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CHAPITRE VI

La doctrine de TAssomption depuis le Concile du Vatican.

Le Concile du Vatican inaugure, on peut le dire, une nouvelle phase dans l'histoire de la croyance de l'Eglise catholique à l'Assomption de la Sainte Vierge. Il ne suffit plus à la piété chrétienne de savoir que la Mère de Dieu jouit, au ciel, en corps et en âme, de la gloire due à sa dignité et à ses mérites ; elle voudrait apprendre, de la bouche même du Chef infaillible de l'Eglise, que la certitude du privilège de la résurrection de Marie repose sur le témoignage divin, autrement dit, que cette vérité est un dogme révélé.

Ce désir, dont la réalisation ajouterait une gloire nouvelle à la couronne de la Reine des cieux, a eu sa plus solennelle expression, au

(1) Instruction pastorale sur les conciles généraux {Œuvres corn» piétés, t. 16, p. 13(i, 7.)

concile du Vatican, dans la requête des évoques, datée du 23 février 1870. Un mémoire leur avait été présenté, à cet effet, par Tévêque de la Havane, Mgr Jacinto Martinez, qui fut chaudement appuyé par les prélats espagnols de l'assemblée. Un des principaux d'entre eux, l'évèque de Jaen, plus tard cardinal Monescillo, archevêque de Tolède, proposait, le 8 janvier, au concile, de déclarer, et même d'acclamer comme dogme de foi l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie dans le ciel.

La question ne faisait point partie des matières soumises aux études préparatoires de la Commission dogmatique. Par ailleurs, l'Infaillibilité pontificale occupait tous les esprits ; et le privilège du Chef de l'Eglise était à peine défini, lorsque l'invasion piémontaise força le Pape à « suspendre la célébration du Concile œcuménique du Vatican jusqu'à des temps plus opportuns et plus propices (1). » De plus, la guerre qui venait d'éclater entre la France et la Prusse rappelait les évêques français dans leur pays. On n'eut donc pas le temps d'examiner la dogmatisation de l'Assomption.

Toutefois, l'exposé des motifs contenus dans le Postulatum des cent quatre-vingt-quatorze Pères du Concile forme une pièce doctrinale très importante, où l'on trouve les raisons les plus fortes, démontrant et le fait de l'Assomption de la Vierge, et sa révélation, et l'opportunité de sa définition dogmatique.

Outre la croyance constante et unanime de l'Eglise enseignante et de l'Eglise enseignée, les prélats invoquent surtout les deux arguments tirés de la victoire de Marie sur la mort, et de son union avec Notre-Seigneur par son rôle dans

(1) Bref de Pie IX, du 20 octobre 1870.

la Rédemption et par sa virginale maternité.

D'après la doctrine de saint Paul, le triomphe du Christ sur le Diable se compose d'une triple victoire sur le péché, et sur la concupiscence et la mort, fruits du péché. Comme l'oracle prophétique du Protévangile, au livre de la Genèse, associe la Bienheureuse Vierge au triomphe de son Fils, le Rédempteur, il est nécessaire qu'elle, aussi, brise les liens de la mort par sa résurrection, et il appai-aît que celle-ci a été annoncée de la bouche même du Seigneur.

A cause du respect dû au corps de Marie, qui a donné au Verbe incarné la matière de son propre corps; à cause de cette unité de chair dans le Christ et dans sa Mère, pour employer l'énergique langage des Saints Pères, Dieu n'a pu livrer le corps de la Vierge aux conséquences de la mort.

Telle a été la croyance très ancienne, de toute l'Eglise, pasteurs et fidèles, en Orient comme en Occident, croyance attestée par une fête solennelle. Par suite de récits apocryphes, manquant d'autorité suffisante, des doutes ont pu se produire sur les circonstances, dans lesquelles a eu lieu la résurrection de la Vierge. Mais le fait lui-même de cette glorieuse Assomption reste hors de conteste ; l'enseignement de l'Eglise, par sa liturgie, par son enseignement oral, par les leçons de ses théologiens, nous en garantit la certitude.

Ce privilège de Marie, qui s'harmonise si bien avec ses autres prérogatives, n'a pu être ignoré des Apôtres, surtout de saint Jean, que le Seigneur mourant avait donné pour fils à sa divine Mère. Une tradition orale apostolique, de nature dogmatique puisqu'il s'agit d'une résurrection anticipée, objet doctrinal ; autre-

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ment dit, une tradition divino-apostolique, conséquemment, la révélation, en a transmis le souvenir aux premiers chrétiens qui le conservèrent fidèlement, avec quelques exagérations de détail peut-être, jusqu'au jour où une fête solennelle et universelle le consacra dans l'Eglise entière.

