Ilom., lliad.,\\\\\, 226. Plat., Tirn., p. 38 D
2. En Chaldée aussi tes planètes restent distinctes, par le nom, des divinités qui les animent et qui pouvaient être conçues tantôt comme identiques, tantôt comme associées aux planètes elles-mêmes.
ClIAP. 11. — l’astrologie CllALDÉENNE
d’attribuer à chacun de ces dieux la propriété ou le patronage d’une planète. Cependant, l’identification de la divinité et de l’astre ne fut jamais assez complète pour faire tomber en désuétude les expressions correctes : « astre de Kronos », « astre de Zens » etc. b La mythologie nationale résistait à l’attraction de l’astrolàtrie chaldéenne, même accommodée à la grecque par l’auteur du Timée.
S’il y a lieu de supposer que rattribution de la planète Mercure à ce dieu (Hermès), attribution déjà connue de Platon, est due à l’intlux des idées chaldéennes — fussent-elles venues par l’Égypte, — à plus forte raison, l’association d’Arès, Zens et Kronos aux trois planètes supérieures. Arès n’a jamais été un dieu populaire, et Kronos passait pour être retiré du monde des vivants. Ce sont des savants qui, fouillant la mythologie grecque pour y trouver des types assimilables à des modèles exotiques, ont fait les comparaisons et pesé les analogies. Rappelons ici que personne n’a déployé dans l’exégèse allégorique autant de virtuosité que les Stoïciens, lesquels, Asiatiques pour la plupart, ont été, en outre, les premiers disciples et collaborateurs de Bérose. Nous admettrons donc, sans insister davantage, que l’attribution des planètes à des divinités choisies comme équivalents approximatifs des divinités chaldéennes a été sinon faite par les Stoïciens, du moins justifiée par eux, soudée à la physique et à la mythologie, en un mot, adaptée aux exigences de l’astrologie savante “.
1. En fait, les astrologues grecs pratiquent l’identification, car, comme nous le verrons, l’influence des planètes est absolument conforme au caractère des divinités qui y sont logées. Il ne reste que la distinction platonicienne entre l’àme divine et le corps igné, distinction qui paraît même dans la conception stoïcienne. Aussi voit-on Juvénal (X, 31.3) attribuer l’adultère de l’Arès homérique astro Martis, et S. Augustin s’égayer sur le compte des dieux catastérisés, en demandant pourquoi Jupiter est moins brillant que Vénus ou plus bas que Saturne. Cependant, même dans ce passage, l’auteur de la Cité de Dieu (VII, 13) emploie plus souvent l'expression slella Jovis, Veneris, que Jupiter, Venus. 11 dit : quare Janus non accepit aliquam slellam? ce qui indique bien la distinction. Cf. le langage parfaitement correct de Cicéron : ea quae Saturni Stella dicilur ‘baivwv que a Graecis nominatur, etc. (Cic., Nat. Deor., H, 20). Du même, à des siècles de distance. Probus (in Georq., 1, 336).
2. La liste, incomplète au temps de Platon (ci-dessus, p. 21), est complète dans Aristote, qui connaît les « astres » xoO Kpovou {Metaph. XI, 8, 1), xoü Aid; {ibid. et Meteor., ch. vi), xoü "Apsoî {De caelo, II, 12) — si toutefois ces passages n’ont subi aucune retouche de la part des éditeurs antiques. Assimilations concurrentes dans le Ps.- Aristote {De mundo, § 23-27) : cf' = Arès ou lléraklès; ÿ = Aphrodite ou liera; ^ = Hermès ou Apollon; surabondance due aux hypothèses stoïciennes (voy. ci-après, ch. iv).
