LA COSMOGONIE PLATONICIENNE
hlinue, où se trouve déjà esquissé l’ilinéraire des âmes, sait ou sont les ouvertures par lesquelles elles passent, à l’aller et au retour. Elles descendent par le tropique (chaudj du Cancer et remontent après la mort par le tropique (Iroid) du Capricorne % attendu quelles arrivent pleines de chaleur vitale et qu’elles s’en retournent refroidies. Cette descente ou chute des âmes, combinée avec la métempsycose et la théorie de la réminiscence, rendait merveilleusement compte de l’action des planètes non seulement sur le corps humain, quelles construisent de toutes pièces, mais sur l’âme, qui traverse leurs sphères ou môme s'arrête à chacune d’elles et arrive ainsi à la lerre chargée de tout ce quelle s’est assimilé en route. De môme, le retour des âmes aux astres d’où elles sont parties fournit un thème tout fait au jeu des « catastérismes » ou transferts dans les astres -, qui
imperium, quia animae inde lapsae videnlur jam a ÿuperis recessisse. Jdeo primam nascentihus o/ferri ait lactis ulimoniam, quia primas eis motus a Lacteo incipit in corpora terrena labentibus (Macrob., So^nn. Scip., 1, 12, 3). ^üIla comme la métaphore et l’étymologie combinées engendrent des dogmes. La Voie Lactée, séjour des âmes avant l’incarnation (lleraclid. Pont. ap. Stob., Ecl. l, 41. Cf. I, 27, Ilîpi ra'Xa^iou. Plut., Hac. Phil., 111, 1), des âmes héroïques après la mort (Cic. Macrob., So7nn. Scip., 1, IS. ManiL, 1, 758-804), palais de Jupiter dans l’Empyrée, au-dessus des étoiles tixes (Marc. Cap., Il, 208), etc. Ces chimères sont d’une invention facile. Les Peaux-Rouges Kwapa appellent aussi la Voie Lactée la « route des âmes » [.four nul of American holklore, Mil 11895], pp. 130-131). La chute des âmes est comparée par Platon [Hep. X), assimilée’par d’autres, au trajet des étoiles lilantes, avec accompagnement de tonnerre et de tremblements de terre. C’est une amorce ou une adhésion à l’opinion vulgaire que les âmes sont des étoiles ou ([ue chacune a son étoile
(Cf. Plin., II, § 28, et ci-après, ch. xii).
1. Macrob., op. cit., I, 12, 2. La raison du choix (les tropiques pôles du chaud et du froid), que ne donne pas Macrobe, est empruntée à la physique des Stoïciens, qui est celle d’Iléraclite. Macrobe, qui croit le Cancer dans la Voie Lactée (I, 12, 4) — bien que celle-ci traverse le Zodiaque entre les Gémeaux et le Taureau, — Macrobe, dis-je, mélange ce système avec le précédent, et probablement avec un troisième, qui plaçait le tropique ou solstice d ete dans le Lion, et il écrit : Erqo descensurae.. . adhuc in Cancro sunt... necdum Lacteum reliquerunt ; cum vero ad Leonem labendo pervenerint, U lie condicionis futurae auspicantur exordium... quia in Leone sunt rudimenta nascendi et quaedam liumanae naturae tirocinia. D’autres plaçaient au ciel trois portes en trigone : unam ad siqnum Scorpionis, qua Hercules ad deos isse diceretur, alteram per limitem qui est inter Leonem et Cancrum ; tertiam esse inter Aquarium et Pisces (Varr. ap. Serv., Georg., I, 34). Macrobe s’est égaré dans toutes ces inventions saugrenues. En elfet, il dit plus loin (1, 1-^ que les âmes, avant de descendre, boivent l’oubli dans le Crater sidereus in regione quae inter Cancrum est et Leonem local us (1, 12, 8). Or, la Coupe est entre le Lion et la Vierge, en dehors et assez loin du Zodiaque.
2. Voy. ci-dessus, à propos d’Empédocle, les catastérismes préhistoriques.
CHAP. 1. — LES PRÉCÜUSELHS
deviendra si fort à la mode et fera du ciel, pour le plus grand bénéfice des astrologues, une collection de types fascinant à distance ou pénétrant de leurs eflluves les générations terrestres.
Quand le mysticisme déchaîné par Platon menaça d’emporter la raison humaine à la dérive, le maître n’était plus là pour tempérer de son énigmatique sourire la ferveur de ses disciples. Son nom, invoqué à tout propos avec celui de Pythagore par les astrologues, magiciens, théurges , alchimistes , cabbalistes et démonologues de toute race, servit à couvrir les plus rares inepties qu’aient jamais produites des cerveaux enivrés de mystère. Toutes ces âmes en disponibilité que le Démiurge sème à pleines mains dans le monde deviendront des génies, des volontés agissantes, dont l’obsédante intrusion remplacera, pour des esprits redescendus au niveau intellectuel des primitifs, la notion de loi naturelle ^
1. Les oataovs; néo-platonicieiis sont les microbes de l’univers : tout se fait par eux et ils se logent jusque dans nos organes, où ils causent toute espèce de troubles (è'v te xal èôvsffiv oXoi; xal ISt'a xwv àv0p(ii:o)v.
