‹ L'Astrologie chez les Gallo-RomainsChapitre 1 sur 151 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

H. de la VILLE de MIRMONT

PROKESSEtR A LA FACULTÉ DES LETTRES DE l’uNIVERSITÉ DE BORDEAUX

Bordeaux :

FERET & FILS, ÉDITEURS, i5, COURS DE LTNTENDAÎSCE

Grenoble : A. Gratier et C‘% a3, Gra^'îd’Rue Lyon : Henri GEORG, 36-4a, passage de l’Hotel-Dieu Marseille: Paul RUAT, 54, rue Paradis | Montpellier: G. GOULET, 5,Grand’Rue Toulouse : Édouard PRIVAT, 45, rue des Tourneurs

Paris :

A. FONTEMOING, Libraire des É COLES FRANÇAISES d’AtIIÈNES ET DE RoME

4, RUE Le Goff

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L’ASTHOLOGIE

Les écrivains gallo-romains, païens ou chrétiens, donnent sur l’astrologie des renseignements nombreux, qui prouvent ([ue les doctrines de cette science divinatoire étaient parfaitement connues et communément pratiquées dans la Gaule romaine.

Dès le i" siècle de l’èrc chrétienne, Pline l’Ancien mentionne un médecin de Marseille, Crinas, qui traite ses malades suivant les lois de l’astrologie et qui mérite le nom à'iatromathémalicien. Crinas est d’origine grecque, et Marseille n’appartient pas à la Gaule proprement dite; mais, à la fin du ni® siècle, nous connaissons un Gallo Romain originaire du pays des Ilaedui (territoire entre la Loire et la Saône), domicilié dans une ville d’Aquitaine, Aejuae Tnrbellicae (Dax), Caecilius Argicius Arborius, qui exerce avec succès et profit la profession d’astrologue. Au IV® siècle, le petit-fils d’Arborius, le poète bordelais Ausone, s’occupe souvent d’astrologie dans ses œuvres.

A l’époque d’Ausone, parmi les personnages du Querolus, comédie d’un auteur gallo-romain, qui fut jouée sinon à Bordeaux, du moins dans une ville du sud-ouest de la Gaule, se trouve un astrologue, Mandrogéronte, dont le rôle est très important. Toute comédie de mœurs emprunte .ses personnages à la société contemporaine: pour que l’astrologue ait sa grande place dans le Querolus, il huit (pie l’astrologie ait été aussi en faveur dans la société gallo-romaine du iv® siècle après .lésus- Christ que la science auguralc et l’haruspicine l’avaient été à Rome au vi® et au vu® siècle de la République, alors (jue

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Vllario'lus i et VAugur doniiaieiil leurs noms, l’un à une palUata de Naevius, l’autre à une togala d’Alranius.

Ap rès le temps d’Ausone, le Gallo-Romain G. Sollius Apollinaris, qui vécut de 43o à 488, et qui fut, à partir de 472, évêque de Clermont en Auvergne, fournit des indications précieuses et abondantes sur l’état des croyances astrologiques en Gaule au v“ siècle. Si l’évêque doit condamner la science suspecte, le lettré curieux et très instruit connaît à fond tous les traités sur la matière, ceux qui nous sont parvenus et ceux qui ont disparu: il est l’ami d’un grand astrologue, Anthedius; il possède si bien le vocabulaire technique, verba malheseos, qu’il offre à son ami Polemius, par manière de badinage, de lui composer un épitbalame astrologique.

Au temps de Sidoine Apollinaire et après lui, d’autres auteurs gallo-romains, plus ecclésiastiques et moins tolérants que l’évêque de Clermont, combattent énergiquement les doctrines astrologiques.

Prosper d’Aquitaine, qui mourut en 464, attaque, dans son poème De Providentia (v. 625-720), la croyance aux natalia sidéra.

Un contemporain de Sidoine et de Prosper, Glaudius Marins Victor, dans ses Commenlarii in Genesim (lib. 111, v. io5-i48), soutient que l’astrologie a été créée par le démon.

Au commencement du vi“ siècle, l’Arverne Alcimus Ecdicius Avitus, évêque de Vienne depuis 4go, mort vers 525, fait entrer dans le livre II de son poème De Spiritalis hisioriae geslis (v. 277-825) une violente diatribe contre l’astrologie.

On peut encore trouver des polémiques semblables dans les ouvrages des derniers Gallo-Romains qui font la transition entre le Bas-Empire et le Moyen-Age. Il est évident que si la science hétérodoxe n'avait pas eu de nombreux adeptes dans les Gaules, les écrivains ecclésiastiques ne se seraient pas donné la peine de la combattre si souvent et si longtemps.