En plus de la raison générale, tirée de l'obligation d'annoncer la vérité révélée dans son intégrité, les évêques voient de graves motifs d'opportunité en faveur de la définition dogmatique de l'Assomption. A leurs yeux, un acte doctrinal aussi important serait une affirmation éclatante de la foi de l'Eglise à la résurrection future de tous les hommes, et une réponse victorieuse aux blasphèmes audacieux du rationalisme et du matérialisme contemporains. Il vaudrait à l'Eglise un secours spécial contre les erreurs qui pullulent de notre temps, de la part de celle qui a vaincu toutes les hérésies dans le monde entier. Il constituerait un hommage indirect à la divinité de Notre-Seigneur Jésus- Christ, à cause de laquelle sa Mère a reçu tant et de si incomparables privilèges. Enfin, ce serait une nouvelle glorification de la divine Vierge, et la réalisation des vœux des pasteurs et du peuple chrétien.

Tels sont, en résumé, les arguments apportés par les Pères du Concile pour demander la définition dogmatique de l'Assomption (1). Ils n'ont rien perdu de leur valeur et de leur opportunité.

Les événements, qui amenèrent la suspension du Concile, ne firent point disparaître les espé-

(1) On peut en lire le détail, ainsi que le texte du Poatulatum, dans» Je travail de Mgr Conrad Martin, évèque de Paderborn, Omnium Concilit Vaticani quœ ad doctrinam et disciplinam pertinent documentorum collectio, Paderborn, 1873, p. lOG-115.

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rances des dévots clients de la Vierge ressuscitée. Bien plus, depuis cette époque, le désir de voir l'Assomption proclamée dogme de foi est devenu plus vif et plus général. Le mouvement de prières à l'effet d'obtenir la définition du privilège de Marie s'étend de jour en jour ; et, en ces dernières années, des évoques en grand nombre, de toutes les parties du monde, ont adressé au Saint-Siège des suppliques pour renouveler la demande des Pères du Concile du Vatican. Le mémoire de Mgr Virdia, de l'ordre des Mineurs Conventuels, évêque de Cariati : Pr^o dogmatica definitione integrœ in cœlos Assumptionis Deiparœ Virginis, présenté au Souverain Pontife en 1880, peut être regardé comme la première de ces suppliques épiscopales.

De leur côté, les théologiens ne cessent, sous la surveillance attentive de l'Eglise, de chercher à élucider une matière aussi importante. La série des études publiées sur cet objet, depuis le concile du Vatican, commence, en Italie, par les articles de D. Bertani dans la Scuola cattolica de Milan (1877), et par le travail du P. Lana, consulteur de la Congrégation des Rites (1880), qui fut traduit en français quelque temps après : La Résurrection et V Assomption en corps et en âme de la Sainte Vierge, Mère de Dieu. Dijon,

L'année 1881 vit paraître une nouvelle édition de l'œuvre de D. Vaccari, devenu évêque de Synope et coadjuteur de Tropea et Nicotera, que suivit bientôt celle du docteur Jannucci, prêtre de Sainte-Agathe des Goths, De psycJiosomatica Deiparentis assumptione disquisitiones. Taurini(1884).

Jusqu'alors la France n'avait produit aucun

travail spécial sur la définition dogmatique de l'Assomption. Or, en 1900, parut, à Angers, une dissertation théologique, qui fut traduite en espagnol par D. Brugulat, archidiacre deLérida, et en italien par Mgr Falaschi, chanoine de la métropole de Florence. La thèse, qu'on y développait, répondait trop au désir de la catholique Espagne pour passer inaperçue. Quelques semaines après sa publication, l'archevêque de Séville, Mgr Spinola, depuis cardinal, adressait à son peuple une magnifique lettre pastorale, où il exposait magistralement toute la doctrine de l'Assomption (30 août 1900). Plus tard, le savant et pieux prélat, de concert avec le clergé de son église, demandait au Saint-Père de déclarer dogme de foi l'assomption corporelle de Marie, « persuadé qu'un si heureux événement contribuerait efficacement à ranimer la piété des fidèles et à faire fleurir les vertus chrétiennes, en barrant le chemin au progrès du funeste naturalisme qui envahit les domaines de la science et trouble toutes les classes de la société, menaçant d'entraîner les peuples dans une immense ruine morale et matérielle. »

Pendant que l'Espagne suivait, avec enthousiasme, l'exemple de l'archevêque de Séville, un autre mouvement prenait naissance en Italie, à l'occasion des fêtes jubilaires de Notre-Dame du Rosaire, à Pompéi, le 7 octobre 1900.

