CHAPITRE V
La doctrine de l'Assomption à l'époque moderne.
Pendant que l'Eglise continue, à travers les siècles, d'enseigner la doctrine de l'Assomption par les trois organes de son magistère ordinaire, qui sont la prédication, la liturgie et la tradition écrite, les auteurs ecclésiastiques des temps nouveaux : pasteurs ou simples théologiens, viennent ajouter le témoignage écrit de leur autorité et de leur science à ceux de leurs devanciers, en faveur de la prérogative de la Mère de Dieu.
On peut, pour cette époque, en commencer la liste par le grand archevêque de Florence, saint Antonin, qui, dans plusieurs de ses ouvrages, spécialement dans sa Somme de Théologie et dans sa Chronique, affirme en termes formels que Marie a été glorifiée au ciel, en corps et en âme. Saint Vincent Ferrier commente la collecte Veneranda, et reproduit la doctrine d'Albert le Grand, en son Sermon II sur V Assomption, Saint Bernardin de Sienne donne sept raisons de la glorification totale de la Vierge : Tunité de substance de la Mère et du Fils, l'intégrité virginale de Marie, l'honneur que le Fils devait à sa Mère, la dignité de Mère de Dieu, la ressemblance de la Mère et de son Fils, l'égalité de conduite à l'égard des deux sexes que le Christ était venu relever, et enfin la perfection de la béatitude due à la Reine du Ciel {Sermon XII, de l' Assomption de la glorieuse Vierge Marie, art. 3, c. 1) (1).
(Ij Opéra (éd. Venet, 1745), t. 4, p. 122, 123.
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Dans le même x\" siècle, le pieux et savant Denys le Clinrtreux, surnommé le docteur extatique, expliquant le chapitre deuxième du Cantique des cantiques, met ces paroles dans la bouche de Notre-Dame, à propos du verset sixième : « Dans mon assomption, il m'a placée à sa droite ; et après m'avoir élevée de la terre avec mon corps, il m'a unie à lui par la présence corporelle (1). »
Aux auteurs que l'on vient de citer, il faudrait joindre les noms de saint Laurent Justinien, do Jean Simon, évoque de Paris, de Louis Pinella, chancelier de l'Eglise de Paris, puis évêque de Metz, du cardinal Jean de Turrecremata, et d'autres encore. Mais il suffira, pour se rendre compte de la croyance de cette époque, de produire le sentiment de la faculté de théologie de Paris, dont l'influence était alors si considérable.
En 1497, un prédicateur nommé Jean Morcelle, osa avancer dans un sermon, prêché, le jour même de l'Assomption, plusieurs propositions qui firent scandale. Dès que la faculté de théologie en eut connaissance, elle se réunit, le 25 d'août, et décida d'obliger Jean Morcelle à se rétracter. Avec le consentement de Jean Simon, évêque de Paris, elle ordonna au prédicateur téméraire de retirer ses propositions et de lire la censure à elles appliquées par la faculté, dans l'église où il les avait énoncées, le jour de la nativité de Marie. L'émoi avait été grand ; la répression ne se fit pas attendre. Jean Morcelle se soumit de bonne grâce et sincèrement : (.( Je, frère Jean Morcelle, prêtre bachelier formé en théologie, confesse avoir,
(1) Opéra omnia (td, Monstrol., 1898), t, 7, p. 31(3^.
prêché le jour de l'Assomption de la très pure et glorieuse Vierge Marie dernier passé en l'église de céans Saint-Benoît le bien-tourné, les trois propositions qui suivent... La deuxième est celle-ci : C'est chose apocryphe que Jésus- Christ soit venu au-devant de la Vierge Marie sa mère, quand elle a été assumée et élevée en paradis. — Cette proposition est fausse, contre les dires des docteurs, favorisant à impiété ou faute d'honneur de fils à mère, offensive de bonnes et dévotes oreilles, diminutive de la dévotion du peuple chrétien, qu'il a à la très glorieuse Vierge Marie, Mère de notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ.
