PRÉFACE
A4 on ami Georges Buisson me demande de présenter ce « guide de l’assurance-vieillesse » au grand public des assurés pour lequel il a été écrit. Je suis très flatté de la demande, mais un peu gêné. Comment dire, en toute simplicité, sans enfler le ton au-dessus de celui que V auteur a voulu donner à son œuvre, tout ce que je pense de cette nouvelle publication si riche de substance sous sa mince enveloppe. Si j’y réussis mal, qu’on en excuse mon amitié.
Cette étude s’institule modestement : Guide de l’assuré. Certes, l’assuré qui veut se renseigner sur ses droits et les moyens de les réaliser, en matière d’assurance-vieillesse, ne saurait avoir de meilleur guide que Georges Buisson.
D’abord, celui-ci a la manière. Tous ceux qui ont connu les débuts difficiles — ne disons pas autre chose — de l’application de la loi, ont encore dans la mémoire cette si savoureuse brochure intitulée ; Pour connaître les Assurances sociales ?
L’auteur procédait par questions et réponses, questions simples, claires, précises, réponses pareillement simples, claires et précises qui mettaient les textes rébarbatifs et si souvent obscurs, à la portée de tous. Il reprend la méthode, aujourd’hui, et répond à toutes les questions que l’assuré, qui voit approcher Vâge de la retraite, peut se poser. Avec la même maîtrise, la même précision, la même élégance qu’en 1930, Georges Buisson fait, pour les
assurés, le même tour de force de tout dire, en se jouant , et sans y paraître.
Mais la manière de Georges Buisson a le don de séduire Vinitié autant que le profane. C'est que celle-ci dissimule, avec art, toute Vexpérience de l'homme qui a vécu la vie des Assurances sociales depuis ses premiers balbutiements, si j'ose dire, jusqu'à ce jour .
D'autres, pendant ce temps, profitaient des Assurances sociales pour y trouver, ceux-ci des satisfactions de vanité , ceux-là leur pitance de folliculaires stipendiés. D'autres se jetaient sur elles, comme sur des cymbales o publicité, exploitant les moindres incidents, pour en faire de la matière à étaler, bruyamment, leur ignorance des choses et des hommes. Georges Buisson, lui, sans bruit, sans bluff, travaillait. Et il était partout où il fallait faire comprendre et aimer la conception ouvrière des Assurances sociales, dans les réunions publiques ou privées, dans les congrès ouvriers et aussi là où il fallait la défendre et la faire triompher.
Ceux qui l'ont vu au Conseil supérieur des Assurances sociales, au Conseil d'administration de la Caisse interdépartementale de la Seine, à la direction de la Caisse de capitalisation « Le Travail » savent tout ce que la nonchalance apparente de l'homme qui, tout en fumant son éternelle cigarette, écoute toujours, parle parfois, ne bavarde jamais, cache de fermeté, de clarté d'esprit, de sens réaliste de l'opportunité. Que de fois il m'a fait songer à ceux que, dans l'ardeur généreuse de la jeunesse ou l'impuissance hargneuse de la maturité, ont trop facilement tendance à ne voir dans toute politique syndicale de présence qu'une faiblesse de collaboration. Ceux-là devraient bien suivre, comme je l'ai fait, moi-même, souvent, Georges Buisson dans ces conseils, ces comités, ces réunions où il
s’agit de défendre les conceptions ouvrières contre toutes les embûches, tous les pièges tendus. Peut-être prendraient-ils plus de respect sinon d’admiration pour cette besogne ingrate mais si utile à la classe ouvrière.
Et quand il a fait cette besogne chez les adversaires, l’homme revient vers ses camarades et, sans forfanterie, riche de toute son expérience, de toutes ses connaissances, il se pose pour eux la question, la première de sa nouvelle brochure ; Je sais que la loi sur les Assurances sociales accorde aux assurés des avantages en cas, de maladie, de maternité, d’invalidité, qu’elle verse un petit capital au décès et qu’elle assure la vieillesse. Voulez-vous me renseigner sur cette dernière branche de l’assurance ?
Sur cette question, il me semble le voir, dans son bureau enfumé de la rue Lafayette, tournant son visage vers nous, dans un sourire où se joue toute l’ironie socratique, prise à rebours , et répondant simplement de la voix calme de l’homme sûr de lui-même : Bien volontiers. Que désirezvous savoir ?
Certes, cet immense labeur si fermement et si simplement poursuivi a ses récompenses.
Je suis sûr que notre ami Georges Buisson, quand il signera le bon à tirer de cette petite brochure, dont j’ai sous les yeux les bonnes feuilles, pourra songer avec une petite pointe d’orgueil, bien légitime :
« La voilà donc arrivée cette dernière étape de l’application des Assurances sociales en France: assurance maladw-maternité en 1930, assurance-invalidité en 1932, assurance-vieillesse en 1935 ! nous pouvons nous retourner vers le chemin accompli. Ah! certes , il reste encore beaucoup à faire, mais, nous, qui savons toutes les résistances qu’il a fallu vaincre pour en arriver là, nous avons le droit d’être satisfaits et de regarder l’avenir avec confiance... »
Mais non, je le connais! Georges Buisson est si modeste, si éloigné de toute vanité, qu il ne pensera même pas cela et qu il se contentera, après un dernier coup d'œil au petit livre , de reprendre et de poursuivre simplement sa tâche quotidienne.
Mais ceux qui savent ont bien le droit, je pense, de penser ces choses et de les dire , pour lui, comme je le fais, amicalement , ici .
Etienne AnTONELLI,
Professeur cl’Assurances sociales au Conservatoire national des Arts et Métiers.