‹ L'astrologie grecqueChapitre 13 sur 360 · Plat., Sijinpo-'f., p · texte numérisé non relu

Plat., Sijinpo-'f., p

CIIAP. I.

U:S PKÉCUHSEÜRS

colles du chaud et du froid ou du sec et de l’humide n'ahoiilissant qu'à une simple soustraction d’énergie. Cliacune des propriétés couplées pouvant se découpler pour entrer dans une autre association binaire, les éléments peuvent se transformer les uns dans les autres ^ ; proposition de grande conséquence, car l’affirmalion contraire eût pu décourager non pas les astrologues, qui trouvent à glaner dans tous les systèmes, mais les alchimistes. Aristote assure ainsi à sa doctrine les avantages de deux conceptions jusque-là opposées, de celle qui alfirmait l’unité de la substance comme de celle qui tenait pour la diversité ({Lialitative des éléments. Le froid, le chaud, le sec et l’humide reviendront à satiété dans la dialectique des astrologues qui cherchent à déguiser le caractère religieux de l’astrologie, car c’est là qu’aboutit chez eux tout raisonnement sur les causes premières.

La cosmographie d’Aristote est à la hauteur de la science astronomique de son temps. Il en a éliminé la cosmogonie, en soutenant que le monde n’a pas eu de commencement; pour le reste, il a adopté, en le retouchant de son mieux, le système des sphères, imaginé jadis par les physiciens d’Ionie, développé par Eudoxe et Callippe. Il l’a débarrassé de l’harmonie musicale des Pythagoriciens, et il a relâché autant qu’il l’a pu les liens de solidarité qu’il trouva établis entre les générations terrestres et les astres, en s’insurgeant contre la tyrannie des nombres et des figures géométriques, en attribuant à tout ce qui vit une âme locale, un moteur propre, qui contient en soi sa raison d’être et poursuit ses lins particulières. L’esprit général de la philosophie péripatéticienne, qui est de substituer partout le vouloir à l'im-

1. Excepté un cinquième élément (quinte essence, oCsia) dont sont

faits les astres (ci-après, p. 21).

2. Cf. Pluzanski, Arislotelea de nalura aslrorum ejusque vices apud pliiloplios tiim antiquos, liim medii aevi. Lutet. Paris., 1887 ; revue générale de tous les systèmes cosmogi'aphiques. L’auteur exagère quand il dit (p. 132) qu’avec ses astres animés et éternellement incorruptibles, Aristote « suit et amplifie les erreurs de Platon ». Aristote n’a pas engendré une lignée de mystiques. Voy. ci-après (ch. iv) la discussion relative à l’unité de mouvement dans le monde. Tout mouvement dérivant du premier moteur (Dieu), qui fait tourner le « premier mobile » (la sphèi-e des fixes) d’Oricnt en Occident, la dillicLilté était d’expliquer le mouvement inverse des planètes par l’indocilité ou la résistance de la matière. Aristote employait pour cela 47 (ou même, suivant certains, 53) sphères, parce qu’il se refusait à admettre des mouvements qui ne fussent pas <à la fois circulaires (dogme pythagoricien) et de vitesse constante (ôpakot).

AHISTOTE

pulsion mécanique, la cause linale à la cause ellicienle est au (oqJ — et c’est en cela qu’il est socratique — le contre-pied de l’esprit scientifique. Comme tel, il n’était pas favorable à l astrologie sous forme de science exacte, toute spontanéité ayant pour effet de déranger les calculs mathématiques ; et, d autre part, il n’aimait pas le mystère, l’incompréhensible. Théophraste, qui lut un des premiers à entendre parler de l’aslrologie chaldéenne enseignée par Bérose, ne paraît pas l’avoir prise au sérieux. 11 trouvait « merveilleuse » cette façon de prédire « la vie de chacun et la mort, et non des choses communes simplement ^ » ; mais on sait ce que signifie « merveilleux » sous la plume d’un péripatéticien. Cependant, en dépit de la ligne de démarcation tracée par l’école d’Âristote entre le monde supérieur, incorruptible et immuable, et le monde sublunaire, en dépit de la « quinte essence » ou élément spécial aux corps célestes, les astrologues réussirent à ne pas se brouiller avec Aristote. Ils purent, là comme ailleurs, prendre ce qui leur était utile et négliger le reste

1. C’est Aristote qui a l'onimlé ainsi raxiouie téléologique : ô Ocô; -/.ai r, cpûji; oùSèv [j.âxT|V xo'.oüstv [De caelo, I, 4).

