ACTION SPÉCIFIQUE ET ASSIMILATION
raolif logi(iue de contester la force d’expansion et la vertu assimilatrice de l’énergie sidérale. L’action à distance lui était même mieux expliquée par la théorie des ellluves que ne l’est pour les modernes l’attraction ou gravitation universelle, force dont on connaît les effets, non la nature *. En dernier recours, on renvoyait ceux qui auraient eu encore des scrupules aux énormes statistiques de faits soi-disant amassés par les Chaldéens, Égyptiens, Mages et autres êtres fictifs auxquels les astrologues grecs attribuaient si volontiers — et pour cause — leurs propres inventions.
Le grand pas une fois franchi, les autres devenaient plus aisés. Avec des astres-dieux, doués de volonté, tels que les concevaient les astrologues orientaux, on comprenait sans peine que 1 action de ces astres fût variable et dépendit de l’humeur du moment. Les mauvais étaient parfois radoucis, et les bons accidentellement exaspérés. Cette conception première, à peine rectifiée par le platonisme et grandement ménagée par la religiosité stoïcienne, restera toujours le fonds le plus résistant de l’astrologie hellénisée. Mais il fallait pourtant, puisque les Stoïciens avaient hérité de la physique d’iléraclite, transformer ces volontés divines en lois naturelles. Ce ne fut pas un médiocre labeur que d’expliquer par des considérations tirées des mouvements, des phases, des
1. On citait, comme exemple d'effluves, l’attraction de l’ambre sur la paille; le regard du basilic, qui tue ; celui du loup, qui rend muet. Le plus dillicile était de faire accepter les effluves de tigures purement imaginaires, comme celles des constellations. Mais on assurait que les chiens devenaient enragés sous la Canicule, et c’était là une preuve que le Chien agissait sur ses pareils : Tivèî ôl safft xat xôv Kéva xô à'xxpov xaxâ xtvx aTroppO'.av xo'Jxot;
x:p6î Wacjxv (Alex. Aphrod., Probl., 1, 76). Avec des preuves de cette force, ajoutée à l’expérience séculaire des « Chaldéens et Égyptiens », on arrivait à formuler hardiment les aphorismes astrologiques fondés sur le principe similïa similibus, sans reculer devant les animaux du Zodiaque : Kapxtvoi 6è xal xx’jpoi, xxl Xsovxîî xal xpioi xat al'fzi xai spi-poi xal osa a),Aa Srr.pia ôtà xwv âffxpüjv ovoaâÇixai xaxà x6v oùpavôv, sixôvsî 5t,, tpT,aiv, sial xai -rapaSe'. y- [laxa, àa’ wv f, ixîxa6A'/;x>, xxiai; ‘Xap.^avo'jaa xà; iSia? xoiO'Jxuv ÎIwojv ytvsxai [l’hilosophum., IV, G, p. 130 Cruice). Manilius est sceptique et croyant à quelques lignes de distance. Il sait que les poètes ont fabriqué les catasté-
rismes : Quorum carminibus nihil est nisi fabula caelum, ] Terrave composuiL caelum, quae pendet ab illo (11, 37-39), et il ajoute gravement : Hic iqitur deus et ratio quae cuncta qubernat ] Ducit ab aelernis terrena animalia sipnis (II, 82-83). Lucrèce n’avait pas de ces distractions. Des restes inconscients de vieux « totémisme » étaient reviviliés par la croyance à la génération humaine dérivée des animaux célestes, surtout des iroTvJaTrEppa (Cancer, Poissons, Scorpion, etc.).
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positions et orientations respectives des astres, comment l'action d’un même astre pouvait être modifiée ou intervertie. C’est ici, croyons-nous, que les Grecs ont fait vraiment œuvre originale et laissé loin derrière eux leurs maîtres chaldéens.
