Henri Martin, ouvr. cité, t. 1, p. 8i
3. Henri Martin, ouvr. cité, t. 1, Éclaircissements, n® X, p. ^73 : «Sur l’astronomie des druides et leurs aflinitcs avec Pythagore et Numa. »
4. Diodore, V, xxxi, 2 : «PtXodopoi' te tivé; sim xa\ 9£o),6yoi irspiTTôüî Ti[xtü[iEvoi o\iî ôpoui'ôa; ôvoiAocÇouffi.
5. Diodore, V, xxviii, 6 : ’Evkt'/Ûei yàp uap’ «Otoî; ô HuOayôpou )>ôyoç.
l’astrologie chez les gallo-romains 9
Gaulois à un historien grec qui est peut être antérieur à Diodore, à Tiinagène d’Alexandrie*, ami de Pollion, rénovateur, au dire de Quintilien % de l’art d’écrire l’histoire. Audessus des bardes, qui célébraient les grandes actions par leurs chants héroïques, et des euhages, qui scrutaient et essayaient d’interpréter la série des sublimes mystères de la nature 3, les druides, dit Ammien Marcellin, « les druides dont le génie était plus haut, attachés à des communautés dont t’influence de Pythagore avait fixé les statuts, tendirent leurs esprits vers l’étude des questions sublimes et occultes, et, par mépris des choses humaines, déclarèrent l’âme immortelle A »
Des écrivains postérieurs à Diodore et à Timagène donnent même le nom du disciple de Pythagore qui aurait porté en Gaule les doctrines du maître : ce serait, d’après Origènes, le Gète Zamolxis, esclave, puis élève du philosophe, civilisateur enfin de ses propres compatriotes et, après sa mort, honoré par eux comme un dieu 6. M. Bouché-Leclercq a fait justice des innombrables légendes qui ont trait aux voyages de Pythagore ou de ses disciples chez tous les peuples dont les doctrines philosophiques et religieuses ont quelque rapport avec le pythagorisme : « Pythagore a passé partout où il y avait quelque chose à apprendre. On le conduit chez... les druides de la Gaule, de façon que sa philosophie soit la synthèse de toutes les doctrines imaginables'^. »
Or, à lepoque où ces légendes se sont constituées, il faut remarquer que Pythagore était considéré comme le grand maître des ou astrologues. C’est donc, semble-t-il,
sur les prétendus rapports de Pythagore astrologue avec les
1. Ammien Marcellin, XV, ir : Timagenes et diligentia Graecus et liiigua.
2. Quintilien, Inslit. Orat., X, i, 76 : Timagenes vel hoc ipso est probabilis quod intermissam historias scribendi induslriam nova lande reparavit.
3. Ammien Marcellin, XV, is : Euhages vero scrutantes serièm et sublirnia naturae pandere conabantur.
Ammien Marcellin, XV, ix : Druidae, ingeniis celsiores, ut auctoritas Pylhagorac decrevit, sodaliciis adstricti consortiis, quaestionibus occuUarum rerum altarumque erecti sunt, et, despeclantes huinana, pronuntiarunt animas immortales.
5. Origène, édition des Bénédictins, Paris, 1733-1759, vol. I, p. 3, 802, 90G.
G. Hérodote, IV, xciv-xcvi; Strabon, VII, m, 5; XVI, ii, 39.
7. A. Bouché-Leclercq, L’Astrologie grecque, Paris, 1899, p. 5.
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druides que l’on établit rexisleiice de l’astrologie parmi les disciplines druidiques.
Mais que l’on fasse attention aux textes que j’ai cités : Diodore de Sicile dit simplement que la croyance des druides à l’immortalité de l’ame est attribuée à l’influence de Pytbagore; d'imagène rapporte que les sodalicia des druides ont été institués suivant les règles de Pytbagore. Ces deux auteurs ne disent nulle part que l’astrologie ait été enseignée aux prêtres gaulois par le philosophe de Samos.
