‹ L'astrologie grecqueChapitre 298 sur 360 · CHAP. XV · texte numérisé non relu

CHAP. XV

« terre et le nom de l’homme au dessus \ l’homme sera en dan- « ger, mais il en réchappera. Au contraire, si le nombre de « l’homme est sous terre, et celui de la Lune au dessus, il arri- « vera des malheurs sous l’apparence de prospérité. Mais si l’un « et l’autre nombre, celui de l'homme et celui de la Lune, se « trouvent au-dessus de l’horizon, sans aucun doute, c’est un

« avenir prospère « qu’ils promet- « tent. De même, « si les deux se « trouvent au des- « sous de l’hori- « zon, il n’advien- « dra que des mal- « heurs ».

Un autre pythagorisant, avec un tableau contenant simplement les 30 jours du mois disposés en deux séries égales de quinze chiffres, — en ordre inintelligible, bien entendu, — la série de la vie û-rclp yî^v et celle de la mort uto yî;v, fait la somme à diviser avec le jour de la semaine, le quantième de la Lune, le nom du client et un supplément mystérieux, le nombre 10, sans doute la sainte Décade, une des clefs avec lesquelles les Pythagoriciens pénétraient dans les secrets de l’Univers ^ Cette somme étant divisée par 30, le reste, reporté sur le tableau, donne le pronostic de vie ou de mort^.

On pouvait s’attendre à voir nos « Égyptiens » introduire ici

1. Si numerus lunae fuerit in û-iïoyetw et numerus hominis in ypergio. Celuici entend bien par ûitoystov l’hémicycle inférieur, celui que le cercle pétosiriaque appelle înrépysioç toü Nôxo'j.

2. Dans le livre d’Hénoch, l'iiistoirc du monde tient en 10 semaines. Le chiffre 10 représente peut-être une réminiscence de Décade ou de Décan échouée dans ce détritus. Sur le rôle de la Décade pythagoricienne comme fondement de l’harmonie universelle, voy. ci-dessus, p. 9.

.3. Tannery, op. cit., pp. 259-260, d’après le ms. 3419, fol. 33. Remarque : le jour où le malade s’est alité ne doit pas entrer dans le compte, qui commence au lendemain.

ARITHMOMANCIE ASTROLOGIQUE

leurs inévitables décans b Ces grands dieux, trônant au plus haut du ciel, dispensaient même de recourir à l’infime Lune. Le tableau est composé de trois bandes de douze chiffres convenablement disposés, de 1 à 3G ; la bande supérieure est affectée à la vie (Cwv^) et aux biens ; l'inférieure, à la mort (^avaio;) et aux

adversités (èvavxîa) ; la moyenne aux pronostics mixtes, aux

épreuves longues {zU (j.axpov) aboutissant à la délivrance. La somme à diviser par 36 est constituée par le jour où le malade s’est alité et le nombre de jours écoulés depuis le commencement de l’année (ici le IH mai) jusqu’au jour indiqué. La somme étant divisée par 36 et le reste reporté sur le tableau, « si tu trouves le « nombre dans la première ligne, dis que le malade vivra... ; si « le nombre est sur la deuxième ligne, la maladie sera longue, « mais sans danger de mort; si enfin le nombre se trouve sur la 0 troisième ligne, c’est la mort pour le malade »

Enfin, le moment est venu d’abandonner une tâche devenue par trop ingrate. Le flot de déraison épanché par l’astrologie s’est mêlé à toutes les autres formes de la divination, môme à la plus vieille de toutes, à l’oniromancie. Les interprètes de songes, devenus astrologues sous peine de déchoir, ont cherché dans quelles phases de la Lune ou sous quels signes du Zodiaque les songes avaient chance d’être menteurs ou véridiques ; les cléromanciens ou tireurs de « sorts » ont voulu imiter les « sorts » astrologiques avec des dés ou des points disséminés sur le sable

1. Le compilateur ne parle pas des décans, mais le chiffre 36 suffit à les faire reconnaître, bien que 36 soit aussi la Tsxpaxxui; pythagoricienne. De môme la date bizarre du 18 mai déguise le principe, qui devait être de partir du commencement de l’année égyptienne. Dans un instrument hermétique analogue (ms. 2327, fol. 293; M. Berthelot, op. ciL, p. 87), le point de départ est bien le lever de Sotbis. Ces textes, du reste, n'otfrent aucune garantie : de copiste en copiste, les altérations ont pu tout embrouiller. Cependant, il est possible qu il y ait eu adaptation, et que le 18 mai ait été choisi comme représentant l’entrée du Soleil dans les Gémeanx et le commencement de l’été d'après Eudoxe (P. Tannery, p. 248; M. Berthelot, p. 91, 2).

2. Le calcul est donné comme « vérifié » ; (l/Tjccoi; Sôxipoç xepl àp^iocxwv

xal àXW.. xivwv (P. Tannery, op. cit., pp. 258-259, d’après le ms. 2419, fol. 33; -M. Berthelot, op.cit., pp. 91-92). Je suppose que c’est le tableau annoncé comme tableau xoû Trpîaê’jxîpou T|p.îüv 0pa<jtjXXo'j ixspotç xpéirot; 'rrs'rpaypLaxîuiJ.é'/TiV xal ô;Soxtp,ax[i=vT|V xü)v i;p6 dvSpuiiîoiJv xal xôiiv xax’ è[xè àxjxaaavxwv (Tan-

nory, p. 255). Môme méthode révélée aux hommes par Hermès Trismégiste, suivie par « Pétosiris et Pythagore » [Cad. Florent., p. 128). L’année commence au 2o Epiphi alexandrin (19 juillet), date dont il faut chercher l’explication ci-dessns, p. 367, 1). Le reste de la division est reporté sur un tableau où le 7 représente la vie; le 20, le danger; le 9, la mort. Glorification du septénaire aux dépens du novénaire.

que le hasard groupait en constellations même les physionomistes ont substitué à leurs notions vulgaires sur les tempéraments les correspondances astrologiques et résumé le corps entier, Pâme, la destinée, dans la main pleine de signes, d’aspects et de domiciles planétaires. L'entraînement fut irrésistible. On croirait voir une longue théorie de charlatans et de mystiques, marchant à la suite des astrologues de haut parage, au bonnet pointu et à la robe constellée.

Cet engouement n’a rien d’inexplicable : l’humanité suit toujours ceux qui la mènent du côté où elle veut aller et lui promettent ce qu’elle désire. Ce qui est peut-être plus étonnant, c’est que, dans cette société gréco-romaine où l’élite était si raffinée et le goût de la discussion si développé, il se soit trouvé si peu d’hommes désireux et capables de réagir contre cette contagion intellectuelle. Après avoir montré de mon mieux par quelles déviations successives la logique avait fini par se mettre du côté des astrologues, il me reste à esquisser l’histoire de l’astrologie dans le monde antique, à noter les efforts qui furent faits pour percer à jour ces interminables séries de postulats, et à montrer, au besoin, en quoi était vicieuse la direction des coups qui n’ont pas porté.

1. Il paraît que les géomanciens appelaient x>,fipoç Tû/t,? une combinaison qui reproduisait la disposition des étoiles du Verseau avec 0 de Pégase. Dante y fait allusion : Quando i geomanli lor maggior Forluna \ Veggiono in oriente, etc. (Purgat., XIX, 4 sqq.).

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