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ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL. — TRAVAUX DE SECOURS

Des œuvres de plus en plus nombreuses ont été entreprises parallèlement par les pouvoirs publics et par les particuliers.

$ Ier. — Œuvres entreprises par les pouvoirs publics.

À) Ateliers de charité de Turgot. — Une des institutions les plus remarquables à cet égard est celle des ateliers de charité organisés par Turgot en 1770 et 4771, lorsqu'il occupait le poste d’intendant de la généralité de Limoges. Les instructions que renferme son ordonnance sont absolument remarquables.

Les ateliers qu’il créa furent destinés à réparer ou à établir des routes, ils absorbèrent 85,009 livres en 4770 et 218,404 en 1771; en outre, il créa quelques établissements de filature qui coûtèrent 1,691 livres. Turgot, dans son rapport, se déclare en général satisfait de la quantité d'ouvrage accompli relativement à la dépense.

Lorsqu'il devint contrôleur général des finances, Turgot voulut étendre ce système de travaux de secours à toute la France et il fit paraître le2 mai 1775 son instruction pour l'établissement et la régie des

MT ee ateliers de charité dans les campagnes ; bien qu'il ait dû quitter le ministère un an après, le 12 mai 1776, son système fut continué dans une certaine mesure puisqu’une ordonnance royale du 27 juillet 1777 parle encore de ces ateliers.

Turgot préconisait le travail à la tâche ou tout au moins avec des salaires très faibles; en outre, les intendants devaient apprécier l'intensité de la misère et n’ouvrir de travaux qu’en rapport avec leurs évaluations; enfin une surveillance sévère devait être instituée (1).

B) Travaux de secours communaux. — a) En France. — Les résultats des travaux de secours pendant la révolution et les ateliers nationaux de 1848 firent rejeter pendant longtemps toutes propositions d'assistance par le travail sous l'initiative des pouvoirs publics ; toutefois, dans ces derniers temps, de nombreux essais ont été tentés par les communes et l'Office du Travail, en 1896, ne signale que vingt-deux départements où n’ont pas été organisés des travaux de secours. Le rapport donne le détail des travaux gxécutés par cent-cinquante-cinq villes, ils consistent en travaux de terrassements, plantations d'arbres, démolitions, æntretien ou établissement de routes, constructions d’égouts ou de murs, mais aucun ne présente une organisation industrielle.

b) En Angleterre. — En Angleterre, dans les

(4) Documents sur la question du chômage, pp. 84 et suiv.

DE ra districts agricoles et les petites villes, les ouvriers sans travail ne sont secourus dans le Workhouse (maison de travail) que contre une somme de travail, non rétribuée, qui est considérée comme équivalente aux frais de leur entretien.

À Londres et dans les grands centres, les gardiens (administrateurs des bureaux de bienfaisance) sont autorisés à employer les ouvriers sans travail, en dehors du Workhouse, à des travaux sous leur direction et leur surveillance directe.

Dans ce cas les assistés continuent à habiter leur propre domicile, mais la moitié du secours est encore distribué en nature (nourriture, chauffage, vêtements).

Les personnes ainsi secourues perdent leurs droits civiques pendant tout le temps qu'ils reçoivent ces SeCOurs.

En dehors de ce mode d’assistance permanent, on a eu recours fréquemment à des travaux de secours.

Ces travaux en Irlande donnèrent des résultats assez fâcheux et se terminèrent par une quasi-faillite (1).

Une expérience tentée pendant la crise cotonière de 1861 à 1866 donna des résultats assez satisfaisants; on s'adressait à une population assouplie au travail et bien que les travaux qu'on faisait exécuter n’eussent aucun rapport immédiat avec la profession de ces ouvriers; ceux-ci se plièrent très facilement à ces ouvrages et le rendement fut satisfaisant (2).

Le Local Goverment Board publiait, en 1893,

(1) Rapport Rawlinson, documents sur le chômage, p. 159. (2) Bibl., Documents sur le chômage, p. 163.

pag tte

les réponses que lui avaient adressées les districts ou paroisses ayant organisé les travaux de secours ; on peut les résumer ainsi : 26.770 ouvriers avaient été employés à des travaux de construction de route, cassage de pierres, balayage de rues, terrassement, transports de balast, travaux d’égout.

S IT. — Sociétés d'assistance par le travail.

À côté des travaux de secours organisés par les pouvoirs publics, nous pouvons placer les œuvres d’initiative privée qui ont plus spécialement reçu le nom de Sociétés d'assistance par le travail.

