L ASTROLOGIE AL MOYEN AGE
s’habitua à considérer l’astrologie comme une dépendance plus ou moins contestable de l’astronomie, classée dans la catégorie des opinions libres dont l’Église n’avait pas à s’occuper. En Occident, l’autorité de S. Augustin et la lutte contre les Manichéens et Priscillianistes fit prévaloir l’idée que l’astrologie était une des formes de la magie, une religion idolâtrique qui adressait ses hommages aux démons implantés dans les planètes et les décans du Zodiaque, la mère de toutes les pratiques de sorcellerie appliquées a la médecine, à la chimie, ou, pour mieux dire, répandues, comme une obsession diabolique, sur toutes les voies ouvertes à la pensée et l’activité humaine. Mais personne ne tenait la magie et 1 astrologie pour de pures chimères, et l’astrologie gardait, malgré qu’on en eîit, le prestige de la science astronomique qui lui fournissait les données de ses calculs. Les docteurs orthodoxes du moyen âge ne veulent pas se faire soupçonner d’ignorance en proscrivant une science qui faisait la gloire des Byzantins et des Arabes. Ils endorment leurs scrupules dans l’opinion moyenne ([ue les astres infiuent sur l’homme, mais
tant d'avoir été aidé par l’Esprit-Saint lui-méme dans l’étude « de la plus haute des sciences ». Le lait est qu’il fallait des lumières spéciales pour deviner que J.-C. disant à ses disciples : « n’y a-t-il pas douze heures au jour? » (Joann., xi, 9) faisait allusion à la théorie des heures favorables ou défavorables. Le biographe de Morin a soin de noter qu’il fut consulté par le cardinal de Richelieu, par le cardinal de Bérulle, et qu'il mourut muni de tous les sacrements de l’Église. Les astrologues craignaient davantage les légistes et le souvenir des lois impériales. Aussi Cardan {I?i Plolem. Comm. Prooem.) soutient que ces lois visaient les maUiematici, c’est-à-dire les géomanciens, mais non pas les astrologues. La preuve, dit-il, c’est que l’astrologie date de Ptolémée, et que les lois en question sont antérieures ! L’aplomb de ce charlatan, « grand homme avec ses défauts » (Leibniz, Theod., 111, § 254), est merveilleux. Avant lui, Ciruelo {Prolor/., p. 47) assurait de même que malhematicus était mis pro mchromanle aul divinalore. Il y a une étude intéressante à faire sur la polémique que suscita au xvi® siècle la renaissance de l’astrologie classique et qui se continue, en s’apaisant peu à peu devant l’indiflérence des nouveaux humanistes, au xvn». Les éditeurs, traducteurs, commentateurs des textes anciens se plaignent tous dans leurs préfaces de l’acharnement et de la mauvaise foi de leurs adversaires, dont le plus redoutable — sur le terrain de la discussion, tout au moins — fut Pic de la Mirandole. Mélanchthon atfirme dans sa préface que Ptolémée est un instrument de la Providence et qu il a réfuté d avance Cyclopicos sennoiies, quihus tota haec doctrina furenter deridetur. Cardan, Dasypodius, Junctinus, .Morin, protestent à lenvi contre les « calomnies » que propagent les ignorants et se dégagent de toute solidarité avec les charlatans ou incapables qui usurpent le nom d’astrologues. Tous prodiguent les déclarations de foi chrétienne et prétendent continuer l’œuvre des SS. Patriarches en même temps que des « Sages » de la Grèce.
626 CHAP. XVI. — l’astrologie dans le monde romain
ne forcent pas sa volonté, opinion qui implique une adhésion formelle au principe générateur de l’astrologie.
