POLÉMIQUE DE S. AUGUSTIN
par l’exemple d’Esaü et de Jacob que par celui des Dioscures; l’attaque et la riposte eu restent au même point. Il le sent si bien lui-même «lu’il a recours à des artilices de rhétorique et à des pièges de mots. Étant donné, dit-il, deux jumeaux, ou bien ils ont même horoscope, et alors tout doit être pareil chez eux, ce qui n’est pas, l'expérience le prouve : ou bien, ils ont, à cause de la petite difïérence de temps (}ui sépare les deux naissances, des horoscopes diflérents, et alors, « j’exige des parents ditlerents, ce que des jumeaux ne peuvent pas avoir»*. Avec de telles exigences, on ne comprendrait pas que les mêmes parents puissent avoir jamais plus d’un enfant, absurdité dont l’astrologie n’est aucunement responsable. Ces mêmes jumeaux sont malades « en même temps ». Le fait est expliqué par la similitude des tempéraments suivant Hippocrate, par celle des thèmes de géniture suivant i^osidonius. S. Augustin ne se contente pas de préférer l’explication du médecin à celle de l’astrologue; il veut que l'expression « en même temps » indique une coïncidence mathématiquement exacte, et il s’écrie : « Pourquoi « étaient-ils malades pareillement et en même temps, et non pas « l’im d’abord, l’autre ensuite, puisque aussi bien ils ne pouvaient « pas être nés simultanément? Ou si le fait d'être nés en des temps « différents n’entraînait pas qu’ils fussent malades en des temi)S « différents, pourquoi soutient-on que la différence de temps à la « naissance produit des diversités pour les autres choses » ■ ? Les astrologues avaient vingt façons d’échapper à ce dilemme, sans compter la ressource de ne pas endosser jusque dans le détail la responsabilité des opinions de Posidonius. L’astrologie, avertie par des siècles de discussions, ne disait pas ou ne disait plus (}ue les destinées des jumeaux dussent être de tout point semblables ou de tout point différentes. Mais S. Augustin ne veut pas ainsi abandonner la partie : il se cramponne à Posidonius. Celui-ci prétendait que les jumeaux malades, s’ils n’étaient pas nés au même moment mathématique, avaient été conçus en même temps; il expliquait ainsi les ressemblances dans la destinée des jumeaux par la simultanéité de conception et les dissemblances par la nonsimultanéité des naissances, lise mettait dans un mauvais cas, et S. Augustin daube à son aise sur cette conception simultanée qui
1 . Ac per hoc si fam celeriler aller post alterum nascitur ul eadem pars horoscopi mane.at, paria cuncla quaero, quae in nidlis posstinl geminis inveniri; si autem sequenlis lardilas horoscopos mutai, parentes diverses quaero, quos gemini hahere non possunt (Augustin., Civ. Dei, V, 2).