Ilerinipp., 1, 16, p. 25 Kroll) — -itâTa yàp toü -/ôt|j.ou gEpl; Tr)cr,pT,î Èaxi ({/u/ûv ixsptxôiv... o’uvETTop.Êvwv xoïç ôatgoxtv (ProcL, In Thn., p. .‘133 A). 11 n y a plus de lois naturelles. Un enfant ne saurait arriver à ternie sans prières et incantations : Proclus (dans les Anal. sacr.,\, 2, pp. 177-178 Pitra) se rencontre ici avec les Touiuboulous de Célèbes {Inlernat. Archiv für Ethnographie, Mil [1895], pp. 89-109), et on peut bien l’appeler un « régressif ». A plus lorte raison n’y a-t-il plus de lois mécaniques dans les sphères supérieures. Proclus soutient qu'il n’est besoin ni d’excentriques ni d’èpicycles pour expliquer les stations et rétrogradations des planètes : elles marchent ainsi parce qu elles le veulent (8xi xaüxa poûTvExai 5t’ sauxiov) ; ce sont des dieux, et non pas des machines (Procl., In Tim., p. 278 D). 11 refuse de croire à la précession des équinoxes, qui oblige à supposer que la sphère des fixes rétrograde lentement, parce que, comme les planètes, les étoiles connaissent leur devoir, qui est de marcher dans le sens « du même »; et, au surplus, Proclus a des oracles à opposer à Ilipparque et à Ptolémée (Procl. in Anal. sacr.. \, 2, p. 77 Pitra; In Tim., p. 278 D-F; cf. ci-après, ch. iv). Est-il exagéré de dire qu’un sauvage raisonnerait de même ? Plus tard, au moyen âge byzantin, la démonologie platonicienne et chrétienne mélangée (voy. le llspl eveoyslaî 8ai[xôv(ov de Psellus [ed. Boissonade, Norimberg. 1838], commentateur du Timée et des « Oracles chalda'ïques ») conduit aux extravagances énormes, à l'idée que le Soleil a une chair et une forme humaines (àvôpw-rôxapxoî xal dvepwTtogEixïixoç), qu'il est habillé, déshabillé, mené par 15,000 anges, etc. fVassiliev, Anecd. gvaeco-byzant. Mosquae, 1893, pp. 184 suiv.). Enfin, Platon, avec ses étymologies baroques, dont les plus connues sont dans le Cralyle, a allermi l’idée qui est au fond de toutes les conjurations magiques et d’où est sortie l’onomatomancie (ci-après, ch. xv), à savoir que les noms des objets contiennent la définition, la nature (tpéai?)» >e lype subsfanliel de ces objets. Platon disait que ces noms avaient été imposés i>-b fjEioxÉpa; SuvauEio; r, xr,;
AKISÏOTE
Mais laissons-là le Tintée et ses commentateurs. C’est le platonisme tout entier qui est prêt à se convertir en astrologie. Le ciel de Platon est couvert des modèles de tout ce qui existe sur la terre, modèles copiés eux-mêmes sur les Idées divines Toute la machine est une vaste roulette, dont Taxe, un fuseau d acier repose sur les genoux de la Nécessité, et c’est de la que tombent sur terre les âmes déjà criblées, triées, estampillées par le mouvement des orbes qui tournent à l’intérieur avec un ronflement sonore et les font vibrer à l’unisson de leur éternelle barmonie . Platon parle déjà comme un astrologue quand il dit, dans e auquel, que le sexe masculin est produit par le^Soleil, le féminin par
la Terre, et que la Lune participe des deux L , ,
Nous pourrions sans inconvénient éliminer Aristote de fa fis e des précurseurs de l’astrologie, si ce prince de la science antique n'était de ceux avec lesquels toute doctrine a df. chercher des accommodements. C’est Aristote qui a fixé pour des siècles la théorie des propriétés élémentaires de la matière, théorie qui tait le fond de la' physique astrologique de Ptolémée et lui permet d’expliquer scientifiquement la nature des influences aslra es. Aristote accepte les quatre éléments déclarés corps simples pai Empédocle, mais en les considérant chacun comme un couple de qualités sensibles à choisir dans les quatre que révèle le sens du toucher, c’est-à-dire le chaud, le froid, le sec et l’humide. Ainsi, Piinion du chaud et du sec produit le feu; celle du chaud et de riuimide, l’air ; celle du froid et de l’humide, l’eau ; celle du froid et du sec, la terre. Ce sont là toutes les combinaisons possibles,
xÔ)v àv6po)-(üv et conformes ii la réalité : aucrw ô;op.âTcov olxetav toT? xpâyaas'.v sûosTOai (ap. Euseb., Praep. Evaiif/., XI, G, 27-41). Contestée pour le grec — et' niée d’une façon générale par la science moderne (Cl. M. Bréal, Semaii tique, p. 277), — cette proposition devint évidente aux yeux des juits et des clnefiens pour l’hébreu fEuseb., loc. cil.), soi-disant langue révélée. De là la puissance des noms hébraïques (ou chaldéens, égyptiens, etc., suivant les croyances) dans les formules de conjuration. Le platonisme a été une barrière opposée a l’esprit scientifique; mais Platon, il est juste de le reconnaître, ne pouvait pas prévoir que chacune de ses paroles passerait pour un oracle. 11 est devenu plus « divin » qu’il ne s’y attendait et n’aurait peut-être pas été très lier de ses adorateurs.
1. L'AviyxT,, suivant Proclus [Anal, sacr., V, 2, pp. 97-98 et 137 Pitra), c est Lachesis; les âmes envoyées par elle sont pourvues par Clotho (sphère des fixes) d'une trame de destinée encore souple, qui se fige et devient immuable (.Mropos) par l'intervention des mouvements planétaires; d’où il appert que les » Chaldéens et Égyptiens » ont raison de consulter à la fois les signes du Zodiaque et les planètes.