LES DIVINITÉS PLANÉTAIRES
Istar et Nergal trouvèrent aisément leurs congénères en Aphrodite et Arès : l’équivalence fut d'autant plus exacte pour Aphro- (\ite quelle était elle-même une divinité orientale, procédant d’Astoreth ou Astarté, l’Istar syrienne. La planète de Mardouk fut assignée à Zeus, non sans une modification sensible de son caractère, le sens moral des Hellènes ayant attribué au « père des dieux et des hommes « une sérénité et une clémence que n’eut jamais le redoutable démiurge babylonien. Les adaptateurs durent être plus embarrassés encore de trouver dans le panthéon hellénique des types assimilables à Nabou et à Ninil). Comment le dieu Ninib, l’irrésistible, qui déchaîne à son gré les tempêtes et les soulttes fécondants, est-il devenu le sage et morose Kronos? Les raisons ne manquent pas sans doute : elles sont même trop nombreuses pour être claires. Ninib est un ancien dieu solaire, le premier-né de Êa, remplacé à l’hégémonie par Mardouk, de môme que Kronos, appartenant à la génération archaïque des Titans, a été remplacé par Zeus. Ninib représentait le soleil à l’horizon, levant ou couchant — couchant surtout, — et Kronos passait pour habiter les lies Bienheureuses, par delà les rivages de l’Océan occidental*. Enfin, Kronos avait avec l idée de génération et de paternité des aflinités que met en évidence son assimilation avec le dieu latin Saturne, le dieu des « semailles », et il se rapprochait encore par là de Ninib, comme aussi par la sagesse mêlée parfois de dissimulation qui sied aux vieillards. L’assimilation de Nabou à Hermès dut être revisée et acceptée par les Stoïciens, encore qu’elle eût été faite à la légère L Comme Ninib, Nabou est un dieu déchu. Jadis le premier à Borsippa, il avait dû céder la primauté à Mardouk, le favori des Babyloniens. Comme Ninib, il était aussi un dieu fécondant, mais avec bien des restrictions. Sa planète, rarement observable dans nos climats, était pour les Chaldéens un brasier auquel ils prodiguent les épithètes de « défavorable », « incendiaire », « récalcitrant », « ennemi », « méchant », « léopard », « renard », etc. Le renaid fait songer à l’artiticieux Hermès, et il ne faut pas oublier non
1. Néanmoins, le ï) grec « se réjouit » à 1 Orient (ci-après, ch. n).
2. La véritable raison de l'assimilation Nabou-llermès est peut-être que Nabou ou Nebo était en Chaldée 1’ « interprète » (ipp.T,vrj;) par excellence (cf. ci-dessus, p. 40, 3) : le titre traduit aurait donné le nom. Il va sans dire que les adaptateurs n'ont pas commis l'imprudence de contrecarrer les idées courantes en ce qui concerne les « luminaires ». Ils n’ont pas essayé d’oter à Séléné-llécatc-.Artémis son sexe pour l'assimiler au dieu Sin, ou de lui donner le pas sur le Soleil.
CHAP. II. L ASTROLOfiIE CIIALDÉENNE
plus que l’Hermès psychopompe, le pourvoyeur des bTichers et des enfers, était aussi un dieu redouté; mais il est certain, d autre part, que les astrologues grecs ont fait prédominer dans le type d’Hermès-Mercure l’ingéniosité réfléchie et l’art de charmer par la parole, aptitudes qui ne vont guère à 1’ « Étincelant » (XtiXScov) chaldéen.
Les caractères des planètes étant, plus encore que ceux des signes du Zodiaque, le fondement de toutes les inductions astrologiques, le raccordement qui se fit alors entre la théologie chaldéenne et la mythologie grecque eut sur la doctrine qui allait en sortir une influence souveraine. C’est l’horoscope de l’astrologie hellénique que fixaient les négociateurs qui ont opéré la suture. La charte ainsi dressée restait d’ailleurs assez vague et assez souple pour permettre aux astrologues d’y faire entrer ou rentrer toutes les variantes qu’ils tireraient de leur propre expérience ou des traditions encore inutilisées de la Chaldée et de l’Égypte.
En résumé, pour mettre au net, avant d’aller plus loin, les conclusions à tirer de ces prolégomènes : l’astrologie grecque — en tant que méthode divinatoire, usant de l’astronomie comme moyen — Tastrologie grecque, disons-nous, a été suscitée par l’astrologie chaldéenne, qui lui a fourni, avec tout ou partie des signes zodiacaux et les types planétaires, les plus indispensables de ses instruments. Nous ne pouvons plus savoir si l’astrologie chaldéenne elle-même, à l’époque où elle greffait ainsi ses doctrines sur un tronc nouveau, s’était incorporé des traditions égyptiennes ou mêlée en Égypte à des traditions locales, qui auraient été importées de là en Grèce longtemps avant les dogmes venus directement de la Chaldée. Les documents cunéigraphes de Tell-el-Amarna prouvent que, dès le xv® siècle avant notre ère, il y avait des relations actives entre l’Égypte et la Chaldée, mais ils ne jettent aucune lumière sur ces questions, rendues insolubles par l’incohérence des témoignages. 11 est donc prudent de s’en tenir, dans la recherche des origines, à l’astrologie chaldéenne. Que si l’on veut se faire une idée de la genèse de celle-ci, il faut écarter toute la fantasmagorie des interminaliles siècles d’observations et d’expériences allégués par les professeurs d’astrologie. L’expérience ne peut que détruire les œuvres de la foi. L’astrologie chaldéenne repose sur le fondement primordial de toutes les religions ; sur la logique animiste, qui veut que tout soit mû par des volontés, et sur le sentiment, qui exige que ces puissances soient principalement et perpétuellement