Bouclié-Leclcrcq, L’ Astrologie grecque, p. 55g
6. Lampride, Vie d’Alexandre Sévère, nwii : Matlieseos peritus ; et ita quidem ut ex ejus jussu Mathematici publiée proposuerint Romae ac sint professi ut docerent. — Cf. Lenain de Tillemont, Histoire des Empereurs, t. III, p. 84, L’Empereur Alexandre Sévère, article xiii : « Lampride dit qu’il permit aux mathématiciens d’enseigner
l’astrologie chez les gallo-romains
Enseignée publiquement à Rome sous le règne d’Alexandre Sévère (222-235), l’astrologie a désormais une certaine place dans l’éloquence olllciclle. Les rhéteurs gaulois y tout tout au moins des allusions discrètes dans les Panégyriques prononcés en Gaule à la fin du iii“ et pendant le iv® siècle.
Le Gaulois, inconnu pour nous, qui prononça à la résidence impériale de Trêves, en 291 ou 292, \g Panegyricus Genelhliacus Maximiano Aiigiislo dicliis^, en l’honneur de M. Aurelius Maximianus Hercules, que Dioclétien avait associé à l’Empire depuis 286, parle des astres favorables qui ont fait naître Dioclétien et Maximien pour le salut du genre humain 2. Dans le Panégyriqiie de Constantius, qui, adopté par Dioclétien et nommé césar en 292, devait devenir auguste en 3o5, panégyrique prononcé à Trêves vers la fin de 29O, le Gaulois Eurnène, professeur à Autun, constate l’intluence bienveillante des astres sur l’humanité; mais il juge cette intluence inférieure à. celle de Dioclétien et de Constance L Ce Gaulois faisait preuve d’une profonde habileté en mettant la puissance des empereurs audessus de celle des astres, qui était généralement admise par la crédulité populaire. En 296, Dioclétien condamnait les astrologues qui proclamaient le pouvoir absolu des influences sidérales; il dut approuver le rhéteur qui soumettait ce pouvoir à celui de la divinité impériale.
Le catastérisme, ou localisation de l’empereur parmi les astres après sa mort, se trouve déjà sous une forme purement littéraire chez les poètes du premier siècle de l’Empire, ^irgile se demande quelle place Auguste, devenu un astre nouveau,
piiLlûlueuicnt à Rome les folles imaginations de l’astrologie judiciaire, mais il se trompe sans doute en cela. Car Ulpien dit cpie s’ils ont quelquefois enseigné publiquement, ce n’a ijoint été qu’on leur eût permis, mais par une entreprise téméraire et par une dérogation aux lois. » Voir L'Astrologie grecque, p. 55g, note !t.
1. A. Baehrens, Peaegiyrici Lalini, Lipsiae, Teuljner, 187^, p. loi-iiG. — Comme J. de la Banne, auteur de l’édition des Panegyrici veteres ad usum serenissimi Delphini (Paris, 1G7G), Baehrens attribue ce discours à un Claudiiis Mamertinus, qui ne peut être évidemment le même que le Claudius Mamertinus, consul en SGa, qui prononça la Graliarum aclio de consulalu suo Juliano itnperalori, discours également compris dans le recueil des Panegyrici Lalini.
2. Genethl. Maxitniani (Baehrens), xix : iVascenles vos ad spes generis humani bona sidéra et arnica viderunl, quae vobis coiicordiain sempiternani et vestroruin geuerum carilatem. etfovendae rei publicae studia conciliant.
3. Panegyricus Constantio Caesari dictas (Baehrens), iv ; .Sed neque sol ipse neque cuncta sidéra humanas res tam perpeluo lamine inluentar quam vos luemini.
mBUOTllKQUE DES DKIVEUSITÉS DU MIDI
noviun sidiis, choisira au milieu des constellations empressées à lui Taire accueil», et Lucain espère que Néron ivira que le plus tard possible se joindre aux astres, quand il aura quitté le poste où les dieux l’ont placé sur la terre Le poète professionnel de l’aslrologie, Manilius, affirme que les peuples qui habitent l’autre hémisphère sont inférieurs aux Romains et aux peuples qui possèdent l’astre d’Auguste, bonheur qui n’appartient qu’à notre monde. Auguste est, pour le moment, césar sur notre terre; plus tard, il jouira dans le ciel de l’autorité la plus inlluentes. Au iv'” siècle, l’auteur du traité latin le plus complet sur la matière, Firmicus Maternus, va plus loin que Virgile, Lucain et Manilius : seul, dit-il, l’empereur échappe à l’intluence des astres ; car, de son vivant même, il est un dieu plus puissant que les astres h La déclamation du panégyriste gaulois est d’accord avec les doctrines de la Mathesis, qu’elle précède de plus d’un demi-siècle.
