‹ L'astrologie grecqueChapitre 304 sur 360 · Ovid., Ibis · texte numérisé non relu

Ovid., Ibis

3. L’imitation de Virgile, qui avait décrit les prodiges survenus à la mort de César {Georg., I, 463-488), y était bien pour quelque chose. L’auteur de la Consolatio ad Liviam (Poet. min., ed. Baehrens, 1, pp. 104-121) assure qu’à la mort de Drusus, Sidéra quin etiam caelo fugisse ferunlur, [ Lucifer et solitas

VOGUE LITTÉRAIRE DE l’aSTROLOGIE

la bonne société, la science des astres trouvait des clients et même des disciples. Germanicus employait ses loisirs à traduire en vers — comme l’avait fait avant lui Cicéron — les Phénomènes d’Âratus, ou même à corriger son modèle ; et c’était sans nul doute pour les plus hauts cénacles que Manilius écrivait son poème des Astronomiques, mélange singulier de foi enthousiaste et de science douteuse, qui mérite de survivre, comme œuvre littéraire, au discrédit des doctrines apprises à la hâte par cet astrologue de rencontre. Nous ignorons, du reste, si le poète avait pris là le meilleur moyen de faire sa cour à Auguste ou à l’héritier présomptif d’Auguste \ et si la plume ne lui fut pas

destituisse nias: \ Lucifer in loto nulli coinparuil orbe, | Et venit Stella non praeeunte die (v. 405-408). Vénus, l’astre des Césars, était en deuil. Comme .stoïcien, Sénèque croyait à l’astrologie : Fata 7ws ducunt, et quantum cuique restet, prima nascentium hora disposait (Sen., De Provid., 5). Ex horum [quinque siderum] levissimis motibus fortunae populorum deperident, etc. (Senec., Consol. ad Marc., 18). Ses tragédies sont infestées de tirades où, sous forme de descriptions, invocations, e.xplications de toute sorte, le ciel est constamment pris à partie. Dans le Thyeste (844-866), le chœur, décrivant le monde qui se détraque et le Soleil qui rebrousse chemin, énumère les XI 1 signes du Zodiaque depuis le Bélier jusqu’aux idtima sidéra Pisces. L’IIerctcles Oetaeus (v. 61 sqq.) signale les catastérismes opérés par Junon. L'Hercules furens (v. 945 sqq.) croit voir le ciel s’obscurcir et le Lion céleste secouer sa crinière. Revenu de son égarement, il demande où il est, sub ortu Solis an sub cardine glacialis ÜJ'sae {v. 1139). Puis il s’imagine que, à cause de lui, astra D'a^isvei'sos ayant \ Obliqua cui'sus (v. 1332-1333). Lucain n’a garde d’éviter ce genre de pédantisme. Son César se dit constamment occupé d'astronomie— media inter proelia semper \ Stellamim caelique plagis Superisque vacavi (Phai's., X, 185), et te sage Achoreus le régale d’une dissertation sur les sources du Nil qui commence par des aperçus plus ou moins orthodoxes sur les propriétés spécifiques des planètes. En revanche, l’auteur des Suasoi'iae (Sénèque le père?) met dans la bouche d’Alexandre une boutade contre les astrologues et leurs observations sur chacune des sept planètes, ce qui est encore une façon de parler d’eux et de montrer qu’on connaît leur métier (Senec., Suasor., 4. Cf. ci-dessus, p. 284, 4). Perse, imitant Horace, énumère les affinités astrologiques qui le lient àCornutus, cite la Balance, les Gémeaux, Saturne, Jupiter, et conclut : Nescio quod est, certeest, quod me tibi temperat, astrum (Pers., Sat., V, 45-51). Aussi Quintilien veut que ses élèves apprennent l’astronomie pour comprendre les poètes, qui [ut alia omittam) totiens ortu occasuque signorum in declai'andis temporibus utuntur (Quintil., hist., 1, 4, 4). L’astrologie est sans doute visée dans la prétérition ; ut alia omittam. Cf. les statistiques de Fr. llarder [Aslrognostische Bemerkungen zu den roem. Dichtern. Progr., Berlin, 1893), qui trouve, dans les poètes latins, de Plaute à Claudien (sans compter les Aratea, ni les Fastes d’Ovide, ni Manilius), les Ourses mentionnées dans 270 pas.sages; le Chien, 65 fois; Vénus, 132 fois, etc.

1. Les quatre premiers livres du poème ont été composés sous Auguste; le cinquième, — qui ne devait pas être le dernier (cf. V, 1 sqq.), — sous Tibère.

oü4 CHAP, XVI. — l’astkologie dans le .monde romain

arrachée des mains par la peur de tomber sous le coup des mesures décrétées contre les « Chaldéens » par Tibère.

On commençait, en eflet, à s'apercevoir que l’astrologie, aristocratique par essence, semblait faite pour éveiller et nourrir les grandes ambitions. Tibère le savait, dit-on, par sa propre expérience, ajoutée à celle de son père adoptif. On racontait que, tombé en disgrâce et exilé à Rhodes, il avait pris des leçons du « mathématicien Thrasylle » et que, plus tard, il avait deviné dans Galba l’homme « qui goûterait un jour à l’empire » *. La légende s’en mêlant, on finit par croire qu’il avait créé une sorte de cabinet noir, oii des rabatteurs d’horoscopes apportaient les secrets des particuliers et d’où, après examen des thèmes de géniture fait par lui-même ou par Thrasylle, il frappait à coup sûr les têtes marquées pour de hautes destinées De même qu’il s’était créé autour des oracles une foison d’anecdotes tendant à montrer leur infaillibilité et l’inanité des efforts faits par l’homme.

