LE SIGNE HOROSCOPE
Ce premier système, facilement intelligible, avait un inconvénient capital, qui le fit tomber en discrédit auprès des dialecticiens ; c’était de répartir un pronostic uniforme, de tempérament ou de destinée, sur tous les individus nés dans le même mois C Les astrologues, traqués par les incroyants, se rejetèrent du côté des mesures exactes ; ils voulurent marquer non plus l’époque, mais l’heure, et que l’indicateur de l’heure ou Horoscope changeât d’instant en instant par le fait du mouvement diurne. Dès lors, le signe horoscope était celui qui se lève au moment où naît l’enfant dont il fixe la destinée. Il se pouvait que ce signe fût, par surcroît, celui qui hébergeait le Soleil; mais cette conciliation entre les deux théories ne se réalisait que pour les enfants nés au lever de l’aurore L D’autres considérations ont dû contribuer aussi à faire abandonner le signe en lever héliaque ou mansion solaire. D’abord, la concurrence du signe occupé — et occupé moins longtemps ^ — par la Lune, signe plus facile à apercevoir et pouvant être à l’horizon ou au-dessus de l’horizon aussi bien la nuit que le jour. C’était, en elTet, un principe de sens commun, conservé avec obstination par Ptolémée, que les astres, une fois sous terre, n agissent pas ou n’ont qu'une action négative sur sa face supérieure et la doctrine même de l’horoscope suppose que
manière des généthlialogues ; dans l’autre (IV, 503-582), l’horoscope en lever héliaque. Sur ce dernier point, le doute n’est pas possible. C’est au lever héliaque que s’appliquent les expressions : {signa) ortu \ AccÀinunl proprias vires vllraqiæ remittunt (IV, 504-505), et le refrain : ubi se summis Aries ex/ollet ah undts (505) ; — Geminos cum proferl unda (525), etc. ; c’est bien lorsque le Soleil est dans le Cancer que celui-ci, velut exustus Plioebeis ig?iibi/s ignis est enfumé de vapeurs (530 sqq.) ; enfin, ce n’est pas du lever diurne que le poète dit : Sed cum autiannales coeperimt surgere Chelae (547). Manilius a SUIVI d’abord un auteur inféodé au premier système, et recommencé sa cantilene a la suite d’un autre, en toute ingénuité. 11 est étonnant que Scaliger (p. 30ü) soit resté muet sur la question.
1. Voy. les « types » d’individus nés sous les différents signes dans les Philosophumena, IV, 3, pp. 84-93 Cruice, portraits imputés non à l’astrologie, mais à la divination « métoposcopique », devenue ici une vassale de l’astrologie.
2. On ne manque pas de supposer le cas réalisé pour Auguste (ci-dessus, p. 373, 2). Théagene s est ainsi dispensé d’opter entre les deux systèmes.
3. La Lune franchit un signe en un peu moins de 2 jours 1 /2.
4. Dans un des deux thèmes chaldèens cunéigraphes du temps des Arsacides (ci-dessus, p. 50), le signe sous lequel est né l’enfant, entre minuit et
aube, est celui de la Lune, et non pas celui du Soleil, qui est sous terre; dans 1 autre, 1 enfant est né « sous Jupiter [Te-ut) levé toute la nuit ». 11 n'est pas question de l’Horoscope classique, de la coïncidence du lever soit de la Lune soit de Jupiter, avec la nativité. Sur l’élimination du ciel souterrain par 1 tolcmée, voy. ci-dessus, pp. 270, 1 . 272, 1. 349, 3. .3.5f,, 2.
CHÂP. XII. — LA GÉNÉTHLIALOGIE
l’aclion initiale d’où dépend tout le reste commence au lever de l’astre horoscope. A ce point de vue, le signe occupé par le Soleil n’avait prise que sur les génitures diurnes, les nocturnes — c’està-dire plus de la moitié des cas, au dire des statisticiens — échappant à son influence h
C’est donc après avoir essayé de divers expédients ^ et abandonné le recours aux positions de l’un comme de l’autre luminaire par rapport au Zodiaque que l’astrologie savante a créé la doctrine purement grecque de l'Horoscope instantané, ni signe, ni planète mais lieu géométrique, point de départ de la graduation du cercle de la géniture.
Nous pouvons ajourner sans inconvénient les discussions relatives à la dilliculté — les adversaires de l’astrologie disaient 1 impossibilité — de déterminer avec précision le point horoscopique. La visée directe étant le plus souvent impraticable, les astrologues se servaient des tables d’àvacpopaî. Avec ces tables, il suffisait de savoir à quel degré d’un signe se trouvait pour le moment le Soleil et quel angle cet astre faisait avec l’horizon, angle mesuré soit directement par l’astrolabe ou le gnomon, soit, en fonction du temps, par la clepsydre Ptolémée ne veut ni de l’une ni de
1. Avec le Soleil à l’horoscope, c’est-à-dire in siqno horoscopi, il pouvait y avoir quand même quelques génitures nocturnes, à 1 aube, quand 1 astre était encore au-dessous de l’horizon (cf. Firmic., 111, 5, 11 Kroll).
