CHAPITRE II
Quand les hommes veulent mesurer des longueurs, par exemple, ils sont libres de choisir leur unité; longtemps on a mesuré en toises, aujourd'hui on mesure en métrés; de simples conventions suffisent pour qu'on puisse s'entendre. Mais il n*en est pas de même pour la durée : le jour et l'année sont des unités imposées par la nature, et il en est en partie de même pour le mois. C'est donc à l'observation qu'il faut demander les rapports de ces unités ; de là, pour la division du temps, autrement dit pour la formation du Calendrier^ cette longue recherche de périodes luni-solaires, renfermant à la fois un nombre exact de jours, de mois et d'années, et qui pendant longtemps a formé presque toute l'Astronomie des anciens peuples.
Cette question du calendrier, est vaste et variée : nous ne la considérons ici que sommairement, dans sa partie astronomique en quelque sorte, et principalement pour montrer, ainsi que nous l'avons déjà dit, que l'étude de l'Astronomie fut imposée par des besoins d'ordre pratique.
Les principaux calendriers se rattachent »à trois types : solaire^ lunaire, luni-solaire^ suivant qu'ils sont basés uniquement sur les mouvements du Soleil, de la Lune, ou sur une combinaison de ces deux mouvements.
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L'Histoire nous montre que le genre de calendrier adopté primitivement par un peuple a 'exercé une grande influence sur le développement de son Astronomie; avec un calendrier simplement solaire, par exemple, il suffit de connaître approximativement la longueur de Tannée pour pouvoir fixer pour une longue période la division du temps; et de même avec un calendrier purement lunaire il suffit d'avoir une longueur un peu exacte de la lunaison. Mais avec un calendrier luni-solaire, il faut connaître beaucoup plus exactement l'une et l'autre de ces périodes, car la moindre inexactitude se met rapidement en évidence : on en verra un exemple avec le calendrier grec. On peut même dire d'une manière presque absolue que les seuls peuples anciens qui ont adopté un calendrier luni-solaire sont aussi les seuls chez lesquels l'Astronomie se soit véritablement développée.
La période qui règle le retour des saisons est ce qu'on appelle Vannée tropique : c'est le temps qui s'écoule entre les commencements de deux printemps consécutifs ^. On la connaît aujourd'hui avec une grande précision et on sait qu'elle diminue de 0'53 par siècle; on peut donc la calculer exactement pour des époques très reculées, ce qui permet d'apprécier les valeurs obtenues par les anciens. Sa valeur pour le commencement de 1900 est la suivante :
De même on connaît la durée théorique du mois lunaire, appelé aussi lunaison ou révolution synodique de la Lune ; sa valeur est pour le commencement de 1900 :
Les calendriers primitifs ont supposé à Tannée des valeurs assez diff'érentes de la véritable. En Egypte,
1. Rigouiêusement parlant, l'année tropique est le temps qui sépare deux passages consécutifs du soleil moyen à i'équinoxe du printemps.
on a cru trouver des traces d'une année primitive de i2 mois, composés chacun de 30 jours, soit pour Tannée entière 360 jours, auxquels on ajouta ensuite 5 jours complémentaires ou épagomènes.
En Grèce, il paraît en avoir été de même.
Pour Rome, les auteurs anciens disent que Tannée de Romulus se composait de 10 mois de 30 ou 31 jours, soit au total 304 ou 305 jours; mais une pareille année est tellement inexplicable, qu'on a été jusqu'à dire que Texplication la plus probable est qu'une telle année n'a jamais été employée. On attribue la réforme de ce calendrier à Numa, qui se serait inspiré de ce qu'on faisait en Grèce pour composer une année de 12 mois comprenant 355 jours, avec addition, tous les deux ans, d'un treizième mois intercalaire de 20 ou de 21 jours.
Par contre, les Chinois prétendent avoir connu déjà vers 2600 avant J.-C. Tannée de 365 jours V*-
Origine de Tannée de 365 jours 1/4. — La longueur de Tannée est de 365 jours V4? moins 11 à 12 minutes, qui font un jour en 130 ans; c'est dire que, pratiquement, Tannée de 365 jours ^/j^.a. pu être considérée par les anciens comme suffisamment précise.
La question a été beaucoup agitée de savoir quel est le peuple qui, le premier, a connu cette durée de Tannée ; elle paraît tranchée en faveur des Égyptiens. En effet, des documents qui remontent à laxn^ dynastie, vers 3000 avant J.-G., mentionnent les 5 jours épa* gomènes, de sorte qu'à cette époque reculée la vallée du Nil employait pour le moins Tannée de 365 jours. On ne peut dire si Ton y connaissait déjà celle de 365 jours ^Z^, mais un phénomène local, le débordement du fleuve, Ta pour ainsi dire imposée, puisqu'en moyenne il se reproduit tous les ans régulièrement et qu'il présente d'ailleurs, pour les travaux agricoles, une importance absolument capitale.