Ce qui a tué l’astrologie, ce ne sont pas les arguments de toute sorte, philosophiques et théologiques, dirigés contre elle au cours des siècles. La philosophie, elle l’avait eue pour auxiliaire; les dogmes, elle les avait forcés à composer avec elles L Elle renaissait, plus hardie que jamais, à l’aurore des temps modernes, lorsqu’elle reçut le coup mortel, un coup qui n’était pas dirigé contre elle et qui la frappa de côté, par une incidence imprévue. Tant que la science astronomique s’était contentée de dilater l’univers en laissant à la Terre sa position centrale, les idées naïves qui avaient engendré l’astrologie et s’étaient soudees en un tout compact dans la théorie du microcosme conservaient la force persuasive d’une tradition à la fois intelligible et mystérieuse, clef de l’inconnu, dépositaire des secrets de 1 avenir. La géométrie astrologique continuait à asseoir ses constructions sur leur base originelle, amoindrie sans doute, mais demeurée au point de convergence de tous les influx célestes. Une fois la Terre réduite à l’état de planète et lancée dans l’espace, la base se dérobant, tout l’échafaudage croula du même coup. Il n y a d incompatible avec l’astrologie que le système proposé jadis par Aristarque de Samos, repris et démontré depuis par Copernic. L’incompatibilité est telle qu’elle n’a pas besoin d être mise en forme logique. Elle se sent mieux encore qu elle ne se comprend. Le mouvement de la Terre a rompu comme fils d’araignée tous les liens imaginaires qui la rattachaient aux astres, des astres tout occupés d’elle, — et ce qui en reste, le concept général de l’attraction, ne suffirait pas au sophiste le plus intrépide pour les renouer.
1. L’inutilité de tant d’efforts fournissait un argument de plus. Firmicus disait déjà qu’il en est de l’astrologie comme de la religion : neque enim esset ejus vera substanlia, 7iisi conlra eam tanlis arçjumenlorum viribus mlerentur (I, 1, 3 Kroll). Tout ce qui dure a une raison de durer, mais cette raison peut n’avoir rien de commun avec l’amom' et surtout la possession de la vérité. Quant aux théologiens, réconciliés avec l’astrologie, il leur hit plus difficile de s’entendre avec l’astronomie nouvelle. Déjà liés par les opinions des Pères (ci-dessus, p. 618, 1), ils ne pouvaient passer outre au te.xte du Psalnustc : Qui fundasli teri'am super stabilitatein suam : non inclinabitur ni saeculum saeculi (Psalm., cm, fi). De même autrefois, le stoïcien Cléanthe avait voulu faire condamner Aristarque de Samos pour impiété envers la vénérable Ilestia ou foyer du monde (Plut., De facie in orbe lunae, 6). Aristote, l’oracle humain, était aussi du côté des théologiens. Pascal lui-même, intimide surtout par S. Augustin, écrira dans ses Pensées (xxiv, il bis Ilavet) : « Je trouve bon qu’on n’approfondisse pas l’opinion de Copernic •».
l’astrologie discréditée par l’astronomie 627
Mais des idées qui oat fait partie du sens commun pendant des milliers d’années ne se laissent pas éliminer en un jour. La défaite de l’astrologie fut retardée par l’intervention d’une alliée qui, en défendant l’ancienne conception de l’univers au nom de textes sacrés, faisait par surcroît les affaires de gens qu'elle avait toujours été tentée d’anathématiser. En interdisant à Galilée, par l’organe du Saint-Oflice, d’enseigner le mouvement de la Terre, 1 Église obéissait à ce qu’il y a de plus infaillible en elle, l’instinct de la conservation, La foi religieuse ne se sent à l’aise que couvée, pour ainsi dire, sous l’abri d’un ciel étroitement uni à la terre; et, bien que la dignité du « roseau pensant » ne soit pas logiquement liée à la primauté de la planète qui le porte, il semble qu il soit moins qualifié pour être le centre d’un plan divin depuis qu’il se sait logé sur un atome et emporté, avec le système solaire tout entier, dans le silence des espaces infinis.
INDEX ANALYTIQUE
iV. B. — Les chiffres sépards par une virgule du chiffre de la page renvoient aux notes de la dite page. Les mots grecs sont à la place qu’ils auraient s'ils étaient transcrits en caractères latins; ceux commençant par une voyelle ou diphtongue aspirée, à la lettre 11. Les mots non francisés sont en italiques. Le signe = remplace les expressions : identique ou assimilé ou attribué à ou symbole de. L’abréviation (s. v.) signifie sub verbo, et renvoie au mot qui précédé la parenthèse.
