‹ L'astrologie grecqueChapitre 60 sur 360 · Plut., Plac. phil., 11, 12 ; Stob., EcL · texte numérisé non relu

Plut., Plac. phil., 11, 12 ; Stob., EcL

4. Leucippe et Uémocrite, suivant Plut., ihid., 111, 12. Ces philosophes supposaient donc le pôle placé d’abord au zénith. Mais alors le soleil tournait horizontalement, et on ne voit pas pourquoi il aurait chauffé davantage le Midi. Suivant une autre tradition (Plut., 11, 8. Euseb., Pr. Ev., XV, 39), c’était,

OBLIOTJItÉ DE l’éCLIPTIQüË

vaient renoncer à expliquer le fait réel de l'obliquilé de la roule des planètes par rapport à l’équateur. Et cependant, leurs tentatives équivalent presque à un aveu d’ignorance. Ils semblent même n’avoir pas compris la question, à savoir que le soleil et les planètes suivent le tracé d’un grand cercle de la sphère. Ils se représentaient le soleil comme se dirigeant vers le nord, et à un certain endroit, repoussé par l’air qu’il comprimait en avançant. L’effet de cette poussée une fois épuisé, il reprenait sa marche vers le nord, et il allait ainsi oscillant entre les deux cercles tropiques, les deux parois de sa cage Cette bizarre théorie était un corollaire de la précédente : le souffle glacé de Borée qui repoussait le Soleil était la cause qui avait accumulé la chaleur humide dans le midi et déséquilibré la Terre ^ D’autres physiciens pensaient que le Soleil, se nourrissant des vapeurs de la Terre, ne pouvait suivre toujours le même parallèle sans épuiser son aliment : il changeait donc de latitude pour ne pas manquer de nourriture. Il devait être difficile de trouver un agent mécanique pour expliquer ces déplacements en latitude; car enlin, le besoin physique n’agit que tranformé en sensation et en volonté. Ces physiciens-là appartenaient en réalité au camp adverse, aux partisans des causes finales

Les finalistes, eux, n’avaient que l’embarras du choix entre toute espèce de raisons providentielles ; l’obliquité de réclipli(iue avait pour causes les effets produits et voulus : la variété et l’alternance des saisons, une mixture plus parfaite des éléments, que les planètes ont pour mission d’agiter et qui se trouvent

au (lire d’Empiidocle, de Diogène d'Apollonie et d’Anaxagore, le « monde », c’est-à-dire, le ciel, qui s’était incliné au midi, faisant monter le pôle au dessus de l’horizon. Dans ce système, l’axe du monde aurait d’abord été horizontal, et l’inclinaison se serait faite spontanément, ou îcrw; û-ô -povoîa;, par une Providence qui n’avait pas rélléchi à tout et qui se ravise.

1. Plut.,PZ«c. phil., Il, 23;Stob., EcL, l,2ü.Cf. Letronne. Opinions populaires et scienlifiqties des Grecs sur la route oblique du Soleil (Journ. des Savants, 1839, pp. 129-146 = OEiivres choisies, 11, 1, pp. 337-359).

2. Hérodote sait que le Soleil pompe (sXxEt) les vapeurs terrestres, et qu'il est repoussé par les vents froids (5-6 xtiv ysi [jlôvujv, 11, 24; — ùr.b -où /£’. aiLvoî xal -coü popsto, 11,26). C’est une opinion non pas populaire, mais savante pour l’époque^ Seulement, ni chez lui, ni chez d'autres, on ne voit ce qui attire le Soleil vers le nord. Si le Borée changeait de place avec le Notns, dit Hérodote (11,26), le Soleil monterait jusqu’au nord de l'Europe.

3. La preuve, c’est que cette opinion des physiciens (.Aristot., Meteor., 11,2) est devenue celle des Stoïciens (ci-dessns, p. 75, 1). Le Soleil est, cela va sans dire, un dieu intelligent, aÙTox{yT,vo;, et s’il est « l’.VpoHon oblique » (.Vov-a;), c’est qu’il le veut.

128 CllAP. V. — LA UOüTE DES PLANÈTES OU ZODIAQUE

fouellés dans tous les sens par leur marche tantôt inverse, tantôt directe, et de plus oscillante en latitude *. Quelqu’un eut même l’idée que l’obliquité de la route des planètes était nécessaire à l’équilibre du monde, équilibre qui serait détruit si le mouvement des planètes heurtait de front celui de la sphère des fixes De vieilles légendes ne conservaient-elles pas le souvenir de bouleversements cosmiques produits sans doute par de mauvaises conditions d’équilibre? Les prêtres égyptiens avaient raconté à Hérodote que, quatre fois en 11340 ans, le Soleil avait interverti sa course En Grèce, on disait que le Soleil, qui suivait autrefois la marche générale du monde, rebroussait chemin depuis le « festin de l’hyeste » ou « d’Atrée ^ ». N’avait-il même changé que le sens de sa course? La légende de Phaéthon élargissait le champ des hypothèses. Certains « pythagoriciens » pensaient que peutêtre la Voie Lactée était l’ancienne voie du Soleil, voie brûlée lors de ce mémorable embrasement, délaissée depuis; et l’atomiste Métrodore de Chios était aussi de cet avis

Ces aventureuses spéculations montrent bien — et c’est tout ce que nous en voulons retenir — que le libre génie de la Grèce n’était pas fait exclusivement de froide raison, et que maint savant se trouvait dans un état d’esprit favorable à l’éclosion de la foi astrologique.

Le cercle de l’écliptique coupant celui de l’équateur en deux

1. L’auteur de VHermippiis (II, 12) pense que Dieu a incliné l’écliptique pour élargir sur terre la bande habitable, de chaque côté du Paradis terrestre, qui est à l’équateur.

2. Quae cuncta sidéra licel in ortum pergere videantur, non tamen adversuni mundum rigido molu sed obliqua per zodiaci defixa moliunlur : alioquin ex contrario partium suarum molu mundus stare non possel (Marc. Cap., Mil, 853). L’auteur ne dit pas à qui il emprunte cette idée ; mais personne ne le soupçonnera de l’avoir inventée. Voy. ci-dessus (p. 114, 1) l’idée connexe que les planètes agissent comme frein.

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