« La troisième proposition est : Nous ne sommes point tenus de croire sous peine de péché mortel que la Vierge Marie ait été assumée en corps et en âme, parce que ce n'est pas article de foi. — Cette proposition, comme elle gît, est téméraire, scandaleuse contre la commune croyance, diminutive de la bonne dévotion du peuple chrétien à la très excellente et très benoîte Vierge Marie, fausse et hérétique.
« Et parce que je, frère Jean Morcelle, veux et désire prêcher au peuple de Dieu vraie et saine doctrine à l'édification des âmes, honorer Dieu et la très pure et très glorieuse Vierge Marie, sa Mère, obéir à notre Mère sainte Eglise, à Révérend Père Monseigneur l'évêque de Paris et à la très sacrée Faculté de Théologie ma mère, je retracte, révoque et rappelle les trois propositions ainsi par moi préchées en ce lieu, en adhérant et consentant auxdites qualifications faites par la très sacrée Faculté de Théologie ma mère, confirmées et approuvées par mon dit sieur Révérend Père en Dieu Monsieur l'évêque de Paris, jure et promets par mes saints
ordres, en suivre leur dite détermination, et jamais ne venir au contraire. Et ainsi m'aide notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, et sa très pure et glorieuse Mère Marie (1). »
Il faut observer que les notes données à la troisième proposition portent sur la prétendue absence d'obligation de croire que la sainte Vierge est montée au ciel en corps et en âme. On ne peut donc pas, d'après la faculté de théologie de Paris, nier l'assomption corporelle de Marie, sans commettre un péché mortel.
Les témoignages se continuent aussi explicites et aussi autorisés au siècle suivant. Nous en citerons quelques-uns d'après l'ordre chronologique.
D'abord, saint Thomas de Villeneuve, archevêque de Valence, s'approprie la pensée de saint Bernard sur les effusions réciproques du Fils et de la Mère, et explique très bien la solennité de l'Assomption : « Nous célébrons aujourd'hui une triple fête, d'abord l'heureuse mort de la Vierge-Mère, puis sa résurrection qui la revêtit d'une gloire immortelle, et enfin son Assomption glorieuse, où son corps et son âme prirent leur essor vers les cieux. Chacune de ces fêtes serait déjà illustre par elle-même ; en les réunissant, c'est une solennité digne de nos plus grandes vénérations. — Mais que s'estil passé au moment d'une mort si bienheureuse ? Quelles furent ses dernières paroles en s'éloignant de la terre, ses recommandations aux Apôtres et à plusieurs Saintes femmes présentes à ses derniers moments? Quelles furent encore les recommandations qu'elle reçut elle-même.
(1) G. Gaudin, Assumptio Mariœ Virginis oindicata. Paris, Iti/O» Appendice, p. 7-10.
les prières qui lui furent faites, les louanges qui lui furent adressées, nous l'ignorons entièrement. Certains livres apocryphes nous racontent bien quelques événements de cette bienheureuse mort ; mais comme ces événements sont peu vraisemblables, nous n'en parlerons point (1). » On voit que pour les théologiens de ce temps, comme pour ceux du moyen âge, comme pour les Pères et pour l'Eglise, la raison de croire à l'Assomption n'est point du tout le récit des apocryphes, comme certains l'ont cru à tort, faute de réfléchir sur les principes théologiques qui s'apphquent en la matière.
Les plus illustres théologiens du xvi^ siècle sont unanimes à enseigner la doctrine de l'Assomption. Après Dominique Soto, une des lumières du concile de Trente [In IV Seat, clist, 43, q. 2, a. :/), Melchior Cano dans son traité de Locis theolocjïcis, les illustres cardinaux Baronius {Annales, ad ann. 48), Bellarmin (Controv. t, 4, de statu peccati, et ConcioXL deAssuinpt.), et de Lugo {T/\ de viiHute fidei divinœ, disp. 20, sect. 3, n. 96) regardent cette croyance de l'Eglise comme absolument certaine.