A, nom chaldéen de la constellation du Lion, 50, 3. 57, 1.
à6\zTzxx (signes), 160.
Abraham, le patriarche, inventeur de l’astronomie, 578. 601.
Abraham ou Abram, ses livres astrologiques, 159. 292. 293, 1.
Ahrasax ou Abraxas, nombre mystique, 7, 2. 608.
Achinapolus, astrologue, 36, 2. 373.
Achoreus, dans Lucain, 552, 3.
Acmon, père de Kronos, 94, 1.
’A5â[x, anagramme des points cardinau.x, 607.
Adar, mois chaldéen, 50.
Adraste d’Aphrodisias, sa théorie des planètes, 116.
Aegipan = Capricorne, 144.
Aeqy])liaci[dies), 462, 3. 485-486. 623, 2.
Aesctdapii {schola), 412, 1. Voy. Asklépios.
’AyaOl; Tû/t;, 283. 513, 6. 515, 1 ; àyaOo- Tjyzlv, 515, 1.
Sa’iiaiv = Jupiter, 280 (fig. 31).
284. 293, 1. 294. 452.513, 6 ; lieu aphétique, 416 ; dly20o6a'.p.ovÊtv, 284,5. 513.
Agni = feu, 75, 1.
Agrippa, consulte, 549, 5, et e.xpulse les mathématiciens, 554, 2. 560.
Agrippine, 555. 561.
’AV5t,î = Lune, 41, 1.
Aigle, constellation, 366, 2.
Atyoxepw;, voy. Capricorne.
A irii, mois chaldéen, 47, 2. Akhmîm,voy. Panopolis; cf. 606, 1.
’Axovvta?, comète, 359, 1.
àxoûovxa (signes), 163.
àxpôvu'/oî (astre), 50. 111, 3. 112. 113,
’Axx;vo6o>.£a, 247-251. 252, 3. 394, 1.
’Axxîç, par opposition à 248. 377,
Alahiz ou haiz, nom arabe delYipE?;;, 103, 2.
Albinus(Ceionius llufinus); son thème de gèniture, 164, 3.
Alchimie astrologique, 587.
Alcmæon, philosophe pythagoricien, 114. 397.
Alcochoden ou cochoden, nom arabe de Tœcodespote de 1a gèniture, 406, 2. 411, 1.
Aldébaran, 134, 1.
Alexandre d’Étolie, 64, 1. 108.
Alexandre (le Grand), soi-disant contre l’astrologie, 552, 3; livres magiques dans son tombeau, 566, 3.
Alexandrie (climat d’), 261, 3. 263.
Alhyleg ou hyleg, hylech, nom arabe de l’iïéxT.î, 406, 2. 411, 1.
’AXfjLEviytaxâ (almanachs), 46‘2, 4.
Alliludo, voy.
’Ajxep-fiî, livre sacré, 517,1.
Ambroise (S.), 571, 1. 623, 2.
Ames (chute des), 23 ; âme feu céleste, 11 ; correspondant par ses facultés aux sphères célestes, 324-325; âmes = bolides, (s. v.).
Ammien Marcellin, sur l’astrologie,
Ammon (Jupiter), 205, 1, 562; = Bélier, 130. 329. 343. 576, 1.
Ammon, astrologue, 524.
Amphiaraos, comme astrologue, 2.
Amphion = un des Gémeaux, 136.
Amulettes décaniques, 230, 3. 536.
’Avaêi6xÇü)v (auvScapôç), nœud ascendant de l’orbite lunaire ou Tête du Dragon, voy. Caput.
Anactores ou Anactes, 398.
Anael, ange de Vénus, 623, 1.
’AvotyicT, = Lachesis, 25, 1, ou fatalité en général, 597, 1 . 603, 2 ; stoïcienne, 32. 596, 1 ; dans Platon, 25. 114, 2; = Mercure, 244, 4. 293, 1. 307.
Voy. KXrjpoî.
’Ava'.péxT,; ou avaipexotoî, astre, 177.