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L’ASTROLOGIE DANS LE MONDE ROMAIN

Entre les précurseurs, les partisans ou collaborateurs et les adversaires de l’astrologie en Grèce, il n'y a aucune solution de continuité. On ne saurait distinguer dans l’histoire de la doctrine des périodes successives de formation, de lutte, de triomphe. Les théories astrologiques restèrent toujours objet de discussion, et c’est par la discussion même qu’elles ont été sollicitées à élargir leurs principes, à combler leurs lacunes, à remanier les raisonnements ou les pratiques qui prêtaient aux objections.

On n’est pas étonné d’apprendre que les astronomes, ceux qui étaient à même d’apprécier la valeur scientifique des dogmes chaldéens, se sont tenus sur le pied d’hostilité avec des concurrents qui prétendaient réduire l’astronomie au rôle de servante de l’astrologie et la consigner à la porte du laboratoire où les nombres et les figures fournis par l’observation se transformaient en oracles infaillibles, en décrets du Destin. Cicéron cite Eudoxe, Anchialus, Cassandre et Scylax d’Halicarnasse parmi ceux qui faisaient fi des prédictions astrologiques L Hipparque, au dire de Pline ^ croyait fermement à la « parenté des astres avec l’homme et que nos âmes sont une partie du ciel » ; mais cette foi, qui pouvait 1 amener peut-être à prendre son Catalogue d’étoiles fixes pour une liste d’âmes divinisées, l’éloignait plutôt de l’astrologie considérée comme moyen de divination. 11 tenait sans doute

1. Cic., Divin., II, 42. Eudoxe n’a guère pu connaître que des rudiments de divination sidérale (cf. ci-dessus, p. 62, 3) ; mais Anchialus, Cassandre et Scylax, contemporains de Panétius et « astronomes éminents à l’époque » (il® siècle a. Chr.), ont eu affaire à l’astrologie hellénisée.

2. Hipparchus guo nemo mugis adprohaverit cognalionem ctnn homine siderum animasque nostras esse partem caeli (Plin., H. Nat., II, § 95). Aussi Hipparque fut-il enrôlé plus tard parmi les auteurs d’ouvrages astrologiques (cf. ci-dessus, pp. 162, 1. 331, 4).

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pour infranchissable la ligne de démarcation tracée par Aristote entre l’agitation du monde sublunaire et la paix divine des sphères supérieures.

Dans les écoles philosophiques, l’astrologie avait rencontré, partout ailleurs que chez les Stoïciens, un accueil assez dédaigneux. Les Épicuriens l’écartaient par une fin de non-recevoir pure et simple; les Péripatéticiens avaient divisé la science de la Nature en une série de compartiments autonomes soustraits à la tyrannie des nombres pythagoriciens, aux exigences de l’harmonie et de la solidarité universelles, postulats indispensables de l’astrologie à prétentions scientifiques; la Nouvelle Académie, répudiant en bloc tout le mysticisme pythagoricien dont s’amusait la fantaisie de Platon, n’avait gardé de l’héritage du maître que le goût de l’éristique et criblait d’objections toutes les doctrines, connues ou possibles, qui donnaient leurs conclusions comme certaines, à plus forte raison, comme infaillibles. L astrologie aurait été éliminée du monde où l’on raisonne et réduite à la clientèle des âmes simples, d’ailleurs incapables de la comprendre, si elle n’avait rencontré dans les Stoïciens des alliés et des collaborateurs infatigables, rompus à toutes les finesses de la dialectique, qui avaient lié leur cause à la sienne et l’approvisionnaient au fur et à mesure d’arguments, de réponses, de distinctions, d’échappatoires. Cette alliance s était conclue dès l’origine, au moment où Bérose importait en Grèce les dogmes chaldéens et où Zénon fondait l’école du Portique. Depuis lors, les Stoïciens, dogmatiques par nature et attachés à leur orthodoxie particulière, ne voulaient ni ne pouvaient renier 1 astrologie systématisée, qui était faite en grande partie de leurs doctrines. Panétius seul se sépara sur ce point de ses maîtres et de ses disciples L D’autres, reculant devant un schisme, cherchaient des transactions. Diogène de Séleucie sur le Tigre, dit (( le Babylonien », disciple de Chrysippe, réduisait 1 astrologie au rôle de la physiognomonie, c’est-à-dire à discerner les aptitudes naturelles de chacun 2. Évidemment, Diogène avait été intimidé

1. Panaelius, qui imus e Stoicis aslrologorum praedicta rejecil (Cic., Divitu, 11, 42). Il n’avait guère plus de confiance aux autres modes de divination.