Les Égyptiens remarquèrent aussi de très bonne
heure que le débordement coïncide à peu près avec le lever héliaque de Sirius ou Sothis, ce qui leur apprit un moyen de fixer la longueur de Tannée et de prévoir l'arrivée de l'inondation.
Malgré cela, il est constant que les Égyptiens employèrent, toujours, pour les usages civils et religieux, une année renfermant exactement 365 jours, et qu'on appelle une année vague \ cela s'explique naturellement par le fait que lorsque Tannée égyptienne avait primitivement cette durée de 365 jours on y rattacha les fêtes, les cérémonies; et quand on s'aperçut qu'elle n'était pas assez longue, il était trop tard pour y introduire des changements : la religion et les habitudes acquises Tavaient marquée de leur cachet ineffaçable.
D'un autre côté, un pays essentiellement agricole comme l'Egypte ne peut régler ses travaux sur une année de 365 jours, car une telle année anticipe sur les saisons d'environ un jour en 4 ans, d'un mois en 120 ans et, au bout de 700 ans, placerait en hiver les travaux de Tété pour s'accorder de nouveau avec les saisons au bout de 1.460 ans. Aussi admet-on que, concurremment avec Tannée civile de 365 jours, on se servait en Egypte d'un moyen pour mettre cette année en concordance avec les besoins de la vie agricole ; et ce moyen était précisément Tannée de 365 jours ^4, réglée sur le lever héliaque de Sothis ou Sirius pour la latitude de Memphis ; de là le nom de période sothiaque donné à cette période de 1.460 ans qui ramenait en coïncidence les commencements des deux années civile et agricole.
On sait qu'une telle coïncidence eut lieu en Tan 139 de J.-C. ; elle avait donc eu lieu également dans les années juliennes proleptiques — 1322, — 2782,
— 4222 A la première de ces dates (1323 av. J*-C.),
le lever héliaque de Sirius était certainement connu, et depuis assez longtemps; aussi on adopte généralement la seconde (2783 av. J.-G.) pour l'époque où
les Egyptiens avaient déjà commencé de faire usage de Tannée de 365 jours V45 réglée sur le lever héliaque de Sirius.
Quant aux subdivisions de Tannée agricole, elles devaient se faire au moyen des décans, dont nous avons eu déjà Toccasion de parler.
L'Année chaldéenne. — Les pays qui bordent le Tigre et TEuphrate paraissent avoir connu Tannée de 365 jours V4 beaucoup plus tard que les Égyptiens* Tandis que ceux-ci n'avaient aucun égard aux mouvements de la Lune, les Ghaldéens employaient un calendrier luni-solaire, et bien longtemps ils rencontrèrent d'énormes difficultés pour le maintenir en accord avec les mouvements du Soleil et de la Lune.
On trouve un calendrier luni-solaire dès les premiers temps connus, dans les pays de Sumer et d'Accad : Tannée est divisée en lunes ou mois, ordinairement au nombre de 12, auxquelles on ajoutait parfois une treizième lune intercalaire, afin de maintenir à peu près un moyen accord avec les saisons.
Mais quelle règle suivait-on pour cette intercalation? A Torigine, on devait avoir recours à l'observation directe de la nouvelle lune,' et on faisait sanctionner Tintercalation par décret royal : on connaît un décret de ce genre dû à Hammourabi (vers 2000 av. J.-C); et il semble bien que Ton procédait encore ainsi du temps de Nabuchodonosor et de ses successeurs, dans le nouvel empire chaldéen, car les deux années consécutives 537 et 536 avant J. -G. furent intercalaires Tune et l'autre.
Toutefois, quand nous parlons d'observation directe il ne faudrait pas croire qu'elle se faisait au moment môme, car, pour les besoins de l'administration, le paiement des impôts, etc., le décret qui décidait Tintercalation devait nécessairement être connu assez tôt iusque dans les provinces les plus éloignées. C'était une raison impérieuse de plus, jointe aux besoins astro-
logiques, pour faire chercher de bonne heure la durée de la lunaison : cette durée étant connue, de Tobservation directe d'une nouvelle lune on pouvait déduire les suivantes pendant un temps suffisant, et avec toute la précision nécessaire pour décider s'il y avait lieu ou non à intercalation.
