CHAP. XIV
INITIATIVES GÉNÉTHLIAQUES
d'abord dans quel cycle (et, par conséquent, sous la domination de quel chronocrator général), ensuite, dans quelle partie du cycle (et, par conséquent, sous quel chronocrator particulier) se trouve le consultant.
Ces deux dominations simultanées, auxquelles s’ajoute, brochant sur le tout, celle du chronocrator perpétuel (diurne ou nocturne] \ sont matière à inductions variées; d’autant plus que les praticiens experts tenaient compte de la transmission (-irapàoocrt; - des chronocratories, chaque planète modifiant
son humeur suivant qu’elle reçoit son lot d’une planète sympathique ou antipathique. Soit, par exemple, la planète Jupiter. D’abord, Jupiter a autant de façons d’agir qu’il y a de cycles, suivant qu’il est chronocrator général de son cycle à lui ou chronocrator particulier, à des postes différents, dans chacun des autres cycles. Ensuite, son mode d’action est modifié suivant qu’il succède, soit comme chef de cycle, soit comme subordonné, à telle ou telle autre planète Le nombre des arrangements possibles devient vertigineux si l’on considère à la fois non plus seulement la planète de qui le chronocrator reçoit l’hégémonie, mais celle à qui il doit la transmettre Firmicus dénombre patiemment les pronostics à tirer de chaque planète considérée comme chronocrator général et comme chronocrator particulier. On entend de nouveau les fastidieuses recommandations dont l’astrologue le plus novice devait être saturé surtout quand il s’agit de la maîtresse
1. C’est à ce chronocratur perpétuel que les astrologues auraient dû réserver le titre de xaOo^ixoi;, xa6’ 6)kOv, donné au chef de cycle. La qualité diurne ou nocturne d’une géniture influe sur tous les pronostics {quod quale sit et ubi proficiat in Ub7'is poslerioribus explicamus. Firm. IV, 1, 8 Kroll), parce que les planètes portent toujours leur action sympathique du côté de leur aipeacç. Mais les astrologues occupés de iiaTapj^ai n’ont pas poussé l’analyse jusqu’à personnifier l’aipeuti; généthliaque dans un des deux luminaires considéré comme chronocrator perpétuel. Celui-ci (Soleil pour les génitures diurnes. Lune pour les nocturnes) reste sous-entendu et anonyme.
2. In libris apotelesmalum dicemus... quid quaeque Stella suscipiens lempus ab alia decernit (Firm. II, 27,2). lia tenu sa promesse (VI, 33-40 Pruckner).
3. C’est le système appliqué aux à-itop^otat de la Lune, pour lesquelles on considère la planète que la Lune quitte et celle qu’elle aborde (ci-dessus, p. 246). La simple transmission de planète à planète donne ici 49 combinaisons (7 X 7) : la double en donnerait 49 X 7 = 343.
4. Hespice ilaque qualenus sit in getiilura positus, et an diurna sit genitura, an vero noclurna, et an genilurae cardmes teneat et quid ex signi natura vel ex loci potestate decevnat.,^ et an sit pj'iynis an in secundis caidinibus con~ stilutus, an vero in pigris alque dejeclis (Firm., VI, 34-35 Pr.). De même pour les planètes qui « reçoivent » leur pouvoir du chronocrator général : oî ôâ -;:ap3Xa6ôvT£; iic’ aùvoü (juyxpivéaetoaav olxsîw; t, àT^TvOxpiw; !ju(j/T.jj.a-t;üp£voi
CHRONOCRATORIES PLANÉTAIRES
pièce, le chronocrator général, au moment où il est en même temps chronocrator particulier de la première division de son cycle. C’est, en eft’et, ce moment qu’il choisit pour accomplir les promesses ou menaces attachées à sa position dans le thème de géniture, si bien que l’on peut fixer par ce moyen l’échéance probable des principaux événements pVévus par la méthode généthliaque 11 y a là un raccord supplémentaire, et des plus ingénieux, entre la généthlialogie et le système des xaTapyod. On en peut dire autant de l’influence plus énergique attribuée à la planète « œcodespole de la géniture », soit comme chronocrator général, soit même comme chronocrator particulier ^