Avant d’aborder l’étude des doctrines astrologiques chez les Gallo-Romains, il convient de rechercher les origines et d’indi quer les progrès de cette science divinatoire dans les Gaules.

1. llariolus, comme haraspex, vient du mol liaru, qui signifie «entrailles».

l’aSTKOI.OGIE ClIE/ EES fiAIXÜ-HOM.UXS

Le druidisme et l’astrologie. - Les druides et Pythagore. - Les pratiques druidiques et VAugurium. - Le druide Diviciac. L’astrologie n’a jamais fait partie des disciplines du druidisme. — Rien ne prouve que les druides de la décadence aient ete des

astrologues.

L’opinion la plus ancienne et la plus généralement répandue est que l'astrologie était pratiquée par les druides et les autres prêtres gaulois longtemps avant la conquête romaine.

H Histoire littéraire de la France p

tins de la Congrégation de Saint-Maur » est très alfirmative à ce propos : « Les euliages ou eahages d’Ammien Marcellin ne sont autres, dans le fond, que les vales de Diodorc de Sicile et de Strabon. Car il est certain que ces trois historiens leur attribuent les mêmes fonctions, qui étaient de sonder les seerets de la nature et île les faire connaître aux autres ; ce qui regarde la physique, les divinations, 1 astrologie jndiciaiie et la magie... Les druides étaient tout ensemble les prêtres, les philosophes, les théologiens, les jurisconsultes, les médecins, les rhéteurs, les orateurs, les mathématiciens, les géomètres, les astrologues et peut-être même les magiciens des Gaulois >. » Henri Martin donne à peu près les mêmes renseignements sur les ovates, classe inférieure, et sur les druides, classe supérieure des prêtres gaulois: «Ils [les ovales] étudient les lois secrètes qui relient les phénomènes de la nature, les mystères de la terre et des astres; ils prévoient l’avenir et interrogent les volontés des puissances divines dans le vol des oiseaux, les entrailles et le sang des victimes; ils célèbrent les sacrifices puldics et privés; ils guérissent les maladies. Ce sont à la fois des augures, des aruspices, comme ceux des Romains, et des physiologistes, selon l’expression grecque, des hommes voués

I. Histoire littéraire de la France, l. I, partiel, Paris, 1733: ((Siècles (jni ont pr(îct'd(j la naissance de .lésus-Clirist. ftal des lellrcs dans les Gaules durant ces Icinps-là, » p. 3(j et 3^.

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aux sciences naturelles, toujours mêlées de magie dans l’antiquité qui n’a pas encore reconnu que l’Etre suprême gouverne les choses physiques par des lois immuables, et qui croit les phénomènes modifiahles par l’action arbitraire de puissances inconnues... Eux aussi [les druides proprement dits, qui sont au-dessus des ovates] connaissent le mouvement des astres, la ligure et les proportions de la terre et du monde et les propriétés des choses ». »

Henri Martin rappelle encore « la tradition si accréditée des relations de Pythagore avec les druides, tradition appuyée sur une étroite affinité de doctrines métaphysiques et scientifiques =». » Dans les Éclaircissements 3 qui terminent le tome I*' de V Histoire de France, il fait des druides les initiateurs de Pythagore : (( On ne peut guère douter que les druides n’aient eu les mêmes connaissances et les mêmes opinions astronomiques que Pythagore, et il y a grande apparence qu’il les tenait d’eux. »

Les auteurs anciens admettaient bien l’existence des relations entre la religion des Gaulois et les dogmes de Pythagore, mais ils attribuaient ces relations à l’influence du philosophe sur les druides.

Dès le commencement de l’Empire romain, un historien grec, contemporain de César et d’Auguste, Diodore de Sicile, y fait allusion dans sa Bibliothèque historique. Il constate que les Gaulois ont des philosophes et des théologiens très honorés qu’ils appellent druides^, qu’ils professent pour la vie le mépris le plus profond, et qu’ils admettent le dogme de l’immortalité et de la transmigration des âmes : il conclut que ces croyances leur viennent du système de Pythagore 5.

Au IV'' siècle, Ammien Marcellin, qui vécut de 33o à 4oo, parle lui aussi de l’influence de Pythagore sur les druides; il emprunte tous les renseignements qu’il donne sur les

1. Henri Martin, Histoire de France, quatrième édition, Paris, i855 ; t. I, p. 5g et Ci .

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