2. Quibus [astroloyis) etiam Diogenes Sloicus concedit aliquid, ut praedicere possint dumtaxat qualis quisque nalura et ad quam quisque maxume rem aptus futurus sit; cetera quae profiteantur negat ullo modo passe sciri (Cic., Divin., 11, 43). Ce que Diogène conservait de l’astrologie suffisait amplement fi régénérer le reste. On remarquera que presque tous les Stoïciens sont des Asiatiques, plus accessibles par là même à l’intlux des idées orientales. Zénon

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et Panétius convaincu par les arguments du redoutable Carnéade, qui n avait pas son pareil pour démolir les systèmes les mieux construits. Mais Posidonius, 1 homme au savoir encyclopédique, était venu arrêter le stoïcisme sur la pente des concessions; il avait révisé tout l’ensemble des théories astrologiques, consolidant les parties ébranlées, comblant les lacunes, trouvant, pour relier entre elles les assertions les plus disparates, des associations d’idées à longue portée, qu’il était dilficile de réfuter par l’analyse et qui déconcertaient les adversaires aussi sûrement ou mieux que des raisons en forme. C’est lui peut-être qui a construit ou achevé la forteresse astrologique autour de laquelle s’est usé, des siècles durant, l’effort des sceptiques, des moralistes invoquant le libre arbitre, des théologiens luttant pour leur foi, tous inhabiles à démêler le sophisme dans des arguments captieux qu’ils connaissaient mal et suspects d’ignorance quand ils s avisaient, de guerre lasse, d’en appeler au sens commun, telum imbelle, sine ictu ^ En sortant des mains de Posidonius, l’astrologie n’était plus seulement une méthode divinatoire : c’était une théorie générale des forces de la Nature, comparable pour sa plasticité, supérieure par son universalité, à la découverte moderne des ferments animés.

Sous la garantie d un savant aussi réputé, qui eut, comme professeur, la clientèle de l’aristocratie romaine, les gens du monde, jusque-là défiants ou indifférents, purent s’avouer adeptes de 1 astrologie. Celle-ci une fois à la mode, la curiosité des dilettantes fit surgir une foule de praticiens qui ne voulaient plus avoir rien de commun avec les « Chaldéens » de carrefour, des gens experts à manier les chiffres et les figures géométriques et

était de Citiuiu; Chrysippe, de Soles ou de Tarse; Cléanthe, d'Assos; Antipater, de Tarse; Posidonius, d’Apamée, etc. Cependant, il semble que, par compensation, le rationalisme hellénique ait été accepté, sans mélange de foi par quelques Orientaux. Aucun astrologue ne se réclame du « Chaldéen Seleucus «, astronome, physicien et géographe du ii» siècle a. Chr., et sa théorie des marées (Strab., III, p. 174) ne trahit aucune velléité astrologique. Cl. S. Ruge, Der Chaldüer Seleukos, Dresden, 1863.

1. Les témoignages concernant Posidonius^ fatalium siderum assertor (Aug., ^ IV. Uei V, 2), magnus astrologiis idemqtie philosophus [ibid., V,5), — tÜv xa0’ Ti[ia; 9i,Xoffocpwy iroXuaaeeWxoç (Strab., XVI, p. 733),— b ètii a xT^povixiixaxoî XO.V SxoVxôiv (Galen., De Ilippocr. et Plat., VIII, I), sont très dispersés. ^OJ., sur Posidonius comme source du De Divinatione de Cicéron, les dissertations de Schiche (Jenae, 1873) et de Ilartfelder (Freib. i. Br., 18/8) ; sur Posidonius comme source principale de la Tétrabible de Ptolémée, l’étude approon le e r. Roll [voy. Bibliographie]. Posidonius avait commenté le Timée de 1 laton, le livre de chevet des philosophes astrologisants.

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qui réclamaient de ce chef le litre de « mathématiciens », tombé en déshérence depuis la disparition des écoles pythagoriciennes. L’astrologie n’avait eu jusque-là pour aliment que les disputes philosophiques et la foi inintelligente du vulgaire ; elle avait trouvé enfin, entre ces deux extrêmes, le terrain sur lequel elle allait s’asseoir et prospérer, une société riche, lettrée, ayant atteint sans le dépasser ce degré de scepticisme où les vieilles croyances qui s’en vont laissent la place libre aux nouveautés qui arrivent. C’est la Grèce qui fournit les astrologues ; les Romains, habitués de longue date au rôle de disciples, les admirent, les consultent et les payent.

l’astrologie et la société romaine

11 y avait longtemps déjà que des charlatans, dont on plus reconnaître la nationalité sous leur nom commun de « Chaldéens >>, exploitaient à Rome la crédulité populaire. On ne se tromperait guère en pensant que cesChaldeens étaient es recs, attirés par la vogue naissante de l’hellénisme. La littérature et l’astrologie grecques étaient entrées ensemble, visant à conquérir, celle-ci, la plèbe, l’autre, l’aristocratie. Les lettres n eurent d’abord que dédain pour les discours de bonne aventure, les « astrologues de cirque » L Caton défendait à son fermier de consulter les Chaldéens ^ En 139 a. Chr., le préteur C-

Cornélius Hispalus crut devoir intervenir. En vertu de dr de juridiction sur les étrangers, il « ordonna par edit aux C

1 Non habeo denique iiauci... de circo astrologos (Cic., Divin., L 58). - Cf les superstiliosi vales impudentesque harioli d'Ennius {ibid.). On d c ■ l un nassa-e d’Attius, qui est un emprunt aux doctrines

plus haut (p. 467, 3) un passa^ pétran-e aventure de la découverte

Numa à garrotter de, tradition,

ÏÏSenC. 'r::; onne ragnitnent gueiguc

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che d'Hannibai, ,nr ordre de, livre,

de, planète, que devaient plaire les sep jour, Sa/in-m/s

Sntiimi, dée„e stérile et stérilisante (Serv .te» 139 ,

est le dieu de, semailles, - ne convient bien qua 1 astre maléfique.

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