Au demeurant, aucun texte précis ne nous permet d’aflîrmer que les druides aient pratiqué l’astrologie, M. Fustel de Coulanges le fait remarquer avec raison : « Sur les vieilles croyances druidiques nous ne possédons aucun livre sacré, et notre unique renseignement à cet égard est qu’il n’en existait pas I . »
A défaut de documents fournis par les druides eux-mêmes, les textes latins ou grecs sur lesquels se fondent les Bénédictins nous permettent-ils de conclure que les druides, comme le prétend VHistoire littéraire de la France, étaient « les astrologues des Gaulois » ?
On cite un passage de César : « Les druides discutent beaucoup de questions sur les astres et leurs mouvements, sur la grandeur de l’univers et de la terre, la nature des choses, la force et la puissance des dieux immortels, et ils transmettent à la jeunesse les doctrines qui résultent de leurs discussions »
Sous le règne de Caligula ou sous celui de Claude, un contemporain, peut-être un parent de Sénèque, l’Espagnol Pomponius Mêla, au livre 111 de son ouvrage De Chorographia, première description de l’ancien monde qui nous soit parvenue, parle lui aussi des études des druides sur le mouvement des astres : « Les Gaulois ont une éloquence qui leur est propre et des maîtres de morale, les druides. Ceux-ci font profession de connaître la grandeur et la forme de la terre et
1. Fustel lie Coulanges, l\evue Celtique, l. IV, i87<)-i88o, p. 37-59: «Gomment le druidisme a disparu, » p. ^6.
2. César, De liello Gallico, N I, xiv, 6 : MuUa praeterea de sideribus algue eoruin motu, de inu'idi ac lerrnrum magnitudine, de reruin natura, de deoruin immortalium vi ac poteslate disputant et juventuli tradunt.
l’aSTHOLOGIE chez les GALLO-HOMAnS
du monde, les mouvements du ciel et des astres et toutes les volontés des dieux*. »
Fustel de Coulanges rapproche et discute les deux textes de César et de Pomponius Mêla : « César remarque qu ils disputent sur le cours des astres, sur la forme et la grandeur de la terre. 11 est vrai que disputer sur le cours des astres n’est pas nécessairement connaître les lois de l’astronomie... Pomponius Mêla dit qu’ils prétendaient (profitentur) connaîtie le cours des astres et la volonté des dieux. Était-ce astronomie ou astrologie? S’agissait-il de science, de poésie, ou simplement de divination et d’augurat? C’est ce qu’on ne saurait
dire=*. »
Je ne crois pas qu’il se soit agi d’astrologie ; les druides étudiaient le cours des astres, sans prétendre en tirer des pratiques divinatoires; leurs moyens de divination se rappiochaient beaucoup de ce que les Romains entendaient par auguriurn. Nous connaissons, en ellet, par César et par Cicéron, un druide qui a été l’ami du proconsul des Gaules et 1 bote du <;rand orateur, le druide Diviciac, à qui nous devons piobablement tout ce que les Commentarii de Belto Gattico nous apprennent sur le druidisme. Diviciac « est un théologien, un philosophe, un sacrificateur et un augure. Il a appris les vertus des dieux, les lois des choses, la science de lavenii. Cicéron s’est entretenu avec lui des révolutions de la nature, et César des révolutions humaines «3. Diviciac est un augure; •ce n’est pas un astrologue. « Ce grand homme, dont César ne parle jamais qu’avec éloges, — disent les Bénédictins^, se mêlait de pénétrer dans les secrets de l’avenir tant par le moyen (les augures que par les autres sortes de divinations. » Dans le De Divinatione, Cicéron se fait dire par son frère Quintus : « Les nations barbares elles -memes n’ont pas négligé les
/ I. Pomponius Mêla, III, ii : Ilahent tanien et facundiam suam magistrosque sapientiae druidas. lli terrae miindique magniludinem et forrnam, motus caeli ac siderurn et quid dii velint, scire profitentur.
2. Fustel de Coulanges, Revue Celtique, article cité, p. 5.3.
3. C. .lullian, druide Divicinc (Fievue des Études anciennes, t. 111, n" 3. juilletseptembre if)oi, p. 2o5-iio). — Voir tout ce travail définitif sur le seul druide dont nous connaissions le nom et l'iiistoire.