Toutes les raisons invoquées se ramènent, en somme, à des rapports de position, mesurés par des angles, avec considération — accessoire, mais très importante aussi — de la gauche et de la droite, du haut et du bas. Les rapports des astres avec la Terre sont continus. On peut sans doute ne pas tenir compte de ceux qui sont descendus au-dessous de l’horizon *, mais il n’y a pas d’angle sous lequel ils soient tout à fait ineflicaces. Il n’en va pas de même quand il s’agit de leurs rapports entre eux, rapports qui engendrent des réactions réciproques, sympathiques ou antipathiques, et modifient profondément leur iniluence sur la Terre. Vu le nombre des planètes et des signes du Zodiaque, le calcul des rapports de position soutenus par chaque planète et chaque signe avec toutes les planètes et tous les signes fût devenu impossible. Les astrologues convinrent de ne considérer comme elticaces que quelques-uns de ces rapports ou « aspects » ixaxa - o-y Y) [jiaTi cr [J.0 î -advyjec/MA'), les autres étant réputés nonexistants. Les astrologues babyloniens, qui ne se souciaient pas de tant de géométrie, paraissent s’être bornés à noter les conjonctions et oppositions des planètes. Quant aux stations ou angles intermédiaires, il n’en est question — et encore implicitement — que pour les étapes de la Lune, le mois lunaire étant, paraît-il, divisé en six périodes de cinq jours chacune. Ce sont, à n’en pas douter, les Grecs qui ont imaginé les polygones réguliers inscrits au cercle zodiacal, et attribué aux rayons lancés suivant l’angle générateur de chaque polygone des propriétés spécifiques, dont nous rechercherons ailleurs la raison d’être^. C’est un singulier mélange de raffinement et de naïveté que cette théorie des aspects, qui suppose les planètes placées sur le cercle même du Zodiaque et occupant, quand elles sont en aspect, un sommet du polygone. Naïve aussi, pour ne pas dire plus, est la raison qu’allègue Porphyre pour expliquer la limitation du nombre des aspects à quatre (diamètre, trigone, tétragone, hexagone), ou cinq, en comptant la conjonction. Il aurait pu dire, comme Ptolé-
1. C’est ce que l'ait, ou plutôt prétend faire Ptolémée, qui abandonne pour cette raison la théorie des lieux (ci-après, ch. ix), mais est resté à peu près seul de son avis.
2. Les aspects sont ici nommés par anticipation : le sujet sera traité au ch. vi.
LA r.ÉOMÉTHIE DES ASPECTS
niée *, qii’ainsi le veulent les lois géométriques de riiurmonie. Ou bien, comme le Pseudo-Manéthon, il aurait pu invoquer la révélation. « Inénarrables et infinies sonl dans l’éther les figures des astres qui se croisent dans leurs sentiers aux nombreu.v détours : j’expliquerai celles qu’ont choisies les dieux ^ ». Porphyre aime mieux supposer que « chaque astre lance sept rayons (veut-il dire sept rayons seulement?], un en face, trois à droite et trois à gauche =* ». Ce n’est pas une théorie, c’est un dogme imaginé après coup, pour justifier la pratique des « aspects » et en l’honneur du nombre septénaire. Il ne dérive certainement pas du sigle graphique à huit branches employé par les Chaldéens pour figurer les étoiles, et ce n’est sans doute pas se tromper d’adresse que d’attribuer toutes ces constructions géométriques à l’infusion de doctrines pythagoriciennes dans l’astrologie.
On voit comment, de concession en concession, en tenant pour démontré ce qui n’était pas absurde a priori, un adepte de l’astrologie pouvait arriver à la foi sans se croire brouillé avec la logicjue. Il dut y avoir des mathématiciens qui prirent tout à fait
1. Après un bref e.xposé, très clillicile à comprendre, dit le scoliastc (ôjsxjxavoT,-C3t. Anou., p. 3Ü), l'tolérnée conclut : St’ r,v 5à atxtav xjxat povat xüv Staxxasîti)v 'î:2pc)vT|a6T,aav, xoûxwv àv ;xi9otp.cv [Telrub. 1, 14). C’était trop de mathématiques pour Porphyre et ses contemporains.
2. Tà yâp âïTTcx’ àTTEiptTdt x’ èxxt xax’ a’tOpT,v j X/T|;jixx’ àp.£i6ovx(i)v âxxpuv TToXü-TîXayvixx xÉXôuOa • | "O 7 x a 5’ è x t X s ? w x t 0 £ o t, xâS’ Èyw xâ-ja CManeth., 111,231-233).
