‹ L'astrologie grecqueChapitre 156 sur 360 · LES HUIT LIEUX DE MA^'IL]US · texte numérisé non relu

LES HUIT LIEUX DE MA^'IL]US

que prendra l’existence, des mœurs, goûts et aptitudes. Enfin, les consolations de l’âge mûr et de la vieillesse, — les banquets, les conversations, le loisir, l’apothéose môme, — vont se fixer au couchant appelé Janua Ditis, porte de Pluton*. bien qu’un peu dérouté par ce chassé-croisé, le lecteur devine que le cercle de la géniture représente la vie humaine, et les quatre quadrants, les quatre âges, comparaison si naturelle ({u elle en est devenue banale ^ C’est bien ainsi sans doute que l’entend Manilius; mais il semble ne pas s’être aperçu que, provisoirement, il fait tenir ta vie entière dans le demi-cercle placé au-dessus de 1 horizon, tandis que riiémicyclc souterrain sert de soubassement, de « londement », comme il le dit, à la machine supposée irninoliilc. C’est la conception que Ptoléméejuge à bon droit incompatible avec le système des' lieux embrassant toute ta sphère et la supposant en mouvement.

Manilius n’y regarde pas de si près, et il se met en devoir de distribuer les planètes dans les centres; car les planètes ont aussi leurs domaines dans cette contrefaçon du Zodiaque ■*. Mercure est assigné â l’Horoscope, parce qu’il préside à l’éducation de l’enfance ; Vénus â MC., parce que là commence l’âge de l’amour et du mariage Pour l’Occident, Manilius, ne trouvant pas de planète propre à représenter la mort, y place le dieu Pluton. Enfin, dans les basses régions où gît la richesse patrimoniale, il installe Saturne qui, en astrologie, joue le rôle de père et de vieillard thésauriseur. Cela ne l’empèche nullement de mêler au système les éléments d’un système tout dilïerent, qui justifie mieux la présence de Saturne en IMC. Il déclare à la fin, d’un ton d’oracle, que les quatre quadrants représentent les quatre âges; que l’enfance va de l’Horoscope à MC. ; la jeunesse, de MC. à l’Occident, où commence l’âge mûr, lequel finit au bas de l’échelle et laisse ensuite la vieillesse remonter péniblement la pente qui

1. On retrouve r"Ai6o'j itû>kTi dans Paul d’Alexandrie, mais au 11° lieu (sur XI 1), dans l’ÈTravaaopâ de l’Horoscope (ci-après, fig. 31 et p. 282).

2. Elle était peut-être neuve au temps de Pythagorc, qui passe pour l’avoir inventée et calculée à raison de vingt ans par âge (Diog. Laert., Vlll, 1, § 10; üvid., Metam., XV, 199-215, etc.).

3. Le rapport des planètes avec les lieux est indéfinissable : ni présence réelle, ni aspect, ni %kr^oo(;, ni domaine zodiacal. Scaliger (p. 183) reproche à Pic de la Mirandolc d’avoir pris ces protectorats pour des possessions. 11 ne veut pas qu’on dise que la planète est, en son lieu, oixo€;s-ÔTT,;, mais seulement numen tutelare.

4. Vénus y est identifiée avec la Fortune ; (llnec lulela docet Venerem sua lela movere. | Nomen erit Fortuna loco (II, 926-927).

CllAP. IX. LE CERCLE DE LA CÉNITURE

rejoint l’Horoscope Aussi a-t-il placé d’avance à l'Occident, milieu et non plus fin de la vie, le mariage qu’il ne juge sans doute pas incompatible avec la légende de Pluton enlevant Proserpine. Il n’y a rien à opposer à des logiciens de cette trempe ; ils font perdre le goiU de la discussion.