4. Histoire littéraire de la France, t. 1, partie I, p. ^6 Cl 97.
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inélliodes de divination. La Gaule a ses druides parmi lesquels j’ai connu l’Héduen Diviciac, ton hôte et ton panégyriste, qui faisait profession de savoir les lois de la nature, de posséder cette science que les Grecs nomment physiologie, et qui disait prévoir l’avenir, partie par les augures, partie par conjecture". »
Strahon nous indique ce qu’il faut entendre par cette (pujioÀovi'a qui était au nombre des sciences druidiques. Le géographe distingue les bardes (|3âpooi), qui sont les chantres sacrés, les ovates (oùaTstç), devins qui président aux sacrifices et interrogent la nature (IspoTrctoi -/.al çuatoAôvct), et les druides qui croient à l’immortalité des âmes et à celle du monde (xoOxp-c'j.; SI /J'fo’jcji Txç '\i'~^yxq v-xl xcv y.ôcr[j!.ov), et qui, en outre de la physiologie ou philosophie naturelle, professent l’éthique ou philosophie morale ("poç ç'ju'.oXoY’ia xal xv;v rfiv/.r,'» ç’.Xoxoç/îav
àr/.0J3'.)2.
Quant aux procédés divinatoires dont usait Diviciac, il est bien évident que Cicéron n’aurait pas fait d’un astrologue son hôte et son ami. On sait combien l’auteur du De Divinatione
méprise l’absurde science astrologique, qui est chaque jour démentie par les faits, quelle pitié il manifeste à l’endroit des hommes assez crédules pour ajouter foi aux astrologues’*. 11 prête à son frère Quintus le même dédain pour les augures Marses, qui étaient de simples sorciers, les haruspices de village, les astrologues qui donnaient leurs consultations aux environs du Circus Maximus, les prêtres d’Isis qui disaient* la bonne aventure, et les gens qui faisaient profession d’interpréter les songes^'.
I. Cicéron, De Divinatione, I, xli, t)i : Eaque divinationum ratio ne in barbaris quidetn gentibus neylecta est : si qiiidem et in Gallia druidae sunt, e quibus ipse Diviciacum Haeduuin, hospileni tuum laudatore nique cognovi, qui et naturae rationem, quam çuffioXoyt'av Graeei appellant, notam esse sibi profitehatur, et, partiin auguriis, partiin conjectura, quae essenl futuru dicebnt.
■J. .Strabon, IV, iv, 4.
3. De Divinatione, II, xlvii : Quo quid potest dici absurdius ? . . . O vim maxitnam erroris !... Sed quid plura? Cotidie refelluntur ! ... Ut mihi permirum videatur quemquam exstare qui etiain nunc credal ib quorum praedicta cotidie videat re et eventis refelli.
4. De Divinatione, I, lviii, i3a : Non habeo denique nauci Marsum angurem, non vicanos haruspices, non de circo astrologos, non Isiacos conjectores, non interprètes somniorum. — Cf. Horace, Sat., 1, vi, v. ii3 : Fallaceni circuin, vespertinumque pererro Saepe Forum, adsisto divinis (les devin.s, astrologues ou autres; cf. Cicéron, De Falo, VIII, i5 : Chaldaeos ceterosque divinos).
l’.VSTROLOGIE chez les gallo-rom uns IJ
Si l’astrologie avait été au nombre des superstitions druidiques, Cicéron n’aurait pas man(|ué d’en parler dans le violent réquisitoire qu’il prononce contre les Gaulois, quand il plaide pour Fonteius : les Gaulois font la guerre aux dieux des autres nations*; ils ont l’impiété de prétendre apaiser leurs propres dieux par de détestables sacrifices humains». Mais l’avocat de Fonteius n’ajoute pas qu’ils aient recours aux prati(pies insensées et condamnées de l’astrologie.
Les procédés divinatoires des Gaulois en général, comme ceux de Diviciac en particulier, se rapprochent de V aagurium romain. Cicéron, membre du collège des Augures, ne pouvait que faire preuve de sympathie et d’estime pour ses collègues gaulois.