2. Par exemple, l’idée populaire, mais d’origine astrologique ou altération d’une doctrine astrologique, que chacun a son étoile au ciel, étoile gardienne, naissant et mourant avec lui. Sidéra quae adfij’a diximus miindo, non ilia, ut exislimat vulgus, singulis altribula nobis, el clara divilibus, mino) a païiperibus, obscura defeclis, ac pro sorte cujusque lucentia adnwmerata moi talibus, nec cum suo quaeque homine orta moriunlur nec aliquem exslingui decidua significant (Plin., 11, § 28). Même croyance combattue par l’évêque Eusèbe d’Alexandrie (p. 17 Thilo), qui, la poussant à l’absurde (osot àa-répE;, •uosoÜTOt xal à'vôpojitoi.), répond : il n’y avait donc que deux étoiles au ciel au temps d’Adam et d’Éve, et huit quand Noé est sorti de l'arche avec les siens? La chute d’une étoile filante était symbole de conception pour les néoplatoniciens, de mort pour le « vulgaire » (cf. ci-dessus, p. 362).
3. L’auteur de d'IIermippus ne veut pas de cette absfraction ; il définit l’Horoscope ôttoïoç 'ïôiv a ff X £ p w V xaxa xov y.3upàv xf,î ycvstcWî av£ttj'. x6v op.^sO/^a {Hermipp., II, 6, p. 44 Kroll). C’est un amateur qui revient d'instinct à la vraie
tradition.
4. Ptolem., Tetrab., III, 2. C’est le Soleil qui marque l’heure : ul ralio, siqnis ducalur ab illis | In quis Phoebus erit (ManiL, 111, 299 sqq.) — parte ex iÙaquam Phoebus habebit (111, 442). Avec des tables de la Lune ou des planètes, on pouvait prendre l’heure à un autre astre. Les estimations en degrés et minutes que nous avons rencontrées dans les thèmes de géniture ne provenaient certainement pas de 1 observ'ation diiecte.
RECTIFICATION DE l’ HOROSCOPE
1 autre méthode. Ce qui lui a fait chercher un autre biais, ce ne sont pas seulement les chances d’erreur inhérentes à l’opération et qu’il ne manque pas de faire valoir. Le motif, qu'il n’avoue pas, c’est le désir d’esquiver une objection redoutable, insoluble par réfutation directe : à savoir que, la parturition n’étant pas un acte instantané, il ne peut pas y avoir non plus d’Horoscope instantané, Ptolémée a trouvé une solution ingénieuse, fondée suides postulats qu’il n’est pas impossible de restituer. De même que la parturition, quoique comportant des étapes successives, n en est pas moins un acte unique, de môme, dans un signe horoscopique pris en bloc, il doit y avoir un point, un degré qui est excellemment et spécialement horoscope L Ce point doit être en rapport naturel, exactement défini, avec les générateurs universels, les luminaires, et plus particulièrement encore avec le patron particulier que les astrologues appellent « l’œcodespote » ou « maître de la géniture ». Ce patron individuel, mis lui-même en rapport avec les deux luminaires, concentre en lui et dispense à son client, en le marquant de son empreinte, l’énergie dont il est le véhicule intermédiaire.
Déterminer le degré horoscope revient donc, pour Ptolémée, à discerner la planète maîtresse de la génîture et à supposer que le degré horoscope est placé dans son signe exactement comme cette planète 1 est dans le sien. Voici la méthode qu’il conseille a ses adeptes, méthode assez compliquée pour dérouter les faiseurs d objections. Observer d’abord la syzygie lunisolaire, conjonction ou opposition, qui a précédé la nativité, c’est-à-dire en pointer le lieu sur le cercle. Cela fait, chercher, parmi les planètes, celle qui « domine » le lieu susdit, pour une ou plusieurs des raisons (XÔYoi-r]>r;oot) suivantes : parce que le lieu est soit dans son trlgone à elle, soit dans son domicile, soit dans son hypsoma, soit dans ses 6>ia; ou encore parce qu’elle est elle-même,' par rapport au. Soleil, dans un aspect ou phase particulièrement efficace (par exemple, en phase orientale). Cette planète maîtresse étant pour ainsi dire choisie au concours, noter le degré qu’elle occupe dans le signe où elle se trouve, et, connaissant par les tables le signe
1. Connaître le signe horoscope est chose aisée: la ditîiculté est de préciser le degrej Îcttéov 6è oix aùxàv t6v w o o cr -x ô t: o v ÈTrayylXXETat c;oi 5-.6âsxciv LIlToXqaaroî], àÀXà Ôtà xavôvo; -poy';iüff0ïvTo; aô-roü, ôii x-r,< vüv pT,0T.xoa£vr)î ÎX30OOOU T-r,v -aoTpxv aùx-hv xal SdFtv ^Opix-xsiv (Anon., p. 90).' Toutes les méthodes exposées ci-après sont rectificatives et s'appliquent au signe horoscope déjà connu. La syzygie est considérée comme un point de repère naturel, ou s associent dans une action commune et souveraine les deu.x luminaires.