2. rtau'xafftcdTaxTiV ôè slvai sTiat/ ô Osôœpaaxoî sv xoî; aax’ aCixôv /pùvoi; xr,v

xtüv XaXoaioJv xspî xaijxa Ûswptav, xâ x£ a)Aa 'ïtpo)iéYO’J!7av aal xoù; ptouç éx.âaxwv -/.al xo'j; Oavaxôui;, xal oO xà aoivà [xovov, otov ysqxôiva; -/.al soSta;, ■t-xk. (Proclus,/« Tim., p. 28.x F). Texte précieux, comme preuve que la généthlialogie a précédé en Grèce la méthode des vcaxap/at (ci-après, ch. ni, xiii et xiv). Théophraste s'occupant de météorologie (èv x-^ Ttcpl a-r.uEÎwv voulait

peut-être bien croire que l’apparition de Mercure en hiver présageait du froid, et en été de la chaleur — ce qui paraît déjà suspect d’ironie; — mais, quoi qu’en pense Proclus, je doute fort qu’il ait « admiré » le reste. Théophraste, qui raille si bien la 5ctx'.5a’|xovla [Characl. 16), faisait bon marché des causes occultes.

3. L’hypothèse de la tteutext, (ou parfois -KpoixT,) oCiuia allait directement contre la théorie de l’à-ôppoia ; mais on n’en avait pas besoin pour maintenir la distinction, devenue classique après Aristote, du monde éthérô et du monde sublunaire. Celle-ci non plus ne paraissait pas rompre l’unité du monde. 11 suHisait aux astrologues que l’agitation du inonde sublunaire fût causée par le mouvement des astres. Les astrologues de la Renaissance, qui veulent rester fidèles à Aristote, n’osent plus guère parler de l’à-oppoia et se contentent de la ■xCt.jk;. Ils auraient été moins embarrassés s’ils avaient su qu’un jour viendrait où, pour la lumière, la théorie de l’ondulation (par xivT,xi;) supplanterait la théorie de l’émission (àTioôôo'.a). En attendant, P’r. Roll a tort de prétendre que « la construction aristotélique du monde était en soi très favorable à l’astrologie » {Sludien über Cl. Plolemaus [voy. Bibliographie], p. 161). Les platoniciens, qui rejetaient la quinte essence (Proclus, In Tun., p. 274 D), on les stoïciens, qui, tout en parlant d’éther et de monde supérieur (cf. Cic., Nul. Ueor., Il, 21), admettaient la nutrition des astres par les vapeurs de la Terre (voy. ci-après), étaient pour les astrologues des alliés plus sûrs.

CHAP. I. LES PHÉCURSEEUS

Il n'y a pas lien de s’arrêter à la physique épicurienne, qui n’est autre que l’atomisme rétréci à la mesure socratique, c’est-àdire vu du côté qui intéresse l’homme et la morale. Notons seulement que les épicuriens, qui, par souci du libre arbitre, rejetaient toute espèce de divination, n’ont jamais voulu pactiser avec 1 astrologie. Son fatalisme ne leur disait rien qui vaille ; d’autre part, ils n’entendaient rien à l’astronomie, et leur esprit était absolument fermé aux mathématiques pythagoriciennes h Nous voici au seuil de l’école, socratique aussi et moraliste à outrance, qui, précisément pour cette raison, a cru trouver dans l’astrologie toute la somme d’utilité que peut contenir la science des mouvements célestes, l’école stoïcienne.