Saint François de Sales dit « que la bienheureuse Vierge ne demeura guère sans ressusciter ; son corps ne fut point sujet à la corruption, corps qui n'en reçut jamais pendant sa sainte vie... Nous qui sommes chrétiens, croyons, assurons et prêchons qu'elle est morte et bieiit^ ressuscitée, parce que la tradition le parce que l'Eglise le témoigne (2). »
Le théologien Estius, une des l'ancienne université de Douai (In IV 43, n. S), Sylvius, vice-chancelier d(
(1^ Sermons I et JV pour la fête de V Assomption. (2) Sermons autographes, lxi (éd. d'Annecy, I89fj, t. 7
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université (In 3 part. S. Th., suppL^ q. 75^ a. 2), le docte Suarez (In 3 part. D. 7'A., q. 37, a. 4, cl. 31, s. 2), le franciscain Jean de Carthagène (Homillœ, L 14 ^ h. 13) enseignent que le Seigneur a fait exception, en faveur de Mario, à la loi qui place la résurrection à la fin des temps.
Plus tard, la grande autorité de Bossuet se présente en tête des théologiens et orateurs qui affirment la réalité de l'Assomption, et parmi lesquels on distingue Massillon (Sermon pour la fête de l' Assomption) ^ le cardinal Pallavicini, (Grandez::;e di Maria, p. 2, c. 4) y le savant Père Thomassin (^Z)e la célébration des fêtes^ l. 2, c. 20, n. 20), le cardinal Gotti (De veritate religionis christianœ, t. 4, t., 5, c. 41, p. 2) Muratori Dissertatio de rébus liturrjicis, c. 2) y les dominicains Billuart (Demysteriis Christi, d. 14, a. 2), Serry (De corporea Deiparœ in cœlos assumptione, exercitatio LXVIj et Noël Alexandre (Historia ecclesiastica, s. 2 c. 4ya. 3. sch.I), l'augustinien Berii (Dissert . hist . Isœc., disp. o, n. 8), le théologien mariai de Vega (Theologia Mariaaa^ p. 35, c. -^j, Fiorentini dans son commentaire sur le Martyrologe hiéronymien (Exerc. V), le pape Benoît XIV (De festis B. Mariœ Virginia j c. 87), Lambecius, de Hambourg, luthérien converti (Diarium sacri itineris cellensis, n. 8), Trombelli (Vita Deiparœ, dis t. 36, q. III), Strozzi (L'Assunzione al cielo délia madré di Dio, c. 2, 3) , saint Alphonse de Liguori (Les gloires de Marie, 2^ p. Discours sur les Jetés, dise, 8.)
En France, l'Eglise de Paris avait coutume de lire, depuis 1540, le sermon suivant où l'Assomption corporelle de Marie est explicitement affirmée :
« La fête de la dormition de la sainte Mère de
Dieu et de son Assomption au ciel, en corps et en âme, repose sur l'autorité des saints, sur les arguments des théologiens, même sur les révélations, et sur le culte solennel qui lui a été rendu ; ceux qui sont de l'héritage du Seigneur doivent la célébrer. Il ne faut pas tenir compte du doute émis dans un écrit adressé à Paula et à Eustochium et attribué à Sophrone et à saint Jérôme ; car la conduite et l'autorité de notre Mère l'Eglise nous manifeste le contraire. Aussi, mes Frères, écoutez saint Augustin dire que personne n'est sage contre la raison, ni chrétien, s'il ne pense comme l'Ecriture, ni pacifique s'il n'est d'accord avec l'Eglise. L'Ecriture dit : Levez-vous, Seigneur, entrez dans le lieu de votre repos, vous et l'arche que vous avez sanctifiée. Le Seigneur s'est levé, non quant à sa divinité, ni quant à son âme, qui n'est point morte, mais quant à son corps qui, après de nombreuses souffrances, est mort, et ensuite est ressuscité. De même l'arche sanctifiée, c'est-àdire, Marie, pleine de grâce, est ressuscitée, comme son Fils, en corps et en âme. Saint Augustin nous l'apprend en ces termes : Il est nécessaire que le trône de Dieu, le tabernacle du Christ, l'habitation du Seigneur, c'est-àdire, le corps de Marie, soit là où est le Christ. Il est plus digne que ce trésor soit conservé dans le ciel plutôt que sur la terre. Le bienheureux Bernard nous le confirme par cette raison : Si le corps de la Vierge Marie n'avait point été enlevé au ciel avec son âme, mais restait caché sur terre, le Seigneur Christ semblerait avoir méprisé ou n'avoir pas suffisamment préservé l'honneur de sa mère, qu'il a cependant honorée et aimée au plus haut degré. Car les corDs des saints sont restés sur terre et
