‹ L'astrologie grecqueChapitre 193 sur 360 · PAUL D’ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

PAUL D’ALEXANDRIE

llellcsponl - Pi-opoiitkle - Syrie - Perse - Égypte.

Babylonic - Arabie.

Perse.

Scytliie - Asie - Arabie.

Médic - Arabie - Égypte.

Babylonie.

Pont - Euxin.

Cappadoce - Perrhébie - Phénicie.

Cappadoce.

Inde - Éthiopie.

Thrace - Éthiopie.

.Arménie.

Phrygie - Bithynie - Cappadoce - Arménie - Macédoine.

Ilellade - Phrygie - Pont.

Asie.

Rhodes - Carie - Doi'ide - Ionie - Arcadie.

Rhodes - Cyclades - Péloponnèse.

Ilellade - Ionie.

Italie.

Cyrène - Italie.

Libye- Cyrénaïque.

iti

Carthage - Libye - Cyrénaïque - Sardaigne - 1 les de la Méditerranée.

Carthage - Libye - Sicile.

Italie.

Crète - Sicile.

Gaule - Crète.

Cilicie - Crète.

Espagne - Gaule - Germanie.

Cimmérie.

Syrie.

Phénicie - Cilicie - Basse- Égypte.

Égypte.

Chaldée - Mésopotamie - Susiane - Parthic - Mer Rouge.

Mer Rouge - Inde.

tiennent la Phrygie avec ses lions de Cybèle, et, sans doute comme pays belliqueux, la Grèce du Nord ^Hellade) et le Pont, la patrie de Mithridate. Rhodes, les Cyclades, le Péloponnèse forment un ensemble de contrées civilisées et pacifiées que gouverne la Vierge. L’Italie revient, comme précédemment, à la Balance, et aussi, par assimilation flatteuse pour Cyrène, la Cyrénaïque. Carthage, la Libye, la Sicile, sont adjugées en gros au venimeux Scorpion. Nous voici tout à fait en Occident. De ce côté se rencontrent, pour le lot du Sagittaire, des frondeurs et archers, [les

CHOROGRAPHIE ZODIACALE

Baléares ’], la Crète par alFinité, et, sous le nom de Gaule, le vaste habitat des populations celto -germaniques. Enfin, les brumes de la Cimmérie devaient être, avec le Capricorne, à l’Extrême-Occident. Dorothée avait dû reprendre sa distribution à l’Extrême-Orient avec le Verseau, qui se trouvait placé au commencement de la bande terrestre, exactement comme le mois de janvier dans l’année romaine, et revenir à l’Euphrate avec les Poissons'^. Seulement, les noms d’auteurs ont été effacés ici dans notre texte, et ce n’est pas grand dommage.

Sur ces élucubrations déjà inquiétantes, les « anciens Égyptiens », la terreur de qui cherche en astrologie des règles intelligibles, les Égyptiens, dis-je, avec Odapsos, Valens « et autres » pour émules, avaient répandu les ténèbres à pleines mains, disséquant les signes en fractions minuscules (xaTà gîpoç - [^sp'.y.wî) et prenant un malin plaisir à faire correspondre des membres contigus à des contrées très éloignées les unes des autres. Ces nouveaux démiurges, ne relevant que de la crédulité de leurs clients ou de leur propre sottise, brassaient avec délices les ellluves occultes émanés de la tête, du ventre, du bras droit, du bras gauche, des pieds de devant, des pieds de derrière, du carquois, de l’urne, etc., de tel ou tel signe et les semaient à la volée sur le monde, sans savoir peut-être au juste où tombaient les étincelles de ce feu d’artifice Les moins enragés de mystère se contentaient de substituer la répartition par décans à la répartition par signes ou bien arrivaient au nombre de -48 adresses différentes pour les éclipses par un moyen tout à fait ingénieux, groupant les heures du jour en quatre « trihories » (-zpiMpo;

1. Les Baléares ne sont pas dans le texte ; mais je suppose que le compilateur les a oubliées et que la Crète est venue là par analogie.

il. J’ignore si c’est par hasard que la carte de Peutinger est partagée en Xll planches, qui reproduiraient peut-être une division zodiacale.