CUAP. XII. — LA GÉNÉTHLIALOGIE
horoscope, placer dans ce dernier signe l’Horoscope an degré correspondant *.
Celle règle, qui n’est pas déjà si simple, s’encombre encore de toute une casuistique en vue de l’application. La syzygie - conjonction n’a qu’un lieu; mais la sy/ygie - opposition en a deux, entre lesquels il faut opter. L’option doit se faire en faveur du lieu occupé par celui des deux luminaires qui était au-dessus de l’horizon au moment de la syzygie Mais la grande diiïiculté était la comparaison des titres des planètes à l’œcodespotie. D’abord, on l’a vu, tout le monde n’était pas d’accord sur la valeur respective de ces titres Ensuite, il pouvait arriver que, tout compte fait, plusieurs planètes fussent également qualifiées. Alors, il fallait faire intervenir de nouveaux motifs de classement, le sexe, l’afpeati;, la moindre distance par rapport à 1 Horoscope. Enfin, ce rapport de distance pouvait créer un nouvel embarras. Quand la planète choisie était plus voisine de la culmination que de l’Horoscope présumé, on appliquait la règle à la culmination, et on déterminait ensuite par celle-ci l’Horoscope, qui, ainsi subordonné, méritait à peine son nom
1. Il faut citer ce texte, qui a une importance capitale. Aaï Sr, Xaiieivaiv
tfi; sxxpoirqç TTpoyivopévrjv È'yytTxa auÇuyîav, sav Xc xs — avï£^.T,voî, aal
xr,v p-oïpav àxptôioî ffuvdôo’J ;x£v ouaT,;; x'f|V à;xpoxép(>Jv xwv 'po)xwv,
TravffsXTjvou 6è xr,v xoü unèp yf,v aùxüv ôvxo? [vtaxi x6v /pdvov xr,; Éxxpo-ï,î], loîïv xoùç Trpôî a'JXT,v or/toûcO-Tcoxinôv 'Xdyov xûv àïxépwv, xou xpoTTOu xoO xa6d),0'j xoü •/.axi XT,v ot-KoSsaTioxlav Èv -Trévxs xoüxoi; 2?£wpO'jp.£vov, sv xpiywvto xs xa; oïxto, xal ü 1^*'^ '•i ôpiw, xal cpâxsi ^ aua/'fi!xaxiCTiJ.w, xouxéax'. oxav £v xv T| xal n),£[ova xoüxwv'fi xal ~âvxa ô î^ï)xoop.£voç xotioî Tzpà? xôv [Xc.X7.ov,a olxo- Ô£(n:oxfia£tv. ’Eàv pâv oüv £va lîpàç xaüxa -rrâvxa t, xi i:);£rcTxa oix£lwî 5'.ax£i[j.£vov £Üpt(Txoix£v, -riv av £it£y/i;\ [xoïpav oüxoç àxpiêw? xa6’ 5 irapoS£Ü£’. So)5£xaxT,|xôpiov £v xw xT,i; £XxpoTif,i; /pôvtp, x->jv iffâpiOtxov aôxf, xp'.voü[X£v àvaxO>X£tv £v xw oia xr,? xûv àvatpopwv iTpay|xax£(a; £ÜpT|[X£V(p ÈyyjxÉptp ôwdcxaxTjjxopiw (Ptol., Telrah., III, 2). Cf. Anon., pp. 91-92; Porphyr., Isaq., pp. 191-192; Ilephaest., II, 2, ap. Salnias., op. cil., Praef., f. 3. La planète la plus rapide ne se déplace pas sensÆlenient durant l’accouchement le plus laborieux. Sur ®âa£i ti s'jcryTiixax'.aixû, cf. ci-
dessus, p. 238, 2. -, I
2. Le scoliaste nous avertit que beaucoup de gens comprenaient mal le
texte de Ptolémée et croyaient qu’il fallait prendre la position du luminaire qui se trouvait au-dessus de l’horizon au moment de l'accouchcmcnt. La glose qu'il condamne : xaxà xôv ypdvov xf,; £xxpoirf,i;, et qui se trouve, dit-il, L Tt>,££axotî xCüv |ii6>.£wv, a été mise plus haut entre crochets. Proclus {Paraphr. III, 3, p. 136 Allât.) la reproduit, .lunctinus (p. 119) tient aussi pour le moment de la naissance, mais en supposant que toute naissance nocturne sera lunaire.