Donc, Mercure, Vénus, Pluton et Saturne se logent comme ils peuvent, à l’étroit sans aucun doute, dans des centres qui sont des points. Entre ces points s’étendent les huit lieux, à raison de deux par quadrant. Grâce à une règle à laquelle il n’est dérogé (lue dans la théorie des aspects, — et là même, avec quelque hésitation, — il n’y a que quatre genres d’influence à trouver poulies huit lieux, les secteurs opposés ayant des tempéraments analogues. Manilius fait de louables efforts pour se les rendre intelligibles. Le premier lieu en avant de l’Horoscope est ta « Porte du Labeur », lien triste, découragé dès le début de l’ascension ; le lieu opposé, qui vient de plonger dans la nuit, est aussi triste et avec plus de raison; c’est une seconde « Porte du Labeur ». Pourquoi le lieu qui monte derrière l’horoscope (eTravacsopâ) est-il « à bon droit l’horrible séjour do Typhon », et de même, le lieu opposé? C’est que, comme Typhon foudroyé et enseveli sous l’Etna, ces lieux sont lugubres et angoissés. Celui qui est comme suspendu au-dessus du couchant a peur de tomber dans le néant, et celui qui monte derrière l’Horoscope craint de glisser sur la pente H faut croire que l’habitude quotidienne n’a rien appris à ces êtres de raison, qu’on n’eût pas cru si déraisonnables. En revanche, le lieu qui approche de la culmination supérieure est tout espoir, et par conséquent félicité pure. C’est la demeure de Jupiter et aussi de la Fortune Le secteur opposé représente le

1. Tarda sapinatum lassalis viribus arcum ] Ascendens seras demiim complecl'ü.iir armas, etc. (Manil., Il, 853 sqq.) Symbolisme identique dans Paul d’Alexandrie (D 2 - 3). C’est le mode contemplatif (cf. ci-après, p. 280, 1), qui considère la sphère au repos et procède à rebours de la succession amenée par le mouvement de la sphère.

2. Canjugia alqiie epulas, exlrernaqiæ tempara vilae (11, 839 sqq.) : un hémistiche pour chacun des deux systèmes juxtaposés ! Voy. ci-après le SwôexâxoTroî.

3. Il est prudent de citer ces incroyables balivernes ; Parla laboris crit; scandendurn atque cadendurn (ceci pour les deux $ixixaTa»op2( de Ilor. et Occ.) ; maintenant, pour les èTtavaœopal : Nec meliar super accasus, cantraque sub arlu I Sar's agitiir rnundi : praeceps haec, ilia superne \ Pendens aut rnetuil vicina cardine finem, \ Aul fraudala cadet. Mérita Typlianis habentur \ Horrendae sedes, etc. (Manil., II, 870 sqq.)

4. Manilius replace encore ici la Fortune ; Jupiter bac habitat. Farlunae crede regenti (11, 890), avec les épithètes de Veneranda et de Félix (11, 887-888).

les huit lieux de mantlius

labeur accompli et approchant de la richesse qui sera sa recompense. Celui-ci est la demeure de la Aatixovîv), pour qui Mani lu ne trouve pas de nom équivalent en latin b Restent deux sTraara- <popa(, lieux occupés l’un par le Soleil, désigné par les Grecs sous le nom de 0eôî [Ihm), l’autre par la Lune ou « Deesse » (Osa - Dea). Le motif est ici que le lieu occupé par le « Dieu » correspond à l’àge où la fougue amortie des passions cède la place a l’ambition, et que la Lune fait vis-à-vis à son frère. -, -,

Telle est la bizarre esquisse du « temple « astrologique a huit lieux, tracée en traits si confus qu’on ne peut môme pas s’entendre sur la façon de la réaliser par la règle et le compas. Scaliger prétend attribuer à chaque centre un arc égal à celui des « huit lieux », c’est-à-dire qu’il ramène la construction appelée par Maniliiis lui-même o/.-cwtotto; ^ au système usuel des douze lieux, plus ou moins défiguré. Le témoignage de Firmicus , le seul astrologue avec Maniliiis qui parle de « huit lieux », ne peut servir à trancher la question ; car il considère ces huit lieux comme un extrait en gros [platice) du système des douze lieux, extrait à l’usage des commençants, et ses huit lieux ne sont ni qualiüés comme ceux de Maniliiis, ni sériés dans le meme sens, ni situés de même, puisque les centres, exclus des huit lieux de Maniliiis, ligurent au nombre de trois dans ceux de l'irmicus. La présomption <(ui résulte de ce rapprochement, c est qu il a dà exister une tradition délaissée (pii divisait le cercle de la géniUire en huit cases, ou en douze cases dont huit seulement étaient