Je ne tiens pas à reproduire ici les échantillons que j’ai donnés de ces inepties dans les Mélanges Graux, pp. 348-3o0, d’après les Anecdola (pp. 112-119 Ludwich). Leurs auteurs doivent être de basse époque, et je ne suis plus très sûr qu’il y ait une intention sarcastique dans le fait (]ue la Macédoine est au ventre du Lion, tandis que l'Ilellade est dans la poitrine [ibid., p. 349). Disons seulement que la Grèce au cœur dvi Lion a une place « ro3'ale », et que 1’ <• Égyptien » qui la lui a donnée devait être un Grec. Comme spécimen de dissection, il suffit de citer le Scorpion, qui, de la tête à la queue, règne sur plus de vingt contrées, disséminées de la Bactriane à Plbérie et de la Bastarnie à la Libye. 11 est évident qu'il faut renoncer à plier ces fantaisies au joug des mathématiques.

4. Bardesane l’indique en passant (ap. Euseb., Praep. Evang., VI, 10, 37), et, à défaut de textes, on serait en droit de la supposer a priori.

334 CHAP. XI. APOTÉLESMATinUE UNIVERSELLE

[wpa]) et supposant que chaque signe correspond, pendant chaque trihorie, à une contrée différente. C’est une comliinaison de la division du temps avec la division de l’espace h

Tout cela sent rÉgypte, le berceau par excellence des systèmes de « chronocratories » ou régences des fractions du temps, années, mois, jours, heures, par différents dieux ou génies soigneusement catalogués. Ces « anciens Égyptiens », qui étaient Hellènes ou hellénisés, puisaient dans les vieilles traditions indigènes de quoi enrichir l’astrologie et surpasser leurs rivaux, les « Chaldéens ». H se peut même que l’idée-mère de la chorégraphié astrologique ait été empruntée à la vieille Égypte, car le ciel égyptien était une copie de la terre ; on y distinguait une mer orientale, une septentrionale, une occidentale, des provinces ou nomes appartenant aux 30 décans, entourées de fleuves et de canaux, couvertes de villes [deman) où résidaient les décans -. Il a suffi de faire redescendre la copie du ciel en terre et de l’élargir à la mesure des connaissances géographiques acquises depuis.

On s’attend bien à rencontrer, dans une veine de tradition concurrente, une chorographie planétaire, celle-ci plus « chaldéenne », en tout cas, combinée par les Grecs avec leur division géodésique de la terre en « climats » .

Les anciens géographes et astronomes, qui n’avaient cure de l’astrologie, Eudoxe, Ératosthène et Hipparque,par exemple, estimaient les latitudes et les espaçaient approximativement d’après la durée du jour solstitial d’été, accru d’une demi-heure à chaque parallèle. Ils en comptaient ainsi, dans la terre habitée, sept ou davantage, selon qu’ils poussaient plus loin leurs mesures vers le Nord ou le Midi. Ératosthène en établissait onze, de Cinnamophore aux bouches du Tanaïs. A un autre point de vue, considérant la terre entière comme une sphère où se trouvaient reproduites à moindre échelle les zones célestes, ils admettaient cinq zones ou six, suivant qu’ils utilisaient ou non l'équateur

1. Hephaest., I, 21, pp. 82-89 Engelbr. On m’excusera volontiers de ne pas détailler cette chorographie spéciale. Même système de trihories, sinon mêmes adresses, dans le fragment de Léon {Uermes, VIII [18'74], pp. 173-176). C’est peut-être une réminiscence de la division du cercle en 48 parties (ci-dessus, p. 60, 2). Ici, ce sont quatre répartitions duodénaires qui se succèdent.

2. Voy. Brugsch, Thés. Inscr. Aegypt., I, pp. 376-377. On rencontre un système hermétique, peut-être fait de vieilles traditions égyptiennes, qui l'eprésente la Terre couchée sur le dos, liia-sp avOptoTro;, oùpavôv jîTvÉTcouffa, la tête au S. les pieds au N., et recevant ainsi perpendiculairement les influences célestes, combinées avec celles de ses organes à elle. 11 va sans dire que, cette fois, l’Égypte est à la place du cœur (Stob., EcL, 1, 41-45, p. 302Meineke).

CHOROGRAPHIE PLANÉTAIRE

comme ligne de démarcalion en sus des deux cercles tropiques et des deux cercles polaires ^ Mais ces zones ne sont plus des « climats ».