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les endroits où ils reposent sont connus ; aussi les chrétiens s y rendent-ils avec empressement pour les vénérer; ce qui est évident pour les corps des saints Pierre et Paul et des autres élus de Dieu; à combien plus forte raison les fidèles honoreraient-ils par de pieuses visites le corps de la Bienheureuse Marie, s'il était sur terre, et verrait-on de nombreuses foules de chrétiens accourir près de lui. Donc si le corps de la Sainte Vierge n'avait pas été enlevé au ciel avec son âme, mais restait caché sur terre, le Seigneur qui est son Fils et sa chair, aurait souffert que le lieu où reposerait le corps de sa Mère fût ignoré, alors que nous devons admettre qu'il mérite une vénération plus grande que les corps des autres saints, c'est-à-dire, l'hyperdulie. Dites, je vous prie, est-ce que Elie n'est pas élevé dans le ciel dans un char de feu, et la Mère de Dieu, serait victime de la corruption dans le tombeau? Non ; voici que l'Eglise, nous enseigne le contraire, et que sa prière universelle dit de la Vierge : Elle n'a pu être retenue dans les liens de la mort, celle qui a mis au monde son Fils, Notre-Seigneur incarné, Jésus-Christ. Si cela est vrai, il s'ensuit qu'elle a vaincu la mort, et qu'elle est montée au ciel avec son corps glorifié. Puisque après sa mort, son corps a été confié au tombeau, que les contradicteurs nous le montrent enseveli ; ou qu'ils avouent sa| résurrection. Bien plutôt, qu'ils prient et honorent avec nous la Vierge enlevée au ciel avec son corps, afin que, par son intervention, nous méritions d'être admis dans la même félicité glorieuse, où elle est entrée aujourd'hui, par la faveur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont le règne demeure dans les siècles des siècles (1). »
(1) Gaudin, toc. cit.. Appendice.
Vers 1668, à roccasion du renouvellement de l'exemplaire du martyrologe, un chanoine nommé Claude Joly, réussit à faire substituer au témoignage si formel que l'on vient de lire les paroles trop timides et théologiquement inexactes d'Usuard, malgré l'opposition de plusieurs docteurs de Sorbonne, surtout de Jacques Gandin, dont l'ouvrage a été déjà cité, et de Nicolas Billiard (Ladvocat), qui publia la même année 1670 ses Vindiciœ partkenicœ de vera assumptione corporea B. Mariœ. Les jansénistes parurent favorables au sentiment de Claude Joly, ainsi que ceux qui étaient plus ou moins suspects d'accepter leurs idées ; en 1727, un de leurs livres : La solide dévotion du Rosaire, enseignait qu'il fallait garder le silence sur l'Assomption et ne point honorer la Sainte Vierge par la témérité et le mensonge (1). Quelques historiens aussi, constatant le peu de valeur des récits apocryphes, et, d'autre part, oubliant qu'ils ne sont point le fondement de la croyance de l'Eglise et qu'ils sont étrangers à l'essence de la doctrine de l'Assomption, manifestèrent la même opinion, avec des réserves toutefois. Tillemont, qui penche visiblement vers le sentiment opposé à l'Assomption déclare parler « suivant les principes de l'histoire et non suivant ceux de la théologie, — et ne point se rendre juge de l'opinion qui semble reçue par le commun consentement des fidèles, que Dieu a ressuscité la Sainte Vierge » {2). Le grave historien a le tort de laisser croire ici, qu'une chose peut être fausse en histoire et vraie en théologie, et qu'on peut, à son gré, accepter ou nier la doctrine de l'Assomption.