Dans un autre discours officiel d’Eumène, prononcé en 3io, Panecjyricüs Constaniino Aiigusto dictas, on peut noter une combinaison curieuse de la théorie homérique, qui fait de l’Océan le père des dieux, et de la doctrine astrologique, suivant laquelle tous les astres ont été engendrés dans les eaux extérieures du ciels, — et une théorie qui admet à la fois et au même titre l’influence de l’hérédité et celle des astres sur la formation du caractère d’un homme : grâce à l'hérédité morale venant de Constance, le père qui l’a engendré, grâce aux décrets des astres qui Font formé, Constantin ne peut pas être cruel G.
1. Virgile, Géorgiques, I, v. Sa : Anne novum tardis sidiis te invisihns addas? — Cf. les vers 33-35.
2. Lucain, De liello Civili, I, v. ^5 : ...cum, statione peracta, astra pelés seras, etc.
3. Manilius, Aslronom. (édit. Bechert, dans le Corpus de Postgale, Londres, 1900), 1, V. 38/t : ...uno vincuntiir in astro Augusto, sidus nostro quod conligil orbi, Caesar nunc terris, post caelo, maximus auclor.
[\. Julii Firrnici Materni Malheseos lihri VIII (édit. \V. Kroll et F. Skulscli, Teubner, 1897), II, xxv, 5 : Solus eniin iinperalor stellaruin non snbjacet cursibus et soins est in cujasfalo slellae decernendi non habeant potestatem. — On trouvera tout ce cliaiiitre de la Mathesis traduit dans L’Astrologie grecque, p. 5G7-5G8.
5. Panegyricus Constaniino Augusto dictas, vu : Genitorein ilium deorum ignea caeli aslra refoventem... Oceanum. — Iliade, XIV, v. 201 : ’lixiavôv te Os&v ylviatv. .Sur la théorie de la naissance des astres dans les eaux célestes, voir L’Astrologie grecque, p. éo.
G. Panegyricus Constaniino Augusto dictus, xiv: Gratulare, Conslantine, naturae ac moribus tuis quod te talem Constantius Plus genuerit, talein siderum décréta formarinl ut crudelis esse non possis.
l’astrologie chez les gallo-romains 3 J
Eumène prononce encore, en 3io ou en 3i i, au nom de la ville d’Autun qui a reçu de l’empereur des bienfaits nombreux et le droit de porter le nom de Flnvia, une Gratiamm aclio Constantino Augusto Flaviensium nomine. Cette action de grâces ne contient aucune allusion astrologique.
En 3i3, un rhéteur dont le nom ne nous est pas connu, mais dont nous savons qu’il n’était pas Romain', — et nous pouvons conjecturer qu’il était Gaulois, — prononce à Trêves un Panegyriciis Constantino Augusto dictus où l’on n a à relever qu’une mention banale de la place qui est due à 1 empereur Constance parmi les astres 2.
Il est intéressant de le remarquer, les panégyristes gaulois qui ont succédé à Eumène, et, avant eux, Eumène lui-méme, emploient comme termes de la langue usuelle et courante les mots qui appartiennent au vocabulaire technique de l’aslrologie. Eumène remarquait que les décrets des astres avaient formé Constantin, sidevuni décréta fonnari/it. Boileau ne dira pas autrement :
S’il ne sent point du ciel l’inlluence secrète,
Si son astre en naissant ne l’a formé poète 3.
On sait combien, à une époque où l’astrologie judiciaire était encore en grande faveur, l’auteur de VArt poétique et des Satires use fréquemment de ces métaphores empruntées à l’astrologie, qui avaient passé dans le langage ordinaire et qui étaient comprises de tout le monde Comme au temps de Louis XIV, on emploie communément ces phrases toutes faites. Mais les panégyristes semblent faire preuve d’une certaine réserve et se cantonner dans des lieux communs peu compromettants. Si, dans le panégyrique qu’il prononce à Constantinople le janvier 362, en l’honneur de l’empereur
ï. Incerti Pancgyricas Constanlino Augusto dictus {l\ dans Baehrens), i: Neque enim ignora quanto inferiora nostra sint ingénia Romanis. — Cf. Teuffel, S 4oi, G.
a. Incerti Panegyriciis Constantino Augusto dictas, xxv : Ule [divus Constantias] jam pridem vocatus ad sidéra...