‹ L'astrologie grecqueChapitre 34 sur 360 · INFLUENCES SUCCESSIVES ET INFLUENCES INSTANTANÉES · texte numérisé non relu

INFLUENCES SUCCESSIVES ET INFLUENCES INSTANTANÉES

Mécanique ou psychologie, il fallait l’appliquer à son objet propre qui est la divination par les astres ou àTo-:£Àsa;j.a-:'.xr;. L':ulniiration qu’a inspirée jadis la « généthlialogie », le chef-d’œuvre de l’astrologie grecque, a fait oublier que cette méthode, la plus contraire de toutes au sens commun, n’a pu être la première application des principes. On n’a trouvé jusqu’ici dans les anciens documents chaldéens aucune trace de thèmes généthliaques, mais seulement des pronostics visant à bref délai les pays, les peuples, les souverains (ci-dessus, p. 43-49i. 11 est probable que les astrologues, partant de cette donnée et considérant que la destinée des individus dépend dans une certaine mesure des intluences exercées sur leur pays ou leur nation, ont commencé par répondre à des clients qui leur demandaient si le moment était ou non favorable pour telle entreprise. Ce genre de calculs, connu sous le nom d’ « Initiatives » (Kaxap/a() ou opportunités, a été l’occupation normale et l’aliment de l’astrologie populaire b Il contient en germe la généthlialogie, qui en est sortie et qui y est rentrée à l’état de combinaison hybride, comme nous le verrons en temps et lieu. Le fait de naître est, en elfet, un acte dont l’opportunité dépend aussi de l’état du ciel. Mais cet acte initial étant la condition préalable de tous les autres et les déterminant d’avance, dans la mesure où le sexe, la vigueur ou la faiblesse natives, la condition sociale ou la fortune des parents décident de l’avenir, les astrologues furent amenés à concentrer leur attention sur le moment de la naissance et à faire aussi converger sur ce moment toutes les influences susceptibles d’être calculées. Ainsi se forma, à grand renfort de philosophie, de recours à la théorie du microcosme, de distinctions subtiles entre le virtuel et l’actuel, ce qu’on pourrait appeler le dogme fondamental non pas de l’astrologie en général, mais de la méthode astrologique appelée généthlialogie.

Il fallait, en effet, beaucoup de raisonnements pour contraindre le bon sens récalcitrant à admettre que la destinée de chaque individu est non pas seulement influencée par l’état du ciel au

1. C’est surtout le système des xaxapy aC (ci-après ch. xiii-xiv) qui passait — et non sans raison, cette fois — pour « égyptien ». U est praticable même sans le secours de l’astrologie, et Hérodote (H, 82, ci-dessus, p. C2, 3) assure qu’il était pratiqué de son temps, même pour les naissances, par les prêtres égyptiens. En Grèce, la généthlialogie a été connue avant les xaxapyat-, car c’est d’elle que parlait Théophraste (ci-dessus, p. 27, 2). Elle est, ilu reste, la seule méthode qui ait intéressé les philosophes : l’autre n’a pris de valeur à leurs yeu-x. que par combinaison avec la généthlialogie.

r.llAP. 111. — LES DOGMES ASTROLOGIQUES

moment de la naissance, mais absolument préfixée, jusque dans le détail, comme la cire reçoit l’empreinte du sceau, ou la médaille, la frappe instantanée du coin. L’astrologie était ici divisée contre elle-même, la généthlialogie tendant à supprimer le système des •/.aTapyat, qui échelonnait tout le long de l’existence une série continue de causes correspondant à une série continue d’effets. A-ussi le dogme généthlialogique fut-il, de toutes les propositions avancées par les théoriciens de l’astrologie, la plus constamment attaquée et la plus mal défendue. Ses partisans l’auraient abandonné, de guerre lasse, s’ils avaient trouvé un autre moyen de différencier les destinées individuelles, d’expliquer comment, l’état du ciel étant à chaque instant le même pour tous en un même lieu, chacun avait une part différente d’heur et de malheur. Les déliais engagés sur ce sujet nous occuperont assez par la suite : l’important, pour le présent, est de rechercher comment le dogme en question a pu s’établir et de quoi il est fait.

La première amorce est — on l’a dit plus haut — l’importance majeure de la naissance, comme délmt et orientation de la vie. C’était le cas ou jamais d’invoquer l’adage : principüs omm inest. Une autre idée, à la fois religieuse, philosophique et populaire, est que la destinée de chacun est connue d’avance par l’intelligence divine et existe par conséquent à l’état de conception, de plan, avant d’être réalisée. La divination tout entière repose sur ce postulat, et tous les systèmes de prédestination en sont sortis. Le système platonicien du -/.X-Tipoi; ou lot choisi par 1 âme avant son incarnation, souvent invoqué à l’appui du dogme généthlialogique, a sans doute autant contribué à le former qu il a servi plus tard à le défendre. Allégé du libre choix, — un scrupule de moraliste dont les astrologues n’ont nul souci, — le xX ?ipo; platonicien représente une cédule toute faite, assimilable de tout point à un thème de géniture L Bref, quiconque admettait la prédestination — et c’était l’opinion plus ou moins réfléchie de tout le monde — acceptait le fond de la doctrine, et ceux qui ne tenaient pas à en avoir une explication scientifique n'avaient plus d’objections à faire.

