COULEURS ET MINÉRAUX
ajoute mélancoliquement notre logicien, que les couleurs « dont une goutte suiïit pour ternir les couleurs claires », le noir et le rouge, soient celles des planètes malfaisantes K Un autre raisonneur, astrologue ou non, n’est pas loin de conclure que le Soleil est noir, puisqu’il noircit la peau et que son symbole, le taureau Mnévis, était très noir Enfin, ce n’est pas « la nature » qui a fourni les couleurs attribuées aux signes du Zodiaque et à ces entités géométriques qu’on appelle des « lieux», ou qui a réparti les qualités élémentaires, le froid, le chaud, le sec et l’humide, entre les trigones zodiacaux
Avec les couleurs et des considérations accessoires, il n’était pas malaisé de découvrir la marque de fabrique des planètes sur les métaux i[ue leur action engendre dans le sein de la terre L’or étant attribué au Soleil et l’argent à la Lune, Jupiter pouvait prendre le jaunâtre électron, et Saturne le plomb, livide comme sa face ^ Guerrier et sanguinaire. Mars avait droit au feu, couvert de rouille ou de sang, rouge dans les deux cas. Vénus, déesse de Cypre, prenait pour elle le métal de Cypre ou « cuivre », qui, s’il n’avait pas la couleur de la planète, rappelait le rose des joues de la déesse. Un septième métal, l’étain, fut adjugé, sans rapport évident et faute de mieux, à Mercure. Aussi lorsque fut
1. Valcns ne songe pas que les couleurs planétaires puissent être naturelles; il les veut symboliques et cherche ôià Toiav a’iTtav Toiauvati; ypotat; to'jî ■ïîévtî T:Xavr,Tai; xai tî;v jsXtiVTiv liai t6v Ti>vtov ol '!Z(xkxiol ÈTUTrwaav.
2. Mvsüt; jîowv p.ÉYtaTOî, ucpôSpa péXaî, [xâXurxa 6xi vtai ô TjXto; ô iroXù; txsXatvE'. xà àv9ptüTteia aü'qxaxa. De même, le lunaire Apis, 6xi xai xf,î a£XT,vT,î x6 tpw; t,X£ou • f,X£ou 5è aT,[X£Ïov x6 [xiXav xoü aw[xaxo? (les « Égyptiens » ap. Euscb., Praep. Ev., 111, 13, 1-2). C’est une allinité de plus (cf. ci-dessus, p. 93, 2)
entre Saturne et le Soleil.
3. Pour les trigones, voy. ci-dessus, fig. 19. Suivant Saumaise (Praef.), à qui je m’en rapporte sur ce point, lloroscopus et VII locus... albi sunl. Il et XII virides,lll et XI crocei, IV et X rubri, V et IX mellei, VI et Vlll niqri, six couleurs occupant chacune deux secteurs opposés. Sur les couleurs, odeurs, saveurs réparties dans le Zodiaque, voy. le Firmicus de Pruckner, 11, 12.
x. Kxotvxa X(ov [xsxxXXtov, wv—cp xx'. xwv otXXcoy, 6 xwv o*Jpav(wv sv yrj O’jsxx(. Srîüv xal xfiî exsTÔsv àiïoppotaî (Proclus, In Tim., p. 14 II).
5. Il se pourrait, vu les affinités de l’astrologie et de la magie, que le métal de Saturne ait été choisi de préférence pour y graver les formules d’envoûtement (*p3tl - xaxxScVjxo!., defixiones). On trouve la « lame de plomb » expressément recommandée en ce cas ; Xot6wv — Xxxutxtxx ixoXuêoûv Ypi'.j>ov x6v Xdyov — [xoXuSoüv TTÉxaXov xxt (7tÔT,poüv xpixov (les métaux de'saturne et de
Mars), etc. Cf. A. Dieterich, in .Tahrbb. f. PhiloL, Supplbd. XVI [1888], pp. 790- 791. Le nombre des lames de plomb chargées d'imprécations s’accroît tous les jours. Le P. Delattre en a trouvé récemment .33 dans un souterrain de l’amphithéâtre de Carthage (C.-i?. Acad. Inscr., 1897, pp. 318 sqq.).
découvert le « vif-argent », ce métal miraculeux, mobile et protéiforme, moitié solide, moitié liquide, revint de droit à l’androgyne Mercure, et l’étain remplaça, comme propriété de Jupiter, l’électron, supprimé en l’honneur du nombre septénaire plutôt encore que rayé de la liste des corps simples
Pour les pierres précieuses, matière préférée des phylactères, réceptacles d’une infinité de propriétés occultes^, la couleur a été un motif de classification, mais non pas le seul. Les astrologues « égyptiens » purent puiser à pleines mains dans l’amas foisonnant des superstitions égyptiennes. Ils y trouvèrent des pierres attribuées à chaque jour du mois et aux chefs des décades ou décans. Il y eut des répartitions par planètes mais le mode préféré fut la répartition par décans, ceux-ci tenant d’une part aux planètes, de l’autre aux signes du Zodiaque^. Les astrologues ont mis en œuvre tous les rapports imaginables, domiciles, protectorats chorographiques (ci-après, ch. xi), ressemblances fortuites de noms, etc., sans compter la fantaisie pure. Ceux qui aiment les énigmes peuvent s’exercer sur celles-là Quand ils en auront
1. Voy. la répartition des métaux dans Proclus {In Tim., p. 14 1?), Olympio-
dore (ap. Fabric., Bibl. gr., V, 6), les Anecdota de Ludwich (p. 121), réchelle métallique de Mithra ÉTxxà-TtuXo;) dans Lobeck, Aglaoghamus, p. 934,
et, ce qui dispense du reste, ta Collection des anciens alchimistes grecs de M. Berthelot, notamment VIntroduclion, Paris, 1888, pp. 73-85. Les noms de médicaments mercuriaux, martiaux, extrait de Saturne, etc., sont passés dans la langue courante. On appelait pilules joviales une préparation à base d’étain (Littré, s. V.). 11 va sans dire que les métaux ont été désignés par les sigles des planètes. L’ûSpoîpyupov, connu « à partir du temps de la guerre du Péloponèse », prenait d’abord le signe de la Lune (argent) avec les cornes à gauche : il devint ensuite le « mercure ». La mutation s’est faite entre le v« et le VII® siècle de notre ère (M. Berthelot, Introd., pp. 84. 94-95. 112).
2. Il y a toute une littérature « lapidaire ». A signaler la collection de Mély, dont le tome II, les Lapidaires grecs, par F. de Mély et Ch.-Ém. Ruelle, vient de paraître (Paris, Leroux, 1898). Il contient beaucoup d’inédit (v. g. Les Cyranides), mais rien d'astrologique : il y a là une lacune à combler.