Les fondateurs de cette école, Zénon et Chrysippe, en quête d’une physique susceptible d’être convertie en morale, choisirent celle d’iléraclite, rajeunie par quelques retouches empruntées à celle d’Aristote ^ Us eurent soin de n’y pas laisser entrer les abstractions pythagoriciennes ou les essences spirituelles que Platon associait, qu’Aristote combinait avec les corps. Ils répétaient à tout propos, comme leurs confrères cyniques ou épicuriens, que tout ce qui existe est corporel et nous est connu par contact avec les organes des sens, chacun des sens étant ébranlé par les particules semblables à celles dont il est lui-même composé. Us arrivaient ainsi par le chemin le plus court au rendezvous de toutes les philosophies socratiques, à la théorie de l’homme microcosme, image et abrégé du monde, car nous ne connaîtrions pas le monde si nous n’étions pas faits comme lui. Pour eux aussi, l’homme est la mesure de toutes choses. Si l’homme est semblable au monde, le monde est semblable à l’homme. C’est donc un être vivant, doué de sensibilité et de raison, sensibilité et raison infusées dans la masse de son être

1. L’astrologie ii’avait pas prise sur des gens qui disaient acervinn stellnrum sine causa esse(Serv., Georg., I, 252). Épicure passait pour avoir idé d’une ignorance crasse en astronomie (voy. Cleoined., Cycl. theor., 11, t et ci-dessus, p. 10, 2); il était surtout indifférent, acceptant toutes les explications comme possibles, et traitant de charlatans ceux qui prétendaient connaître la vraie (Diog. L., X, 113-114).

2. Ils admettaient une stratification mécanique des quatre (ou cinq) éléments par ordre de densité, puis une accommodation de l’œuvre de la sûj'.; par la Tcoovota, qui, par exemple, avait bossué la Terre pour la mettre en contact avec l’air, en faisant entrer l’eau dans ses cavités. Cf. A. lUibler, Zur Cosinogonie der Stoiker [Jahrbb. f. riiiloL, 1893, pp. 298-300). On sait à quel point les stoïciens étaient préoccupés du « but » dans tout le détail du xospo; : la téléologie stoïcienne est une des plus naïves qui soit.

les stoïciens

sous forme de molécules subliles, ignées ou aériennes, et établissant entre tous ses membres une sympathie parfaite. Cette sympathie n’a nullement le caractère d’un pouvoir occulte, d’une faculté mystérieuse : elle est la conséquence mécanique du fait qu’il n’y a point de vide dans la Nature et que le mouvement de l’une quelconque des parties de l’Être doit avoir sa répercussion dans le monde entier. On n’oubliait plus ce dogme de la sympathie universelle quand on avait entendu dire à un stoïcien qu’un doigt remué modilie 1 équilibre de 1 univers.

Nous n’avons pas à expliquer comment, à force de contradictions et de paradoxes soutenus avec rentêtement des gens qui ont leur but marqué d’avance, les Stoïciens parvinrent à tirer de ce réalisme grossier une morale très pure. Geux-la seuls peuvent s’en étonner qui, dupes du son des mots, croient la dignité de rhomme attachée à la distinction de deux substances dotées de qualités contraires. Ne disons pas que cette morale était impraticable, puisqu’il y a eu uu Épictète et un Marc-Aurèle ; et surtout n’oublions pas que les premiers Stoïciens, reprenant le rêve de Platon, ont caressé l’espoir de l’imposer aux peuples en y convertissant les rois. Le stoïcisme a ses débuts ne resta pas enfermé

dans l’école ; il fit du bruit dans le monde, et il faut s’en souvenir pour apprécier la somme d’iniluence qu il put mettre au service de l’astrologie. 11 fut un temps où les parvenus qui s’étaient taillé des royaumes dans l’empire d’Alexandre eurent comme une velléité de se mettre à l’école des Stoïciens, qui étaient alors — on n’en saurait douter à ce signe — les philosophes cl la mode. Antigone (ronatas était en correspondance avec Zénon ; il assistait parfois aux leçons du philosophe, et il fit venir à Pella, à défaut du maître, deux de ses disciples. L uu d’eux, Persæos, devint le précepteur du prince royal Halcyoneus. Sphæros, disciple de Cléanthe, avait été appelé îi Alexandrie par Ptolémée 111 Évergète avant de devenir le conseiller intime du roi réformateur, Cléomène de Sparte. Ces prédicateurs de cour, persuadés que le Sage sait tout, écrivaient à l’envi des traites Sur la Iloyaulé pour enseigner Part de régner philosophiquement ‘.

l. Les Péripatéticiens, à conmiencer par Aristote, auteur d'un lUpt pacriXcia? adressé à Alexandre, avaient donné l’exemple. Straton de Lanipsaque, appelé à Alexandrie comme précepteur de Ptolémée Philadelptie, avait écrit deux traités : Il sol et tlspl cpt), ocjooo'j. On cite

des traités Os pi de Persa*os, de Cléanthe, de Sphæros. Pour

Sphæros, s’il est allé, comme le dit Diogène Laërce (Vil, 6, 2), -::pô; U-roTvHaaïov vév <l> ; >, ot: â To P a, ce ne pourrait être que comme précepteur de ce fils

ClIAP. I.