1. Tac., Ann., VI, 21; Dio Cas.s., LVI, 11. LVII, 19. Cf. Suet., Tiher., 14.

2. Dio Cass., LVII, 19. On ne saurait trop se défier du travail d’imagination qui, à l’appui d’une idée première, contenant peut-être une parcelle de vérité, crée et multiplie les faits typiques. Suivant Suétone (Ga^ia, 4), c’est Auguste qui aurait dit à Galba enfant, en lui prenant le menton : Kai au, téxvov,

T,txwv itapaxptAÇi;). Sed et Tiberius, eum comperisset imperalurum eum, verum in senecta, « Vivat sane, ait, qiiando id ad nos nihil pertinet ». Dion Cassius assure que, à Rhodes, Tibère, aidé de Thrasylle, connaissait parfaitement sa destinée et celles de L. et C. César — itivxa xai xà éauxw xal èxetvotî TTETtpwp.Éva àxptêû; T,Trtaxaxo (Dio Cass., LVl, 11). De cette idée développée, il tire logiquement le vaste réseau d’informations qui permettait à Tibère devenu empereur de supprimer tous ceux à qui ûitÉpoyxôv xt xal eDeX-iti -rpô; 5uvaaxctav Èveiôc (LVII, 19). Juvénal [Sal., X, 94) grossit le nombre des astrologues employés au cabinet noir. Il se représente Tibère enfermé à Caprée cum grege Chaldaeo. Tibère était superstitieux, mais avec la prétention d’être un esprit fort. Dion Cassius raconte que, ayant reçu en songe l’ordre de donner de l’argent à un tel, il s’aperçut que c’était un songe envoyé par magie et mit à mort le trop malin compère (LVII, 15). Croire à la magie ne lui paraissait pas une faiblesse d’esprit. — En songeant à l’attitude défiante qu ont toujours adoptée officiellement à l’égard des astrologues Agrippa, Auguste et Tibère, on hésite à admettre que les sept niches du Panthéon d’Agrippa aient été occupées par les images des sept dieux planétaires et que les légions aient arboré des enseignes astrologiques : le Taureau distinguant les légions créées par César; le Capricorne, celles d’Auguste; le Scorpion, signe de la nativité de Tibère, les cohortes prétoriennes, installées par lui à demeure sur le Viminal. C’est la thèse séduisante et fragile de A. von Domaszewski, Die Thierbilder der Signa (Arch.-Epigr. Mittheil., XV [1892], pp. 182-193, et X\ll, 1 [1894], p. 34). On trouve des briques de la XXII Primigenia (formée sous Claude, par dédoublement de la XXII Dejota^ia) marquées tantôt au Capricorne, tantôt au Lion (R. Cagnat. I\ev. Epigr., 1897, n» 148).

CONSULTATIONS ASTROLOGIQUES Oo5

même prévenu, pour échapper à sa destinée, de même l’astrologie, une fois en crédit, est censée marquer d’avance aux personnages historiques les étapes de leur existence, et c’est une joie pour les croyants de voir les prédictions se réaliser en dépit des doutes, des précautions, ou tout autrement qu’on ne l’avait supposé. C’est ainsi que, au rapport de Tacite, Tihère ayant quitté Rome en l’an '■IG, «les connaisseurs des choses célestes assuraient « que Tibère était sorti de Rome sous des mouvements d’astres « tels que le retour lui était impossible. Ce fut la perte d’une « foule de gens qui crurent à sa mort prochaine et en réjiandirent «le bruit; ils ne prévoyaient pas, en effet, tant le cas était « incroyable, que onze ans durant il s’exilerait volontairement « de sa patrie. On vit par la suite combien l’art confine de près à « l’erreur, et comme le vrai s’enveloppe d’obscurité. L’annonce « qu’il ne rentrerait pas dans la ville n’était pas une parole en « l’air; le reste, les gens qui agirent ainsi l’ignoraient » *.

Les consultations astrologiques envahissent l’histoire livrée aux compilateurs de curiosités et aux psychologues qui dissertent sur des bruits d’antichambre. Tantôt c’est Caligiila à qui le « mathématicien Sulla affirme que sa mort approche très certainement n ^ ; tantôt, c’est Néron, à qui « des mathématiciens avaient prédit jadis qu’il lui arriverait un jour d’être destitué»®, ou à propos duquel des Chaldéens avaient répondu à sa mère Agrippine « qu’il aurait l’empire et tuerait sa mère » ou qui attend, pour se proclamer empereur « le moment favorable indiqué par les Chaldéens » ou qui détourne les menaces d’une comète par des exécutions ordonnées, comme équivalent de sacrifices humains, sur le conseil de l’astrologue Balhillus ®. Tacite sait que

1. Tac.,j4«n.. IV, 58. Les oracles ne faisaient pas autre chose que vera obsctü'is tegere, et c’est donner cause gagnée aux astrologues que de les mettre sur le môme pied. Tacite laisse entendre plus clairement ailleurs qu'il penche vers la foi en 1 astrologie : ceterum plurimis mortalium non eximilur quin primo cujusque ortii ventura destinenlur , sed quaedam secus quam dicta sint cadere, fallaciis ignara dicentium ; ita corrumpi fidem artis, cujus clara documenta et antiqua aetas et nostra tulerit (Tac., Ann., VI, 22).

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