3. 'E~xà yàp àxxîva; £-/,xxxo; xwv àxxipuv xp£tî pâv £tî x6 âvu, xp£t;
oè £tî x6 xâxw, atav Sè £7:1 xS o:â;x£xpov • wv o£^tal ;j.èv at £~t x6 àv(o, £Ùtj'>vj;j.ot o£ at £x:l x6 xâxoj (Porphyr., Isof/og., p. 187). Si la ün de la phrase n’est jtas une glose inepte, c’est que l’asti’e est supposé à l’Orient (voy. le faisceau des sept rayons ci-après, ch. vi, fig. 22). On retrouve la théorie des sept rayons dans une épithète donnée à Sérapis par les « théologiens » : ô àvayioyEÙ; xat b £~xâxxtî xaxi xoùî 0£o7,ôyov)î (Procl., In. Tim., 1, p. 11 E). — [;xuxxay(oyta] ■f|V b XaAoato; iTEpl xov ÏT.xi%x iv a ôeôv £6âx/£ux£v (Julian., Oral. V, p. 1 1'2 D). Le soleil attache autour de la tète de Phaéthon É-xa-opou; àxxtva; (Nonnus, Dionysiac., X.XXVlll, 269). C’est l’étoile à sept branches de la semaine (ci-après, ch. xiii). Ces théologiens ou théurges sont les fabricants d’oracles « chaldéens » du ii« siècle p. Chr. Cf. Lobeck, Aylaop/i., p. 101, et ci-après, ch. xvr. Peut-être est-ce cette théorie des sept rayons qui se cache dans la phraséologie vague de 'l'acite disant, à propos du sabbat juif : seu quod — pleraque caelestium vim suam et cursus seplenos per 7iumeros compleanl (Tac., Ilist., IV, 4). Vitruve, grand admirateur des Chaldéens, donne une raison qui, si elle vaut pour un rayon (le trigone), vaut aussi pour les autres ; si radii [Solis) per omnem mundum fusi circino lion Unis vagarentur, neque eortenlionihus porrecli ad Irigoni formam linearentur, propiora fJngrarent (IX, 1 [4]. Cf. ci-après, ch. vi). Plus d’un questionneur se tenait sans doute pour satisfait d'une pareille réponse.
CIIAP. 111. — LES DOGMES ASTHOLOGIQUES
au sérieux celle balis.lique célesle et Irouvaienl forl raisonnable de lenir compte de l’angle sous lequel le rayon projeté atteignait le but K
Hàtons-nous d’ajouter que cet étalage de science mystico-matlîématique était tout en façade. Derrière le décor scientifique échafaudé par les astrologues grecs au temps où il fallait faire illusion aux « physiciens », les vrais ouvriers de la destinée étaient toujours les dieux vivants, bien ou mal disposés suivant les incidents de leur route et le hasard des rencontres. Ce sont surtout les planètes qui, complètement anthropomorphisées, se « réjouissent » dans leur maison, y donnent et reçoivent l’hospitalité, se voient, s’entendent, se poursuivent, s’atteignent, se dépassent, observant les règles soi-disant géométriques, en réalité psychologiques, d’une étiquette qui leur assure ou leur retire la prééminence suivant qu’elles sont à droite ou à gauche d’une autre, ou qui change leur manière d’agir suivant qu’elles quittent celle-ci pour aborder celle-là, ou qu’elles sont bloquées entre deux autres, ou qu’elles font cortège à un chef qui est ou n’est pas de leur parti -. A mesure que les savants se faisaient plus rares, l’astrologie grecque s’imposait moins de contrainte : elle délaissait les combinaisons de froid, de chaud, de sec et d’humide pour les sentiments, la mécanique pour la psychologie, la science qu’elle prétendait être pour la religion qu’elle était sous son masque d’emprunt.
1. Ptolémée était, à coup sûr, de ceux-là. Ce sont des spéculations sur la théorie de la connaissance (Ilepi xptxT|piou xal fi ye [x o v. x oû ) qui l’ont amené à étudier les rapports de l’hoinnie avec le monde, et des élucubrations d’une philosophie assez éclectique sur l’harmonie ('App-ovixi) qui l’ont converti à l’astrologie. Voy. Fr. Boll, Studien ilber Cl. Plolemüus (ci-dessus, p. 27, 3). Le fond de ses raisonnements était intelligible même pour le vulgaire et ne paraissait pas absurde. On peut le résumer ainsi. De même que l’oreille n’accepte, en musique, que certains intervalles entre les tons et certains accords, rejetant les autres dans la catégorie des bruits inharmoniques, sans ell'et sur l’âme ; de même, certaines proportions angulaires entrent seules dans l’harmonie du monde et sont seules efficaces. L’étalage d’arithmétique et de géométrie, de chiffres et de cordes, achevait d’étourdir le néophyte. Du reste, la croyance à l’efficacité de l’aspect quadrat existe encore intacte chez ceux qui attribuent une influence spécifique — quoique simplement météorologique — aux quatre phases de la Lune. Ils ne manquent pas de raisons physiques à invoquer, les maxima et minima d’attraction, etc. ; mais il serait beaucoup plus raisonnable encore d’admettre une action continue de notre satellite, et non pas des espèces de déclanchements atmosphériques, espacés de phase en phase.