(2) Mémoires. 1. 1, Notes sur la Sainte Vierge, n. xv.
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L'historien dominicain, Noël Alexandre, parut aussi douter du privilège de Marie, et fut blâmé par les supérieurs de son ordre. Alors il n'hésita pas à dire qu'il avait seulement voulu prétendre que l'Assomption n'est pas un dogme défini par l'Eglise : « D'ailleurs, ajouta-t-il, je n'ai point manqué au devoir de la piété, je n'ai point pensé qu'on pouvait révoquer en doute l'Assomption de la Vierge Mère de Dieu au ciel, avec son corps ressuscité. Bien plus, j'ai dit qu'on devait embrasser cette doctrine comme conforme à la piété et beaucoup plus probable à cause des raisons sur lesquelles elle s'appuie, parce que l'Eglise l'enseigne ainsi, de telle sorte que celui qui en douterait n'échapperait pas à la note de témérité (1). »
La controverse parisienne eut son pendant en Belgique, à l'université de Louvain, au déclin du xviii^ siècle . Mais là, comme à Paris, la thèse opposée à l'Assomption trouva de nombreux et savants contradicteurs ; elle heurtait trop le sentiment chrétien et la vraie théologie pour qu'il en fût autrement. Un professeur d'histoire, le docteur Marant, ne comprenant pas le caractère théologique du fait de l'Assomption, voulut le traiter comme tout événement historique ; au nom de ce qu'il croyait être la critique, il révoqua en doute la résurrection de Marie, d'abord dans des propos réitérés qui le firent accuser de témérité par le corps professoral de Louvain, puis dans un ouvrage qu'il publia malgré la défense du cardinal-archevêque de Malines et malgré les exhortations de ses amis et collègues, bien plus, contre le gré du gouverneur du Brabant. Son livre suscita plusieurs réfutations, entre
(1) Historia ecclesiastica, sœc. 2, c. 2, a. 3, s, 1.
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autres celle du jésuite Van den Driesch et des prêtres Van den Bavière et Salomon.
Le mécontentement était général dans l'université et dans tout le pays. Comme l'ouvrage avait été imprimé à la Typographie académique sans que les surintendants en eussent eu connaissance, l'auteur s'étant chargé de tous les frais, on décida, dans une assemblée des docteurs de l'université, « que le directeur de l'imprimerie ne pourrait dorénavant admettre aucun ouvrage quelconque, dût-il même être imprimé aux dépens de l'auteur, sans la connaissance et le consentement des surintendants de ladite imprimerie (1).» Tant avait été grand le scandale causé par le livre de Marant.
Il n'est pas sans intérêt de constater qu'à l'époque moderne, comme aujourd'hui, les églises orientales, séparées de Rome, gardent fidèlement la croyance à l'Assomption. Le concile grec tenu à Jérusalem en 1672, sous la présidence du patriarche Dosithée, dit c< que la Vierge très sainte qui a mis au monde le Dieu incarné sans rien perdre de son éclatante virginité, est montée au ciel en corps et en âme aujour de son Assomption (2) . »
Parmi les protestants eux-mêmes, il en est qui admettent l'existence et la convenance de l'Assomption. BuUinger dit formellement : «Nous croyons que la très pure chambre nuptiale de la Vierge Mère de Dieu et le temple du Saint-Esprit, c'est-à-dire, son corps sacré a été enlevé au ciel (3) . »
Le xix^ siècle occupe une place spéciale dans
(1) De Backer, Bibliothèque des écrwains de la compagnie de Jésus, i. V, p. 184-186.
(2) Hardouin, Acia conciliorum, xi, 199.
