‹ L'astrologie grecqueChapitre 185 sur 360 · VÉGÉTAUX ET ANIMAUX 'J · texte numérisé non relu

VÉGÉTAUX ET ANIMAUX 'J

fini avec les minéraux, il leur sera loisible de recommencer à nouveaux frais sur la botanique et la zoologie.

La répartition des plantes * a été faite de la même façon, et sans plus de système, d’après l’aspect général, la couleur des fleurs, d’après une foule de propriétés magiques ou médicinales qu’on leur reconnaissait, parfois d’après leur nom populaire ou des calembours faits sur ces noms. Une plante qui s’appelait la « bouclée » (TtXoxaptç) OU bien « l’herbe à colombes » (TieptoTcptov), était adjugée à Vénus; la « baguette d’Hermès » ('Ep[jLoù pàêoo;), à Mercure, absolument comme le tournesol irait aujourd’hui au Soleil. C’est sans doute un jeu de mots (àp/;v rapproché de ’'Apr^ç) qui a fait attribuer l’arnoglosse à Mars, à moins que la « langue d'agneau » n’ait fait penser au Bélier, domicile de Mars. En général, les plantes âcres, piquantes, étaient du domaine de Mars ; les plantes parfumées, « aphrodisiaques », et les fruits sucrés allaient à Vénus. L’énergie toujours un peu offensive de Saturne se révélait dans la saveur de l’oignon, de l’ail, de la moutarde et du poivre.

Le chapitre de la zoologie est moins fourni L’habitude d’attribuer des animaux comme serviteurs ou messagers spéciaux aux divinités était universelle, à tel point que le Jahveh biblique et apocalyptique lui-même en est entouré et que nos évangélistes, avec quelques saints bien connus, ont aussi les leurs. Dragons, serpents, scorpions, vipères, renards, chats et souris, oiseaux nocturnes * et autres engeances sournoises sont le lot de Saturne.

Lune, débute par le comme domicile de Vénus, il a ensuite le

Xt9os àcppoôtdiaxôs ; et son troisième décan, npofftoirov de Saturne, motive la couleur violacée du Xi9o; uaxLv9’.voi;. Et ainsi de suite.

1. Voy. la pharmacopée 'Epaoü xoü TpiaiisytaTou irpôî ’Atx^vtiziov rEpi povavwv Twv Ç' àff-cépwv, etc. [Anal, sacr., V, 2, pp. 279-284 et 291) et les Anecdota de Ludwich, pp. 120-121. La liste des amulettes décaniques de la 'kpà d’Hermès Trismégiste (ci-dessus, p. 316, 4 et 3) contient aussi une plante par décan. Je mentionne pour mémoire les rudiments de distribution du règne minéral (voy. les terrains, ci-après, ch. xi), végétal et animal entre les signes du Zodiaque (Ludwich, pp. 119-120). Sont adjugés, en fait de végétaux, les plants d’olivier au Cancer, le blé à la Vierge, le palmier à la Balance, la vigne au Scorpion et au Sagittaire (époque des vendanges?), les légumes au Capricorne (idée d’irrigation, xT|Ttü)v dpôsuxwv) ; en fait d’animaux, les fauves au Lion, les oiseaux à la Vierge (ailée) ; les poissons aux Poissons ; les hommes aux signes humains (Gémeaux, Balance, Verseau).

2. Voy. Anecdota de Ludwich, pp. 121-122 (Tî ê xXT.pû saxo l'xasxoî xôiv àsxépwv àit6 xùiv Çûwv).

3. Tixfiî vu-xxoî itexEtva — bien que Saturne soit de la secte solaire et diurne. Mais, d’autre part, Saturne est « noir », et le noir l’emporte.

Pourquoi faut-il que le lièvre et l’âne se soient fourvoyés en pareille compagnie? Du lièvre, je n’ai rien à dire, sinon que ses oreilles font un digne pendant à celles de l’âne. Quant à l’âne, je soupçonne qu’il a été amené là par un jeu de mots digne de figurer à côté des étymologies platoniciennes et stoïciennes : ovo? est contenu dans Kpôvoç On ne s’étonne pas de voir les animaux féroces et carnassiers dans le lot de Mars, égayé pourtant par les singes et les pourceaux. Le reste de la ménagerie ne laisse guère apercevoir d’idées générales, sauf peut-être que les animaux domestiqués sont le lot de Mercure, le pédagogue attitré de l’astrologie.