Les astrologues n’avaient que faire de ces larges aperçus : il leur fallait des climats pour estimer les àvacpopa?, puisqu’ils passaient sans cela pour des ignorants; mais ils en voulaient sept, ni plus ni moins, et tous dans la terre habitée, pour pouvoir en adjuger un à chacune des planètes ^ Ils eurent donc leurs sept climats, et on peut se lier à eux pour trouver des motifs de répartition. Cependant, ils durent se heurter à des dillicultés presque insurmontables, s’ils voulaient à la fois conserver l’ordre des planètes et ne pas sortir de leur oîxoupiévï], toute au Nord de l’équateur. Mettre le froid Saturne au N. les obligeait à mettre la non moins froide Lune au S., contre la zone torride. La correspondance s’établissait mieux en plaçant le Soleil dans la zone torride, Saturne et la Lune vers les pôles; mais alors ils sortaient de la terre habitée et tombaient dans le système des cinq zones, pour eux inutilisable Inutilisable, non pas tant à cause du nombre cin([ — ils avaient cinq « planètes » proprement dites, défalcation faite des luminaires — que parce qu’il paraissait absurde d’étendre aux régions polaires l’action des planètes, qui circulent toutes entre les tropiques et passaient pour envoyer à peu près

1. Voy. les discussions géodésiques, trop prolixes pour être visées par des références de détail, dans le II® livre de Strabon. Ptoléiuée, dans ses «bxseiî (ap. Wachsmuth, pp. 200 sqq.), se borne à cinq climats, allant de Syène- Bérénice (1®^ climat) par lléliopolis - Alexandrie - Cyréne (2®), Rhodes (11”), rilellespont (4«), jusqu’au parallèle d’Aquilée - Vienne (5®), le jour solstitial étant de 13 h. 1/2 à Syène et de 15 h. 1/2 à Aquilée. Dans Y Almagesie {W, C), il en compte sept : Méroé, Syène, Alexandrie, Rhodes, llellespont, Milieu du Pont-Euxin et Borysthène. La mesure des climats ) étant prise dans le temps, les arcs compris entre les parallèles allaient en diminuant — autrement dit, les parallèles se rapprochant — du S. au N.

2. Les partisans de la chorographie zodiacale, au contraire, poussaient jusqu’à 12 le nombre des climats. Les Gnostiques Valentiniens s’imaginaient les signes du Zodiaque faisant tomber d’aplomb (xaxà xiOsxov) leurs effluves sur ces 12 « climats » et y engendrant des êtres semblables à eux (ôpooûsta xÉxva xfi xaxa~sp.TioijXf\ xatà tt,v à-::dppotaiv ouvapsi. Pliilosophum, VI, 5, 54, p. 331 Cruice). C’est à peu près la conception égyptienne (ci-dessus, p. 334, 2).

3. Firmicus tient pour les cinq zones, mais loge toutes les espèces vivantes, ainsi que tes influences des signes et planètes, dans les deux zones tempérées. Le type des races dépend de l’action des zones limitrophes, et les variétés individuelles ont pour cause les planètes : Unde manifestis rationibiis comprobatur zonarum quidem esse quod nigri vel candidi sunt, stellarurn vero quod in ilia unilale coloris dissimilium formarum varie talibus corporanlur (Firmic., 1, 11), 11 Kroll).

336 CIIAP. XI. APOTÉLESMATIQUE UNIVERSELLE

perpendiculairement leurs effluves aux zones qu’elles protégeaient *. Bref, nous savons qu’il y a eu des systèmes de chorographie planétaire à sept zones ou climats ^ ; mais, sans doute mal équilibrés, ils ont été délaissés, soit pour les répartitions zodiacales, soit pour le chef-d’œuvre de Ptolémée.

Abordons enfin le chef-d’œuvre où entrent tous les ingrédients de la science frelatée par l’astrologie.

On peut se demander quelle part d’originalité revient, dans le système ethnographique que nous allons analyser, à l’astronome et au géographe qu’était Claude Ptolémée. Il est certain qu’il n’a inventé ni le procédé en lui-même, puisque Manilius connaît déjà le régime des suzerainetés astrales distribuées sur la surface de la terre, ni l’idée d’appliquer à des agglomérations d’individus les pronostics tirés des éclipses, puisque c’est le fond même de l’astrologie chaldéenne, née servante et conseillère des rois. L’astrologie orientale s’est occupée des peuples avant de s’occuper des individus. L’astrologie grecque, née de l’autre, mais dans un temps et chez un peuple où la culture intellectuelle avait exalté le sentiment de la personnalité, dut refaire le même chemin en sens inverse. Après avoir fondé sa vogue sur la curiosité égoïste