En revanche, l’explication scientifique dut être assez laborieuse ; c’est même la raison pour laquelle les astrologues la remplacent d’ordinaire par l’airirmation du fait, qu’ils supposent admis et

1. Ou vei’rà plus loin que, pour les néo-platonieieus, le xA-f,poî est, en ell'et, un thème de géniture montré par Dieu aux âmes et choisi par elles, une copie anticipée de la future disposition des astres au moment horoscopique.

LE DOdME (lÉNÉTllLIALOdlQUE OO

même évident. PLolémée lui-même se contente de dire que le mélang-e ou tempérament qui nous constitue est pour nous le premier principe, et que ce premier principe implique sinon tout le détail, au moins le plan général de l’existence. U compare l’action des astres à celle de l’archer, qui, par un acte instantané, produit toutes les conséquences du choc de la flèche arrivée au but P Pour lui, comme pour tous les astrologues après lui, la vie est un mouvement dont la direction, la force, et par conséquent la durée, abstraction faite des résistances rencontrées sur le parcours, dépend de l’impulsion initiale, du « lancement » (we<nc). Dans les questions obscures, les comparaisons deviennent des raisons, et les métaphores valent des arguments. Celle-ci lient une place d’honneur dans la logique de nos praticiens. Lne autre, déjà indiquée, celle du sceau, fait tout le lond d un raisonnement que Grégoire de Nysse a dû emprunter, pour le reluter, à quelque dialecticien subtil. Ce qui constitue la personnalité, l’individu, c’est un certain ensemble de qualités, ensemble unique, distinct de tout autre et toujours semblable à lui-même. Or, comme les astres changent perpétuellement de place, ils ne peuvent former d’ensemble unique et invariable qu en un moment indivisible. Il faut donc que de même que, dans l’impression du sceau, la ligure gravée se reproduit sur la cire, ainsi la vie de l’homme reçoive l’impression de la vertu projetée par les astres en mouvement au point où elle se rencontre avec le flux, et suivant la nature particulière de ce point; et la vie devient ce que contenait en elle-même la portion d’eflluve qui jaillissait au moment même où la vie commençait - «. Avec ces grands mots

1. Nous raisons ici un peu d-c.xégùse; Ptolémée n’est pas si clair. Connue il

veut ménager un certain jeu aux xatapyai postérieures à la naissance, i emploie des l'ormnles vaguement prolixes. L’homme, dit-il, a un et plusieurs commencements ; aiav aèv vr.v aCvoü voü auyxpipaTo; âp-/r,v, vaôvv yàp £/.oa:v • TzoUii 3è xà; xsxà xà i-r,; xüv -xcp-.s/ôvxwv -xpo? xt,v -rpwxT.v àpy>,v £-icrr,;aar.a; 5U|x6x'.voûxa;, tî p oriTO ^ P ^ !X£vxo-. xr.ç ÈvHSî sîxôxoi;, è-£:ÔT,Zc-p

aOxTi xai x à; w; x ô û - ox£ î ij.£v ov i 5 t x ü; a 7:0 x£), s t (Telmb., 111,

Proœm.). U entend analyser les éléments constitutifs de la destinee, et non suivre les multiples elVets de la synthèse, ÜMj-xsp p£>>wv xjxa xô

ÔA05/£pixx£pov £-.5ap;x6;;ovx£; • x6 ôè xï.î !juy*paa£W(; xr,; èv. -Asioviov çux£(ov z£p: XO ût: OXE t;x£ vo V sîôoç auvayôij.£vov âT70X£>.£c;xa y.axa),i-ovx£;, w ? T £ p eOxxo/uj xoçoxr,, xip xoo £iax-/.£-xo;x£vo-j 7,oy.5]X(o (7’eO-fl/A, 111, 1).