Mais l’animal sur lequel se concentre l’attention des dieux et l’énergie des astres, c’est l’homme, le microcosme. La répartition des inlluences célestes dans les membres humains ou « mélothésie » astrologique ne pouvait manquer d’être un chef-d’œuvre, ou plutôt, puisque tout le monde y a travaillé, une collection de chefs-d’œuvre. C’était une de ces tâches qui, complexes à l’origine, s’embrouillent encore à la rétlexion. Fallait-il considérer comme parties du corps, à titre égal, les divers membres et organes; ou distinguer au moins entre les membres extérieurs et les organes intérieurs, ou entre les éléments constitutifs, les os, le sang et les humeurs, le soufile, la chaleur vitale, correspondant aux quatre éléments cosmiques; ou mieux encore, instituer une hiérarchie embrassant le corps et l’âme, la vie végétative, sensitive, intellectuelle ? Il y avait assez d’astrologues pour poser et résoudre différemment ces sortes de questions.

On retrouve encore ici la concurrence entre l’astrologie zodiacale et l’astrologie planétaire.

1. Diogène Laërce termine parce calembour son épigramme sur Diodore le Mégarique, surnommé Kronos ; Toiyàp E’jpÉ6T,ç Kpovoç | È'|o)6e toü pw xâit-a tô (Diog. L., II, § 112). Je suis persuadé que les astrologues l’ont fait avant lui et ont trouvé, pour le justifier, maintes allinités entre le vieux, lent, froid Saturne et Vanimal frigidum, indocile, tardum - -longue ui/ae (Pliysiognom. graec., II, pp. 136 et 139 Fœrster), les longues oreilles étant signes de longue vie (Plin., XI, § 27) et Saturne ayant influence sur l’oreille (ci-après, p. 321). Je me propose de montrer plus loin, à propos de la semaine planétaire (ch. xiii), que l’attribution de l’âne à Saturne est probablement la raison pour laquelle les Juifs, observateurs du sabbat (jour de Saturne), ont passé dans le monde romain pour adorer ou vénérer un âne ou une tête d’âne. Notons provisoirement que Plutarque {Quaesl. Conviv., IV, 5) associe le lièvre et l’âne et les dit honorés tous deux par les Juifs ; le lièvre « à cause de sa similitude avec l’âne », et l’âne « comme leur ayant découvert une source d’eau » (dans le désert, au temps de Moïse. Tac., HisL, IV, 3), ce qui rappelle Saturne logé dans le Verseau et patron des porteurs d’eau (ci-dessus, p. 96).

MÉLOTHÉSIE ZODIACALE

La série des signes du Zodiaque, considérée comme mesure et prototype du corps humain, avait sur la série planétaire le double avantage d’être fixe, tandis que l’autre était discutée, et d’olTrir un plus grand nombre de divisions, surtout si l’on faisait intervenir les décans L Manilius ne connaît ou n’expose que la mélothésie zodiacale : on a chance de retrouver chez lui les raisonnements naïfs que les autres ont soin de cacher. Ici, nous sommes déçus : par exception, il est très bref et ne raisonne pas ; il ne prend même pas le temps de formuler la règle très simple qu’il applique, fille consiste à étendre pour ainsi dire le corps humain sur le cercle déroulé du Zodiaque, en faisant poser la tête sur le Bélier (le Bélier « tête du monde ») et les pieds sur les Poissons, qui, eux, n’ont pas de pieds, mais compensent cette fâcheuse inaptitude par le fait qu'ils sont deux. Donc, la tête étant dévolue au Bélier, le cou correspond au Taureau, l’animal à la forte encolure ; les épaules et les bras, membres géminés, auxGémeaux ; la poitrine, à la carapace du Cancer ; les lianes, au Lion ; le basventre ou vessie, à la Vierge ; les fesses, qui tiennent le corps en équilibre dans la station droite, à la Balance ; le pubis, au Scorpion ; les cuisses, au Sagittaire ; les genoux, au Capricorne agenouillé ; les jambes, au Verseau, et les pieds aux Poissons Les associations d’idées ne sont pas précisément le côté brillant de ce procédé mécanique, et Ton comprend que Manilius ne s’attarde pas à les faire valoir Sextus fimpiricus connaît et reproduit le canon précédent, en ajoutant une indication sur son

1. La mélothésie zodiacale — décanique surtout — est-elle plutôt « égyptienne 1) ; l’autre, plutôt « chaldéenne » ? La question ne comporte que des solutions arbitraires. Manilius ne s’en occupe pas, et S. Empiricus, pour qui tous les astrologues sont des Chaldécns, attribue la mélothésie zodiacale à « certains Chaldéens » (Twèi; Xa),ôato)v, o/j. cit., pp. :iil-3i2), tandis que d’autres en font honneur aux Egyptiens — ot AiyÔTtTiot (Schol. Arat., v. 54-4). — Hune enim locuin divinus ille Nec/iepso, ut remedia valetudinum invenirel, diligentissime quidem, ut diviniim tanti viri potuit inqenimn, manifestis tractatibus explicavit {Vinme., Vlll, 3 Pruckner).

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