1. Il aurait fallu tout au moins mettre à contribution les constellations

extra-zodiacales, ce que fait d’ailleurs Ptolémée. Achille Tatius {Isag., 29) expose le système des cinq zones terrestres correspondant xatà xiôexov avec les zones célestes, et, par un moyen inconnu, avec les cinq planètes : Saturne présidant à la zone arctique, Jupiter à la zone tempérée. Mars à la zone torride, Vénus à la zone tempérée australe et Mercure à la zone glaciale antarctique. On n’aurait pas cru le brillant si gelé. Même distribution dans

le Ps.-Ératosthène (ad Arat., Phaenom., 9). Le système, connu de Lucain [Friqida Salurno qlacies et zona nivalis I Cessit. X, 205) remonte au-delà de Vitruve (cf. IX, 1, 16).

2. Ot Sè àffxpov6p.oi faai yry xa'jXT,v pL£[j.eplff6ai Et; STZià x)v([j.axa, xal àpystv ÉxacTTOu xX£[xaxO(; Eva xwv Éiixà dcuxÉpwv (Bardesan. ap. Euseb., Praep. Ev., Vf, 10, 36 : cf. ci-après, p. 347). Nous ne possédons pas de chorographie planétaire par yÿpoLi proprement dites, sauf celle de Ptolémée, dont une moitié peut se détacher de l’ensemble, et un fragment de système, qui attribue ^ à l’Egypte et à la Syrie, à la Libye, C à la Palestine, l’Orient relevant en général de

et l’Occident, de (Steph. Alex., pp. 22-33 Usener). Les Arabes ont des chorégraphiés par climats et planètes ou par signes : témoin les indéchid'rables chapitres d’Albohazen Haly (VIll, 34-37).

3. Ptolem., Tetrab., Il, 3, pp. 82-86 Junctinus. En fait d’appréciation, les modernes vont d’un extrême à l’autre. Pour Schleiden (cité par Habler, p. 29, et Boll, p. 201), c’est une idée géniale au premier chef que cette chorographie; pour Boll, Ptolémée est un des « gâte-sauce de la géographie ». De la géographie, sans doute; mais il fait à merveille la cuisine astrologique, et ses sauces ne manquent pas d’imprévu.

LA ClIOROrWlAPIIIE DE PTOLÉMÉE ’>'J ^

des individus, elle s’était haussée jusqu’aux prédictions intéressant la destinée des sociétés humaines. Cela ne veut pas dire que les Chaldéens, qui ne voyageaient guère, eussent déjà dressé des cartes à usage astrologique. On peut laisser debout l’hypothèse proposée récemment qui attribue au philosophe, historien, géographe et astrologue Posidonius la répartition complète et raisonnée des inlluences astrales sur l’étendue de la terre habitée h Et comme les idées n’engendrent pas tout de suite toutes leurs conséquences, il n’est pas dit non plus que Posidonius ait destiné sa carte à l’usage qu’en a fait plus tard Ptolémée. Il a pu se proposer simplement, comme le pense Fr. Boll, de répondre à une objection gênante de Carnéade, qui déclarait incompatible avec la théorie des thèmes généthliaques individuels le lait que des masses d’hommes avaient môme tempérament, mêmes mœurs, mômes lois, et par conséquent, à le prendre en gros, môme destinée Il s’agissait, pour Posidonius, de mettre à part la somme de ces influences multiples qui font les races et les peuples, de les considérer comme un bloc, constituant le fonds immuable de tous les thèmes individuels pour une même race ou une même contrée Une partie de ces inlluences lut imputée

1. Fr. Boll, op. cit. (voy. Bibliographie). Le principal argument de Fr. Boll, c’est que la chorographie de Ptolémée astrologue est en retard sur la géographie de Ptolémée géographe; l’auteur de la Télrabible ignore a j>eu près tout ce qui ne pouvait êlre connu de Posidonius. Si donc Ptolémée chorégraphe est bien le même que Ptolémée géographe, — un faussaire n aurait pas manqué de travailler d’après la Géocjrciphie de Ptolémée, — il faut croire que Ptolémée a inséré dans sa Télrabible, sans le remanier, un travail antérieur, peut-être de Posidonius. C’est bien à Posidonius, en efl'et, que s’en prend Strabon (II, 3, 7, pp. 102-103), qu.and il réfute la théorie des aptitudes dépendant des « zones ». Seulement, Posidonius parlait de zones parallèles à l’équateur, et j’hésite à lui attribuer la répartition par trigones de Ptolémée.

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