(3) Lib. erig. err. c. xvi.
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l'histoire de la doctr-ine de l'Assomption. Non^ seulement il témoigne en faveur de la croyance ; mais il contribue, sur ce point, au progrès du dogme, dont parle saint Vincent de Lérins. On ne peut omettre de signaler comme un des importants hommages de ce temps rendus au privilège de Marie, les discours qui, tous les ans, le jour de la fête de l'Assomption, de 1829 à 1855, furent prononcés, à Rome, dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, par les Pères Jésuites du Collège des Nobles (1).
C'est toujours la même affirmation de la gloire de la Sainte Vierge, présente au ciel en corps et en âme. Et l'enseignement oral des prédicateurs, s'exerçant sous la vigilance de l'Eglise, ne diffère point de celui des théologiens. Parmi ces derniers, il faudrait citer les noms du P. Mislei, jésuite ; du prêtre de Carlo de Naplcs ; de Mgr Scotti, archevêque de Thessalonique ; de Passaglia ; des rédacteurs de la Civiita cattolica, et de la Scienza e la Fede de Naples. Mais on doit se borner aux travaux spéciaux sur la matière. Le plus ancien, en date, est celui du P. Buselli, franciscain, publié à Rome, en 1863, et intitulé : La Vergine Maria vivente in corpo ed in anima in cielo^ ossia Dissertazione tlieo- Logico-storico-critica suUa dejlnibilita dogmatica délia corporea assunzione délia Madré di Z)/o, Rome, 1863.
Ici, se présente un nouveau point de vue de la question, celui de la possibilité d'une définition dogmatique pour le privilège de Marie. L'acte solennel de Pie IX déclarant que la doctrine de rimmaculée-Conception est révélée, avait porté les catholiques à sedemander s'il n'en est pas de
(1) De Backer, ^oc. ctf., p. 565, 566.
même pour l'Assomption, et à désirer un nouveau triomphe pour la Vierge ressuscitée. Cette préoccupation et ce désir ne feront que s'accentuer dans la suite.
A l'approche du concile du Vatican, Mgr Spaccapietra, archevêque de Smyrne, adressa à Pie IX une supplique, où il demandait au Souverain Pontife d'ajouter un nouveau fleuron à la couronne de la Vierge, par la définition dogmatique de l'Assomption.
Le même vœu était exprimé, en Angleterre, au mois de juillet 1869, dans les thèses dogmatiques, soutenues par le R. P. Hunter, au collège Saint-Bennon, de la Compagnie de Jésus.
L'Italie faisait alors le meilleur accueil au travail de D. Vaccari, moine de Saint-Paul, à Rome : De corporea Deiparœ assumptione in cœlum^andogmatico decreto de/iniri possit Disquisitio historico-critico-theologica. L'ouvrage le méritait ; et beaucoup des arguments invoqués par le théologien bénédictin, surtout de ceux d'ordre théologique, ont conservé leur valeur.
Dès le mois de février 1869, moins d'un an avant l'ouverture du concile œcuménique, la Civilta cattolica signalait le désir qu'exprimaient beaucoup de catholiques, de voir l'Assomption définie dogme de foi. On s'en émut en France. Voici comment l'illustre évêque de Nîmes, Mgr Plantier, répond à ces craintes : « Parce qu'une revue romaine a pu souhaiter que cette pieuse et universelle croyance ( de l'Assomption de la Sainte Vierge) fût élevée par acclamation, dans le concile, à la dignité d'un dogme défini, un journal prudent de notre France s'est presque scandalisé de ce vœu, qui semblait un acte de sainte étourderie. Comme si cette question
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n'avait jamais été abordée de près 1 Comme si répisco[)at n'était pas, depuis longtemps, en possession de tous les éléments nécessaires pour la trancher 1 Comme si déjà, de fait, elle n'était pas à ce point de maturité glorieuse où Pie IX saisit rimmaculée-Conception de Marie pour l'imposer à la foi des peuples (1) î »