‹ L'astrologie grecqueChapitre 188 sur 360 · Cf. ci-dessus, pp · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, pp

4. TÔIV àpy ixoïxiToiv xat T,ys^ovtxoTâT<.v (Anon., p. 138). Les Stoïciens hésitaient sur la localisation de 1’ v;saovix(5v. Les uns le plaçaient

ans la t.-te; Chrysippc, ev xôi ^xt,0ci (Phaedr. Epicur., p. 21 Petersen). Ptolemee s évité la peine de choisir.

Iraires La Lune enfin, qui règne sur la moitié gauche du corps comme le Soleil sur le côté droit, a en propre le sens du goût, le seul qui reste à distribuer, — l’ingestion des boissons, 1 estomac, le ventre et la matrice

Cet essai n’était pas pour décourager l’émulation. Démophile reprend et perfectionne le système, en y mélangeant toute espèce d’inüuences psychiques et de raisonnements dangereux®. Il laisse ù, Saturne tous les phlegmes et humeurs froides et lui enlève le reste ; du moins il n’est plus question ni de la rate, adjugée a la Lune, ni d’oreille, droite ou gauche. L’ouïe va là où est la langue, à Mercure. La subtile distinction appliquée ci-devant à l’oreille est transportée à l’œil, et avec une sous-distinction dont l’auteur peut être lier. Le Soleil régit l’œil droit chez 1 homme et l’œil gauche chez la femme ; la Lune, l’œil gauche chez 1 homme et l’œil droit chez la femme. Voilà qui s’appelle remettre les choses à leur vraie place Le foie échoit à Jupiter, avec 1 estomac et les nerfs. Mars prend les parties chaudes, tout ce qui bouillonne et fermente dans l’organisme, le sang, les reins, les réservoirs de la semence : s’il laisse la bile à Vénus, c est sans doute pour ne pas voisiner avec Jupiter. Les perfectionnements finissent

par aboutir à un bouleversement.

Ce sont peut-être des astrologues amateurs, gnostiques ou pythagorisants, qui, plus libres à l’égard des traditions, ont le mieux réussi à combiner l’ordre des planètes avec leurs affinités physiologiques et psychologiques. Voici, en ce genre, un petit chef-d’œuvre, transmis par l’auteur de YHermippus

Saturne, qui, comme planète, trône au haut du ciel, et qui.

1. Ptolémée dit simplement yo'Kï\ç. t'Spaî : le scoliaste, embarrasse,

aioute, sans plus : Stà t ô xt v-rj x i x6 v.

2 C’est ici que le scoliaste se surpasse et fait dépense de philosophie . àvaW Yàp x^ yeuaei -fi [Sûvaj^tî], x'^ 6è xaxaTtô^st r, x a 6 e x x i x t; , xa,

8è <jxo!xdt7(o -h w xt x-n, xô 6è xot>.(a a t: o x p t x i x ti. La métaphj

sique vient au secours de la physique défaillante. Plus haut, s’etant aperçu que Ptolémée a oublié l’appareil génital masculin, il se risque a attribuer a la Lune une influence générale sur xà aTreppaxixà xal yôvtixa yevr,.

3. Demoph. ap. Porphyr., p. 198. D’après la tradition égyptienne, le Sole 1 était l’œil droit de llorus ou d'Osiris ; la Lune, l’œil gauche (^rugsclu

rus, 11, pp. 436-438); l’innovation consiste ici à intervertir les attii u p

4. On pouvait enchérir encore sur ces subtilités, en attribuant m nativitate diurna oculiim dexlrum Soli et sinistrum Lune; in noclurna vero ^ J *" Lune, sinistrum Soli : in nativitate autem femine tenent modes oppositos

(Ciruelo, III, T, fol. 1).

5. llermippus, I, 13, §§ 80-92, pp. 18-20 RroH ; U, 3, pp. 31-39.

MÉLOTHÉSIE PLANÉTAIRE

comme dieu, est prudent, sage, froid de corps et d’âme, correspond au cerveau. Son attribut spécifique, la paternité, peut même être utilisé, car c’était une croyance générale dans l’antiquité que la semence descend du cerveau par la moelle épinière ^ Jupiter a pour lui le thorax, siège de l’âme « sensible », à l’exception du cœur, qui, comme foyer calorifique du corps, est le siège du Soleil. Mars, dieu colérique, émeut la bile (/ôXoî). Vénus règne sur le vaste domaine des appétits physiques : le ventre, les reins, les parties génitales, les cuisses et les jambes ^ Mercure représentant l’intelligence divine, source de toute science humaine, loge dans le foie, où s’inscrivent les signes de la révélation. Enfin, â la Lune, basse, froide, exsangue, restent les extrémités des membres inférieurs.