Les prélats, qui répondirent, les premiers, à l'invitation faite par le fondateur du sanctuaire, d'adresser des suppliques au Saint-Siège pour solliciter la définition dogmatique de l'Assomption, furent les archevêques de Brindisi et de Sorrento. D'autres les imitèrent bientôt, toujours sous l'impulsion partie de la Nuova Pompei, et envoyèrent au Souverain Pontife leurs vœux

l'cspectifs en faveur de la môme cause. Ce sont les archevêques et évoques de Castellamare, de Rossano, de Palerme, de Santa Severina, de Lacedonia, de Noto, d'Acerra, de Nocera dei Pagani, de Caltanisetta, de Bovino, de Nicotera, de Capaccio, de Conza, de Nicosie, d'Iglesias, de Potenza, de Bosa, de Cirène, de Sansevero di Puglia, de Cava, de Cerreto, de Termopile, d'Apaméc, de Valva, de Chioggia, de Conversano, d'Ancône, de Noie, d'Oria, de Voltcrra, de Schinbria, de Cassano, de Policastro, d'Anglona, d'Amalfi,de San AngelodeiLombardi,d'Ariano, de Viterbe, de San Miniato et de Bobbio.

L'épiscopat italien n'a pas été le seul à répondre à l'appel venu de N.-D. de Pompei. Avec les suppliques, dont il vient d'être question, la revue mensuelle II Rosario e la Nuova Pompei mentionne aussi celles des archevêques et évêques de Salamanque, de Valence, de Huesca, de Majorque, deTortosa, deBadajoz (Espagne), deBragance, d'Oporto (Portugal), de la Rochelle, de Troyes (France), d'Ardagh, de Cloyne (Irlande), d'Antivari (Monténégro), de Scutari (Albanie), de Coire (Suisse), de Tripoli (Syrie), d'Adana (Turquie), de Mangalore (Inde), de Nicolet (Canada), de Parana (République Argentine), de Comayagua (Honduras), de Durango, de Sinalao, de Cuernavaca (Mexique), et des vicaires apostoliques de Sofia et Philippopoli, du Houpé (Chine) et du Soudan.

La liste des pétitions épiscopales en faveur de la définition dogmatique de l'Assomption n'est pas close ici ; mais les autres ne se rattachent plus à Pompei, et d'ailleurs, l'ordre chronologique appelle l'attention sur de nouveaux travaux des théologiens.

L'Italie nous donne d'abord, en 1901, les

remarquables études du chanoine Crosta, professeur de théologie à Côme, UAssunta nelV odierna teologia cattolica, Monza ; du chanoine Provitera, doyen du collège théologique de Naples, Del récente mommento clei cattolici per la defimzione dogmatica delU Assunzione di Maria in cielo (Revista di scienze et lettere, Napoli, 1901, marzio, aprile, maggio) ; du docteur Perrella, professeur au séminaire archiépiscopal de Naples, Utriun B. Virgo non soliun in anima, sed etiam in cor pore erecta fuerit in cœlum, Napoli ; et en 1902, celles de Mgr Gargiulo, évêque de Sanseveroin Puglia, La cor pore a assunzione di Maria in cielo, Napoli, et du chanoine Scelzo, doyen du chapitre de Castellamare, UAssunta e i suoi doni, Napoli.

La même année 1902^ l'auteur de la dissertation française signalée plus haut publia, dans la Revue thomiste, sur la définibilité de l'Assomption, une série d'articles, réunis ensuite en un volume, qui fut honoré d'une lettre laudative écrite au nom de Léon XIII par le Maître du Sacré Palais, et traduit aussitôt en espagnol, en italien et en allemand. La thèse trouvait des sympathies de plus en plus nombreuses, surtout en Espagne, où les travaux du théologien Valenti, de Mallorca. (La Asuncion de la Virgen. La definicion dogmatica de este mistero, Vergara), contribuaient k la répandre, de concert avec l'Académie mariale de Lérida. Au mois de septembre de la même année, le Congrès mariai de Fribourg (Suisse) accueillit favorablement plusieurs rapports sur le même sujet, l'un du chanoine Pieraccini, d'Ajaccio, un autre du docteur Gfôlner, professeur au séminaire de Linz (Autriche), et un troisième du collaborateur

de la Revue t/iomistej dont il vient d'ctro question (Compte rendu du Conqrès mariai de Fribour(), Blois, 1903, t. I, p. 187-190). Il faut citer aussi l'article du professeur Bellamy, dans le Dictionnaire de théolofjie catholique de Vacant etMangenot (1903), qui ne fait guère que résumer, avec quelques additions, la dissertation parue à Angers trois ans plus tôt.