Les pratiques augurales existaient depuis longtemps en (îaule; nous le savons par un historien latin, à peu près contemporain de Tite-Live, Trogue Pompée, qui, originaire par ses ancêtres du pays des Voconces (département de la Drôme), devait bien connaître les traditions gauloises. L’abréviateur de Trogue Pompée, Justin, rapporte que, dès les temps les plus reculés, les nations gauloises se confiaient à Vaugiiriiun dans les conjonctures les plus graves. A propos de la fondation de Mediolanum par les émigrants que conduisait Bellovèse, vers l’an 600 avant l’ère chrétienne^, Justin dit : « Une partie d’entre eux, guidés par les oiseaux (car, de tous les peuples, les Gaulois sont les plus instruits dans la science augurale), pénétrèrent jusqu'aux golfes d'illyrie, au travers des barbares qu’ils massacraient^. » Tite-Live, qui raconte le même fait, dit aussi que les Gaulois allèrent chercher un autre séjour dans le pays que les dieux leur désignaient par les augures^.
I. Pro Fonteio, xiii, 3o : Cum ipsis diis iminortalibus bella gesserunt.
•J. Pro Fonteio, xiv, 3i : Quando aliqao melu addneti deos placandos esse arbilrantar, huninnis hostiis corum aras ac Icmpla funestant, ut ne religionein quidem eolere oossint nisi eain prias seelere violarint.
3. yVmcdéc Thierry {Histoire des Gaulois, liv. I, chap. i) place cette expédition vers l’an Goo;Th. Mommsen {Hôniische Geschichte, liv. II, chap. iv, traduction de Gnerle, l. Il, p. i6), vers l’an ,'|Oo; Maximin ndochc {Communication <i l’Académie des [nscriptions, 38 juillet 187G), vers l’an 53^1. Quelles que soient les divergences d’opinion des érudits, la date n’en est pas moins très ancienne.
i. Justin, XXIV, IV, 2 : Ex bis [Gallis] portio... lllyricos sinus, duribus avibus (nam augurandi studio Galli praeter ceteros callent), per strages barbarorum penetravit,
5. Tite-Live, V, xxxiv : ...in quas dii dédissent auguriis sedes.
l4 BIBLIOTHÈQUE DES UNIVERSITÉS DU MIDI
Les Gaulois connaissaient l’art augurai ; aucun auteur de l’époque de César et d’Auguste ne nous apprend qu’ils se soient occupés d’astrologie. Il semble même que c’est à litre d’exception que le druide Diviciac s’occupait de divination, pnrtim (iiiguriis, parlim conjectura.
On l’a vu, en elTet : d’après Timagène, ce sont les euhages et non pas les druides qui essaient d’interpréter les sublimes mystères de la nature; d’après Slrabon, ce sont les ovales et non pas les druides qui s'occupent des sacrifices et de la divination; enlin, Diodore* distingue nettement des druides les devins (iv.xvtîiç) qui prédisent l’avenir par l’observation des oiseaux (otâ xe x^ç o’uovcaxoTOaç) et par les entrailles des victimes x<7)v Upeiwv Ousiâç), c’est- à- dire par V augurium et par V haruspicina ; mais ces devins, ces euhages, ces ovales ne s’occupent en rien d’astrologie.
A la fin du i®"^ siècle de l’ère chrétienne, pour Pline l’Ancien, les druides ne sont plus des philosophes occupés de hautes spéculations, mais de simples magiciens, magi, et ce mot revient comme une épithète néeessaire ou comme un synonyme du mot druides, chaque fois qu’il est question d’eux dans y Histoire Naturelle^. Les druides sont des magiciens qui cueillent au milieu de cérémonies superstitieuses le gui du chêne, auquel ils attribuent des vertus souveraines 3, qui regardent le setago (sorte de mousse purgative) comme une panacée^, qui emploient pour rechercher l’œuf de serpent (ovam aiiguinum), doué d’après eux de propriétés merveilleuses, toutes les fraudes coutumières aux sorciers habiles à tromper la crédulité humaine 5. Aussi Tibère supprima-t-il la caste des druides, ces vates, ces medici, convaincus de pratiquer la magie 6. Le Père Jean Hardouin (16/16-1729), savant éditeur de V Histoire Naturelle (i685), abonde dans le sens de Pline el