L’auteur anonyme qui nous fait part de ces belles inventions s’extasie sur l’harmonie de l’ensemble et l’à-propos du détail ; mais il gâte quelque peu le système, en y introduisant des considérations empruntées â des opinions divergentes et le bagage obligé du chaud, du froid, du sec et de l’humide. 11 se crée par là des dilficultés qu’il esquive par de mauvaises raisons. Il ne veut pas voir que le Soleil est au cœur pour raison d’allinité, et non aussi pour cause de position centrale; ni que la Lune est aux pieds pour raison de position inférieure, et non aussi à cause du « froid » des extrémités h

1. Le cnrépiia saturnien est un TivEuiia {Philosophum., pp. -134-13Ü Cruice). Cf. Saturne 'irveûii.atoç ppafisû; (Maneth., V, 262).

2. On dirait qu’on a tenu compte même de la grosseur des planètes ; le petit Mars est réduit au fiel ; Vénus, qui passait pour énorme (ci-dessus, p. 100, 1). a un domaine très étendu.

3. Dans la cosmogonie des « théurges chaldéens » (ci-dessus, p. 192, 1), le Démiurge tô f,Xtaxôv itOp x p a 5 t Tj? td-rew Ètjxepi^Ev. Varron, à propos de rèpi- ®aXÔ<; de Delphes, placé, disait-on, au juste milieu de la terre habitée, faisait remarquer que le nombril n’est pas au milieu du corps (Varr., L. laL, VIII, il] : à plus forte raison, le cœur. De même, le prétendu froid de la tète est de circonstance. On dit une tète froide, mais par métaphore. Cela vaut l’étymologie Kpôvoç de àxTipaxoç voüî (llermipp., II, 3, § 24), une étymologie à la mode de Platon et des Stoïciens. Théon de Smyrne (p. 187 Ililler) expose une théorie, peut-être de Posidonius, qui aurait pu conduire à une mélothésie dilTérente. Il dit que le inonde a deux centres : un centre de vie (x-r,; Èmj^uxîaî), le Soleil, qui en est le cœur, et un centre de figure (xoü [j.EyÉ0ouî), le nombril, correspondant à la Terre. La moitié inférieure du corps aurait eu les mêmes planètes, en ordre inverse. L idée de combiner la mélothésie planétaire et la zodiacale devait venir à quelque astrologue. Le Trismégiste (ap. Ideler, I, pp. 387 et 430) — ■ suivant peut-être inconsciemment la tradition platonicienne, qui fait de la tête sphérique le tout de l’homme (ci-dessus, p. 21) — adjuge la tête au Bélier et distribue dans la tête les sept planètes, attribuant l’œil droit au Q, le

Les termes abstraits qui apparaissent çà et là dans le jargon de nos charlatans sont empruntés à des spéculations pythagoriciennes, platoniciennes et autres sur le macrocosme et le microcosme, images troubles et harmonies confuses que déversaient à flots les commentateurs du Timée ; divisions ternaires, septénaires, duodénaires du monde sensible, spirituel, intelligible, des appétits du corps, des facultés de Tâme, enfin de tout ce que l’imagination en quête d’harmonies peut saisir au vol et accommoder à son gré. Les uns trouvaient dans le corps sept membres intérieurs et sept organes extérieurs des anatomistes plus experts encore comptaient dans l’intérieur vingt-huit parties, correspondant aux quatre septénaires du cours de la Lune Les musiciens pylhagorisants à qui ne suflisait pas la division septénaire arrivaient à l’octave en ajoutant aux sept orbes planétaires la sphère des fixes, et ceux qui voulaient une place de plus, pour loger les neuf Muses, y ajoutaient encore la Terre, support de toute la lyre Ptolémée s’était abstenu ou n avait pas eu le temps

gauche à la les oreilles à le cerveau à la langue et la gorge a , l’odorat et le goût à 9, le sang à J’ignore où l’auteur de la Margarita philosophica (VII, 2, 5) a pris les éléments du tableau en forme de Table de Pythagore, avec les signes en colonne verticale et les planètes en série horizontale (84 cases), intitulé : Quas coi'poris parles planelae in diversis signis respidant. C’est le corps humain dépecé en opia. Ainsi Saturne régit . en T, la poitrine; en et H, le ventre; en §g et Si, les parties génitales; en nx et W, les pieds; en A, les genoux; en m, les talons; en X, la fcte; en :r, le cou; en K, les épaules. Chaque planète change de patronage à chaque signe. ^