2. KaOâ-£p £v ÈxaayEÎip sspayîôo; xw ÊvxEÔivx’. xr.po) x6 yaxà xt.v y),uc;'r,v eIôo; TîEp’.x'jroüxa'., ouxojî xa’t xoü àv6pw-0’j xôv fliov <I> àv aov£V£/6f, popiw xt,? àropp£005T,; SuvâjXcu; £X xf,; xwv âxxpiov y.vr,3£w;, xaxi xt,v £X£tvou xou^ [i£pou; l5'.ôxT,xa xuTTOûxO a'., xaxEÎvo YivEaBa'. o-Ep £Î/îv ev Éauxé, xf,; àzoppoia; t, ixoïpa •r, EazaiEv e'jÔo; xoü fl i 0 u àp/0!X£vo'j a. x. 'K. (Greg. Nyss., De falo. Opp.,

CH AP. IH. — LES DOCiMES ASTUOLOGIQEES

et le grain de vérité qui assaisonne toute doctrine atlirmant la fatalité dans la naissance, les « généthlialogues » se tiraient d’affaire. On peut même dire que, sur la question de pure théorie, leurs adversaires ont évité le débat. Ceux-ci répétaient constamment que ni la conception, ni la naissance ne sont des faits instantanés, et que, s'ils l’étaient, les astrologues seraient quand même dans l’impossibilité de saisir au vol l’état du ciel correspondant : mais ils ont laissé de côté le théorème abstrait.

Les « généthlialogues », opérant sur une vue instantanée du ciel, étaient obligés d’ « observer l'heure » et de la marquer au cadran de leur chronomètre cosmique. Ils choisirent comme point de repère sur ce cadran l’intersection du zodiaque et de l’horizon du côté de l’Orient. Ce fut là V horoscope (wpor/.ÔToc). L’horoscope, en tant que point de départ de toutes les autres divisions du cercle de la géniture, acquiert, de ce fait, une importance majeure ; mais l’astrologie savante ne lui accordait pas l’influence souveraine que lui prêtait l’opinion vulgaire, celle qui a fait du mot (( horoscope » le synonyme de « thème de géniture ». S’il était permis d’introduire une conjecture de plus dans un sujet qui en est déjà si fort encombré, nous supposerions que la masse de calculs échafaudés sur le thème instantané et tenant compte de tous les astres à la fois a remplacé une idée beaucoup plus simple, religieuse et populaire, à savoir que l’enfant qui naît a pour patron, pour maîire de sa destinée, l’astre qui naît aussi, c’est-à-dire, se lève au même instant. Aux mains des astrologues astronomes, l’horoscope devient une abstraction mathématique, le « degré indiquant l’heure » ([jLoTpa wpoaxÔTro’jja). En tout cas, si l’horoscope est la pièce la plus connue des constructions astrologiques, il ne faut pas oublier qu’il appartient à une méthode spéciale, qui n’est pas l'astrologie tout entière et sans laquelle l’astrologie eût pu encore satisfaire la majeure partie de sa clientèle.

t. n, p. 154 Migne). Grégoire de Nysse ne rél'ute que l’arguiiient qu'il expose; il ne tient qu’à enlever aux astres, pour la restituer à Dieu, la Sévaixi? t: o iTj- Ttx'/i qui leur est attribuée ici. Les astres, dit-il, ne produisent leurs etl'ets que par le mouvement (c’est une thèse aristotélique indifi'érente aux astrologues) : donc, s’ils étaient immobiles, il n’y aurait pas de prédestination (où-/, av r\ el]j.ap[rsvTi (TuavalT,). Or, ils ne se meuvent pas par eux-mêmes (autre postulat nié à l’envi par les hylozo'istes et par les partisans des astres vivants, dieux, etc.) : donc, la prédestination est opérée non par les astres, mais par Dieu qui les meut. Cela s’appelle abonder dans le sens de ses adversaires ; car, dans la pensée divine, il ne peut y avoir de succession : tout est voulu ensemble, et c’est une frapi)e qui, pour être éternelle, est aussi instantanée que l'autre.

UÉSLMÉ

En résamé, les dogmes principaux de l'astrologie se ramènent

aux propositions suivantes . ,i i »

En vertu de la sympathie ou solidarité universelle, les astres

exercent sur la terre — et spécialement sur l’homme, qui a des atUnités avec le monde entier — une action en harmonie avec leur nature, en proportion avec leur puissance .

Celte action s’exerce par des courants de forces ou etlluves rectilignes et tend à assimiler le patient à l’agent, le point d arrivée au point de départ.

Elle dépend de la position des astres, soit par rapport a a Terre soit par rapport aux autres astres ; de telle sorte qu e e est nécessairement complexe, modifiée, comme quantité et qnalité, par les intluences concourantes, et peut même etre intervertie. , J

L’action combinée des astres produit à tout moment des oppo -

tunités diverses, qui peuvent être utilisées au lur et a mesure

qu’elles se présentent (système des /.axapya'.).

Elle s’exerce au moment de la naissance avec une intensité telle qu'elle fixe irrévocablement la destinée, désormais indépendante, ou à peu près indépendante, des opportunités ultérieures

isvstème généthlialogique).

Ces principes sumsenl pourrendre inlelligibles les conséquences qui en découlentet les procédés qui en sonil'application.

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