Depuis lors, le désir de la délinition dogmatique de l'Assomption continue de se répandre, et les prières des fidèles et des âmes consacrées à Dieu par le sa(ierdoce ou la vie religieuse deviennent de plus en plus nombreuses et ardentes, à l'effet d'obtenir cette nouvelle glorification de la Très Sainte Vierge. Les pieuses assemblées réunies en son honneur formulent des vœux dans ce sens, comme au congrès de Namur, en 1904.

Le Nouveau Monde ne le cède point à l'ancien dans son zèle pour la gloire de Notre-Dame. Le 4 octobre 1904, fut inauguré à Morelia (Mexique) le premier congrès Mariai mexicain, auquel prirent part quinze archevêques ou évoques ; et parmi les résolutions et les vœux se trouve la supplique, au Saint-Père, de définir, comme dogme de foi, l'Assomption de Marie (1).

D'ailleurs, on peut le dire, de tous les points du monde catholique le Saint-Siège a reçu des suppliques épiscopales ayant le même objet. A partir du commencement de 1902, elles se sont multipliées. Nous pourrions nommer leurs signataires ; mais comme ces informations sont d'ordre privé, nous pouvons dire seulement que plus de trente viennent de France et des possessions françaises, et d'autres, en grand

(1) Le Messager du Cœur de Jésus, janvier 1906, p. GO.

nombre, d'Australie, du Japon, du Canada, de Chine, de Ceylan, d'Allemagne, de l'Inde, de Colombie, d'Afrique, du Tbibet, de Cochinchine, d'Asie mineure, desîles de l'Océanie, etc..

A ces demandes, pleines d'une confiance et d'une soumission filiales envers le chef infaillible de l'Eglise, il faudrait ajouter celles qui émanent d'évêques titulaires, de préfets apostoliques, de supérieurs d'ordres religieux, d'églises particulières, et même de hauts personnages laïques. On voit, en quelque sorte, se reproduire ce qui avait eu lieu avant la définition dogmatique de l'Immaculée Conception. Est-il besoin de le dire, ces suppliques ne sont point une mise en demeure irrespectueuse pour le Saint-Siège ; elles sont, au contraire, la reconnaissance de son pouvoir doctrinal suprême et le témoignage d'une entière soumission. Les fils peuvent toujours exprimer un désir au Père commun des fidèles, qui juge s'il est opportun, ou non, d'y donner satisfaction. A qui contesterait la légitimité de leur acte, il suffirait de rappeler la conduite du Pape Grégoire XVI, répondant aux instances de plusieurs évêques d'Amérique, d'Espagne, d'Italie et d'Allemagne, qu'il ne jugeait pas à propos de définir l'Immaculée Conception parce qu'il n'avait pas encore reçu de suppliques assez nombreuses (1843) (1).

Comme exemple des vœux des fidèles, l'Espagne nous offre l'adresse des dames patronnesses du comité qui a organisé les fêtes de Notre Dame del Pilar, en mai 1905, demandant au Saint-Père de proclamer la définition dogmatique de l'Assomption de la Sainte Vierge.

(1) Mgr Malou, L'immaculée Conception, t. I, p. 216.

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c( Nous ne demandons rien de nouveau à Votre Sainteté, écrivent-elles, sinon qu'elle daigne accueillir avec bonté la demande faite par notre reine infortunée, Isabelle II, à votre prédécesseur de sainte mémoire. Pie IX, de définir la glorieuse Assomption au ciel de Marie, en corps et en âme, comme il avait défini le dogme de l'tmmaculée Conception. A cette supplique, raconte-t-on, le Pape de la Vierge Immaculée répondit que la gloire de cette définition était réservée à un autre Pape, peut-être pour le commencement du vingtième siècle.