1. Membres extérieurs : CTXÉpva, yctaxinp, Sixxat /etpe;, S'-vxai paffô'.ç;

organes intérieurs : axoïra/o;, xap5£a, itvcûixwv, a-)rôv, T,-ap, vsopoi 6uo (Philo, De opific. mundi, 40, § 118). Distribution hermétique (ap. Stob., EcL, I, 15, 14,

p. 176) : ï) 6ixpu + ■if yévsatç -f ^ -P c? -f C + 9 ôpeEiî

-P Q yÉTvwç. Voy. les divisions ternaires et septénaires de Pâme, du corps et de la vie physique, même utérine, dans Macrobe (So?n?i. Scip., I, 6, 34-83) . même les sens y sont ramenés à l’ordonnance septénaire, parce qu il y a dans la tête sept trous percés pour leur service {seplem foraminibus sensuum celebrunlur officia, § 81). C’est une voie qui mène directement aux sept sages, aux sept merveilles du monde, et, par delà, aux psychothésies chrétiennes : les trois vertus théologales, les sept péchés capitaux, les sept sacrements, les sept dons du S. Esprit, les sept douleurs de la Vierge, etc. L’astrologie, comme les parfums dans l’air, est partout, insoupçonnée, mais présente

2. Cf. les 28 aunes d’intestins d’après llérophile (Théo Smyrn., p. 104 llillei), autant que de cases dans le Zodiaque lunaire (ci-dessus, pp. 55-56).

3. Martiaii. Cap., I, 28. Nul doute que la chose ne s’arrange très bien avec Uranie dans la sphère étoilée, qui donne le son le plus aigu ; Polymnie dans le cercle de Saturne; Euterpe dans celui de Jupiter (cf. risum Jovts, ibid., 1, 16^ Érato chez Mars l’amoureux; Melpomène accompagnant le Soleil ; Tei^sichore, Vénus; Calliope, Mercure; Clio tenant la basse aux sons rauques dans

MÉLOÏHÉSIE PLANÉTAIKE

d’adapler à l’astrologie ses spéculations Harmoniques — sauf les cordes et angles des « aspects » ; — mais d’autres se chargèrent de ce soin. Proclus *, pour ne parler que du plus convaincu de tous, enseigne qu’à la sphère des fixes correspond l’intellectuel (to voepôv); à l’orbe de Saturne, le contemplatif (tô OcojpT,ii/,ôv) ; à Jupiter, le sens politique ou social (tô noXtTtxôv) ; à Mars, le passionnel (xo S’uji.osioéî) ; au Soleil, le sensible (to a'aÜT,T!xôv) ; à Vénus, le désir (to £Ttt0u[i.r]T[5côv) ; à Mercure, la faculté vocale (tô tpojvrj- Ti/.ôv) ; à la Lune, la force végétative (to (pujtxôv). L’âme, en descendant du ciel, s’empare de toutes ces facultés et les y reporte en remontant L

On peut rire de ces billevesées ; on en a moins envie quand on constate que l’état d’esprit qui les a produites tend à se renouveler et que l'idée du microcosme se glisse, sous des déguisements divers, avec ses procédés aprioristiques, dans ce qu’on appelle du nom barbare de sociologie. La manie des comparaisons, au service d’un reliquat de mysticisme se retrouve chez nos socio-

Ic cercle de la Lune. Quant à Thalie, déposée à terre par son cygne paresseux,

« elle chantait à môme l’abondante poussée de la plaine fleurie » {in ipso florentis carnpi uhere personabat).

1. Proclus, In Tim., p. 348 A. Cf. dans le Kap-nô; (§ 86) : ô fiXioî èjtI Tr-r,Yh

xf,î Suvâijiewç, t, 6è CcXfivri xf,? cpuatafiç, ô ôè ZôÛî, xt,ç a ù ^ t) x i •/. f, ô

3è 'Epix-fiî xf|î Xoyixfi;, ô 5è "ApTiî xfiî è tt 1 6 u [X7^ x i xf, î. Saturne et Vénus manquent. Je ne sais quel mystificateur s’est avisé de transporter la mélothésie aux œuvres de l’homme et de mettre sous le nom de Ptoléméc une analyse des « membres » d’un navire, où la proue est adjugée au Bélier, l’avant au Taureau, les flancs au Lion, la carène ou ventre à la Vierge, le mât au Sagittaire, etc. (P. Liechstenstein, à la suite de Ilaly, p. 549).

