MÉTHODES ÉGYPTIENNES
nuit, ce qui eût été un tableau d’opportunités ou xa-capya' médicales. Mais il a été reconnu depuis qu’on a affaire à une espèce de barême astronomique — et non astrologique — indiquant l’heure du lever des constellations, de quinze jours en quinze jours. Nous sommes aussi en droit d’éliminer comme apocryphes les livres écrits sous le nom de Pythagore ou de Démocrite, soidisant héritiers de la « science égyptienne » : tous les moyens étaient bons aux astrologues pour capter la confiance des gens qui voulaient appuyer leur foi sur des traditions et révélations éprouvées par l’expérience des siècles *.
Nous retombons toujours, en fin de compte, sur les deux colonnes de l’astrologie égyptienne, Néchepso et Pélosiris, c’est-àdire sur les livres pseudépigraphes qui, aux abords de notre ère, ont introduit avec éclat, dans le monde gréco-romain déjà à demi conquis par les « Chaldéens », la concurrence des prétentions de 1 Égypte. Cette compilation, une fois connue comme le réceptacle de la science égyptienne, dut se grossir elle-même de suppléments ajoutés au fur et à mesure par tous ceux qui avaient une idée quelconque à mettre en circulation sous la garantie des révélations faites à Néchepso et Pétosiris par les dieux Hermès (Thot) et Asklépios Asklépios était spécialement responsable des recettes
1. ^ Pythüf/oras, aegj/ptiae scientiae gravis auctor, scribit singula nostri tO) poris membra caelesles sibi potestates vindicasse : unde fit ut aut contrariis guibus vincuntur, aut propriis quibus placantuv^ conemuv. Passe encore pour Pythagore; mais Démocrite endosse la responsabilité des recettes les plus ineptes . certanas [/e6?’es] Saturni filias affirmavit antiguitas : in quarum curatioiie Democritus inquit pollutione opus esse, ut sunt caedis culpae et menstruae mulieris, etc. De même pour Vepilempsin, quam ieran noson appellavere (Theodor. Priscian., pp. 250-251 Rose). Pline ne tarit pas sur les études magiques, ou botano-magiques, de Pythagore (XXIV, §§ 156-159 ; XXV,
§ 13, XXX, § 9) et de Démocrite [ibid.) : il refuse de croire apoerj-phes des livres que Démocrite était censé avoir trouvé dans le tombeau de Dardanus (XXX, § 9), et il croit faire preuve d’esprit critique en disant que le médecin Cléemporos n’aurait pas voulu mettre sous le nom de Pythagore un traité dont il eût été lui-même l’auteur {quod fecisse Cleemporum, cum alia suo et nomine ederet, guis credat? XXIV, § 159;. A. Celle (X, 12) proteste contre la crédulité de Pline, et Columelle (Vil, 5) cite un certain Bolus de ■Mendes comme 1 auteur des Ott o pv-fj gava attribués à Démocrite. Rien n’y Qt : Démocrite devint le grand docteur de la magie. Pline savait au moins que la médecine avait été magique avant de devenir astrologique (XXX, § 2, cf. ci-dessus, p. 37, 1). Les astrologues auraient pu tout aussi bien réclamer pour eux Hippocrate, qui, à cause de l’influence des saisons sur le corps trouve l’astronomie très utile à la médecine (oéx aâ/tavov pépo? ?oa6âneva’- aarpovoptTi t; iTjTp’XTiV, àXXà irav'j TîXeïffTov. De aer. aq. lacis, c. 2).'
2. Asklépios est le confident ordinaire de l’Hermés égyptien.
r320 CHAP. XV. LA MÉDECINE ASTHOLOGIQLE
médicales, dont la rédaction paraît avoir été attribuée, spécialement aussi, au « roi Néchepso » *.
Avant d’analyser les débris de la science iatromathématique, qui est une combinaison d’astrologie et de magie, il est bon de séparer les idées qui y sont confondues et de faire la part de l’astrologie proprement dite.
Réduite à ses propres ressources, l’astrologie ne pouvait développer qu’une partie de la médecine, celte qui intéresse le moins le malade, l’art de porter le diagnostic et le pronostic. Son office propre était de voir dans le passé, de prévoir dans l’avenir : sa logique fataliste lui interdisait de chercher les moyens de déranger l’avenir prévu, de travailler à infirmer ses propres prédictions. La généthlialogie surtout devait s’y refuser, ses calculs sur la durée de la vie, par exemple, devenant tout à fait aléatoires, si la médecine intervenait pour reculer — ou, au besoin, pour avancer — les échéances. D’autre part, les astrologues ne tenaient pas à pousser jusqu’au bout la logique de leur système, qui eût fait passer leur art non seulement pour immoral, mais pour inutile. De là un certain embarras auquel s’est soustrait Ptolémée en faisant une courte allusion à la médecine et en se dispensant de traiter des climatères. La théorie des climatères, années, jours ou heures de crise, est la part contributive de la généthlialogie à la médecine astrologique. Nous y reviendrons tout à l’heure. Les manipulateurs de xato(p)(^at étaient infiniment plus à l’aise pour donner satisfaction aux gens désireux non seulement de prévoir les maladies, mais de les guérir quand elles étaient arrivées. Ils pouvaient non pas formuler des recettes thérapeutiques, — ce à quoi l’astrologie non adultérée ne suffit pas, — mais indiquer les occasions opportunes d’appliquer telle sorte de remèdes, comme aussi les contre-indications, d’après l’état actuel des positions astrales ^ .
1. E. Riess {Nechepsonis et Petosiridis fragmenta magica [Bonnae, 1890])
fait remarquer que les citations de recettes iatromathéuiatiques sont toujours mises sous le nom de Néchepso. Galien citant ce que ô pa(ji>.EÙî Ne/evJ^wî Eypocj/Ev £v TEffjap£(jvcaiS£y.3T-f| (Galen., c. xii, p. 207 Kuhn), on se
demande si ce X1V<! livre est le quatorzième de l'ouvrage entier de Néchepso et Pétosiris, ou le quatorzième de la partie iatromathématique. La question, résolue dans le premier sens par Riess, nous importe peu, car bien des plumes ont travaillé à l'abri de ces signatures. Les faussaires ont même essayé de ramener le tout à runité en faisant de Pétosiris le maître et de Néchepso le disciple (voy. ci-après), ou en remontant directement à Hermès Trismégiste.
2. N. Pruckner assure qu’il publie Firmicus et des traités d'electiones (xa- ■zrpyoLÎ) par pitié pour les malades, que tuent des médecins ignorants de