c( Nous vous prions, Très Saint Père, de faire un accueil favorable au mémoire présenté à cette même fin, au concile du Vatican, par Tévêque de La Havane, Fr. Jacinto Martinez, mémoire qu'appuyèrent de leur autorité, dans l'auguste assemblée, l'évoque de Jaen, depuis archevêque de Tolède et cardinal, ainsi que tous les autres prélats espagnols.

c( Nous demandons à Votre Sainteté ce que lui ont déjà demandé le vertueux archevêque de Séville, D. Marcelino Spinola y Mœstra, et d'autres évêques, ainsi que tant de prêtres, de religieux et de fidèles de ce royaume qui aime tant la Très Sainte Vierge (1). »

Cette supplique a été signée par des milliers de pèlerins ; la reine-mère Marie-Christine a envoyé son adhésion, et l'épiscopat espagnol lui donne l'appui de sa haute autorité. La Lectura Dominical de Madrid, du l^"" juillet 1905, signale la propagande très active des catholiques de la province de Malaga en faveur de la définition dogmatique de l'Assomption.

Des études théologiques sur la matière con-

(1) Bl PUar, 27 mai 1905.

tinuent de paraître. Le R. P. Eusebio, carme espagnol, a exposé récemment (1906) les raisons de déclarer l'Assomption dogme de foi, Conveniencia de définir como dofjma de fe la Asuncion de la Virgen, Barcelona ; et l'auteur de La définibUitê de V Assomption publie, en ce moment même, dans la Revue thomiste, plusieurs articles, où il examine un autre point de vue de la question, c'est-à-dire, le rôle de Corédemptrice attribué à la Mère du Rédempteur.

On se tromperait en s'imaginant que l'Eglise, par une définition dogmatique, affirmerait simplement la présence de Marie au Ciel, en corps et en âme. Sans doute il s'agit de cela, mais aussi d'autre chose ; il s'agit de dire quel est le caractère de cette doctrine et sur quelle base repose l'enseignement actuel de l'Eglise. Autrement, à quoi bon affirmer, par une décision spéciale, une doctrine que tout le monde catholique doit accepter dès maintenant, et que les incrédules seuls peuvent contester ? Ne serait-ce pas donner à entendre que les diverses formes du magistère, par lesquelles l'Eglise nous l'enseigne, sont insuffisantes ? La définition dogmatique, au contraire, nous apporterait la solution d'une question, sur laquelle le pouvoir doctrinal ne s'est pas encore prononcé.

Il est impossible de ne pas noter, parmi les avantages de la définition dogmatique de l'Assomption, le secours spécial qu'elle vaudrait à l'Eglise, de la part de la Vierge, en ces temps troublés, où la foi diminue chez un grand nombre, et où l'homme paraît oublier les lois fondamentales de la vie intellectuelle et morale. « Plus le nombre de nos adversaires est grand, écrivait l'évêque de Fulde, Mgr Kœt, à Pie IX,

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avant la définition dogmatique d(3 l'Immaculée Conception, plus ils persécutent insolemment Jésus-Christ dans son Eglise, plus aussi l'Eglise doit demander l'aide de Celle qui a brisé la tête du serpent, plus elle doit louer et vénérer Celle qui, en priant son Fils, a écrasé toutes les hérésies (1). » On n'a pas oublié la joie qui s'empara du monde catholique, lorsque Pie IX, exilé à Gaëte, en des temps aussi fort mauvais, adressait aux évêques de l'univers la lettre qui leur notifiait son intention de proclamer l'Immaculée Conception dogme de foi. C'est alors que d'un pays hérétique, où la vraie foi comptait bien peu de fidèles, le vicaire apostolique de Suède écrivait au Pape : « Je ne sais comment vous exprimer ma joie de ce que Dieu a inspiré à Votre Sainteté de s'occuper plus que jamais de l'importante question de la définition de l'Immaculée Conception, dans ce temps qui a, plus que tout autre, besoin de l'intervention et de la protection puissante de la Sainte Vierge (2). » Le Saint-Siège proclamera-t-ii que la doctrine de l'Assomption a été révélée, et que, conséquemment, elle est un dogme de foi divine, c'est le secret de Dieu. Mais dès maintenant, la croyance de l'Eglise n'est pas douteuse ; et, de plus, sa certitude est absolument indiscutable. L'Assomption de la Corédemptrice correspond à l'Ascension du Rédempteur. Tout fidèle doit ses hommages à Marie présente au Ciel en corps et en âme, avec son Fils, Jésus-Christ, notre Dieu.

(1) Summa Mariana, VIII, 571.

(2) Ibid.

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