Le mode d'intervention varie beaucoup. En général, le travail demandé n’est en réalité que la pierre de touche pour reconnaitre si celui qui implore l’assistance n’est pas un paresseux qui ne trouve point d’ouvrage, parce qu’il n’en cherche pas (1).

(1) Certaines Sociétés ont admis un mécanisme fort ingénieux : les membres de la Société ont de petits carnets de bons de travail ; ils distribuent ces bons à ceux à qui ils veulent faire l’aumône ; ceux-ci se présentent dans une maison où le montant du bon n’est payé qu'après qu'ils ont effectué un certain travail.

Ces maisons n’offrent que des secours temporaires, et l’assisté n’a droit qu’au salaire que comporte le bon et qui est porté au compte de celui qui l’a délivré.

Cest sur ce principe qu'a été fondée, en 1899, la Société d’assistance par le travail de Marseille, sur le modèle d’une Société genévoise; sept Sociétés parisiennes et treize Sociétés provinciales en France ont admis cette méthode.

D’autres Sociétés admettent soit sur la recommandation d’un sociétaire ou de la police, soit après enquêtes directes.

Les travaux effectués consistent en général pour les hommes en confections de margotins; pour les femmes, en couture grossière. Fréquemment aussi on donne à faire des sacs en papier, des travaux de brosserie, des triages de toutes sortes, services de commissionnaires, elc.

Certaines font effectuer de véritables travaux industriels.

Travaux de cordonnerie :

Société de l'assistance par le travail, et la maison de travail pour jeunes gens de Paris, les Labours Homes de la Church Army (armée religieuse), en Angleterre.

Cannage de chaises :

Société de l’assistance par le travail de Seine-et-Marne.

Tuilerie :

L'Armée du Salut en Angleterre.

Maçonnerie :

Société de l'assistance par le travail de Seine-et-Marne.

Charpente :

Les Labours Homes de la Church Army, en Angleterre.

Travaux d’écritures :

L'assistance par le travail de Paris et celle de Marseille.

Blanchissage et repassage :

L'Hospitalité du travail de Paris, le refuge-ouvroir Pauline Rol-

land, Maison de charité de la rue Joly, à Toulouse.

Travaux de menuiserie :

L'Armée du Salut, et les Labours Homes de la Church Army,

ni pars en Angieterre; la maison de travail pour hommes, fondation Laubespin, à Paris; Assistance par le travail de Seine-et-Marne.

Fabrique de couronnes mortuaires :

Assistance des femmes par le travail de Lyon.

Enfin des travaux d’art :

L'association charitable des femmes du monde de Paris.

Cette Société laisse d'ailleurs le sollicitant libre d'effectuer le travail qui lui convient et ne s'occupe que de la vente.

Il en est de même de l’œuvre de charité par le travail de Paris.

Quelques institutions ont tenté de ramener les ouvriers vers les campagnes.

Telles sont la colonie agricole de la Chalmelle de Paris ; la recons” litution de la famille de Sedan ; le Tannenhof dans le canton de Berne en Suisse; les vingt-six institutions du pasteur von Bodelschwingh en Allemagne, mais comme on y admet tout le monde, sans enquête préalable, elles sont le réceptacle surtout des hommes sans aveu et les Allemands les appellent Ein Zuflucht des Elenden (un refuge de misérables) ; les colonies Belges, dues à l'initiative individuelle, mais placées aujourd’hui sous le contrôle du Gouvernement, dans lesquelles les colons sont divisés en quatre sections sans aucun contact, suivant la moralité des individus.

Les colonies Hollandaises cherchent à relever la famille entière en fondant de petites colonies indépendantes où chaque famille a sa maisonnette. Le travail est conduit par des hommes expérimentés jusqu’à ce que l’on estime que la famille est capable de diriger seule son exploitation; ils doivent alors payer un fermage dans lequel est compris l'amortissement du capital.

D’après les rapports, ce système serait beaucoup trop onéreux.

L'armée du Salut a également fondé une colonie agricole, en Angleterre, pour ceux qui n’ont pas trouvé de travail; la discipline y est très sévère.

En Amérique, certaines Sociétés louent ou achètent les terrains

— M — vagues aux environs des villes et les donnent à cultiver aux sans

travail (Journal des Economistes, p. 231, année 1897. Ces œuvres ont donné en général un rendement assez important.

SECTION II

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