CRITIQUE DES ŒUVRES D'ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL OU TRAVAUX DE SECOURS
Il ressort de cet aperçu que l’attention des pouvoirs publics et des particuliers s’est vivement reportée depuis ces dernières années surtout (les ‘institutions dont nous avons parlé n’ont en général pas plus de dix ans d'existence), vers les travaux de secours et les œuvres d'assistance par le travail. Certes c’est là une forme bien plus digne que l'assistance pure et simple, mais ces institutions présentent à des degrés plus ou moins grands des inconvénients qui semblent équilibrer les avantages qu’elles offrent :
1° Elles font concurrence au travail libre. — Malgré tous les arguments que l’on peut objecter, ce fait est indéniable. La fabrication des margotins, des sacs de papiers, des articles de brosserie, etc., tous ces travaux, dit-on, ne font pas de concurrence sérieuse aux ouvriers. Ces professions existaient cependant, et étaient en général la ressource de certains ouvriers ayant à subir de fréquentes périodes de chômage ou d'ouvriers à moitié infirmes. Ces travaux étaient exécutés chez soi, et bien que fort peu rémunérateurs, ils étaient d’un grand secours pour ceux qui s’y livraient.
CEMYOTUE
En ce qui concerne les travaux de femme, on peut faire la même critique. L'ouvroir absorbe et absorbera, à peu près complètement, le travail de lingerie libre.
Si nous passons aux travaux de secours, à part les travaux de déblaiements de. neige, tous les autres travaux regardent des professions spéciales et, au point de vue du patronat comme au point de vue ouvrier, on vient exercer une concurrence contre ces professionnels qui peut être désastreuse pour eux.
Si nous envisageons les travaux qualifiés (1), les conséquences sont bien plus évidentes et les arguments présentés plus haut contre les ateliers d'Etat se retrouvent ici avec toute leur force.
Il n’est pas jusqu'aux colonies agraires qui n’aient fait soulever d’énergiques protestations. Les journaux anglais de juillet 1894 signalaient les réclamations des agriculteurs situés dans les villages environnant la colonie agricole de l'Armée du Salut.
L'Armée baissait le prix des produits des paysans au-dessous de leur valeur normale.
Il serait assez désastreux que ces œuvres présentent comme conséquences de nuire à ceux qui ne cherchent qu’à vivre en travaillant, et pour soulager le malheur de quelques-uns d’une valeur souvent douteuse, il serait terrible de rejeter un grand nombre de vaillants citoyens dans la misère.
% Ces œuvres n'offrent guère leur secours qu'aux
(1) On désigne ainsi les travaux relatifs à une profession déterminée.
RAS Le TER plus mauvais éléments de la Société. — A part certaines œuvres absolument spéciales, il est un fait constant dans les rapports sur les travaux de secours et les œuvres d'assistance, c’est que fort peu de véritables ouvriers s'adressent à elles.
3° Ces œuvres coûtent fort cher, vu les résultats qu'elles offrent. — Les travaux que l’on peut faire exécuter ne peuvent guère être que très grossiers, par suite de l’inexpérience des ouvriers, et par suite ne peuvent se vendre qu’à très bas prix, étant inférieurs aux produits similaires.
Le mauvais recrutement ne permet pas d'accomplir sérieusement et rapidement l’ouvrage; on sait combien quelques mauvais ouvriers exercent une influence funeste dans un atelier; il est aisé de juger quels résultats peuvent offrir des ateliers où les mauvais éléments forment la majorité.
L'inaptitude des ouvriers pour les travaux non conformes à leur profession leur permet de soustraire leur paresse à toute surveillance, et les rapports signalent presque tous, dans les travaux à la tâche, l’action funeste de la majorité des paresseux limitant par la menace etles voies de fait même la production de ceux qui cherchent à accomplir plus rapidement leur tâche (1).
(1) Nous sommes loin de partager l’optimisme que M. Berthélemy manifeste dans son rapport présenté à la Société d'économie politique de Lyon, le 22 janvier 1892. Examinant, en effet, le rôle social des Sociétés d’assistance par le travail, il constate qu’elles