Ce système était susceptible de foute espèce de retouches et variantes. On pouvait, au lieu de faire partir la distributio temporum du Soleil ou de la Lune, la faire partir de l’Horoscope ; ou faire d abord la part du Soleil ou de la Lune, et continuer ensuite la distribution en partant de l’Horoscope. On pouvait aussi, au lieu de suivre l’ordre indiqué par les positions des planètes sur le cercle de la géniture, suivre un ordre prétendu naturel, dans lequel les deux premières parts seraient adjugées aux luminaires, en raison de leur dignité, et les autres aux planètes dans 1 ordre descendant, qui commence par Saturne. H y eut aussi des systèmes concurrents : par exemple, celui qui consistait à substituer au cycle de 129 mois des périodes variables d’années correspondant à TtSta Trepfoooî de chaque planète, et à subdiviser ces périodes en parts correspondant également, mais en mois ou douzièmes d’années, à Hofa Trspfoooç des planètes à qui ces parts étaient destinées. Ainsi, Mars étant supposé chronocrator général d’une période, celle-ci sera de 15 ans. Dans l’intérieur de cette période, il garde pour lui 15 mois et distribue ensuite 19 mois au Soleil, 8 mois à Vénus, 2ü à Mercure, 25 à la Lune, et ainsi de suite jusqu’à consommation des quinze années. Ceux qui trouvaient ces périodes trop longues les réduisaient au quart, ce qui
(Valens ap. Salmas., p. 281), ce qui vise la sympathie ou antipathie (ici, de position) de prédécesseur à successeur. Le tout sans préjudice des adoucissements et aggravations provenant de la collaboration des planètes qui ne sont pas actuellement chronocrators.
1. Si enim in genilura pericula ab ipso [Satiirno] décréta fuerinl, tune exsequitiir quicquid ante decreverat ... Omnes enim sfellae, quicquid in geyiitura decreverint, sive illud sit prosperum, sive malum, cum temporum dommium nactae fuerint penitus exsequentur (Firm. toc. cit.].
2. Jupiter, étant chronocrator général, gloriam ac laetitias pro geniturae fnensura decernit., praesertim si ipse geniturae dominas fuerit (Firm., ibid.). Le sens de 1 action dépend beaucoup de l'aïpcsiç des planètes et génitures.
leur permettait peut-être d’arriver, par la réduction au quart des subdivisions intérieures ou mois, à la semaine ^
Avec tous ces chiffres irréguliers, dont aucun n’est un multiple de 12, il ne devait pas être facile d’arriver ù, définir les chronocrators des jours et heures. Du reste, pour qui appliquait strictement la doctrine généthlialogiqne, il n’y avait plus, à vrai dire, de jours ou nycthémères naturels, le jour commençant pour chacun à l’heure précise de sa naissance. Aussi les jours, et même les heures, pouvaient se trouver découpés en fractions appartenant à des planètes différentes. 11 est question d’un système qui fait entrer dans chaque période ou chronocratorie générale — variable suivant le chronocrator — une troisième division (TptTT] sTuStatpsCTti;) adjugeant à chacune des sept planètes un septième du douzième de la durée totale de la période, douzième qui comprenait des mois, des jours, des heures et même des minutes^. Firmicus, lui, livre à nos méditations un arcane dont il a emporté la clef. « Dans quelque signe », dit-il « que se « trouve l’année, le maître de ce signe reçoit les premiers jours, « et, après lui, les autres suivant la position de chacun. J’en- « seignerai même combien de jours obtient chaque planète : le « Soleil 53, la Lune 71, Saturne 85, Jupiter 30, Mars 36, Vénus
1. Voy. les systèmes extraits de Valens par Saumaise (pp. 219-242, 278-282), qui, au lieu de distinguer, confond tout et croit probablement le tout ensemble compatible avec les doctrines de Ptolémée. 11 confond notamment la durée de vie allouée par les planètes (ci-dessus, p. 410), avec les chronocratories de ces mêmes planètes (Salmas., p. 258). Qu’on joigne à cela l’obsession des climat'eres, et l’on comprendra l’état d’esprit de Saumaise ou d’un lecteur de Saumaise. Ce tourbillonnement continu donne le vertige. Du reste, Saumaise travaillait vite. 11 lui anâve (p. 224) de citer firmicus, lib. III, cap. XXX, au lieu de 11, 30, parce qu’il a regardé à la hâte le texte de Pruckner (p. 38), et que, dans Pruckner, une erreur typographique a transformé le titre courant, à la p. 39, en {liber) tertius au lieu de secundus. Quelques erreurs de chiffres ajoutent à la difficulté de suivre les calculs (v. g. de 160 ôtez 52 X 3 mpererunl dies quatuor, etc. [p. 115]; 120 [p. 116] au lieu de 220 [p. 105] ; 102 pour 182 dans un texte de Clément [p. 640] ; 280 [p. 635] pour 288 [p. 639] ; 274 [p. 643] pour 273 [p. 635]).
