L’INSUFFISANCE DU CONTRAT VIE
L'assurance sur la vie a apporté à la prévoyance, cette vertu intime de la plupart des hommes, de multiples et nouvelles possibilités avec une remarquable souplesse de moyens. Ainsi s'explique sa progression ininterrompue depuis plus d’un siècle. À chaque âge, pour chaque catégorie sociale, l'assurance sur la vie a donné au chef de famille une solution susceptible de lui permettre d'éviter aux siens, ou à lui-même, des jours soucieux. Opération utile pour celui que la fortune a favorisé, elle devient pour celui qui a charge d’âmes et qui ne peut compter que sur le revenu d’un labeur quotidien, un devoir d’autant plus impérieux que l’avenir lui paraîtra assombri par des difficultés économiques, sociales ou internationales de toutes sortes.
L'assurance sur la vie, sous toutes ses formes, et l'idée s’en impose un peu plus chaque jour, doit être considérée comme une nécessité vitale pour celui qui a {a responsabilité d’une famille, cette « cellule sociale », qu’il faut absolument conserver et que nul collectivisme, plus ou moins diffus, ne saurait remplacer.
Prenons donc un chef de famille. Il s'assure sur la vie. fl a choisi la combinaison la plus appropriée à ses moyens, en général, une assurance mixte, c’est-à-dire une police lui garantissant un capital immédiatement versé à ses ayant-droits, s’il décède, exigible pour luimême s'il est vivant au terme du contrat. Il s’est adressé à une compagnie qui jui offre une participation dans ses bénéfices, qu’il touchera chaque année ou qui sera capitalisée à son profit. Le capital et la prime sont fonction de ses gains annuels : il les augmentera, peutêtre, les années suivantes. Enfin, il a adopté des paiements fractionnés qui n’excèdent à aucun moment ses disponibilités. Désormais, son esprit est libre : il sait que les siens seront protégés. Son travail en sera meilleur. L'avenir s'ouvre devant lui « comme un large champ qu’il pourra labourer joyeusement.…. »
On ne nous contredira pas si nous disons combien cette image d'homme que l’assurance-vie a rendu joyeux et libéré de soucis, a pu servir de thème aux propagandistes de la première heure.
Seulement on oubliait l’élément principal de l’édifice. de prévoyance, la clé de voûte : la santé de l'assuré. Qu'il vienne à tomber malade, qu’un accident diminue sa capacité de travail ou même le condamne à un chômage forcé, et voilà le malheureux obligé de vivre et faire vivre les siens sur des économies improbables et, en tous cas, dans l’impossibilité de poursuivre le paiement de cette assurance dont il attendait la sécurité. Si Son contrat a plus de trois ans, tout n’est pas absolu-.
ment perdu : un capital réduit sera versé à son décès à ses ayant-droits. Ce capital réduit est sensiblement proportionnel au montant des primes payées par rapport aux primes exigibles : ainsi, s’il a assuré 50.000 francs par police de vingt ans, ses ayant-droits toucheront les 3/20°, soit 7.500 francs environ, à peine de quoi payer les derniers frais et les droits de succession. Peut-être même, aura-t-il eu besoin de cet argent pour couvrir le coût de sa maladie qui se prolonge : il rachètera son contrat. On lui offrira alors cette somme de 7.500 francs moins l’escompte des années restant à couvrir, environ 4.000 francs, somme inférieure au total des trois primes qu’il a versées. Si, gardant l'espoir tenace de guérir et de reprendre ses versements, il préfère emprunter sur son contrat, il lui sera prêté, au plus, 8.000 francs, à 6 ou 7 % d'intérêt. Que deviendront ces modiques sommes? Enfin, mettant les choses au pis, supposons que son contrat n’ait pas trois années d’existence, il perd alors absolument tout.
Certes, un assuré prévoyant l’est sur toute la ligne. L'assurance sur la vie n’est qu’une possibilité; en dehors d’elle, il a pu prévoir une épargne patiente qui l’aidera à franchir cette passe difficile. Mais, est-ce si aisé, quand les conditions de vie sont aussi onéreuses, d'économiser sur les dépenses quotidiennement nécessaires ? Certains le peuvent, mais, nous l’avons dit tout à l’heure, pour eux, l’assurance-vie est une opération, une combinaison dont ils tirent profit plus qu’une nécessité. La catégorie intéressante, ce sont les assurés dont l'épargne annuelle d’une prime d’assurance représente un effort. Ce sont aussi ceux-ci qui doivent être protégés contre une invalidité accidentelle ou morbide qui détruira d’un seul coup le bel édifice de prévoyance patiemment construit par eux et pour eux.
SECTION II