LES PUÉCUHSEUKS

Dans cet art entrait le respect de la religion populaire, et surtout des habitudes auxquelles le vulgaire tenait le plus, c’està-dire des divers procédés divinatoires usités pour entrer en communication avec les dieux. Jusqu’à quel point étaient-ils en cela sincères avec eux-mêmes, nous ne saurions le dire; car, s’ils n’avaient pas la foi naïve du peuple, ils croyaient bon tout ce qui est utile à la morale, et la religion, convenablement expurgée, leur paraissait la forme d’enseignement moral appropriée à l’intelligence populaire. Le mythe, l’allégorie, la parabole, n’est pas un mensonge, pensaient-ils après bien d’autres, mais seulement le voile plus ou moins transparent de la vérité, qui ne serait pas accueillie toute nue. Les Stoïciens travaillèrent consciencieusement à soulever le voile pour les initiés, et ils firent au cours de leur exégèse des trouvailles qui serviront d’excuse, après avoir servi d’exemple, à nos mythographes d’aujourd’hui. Nous ne relèverons que l’explication des mythes d’origine sidérale. Ils n’en vinrent peut-être pas tout de suite à découvrir que la lutte des dieux homériques était le souvenir défiguré d’une conjonction des sept planètes ^ ; mais on ne douta plus après eux qu’Apollon ne fût le Soleil et Artémis la Lune, ou encore Athéna; qu’Apollon ne dût le surnom de Loxias aussi bien à l’obliquité

d’Évergète. Il faut dire, pour ne rien exagérer, que la ferveur philosophique des rois ne dura pas longtemps et que cette prétention de leur enseigner leur métier contribua sans doute à la refroidir.

1. Opinion citée comme « plus spécieuse que vraie » par le stoïcien lléraclite (époque d’Auguste) dans ses Allégories Homériques (ch. lui, pp. 112-113 iMehler) : son opuscule et celui de Cornutus sont des débris de l'immense « littérature » théologique des Sto'iciens, qui comptent parmi les « théologiens » Eudoxe et Aratus (Heraclit., op. cil., ch. xux, p. lOo). Homère devient pour eux ce qu’était le Timée pour les platoniciens, Homère, que Platon n’avait pas su comprendre, puisqu’il le chassait de sa République. Eux en faisaient un livre de haute moralité. Des gens capables de découvrir que des satyres violant des nymphes symbolisent le conseil de mêler de l’eau au vin (Cornut., ch. xxx, p. 60 Lang) étaient vraiment des virtuoses. En fait de tours de force étymologiques, ils ont imité et dépassé Platon. Voici comment Chrysippe expliquait le nom de Zeus : Zeic ]xèv ouv œafvsxai ('ovo|j.âa03c. à-ô xoü Tâffi ôeoüixÉvai xo Çt)V • Via 3è aOxôv 6xi -îiivxwv sjxlv al'xioî xal ôi’ aùxàv

xivxa (ap. Stob., Ecl., 1, 2, 27). Ou bien Zsùç èaxiv i~b xou Çfy, parce qu’il avait échappé à Kronos {= Xoôvoî) et était à l’abri du temps (Anon. ap. G. Lang, Cornuti Theolog., Praef., p. xiii). Cf. les étymologies ap. Euseb., Praep. Evang., 111, 11. Des esprits aussi dépourvus de sens critique étaient sans défense contre les associations d’idées astrologiques. Dans l’exégèse homérique, ils avaient eu des prédécesseurs, les disciples d’Anaxagore, qui avaient enrôlé Homère parmi les physiciens (Diog. L., 11, 11. Tatian., Adv. Graec., 21, etc.).

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