2. Je laisse ici Saumaise ]p. 287) en tête à tête avec Valens, et n ai nulle envie de rechercher comment ces septièmes, poussés jusqu’à des fractions d’heure, peuvent être cependant inégaux, de telle sorte que le Soleil, par exemple, divisant sa période de 10 ans 9 mois, garde pour lui 2 mois, 23 j. 22 h. 4', et cède à Mercure 2 mois, 28 j. 8 h. 4', à la Lune 3 mois, 8 j. 14 h. 4'. La chronocratorie générale du Soleil étant ici de 19 ans, dont le douzième est 19 mois, le 1/7 de 19 mois vaut 2 mois de (30 jours), 21 j. et environ 10 h.
3. Firmic., II, 28 Kroll= H, 31 Pruckner. J’ai pris les chiffres de Pruckner, dont la somme fait 365. Ceux de Siltl (II, 26) donnent 355, et ceux de Kroll 361.
CHRONOCRATORIES PLANÉTAIRES
33, Mercure 57 ». On voit bien que, dans celte combinaison baroque des chronocratories zodiacales avec les chronocratories planétaires, la somme des jours donne le total des jours de 1 année solaire (305 jours) ou de l'année lunaire (355 jours). Il s agit donc d une chronocralorie annuelle : mais le principe de la répartition des jours entre les planètes m’échappe. C’est une distribution analogue, mais analogue seulement, à celle des opta dans les 300 degrés du Zodiaque. Saumaise a trouvé dans Valons le mot de l énigme. C est une division par lii, deux fois répétée, de 1 tota -sptoôo^ de chaque planète. Ainsi Saturne ayant, comme chronocrator général ou cycli(iue, — dans un des systèmes énumérés plus haut, 30 années, il doit avoir comme chronocrator particulier 30 mois, comme chronocrator de jours le douzième de 30 mois, soit 75 jours. Il n’y aurait qu’à continuer la division par 12 pour avoir des chronocratories de durée de plus en plus petite ‘. Malheureusement, les quotients ainsi obtenus ne concordent ni avec les chiffres donnés par Firmicus, ni avec ceux que Valens a obtenus par une autre méthode soi-disant équivalente 2. iVous pouvons laisser Saumaise dans l’embarras et nous évader enfin de cette géhenne arithmétique — pour tomber dans une autre, que recommande au moins le nom de Ptolémée.
C’est peut-être l’ambition d’expulser de la science ordonnée par lui ces élucubrations incohérentes et de compléter son œuvre, eu tenant compte de toute une moitié de l’art écartée jusque-là de son astrologie à lui, qui a décidé Ptolémée à reprendre la plume. Sans don te, ^ il avait compris qu’il y avait, au fond du sjsU'me des xaTxpya'., un principe de sens commun qui prévaudrait à la longue contre le postulat initial de la généthlialogie, et il n a pas voulu laisser dire qu’il avait sacrifié aux scrupules d’une logique étroite une maîtresse branche de Part, susceptible d être rattachée aux spéculations des physiologistes sur les