2. Voy. Macr., Somn. Scip., I, 12, 68; Serv., Ae?i,, VI, 714; XI, 51, et les textes cités par Lobeck, Aglaophamus, pp. 932-936.

3. On n’imagine pas à quel point ces survivances de mysticisme sont tenaces. Niebuhr modelait les cités antiques sur l’année solaire ou lunaire (v. g. à Athènes, quatre tribus ou saisons, douze phratries ou mois, trente jéwt\ par phratrie ou 360 dans la cité entière), avec la conviction que leurs fondateurs les avaient voulues telles. Iluschke écrit qu’il y avait à Rome dix curies par tribu, parce qu’il y a dix doigts aux mains et aux pieds. Ceci n’est qu’une circonlocution pour désigner le système décimal. Mais il découvre ensuite qu’il y avait deux centuries militaires par tribu, parce que l’armée marche et a besoin pour cela de deux pieds. Tel autre dira que Rome a dû sa fécondité au rapprochement de l’élément romain, ou mâle, avec l’élément latin ou femelle, etc. Aujourd’hui encore, depuis J. Grimm, c’est presque un dogme que « l’humanité marche d’Orient en Occident », comme le Soleil. Les poètes ne renonceraient pas volontiers non plus à dire que l’Orient est le pays du Soleil. La comparaison de la cité avec l’homme est partout dans Platon; la comparaison du ciel avec la cité unique (ou avec un ensemble de cités amies et hostiles), dans Manilius [Sic etiam magno quaedam respublica immdo est, avec

326 r.llAP. X. PATRONAGES TERRESTRES DES ASTRES

logues modernes, disciples attardés de Platon, qui prêtent à la société tous les organes du corps humain, sous prétexte que le tout doit ressembler à la partie. Nous les voyons en train de créer une histologie sociale, qui sait retrouver le cœur dans les capitales ; les artères et les veines dans les voies commerciales ; le système nerveux dans le télégraphe ; la tête dans les classes dirigeantes; le muscle dans l’ouvrier; la graisse dans le riche ou le prêtre, et la peau, couverture et défense de l’ensemble, dans l’année. Ils ont découvert que les sociétés croissent non seulement en largeur, par extension de territoire, mais aussi en hauteur, par surélévation progressive des édifices. Ils leur trouvent aussi un sexe, comme les astrologues aux planètes et aux signes du Zodiaque. La conquête n’est souvent, à leurs yeux, qu’un viol fécond, une ruse de la Nature. Ils pourront étudier avec profit, s’ils sont à court d’idées, notre chapitre suivant, où il sera traité des protectorats célestes assignés aux divers peuples. Car ils ne sont qu’à moitié chemin ; la voie platonicienne et astrologique mène plus haut. Après avoir découvert tant d’harmonies entre l’homme et les groupes humains, il plaira sans doute aux plus ingénieux d’entre eux de les étendre à la Terre entière, et on leur reprochera de ne pas avoir conscience de l’unité des lois de la Nature s’ils s’interdisent d’aller plus loin.

Mais laissons-là les mystiques d’aujourd’hui : leurs ancêtres nous réclament et nous allons voir comment ils ont, eux, étendu et distribué à la terre habitée, sous forme de patronages célestes, les influences sidérales. Nous entrons un peu avant le temps, pour ne pas fausser compagnie à Ptolémée, dans l’astrologie appliquée ou apotélesmatique .

ordre sénatorial, équestre et plèbe. V, 734-745), lequel s'inspire des Stoïciens [mundus quasi communis deorum atque hominum... urbs.de., Nal. Deor., 11,62; ocôa-jjLov elvat tïôXiv, avec le Soleil pour conseiller, llespéros pour prytane, etc. Plut., Adv. Sloic., 34). Démade approchait aussi, sans le savoir, de ces belles découvertes, quand il appelait êap 6è xoû ôfqjiou xoùi; èoTi6ou<:, xô ôè xeïy o; £CT0fixa xf,ç lïôXcuç (ap. Athen., 111, p. 99 D). Iphicrate trouvait que, dans une armée, les troupes légères ressemblent aux mains, la cavalerie aux pieds, la phalange à la poitrine (Plut., Pelopid., 2). 11 n’y a qu’à délayer des métaphores pour en faire des comparaisons qui tiennent lieu de raisons.

Page 1