retombe dans le cas de la simultanéité ;

2° Oa bien que ladite série est accompagnée d'une

LES CONDITIO^fS DE L ASSOCIAÏTON

impression qui reste constante pendant toute la durée de son évolution : voici, par exemple, une série de tableaux qui se succèdent sous mon regard ; il y a cependant quelque chose de constant qui se retrouve à travers cette diversité, c'est la sensation m, provenant des muscles fixateurs de l'œil, sensation qui ne varie pas, de telle sorte que la série peut se formuler en réalité ainsi : AmBmCm. . . Cette impression m est le chaînon qui relie entre elles les impressions successives, et qui permet à chacune d'elles d'évoquer les autres. L'association de cette série s'explique donc par la simultanéité de chacun de ces termes avec l'impression commune m ' .

Offner (626) s'efforce de montrer (jue cette explication ne vaut rien. Lorscpe je vois passer une colonne de soldats, dit-il, en m'arrangeant de sorte à ne pouvoir apercevoir qu'une petite quantité d'hommes à la fois, les groupes qui défilent sous mon regard s'y succèdent ainsi : d'abord, une bande de gamins et de badauds, puis l'officier de musique, puis les musiciens, puis le capitaine à cheval, puis la troupe, etc. L'image de chacun de ces groupes est associé à la même sensation musculo-optic[ue

I. La preuve de ce chaînon m est fournie par le cas suivant: on peut être soumis simultanément à une série d'impressions visuelles ABCD et à une série d'impressions auditives ai[iyù, de telle sorte que les impressions se présentent à la conscience dans l'ordre suivant: Aa B[j Cy... Et cependant, on sera capable plus tard, d'évoquer chacune des deux séries isolément: c'est que tous les termes visuels seront relié entre eux par un élément commun /n, différent de la sensation constante t, provenant du tympan, etc., qui accompagnera chacun des termes de la série auditive. ( Munsterberg, b, I, i3i).

l'association des jdées

m. Cela ne m'explique pas pourquoi je puis me souvenir ensuite de l'ordre de cette succession : pourquoi sais-je que c'est l'officier de musique, et non la l'oule de badauds qui précède la musique, puisque chacune de ces images peut être éveillée, par hypothèse, par l'impression m? — 11 est évident que la présence de ce chaînon commun n'explique pas le souvenir de tordre dans lequel se sont succédé les images. Mais peut-on prouver que, au moment où l'officier de musique a apparu, la foule des badauds était déjà sortie de la conscience? Offner oublie que le présent psychologique embrasse une certaine durée objective. — Mais, répliquera Offner (528), il n'y a une différence que de quelques secondes entre l'apparition de l'officier de musique et celle des musiciens ; comment un si petit intervalle de temps peut-il expliquer une si grande différence dans la force de liaison entre l'officier de musique et les badauds, d'une part, et les musiciens et les mêmes badauds, d'autre part ? — A cela je répojidrai que si Offner voyait passer un cortège qui fût tout nouveau pour lui, il trouverait peut-être que la liaison C[ui s'est opérée dans son esprit, entre les divers groupes C[ui le composent, n'est pas si étroite que ça : et que, à moins de chercher des rapports entre les groupes qui se succèdent, en se demandant, par exemple, quelle est la raison qui a présidé à leur ordination — cjuestions qui obligeraient l'esprit à maintenir l'image de plusieurs groupes simultanément dans la conscience — il ne trouverait guère plus facile de réciter l'ordre du cortège dans l'ordre réel que dans un ordre quelconcjue, qui serait alors déterminé par le degré d'intérêt qu'auraient provoqué chez lui les divers groupes.

N'oublions pas non plus que nous éprouvons des sentiments de rang (v. plus loin ch. II, § 6), et que cela permet aussi de comprendre la reviviscence

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d'une série successive, même dans le cas où on ne pourrait la ramener à des coexistences partielles.

3° MuNSTERBERG ludiquc cucore une troisième façon d'expliquer l'association de termes présentés successivement : il peut arriver que chacun de ces termes provoque par voie réflexe un mouvement. On aura ainsi une série de mouvements (ou d'impulsions) qui se lieront l'un à l'autre comme ont coutume de le faire tous les mouvements coordonnés. Ce seront, par exemple, des mouvements d'articulation : lorsque je vois défiler successivement les termes A, B, G, D, chacun d'eux déclenchera d'une façon réflexe les mouvements d'articulation correspondants. Or, l'association des mouvements successifs a ceci de particulier que la production de chaque mouvement implique l'exécution du mouvement précédent : chaque mouvement accompli joue le rôle d'un excitant pour le mouvement suivant. L'ordre de la série visuelle sera ainsi sous la dépendance de la série de mouvements coordonnés, et ce ne sera que grâce à ceux-ci que je pourrai retrouver celle-là.

Le schéma suivant fera bien comprendre l'idée ingénieuse de MuNSTERBERG, qui, en n'insistant pas assez sur cette différence entre le mécanisme de l'association motrice et de l'association ordinaire, a l'air de reculer simplement la difficulté, ce qui lui attire les railleries d'OrENER (532); celui-ci n'a évidemment pas saisi le nœud de l'explication, puisqu'il dit cjue Munsterberg aurait clù montrer pourquoi une série de mouvements se reproduisait toujours dans le même ordre.

Soient A, B, G les termes de la série visuelle ; c' c" c'" les cellules motrices d'où dépendent les mouvements res-

pectifs que ces termes provoquent ; Mi Mo M3 , les muscles adaptés à ces mouvements m' , m" , m'" les impressions

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