1. Daemomen memorant Graii, liomana per ora \ Qiiaerilur tn versu liïidus (U, 897-898). C’est encore une Fortune, tantôt bonne, tantôt mauvaise.

2. Gui parti noinen posait qui condidit artem | Octotopos (Manil., H, 91)9). Reaiiarqucr que le nom est grec et que Maniliiis expose ailleurs (ci-après, pp. 289 sqq.) un système à douze compartiments (iO X a -sortes). Si distrait qu'on le suppose, il a du se rendre compte de la ditlérence. Il se peut que Voctotopos soit l’œuvre d’un adaptateur grec ou toscan, qui aura voulu introduire dans le « temple >. astrologique la structure du « temple » toscan a huit divinités fulminantes correspondant à huit ilges du monde (yoy. H.\uum'ices dans le Dict. des Antiq. de Daremberg et Saglio). Ou encore, l’adaptateur susdit a pu, par distraction ou par goût de nouveauté, appliquer au cercle zodiacal la division en 8 parties que Ilygin [Astron., IV, 2) recoinmande poulies cercles tropiques, au nom de scrupules pythagoriciens. Enfin, et plus simplement, le système a pu être copié sur le cycle lunaire à huit phases (cidessus, p. 166, 1).

3 Firmic 11, 14 : De octo locis. Les huit lieux de Firmicus correspondent aux lieux I (llor.), Il, 111, IV (IMC.), V, VI, VII (Occ.), VIII du système duodénaire. Le système laisse de côté un tiers du cercle, celui qui est consacre a la vie intellectuelle et morale.

r.lIAP. IX. — LE CEHCLE DE LA GÉNITUKE

considérées comme actives *, et que ce système a pu n’êlre compris ni de Manilius, ni de Firmicus, l’un et l’autre capables de défigurer, incapables d’inventer.

C. Système des douze lieux. — Le système de Vocioiopos ainsi entendu était incompatible avec la théorie des aspects; ou bien il serait d un pessimisme outré, car il n’admet que le diamètre et le quadrat, excluant les deux aspects favorables, le trigone et 1 hexagone. Oublions-le pour nous occuper du système vraiment astrologi([ue et réellement appliqué, celui du ocooexà-u otto ç. Nous sommes eu présence d’un dogme universellement accepté, — sauf

peut-être par Ptolémée, — un dogme qui s’est maintenu sans altération depuis le temps de Sextus Empiricus jusqu’au moyen âge et par delà .

Il e m a r (j u o n s tout d’abord — la chose en vaut la peine — que nous n’avons plus affaire au symbolisme poétique ou populaire (|ui contemple le ciel sans tenir compte de son mouvement ni se soucier de la partie cachée sous l’horizon. Nos astrologues-astronomes rangent les lieux, comme les signes du Zodiaque, dans l’ordre où ils émergent et se couchent. Par conséquent, les étapes de la vie symbolisée par le cercle se déroulent dans un ordre inverse de celui que les contemplatifs ont accoutumé d’attribuer aux quatre âges ^ et que les astrologues, amis de la logomachie ou esclaves de traditions antérieures,

1. Cf. ci-après les lieux du Dodecafopos déclarés ineflicaces comme « inconjoints .. (p. 281) ou pour d’autres raisons (p. 287, 2), et qui ne sont pas les mêmes que ceux éliminés par Firmicus.

2. J ai indiqué aussi, dans la fig. 31, la place que devraient avoir les « douzièmes » par rapport aux centres, d’après Ptolémée (ci-dessus, p. 270, 1).

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