Les Chaldéens s'aidèrent aussi des levers héliaques des étoiles, et, sachant qu'ils reviennent après 365 jours environ, tandis que 12 lunaisons font 354 jours, on pouvait décider s'il y avait lieu d'intercaler un treizième mois. Cela explique une tablette du British Muséum commençant ainsi : w L'astérisme Dilgan (la tête du Bélier) fait son lever héliaque au mois de Nisannu, Chaque fois où cet astérisme restera invisible, que son mois soit omis » ; et cela est répété pour les étoiles ou les astérismes correspondant aux autres mois. Cela signifie que lorsque l'étoile ou l'astérisme correspondant à un mois ne devient pas visible dans ce mois, ne se lève pas héliaquement, ce mois conservait son nom, mais n'entrait pas en compte pour un des douze mois de l'année.
Une autre tablette indique, pour la détermination de l'année intercalaire, la règle suivante, qu'il est facile de vérifier : Lorsque le premier jour de Nisannu l'astérisme Mulmul (les Pléiades) et la Lune se trouvent ensemble, l'année sera commune. Lorsque le troisième jour de Nisannu, l'astérisme Mulmul et la Lune seront ensemble, l'année sera p/ei/îe, c'est-à-dire intercalaire. Et cette méthode d'apparence grossière était exacte, pour la latitude de Babylone, pendant un assez grand nombre de siècles avant et après l'an 800 avant J.-C.
C'est seulement sous les successeurs de Cyrus que Tintercalation paraît avoir été soumise à une règle flxe^
1. Cela paraît en opposition avec le fait bien connu que nous possédons des observations babyloniennes parfaitement datées et remontant à 721 avant J.-G. C'est que les dates de ces observa-
Vers Tan 400 avant J.-C, on trouve à Babylone Tusage du cycle de 19 ans, déjà proposé par Méton. Les Babyloniens Tavaient-ils emprunté des Grecs? cela est possible, mais peu probable, car ce cycle, abandonné ensuite en Grèce, resta d'un usage constant à' Babylone ; aussi à partir de Tère des Séleucides (3U av. J.-C.) il a été possible de ramener au calendrier julien proleptique toutes les dates babyloniennes échelonnées sur les trois siècles qui ont précédé notre ère ; et il n'en est pas de même pour les dates grecques et romaines de la même période.
Le Calendrier grec. — ^"Les efforts qui ont été faits par les Grecs pour constituer leur calendrier lunisolaire nous sont beaucoup mieux connus que ceux des Égyptiens et des Chaldéens; et pour eux, surtout, qui longtemps ignorèrent TAstrologie, on peut dire que la formation du calendrier a été Toriginede leur astronomie; pour cette raison aussi, ils n'ont considéré longtemps que les mouvements du Soleil et de la Lune.
Chez les Grecs, les mouvements de la Lune servirent, dès l'époque la plus reculée, à subdiviser le temps ; et le mois resta toujours pour eux de la plus haute importance, parce que les fêtes, les solennités, étaient réglées sur les phases de la Lune.
D'autre part, la nécessité de prévoir le retour de& saisons, tant pour les besoins de la navigation que
tiens sont indiquées dans une ère spéciale, celle de Nabonassar. qui n*a peut-être jamais été employée dans les usages civils, mais dans laquelle Hipparque et Ptolémée ont traduit les dates vulgaires de ces observations, au moyen de documents qui ne nous sont point parvenus.
Aussi^ retrouvât-on aujourd'hui, dans les tablettes, des observations d éclipses par exemple, on peut craindre qu'elles soient inutilisables, pour l'astronomie* et peut-être même pour la chronologie, parce qu'on ne pourrait en indiquer les dates daus un calendrier continu.
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pour ceux de ragriculturé, les obligea nécessairement à mettre leurs mois en harmonie avec la durée de l'année, car on se proposait de faire tomber les fêtes, sacrifices, cérémonies, non seulement dans les mêmes saisons, mais aux mômes dates des divers mois ; nous allons résumer les efforts prolongés qui ont été faits pour résoudre ce problème astronomique.
Hésiode, on Ta dit, rapporte les travaux annuels des champs aux levers et couchers héliaques des diverses constellations; ce qui montre Tabsence de calendrier, ou pour le moins son insuffisance. On paraît avoir adopté de très bonne heure Tannée de 360 jours, et cette année si inexacte serait restée en usage jusque fort tard, car on la trouve mentionnée du temps de Thaïes, de Pythagore et même d'Hérodote. Les mois commençaient à la nouvelle lune et furent d'abord tous de 30 jours, c'est-à-dire trop longs de plus de 11 heures. Quoique une telle erreur se mette rapidement en évidence, Solon aurait été le premier à la reconnaître ; peut-être y a-t-il seulement remédié en établissant des mois de 29 jours, qui furent appelés mois caves^ par opposition à ceux de 30 jours qui furent dits pleins.
Il est probable que longtemps on détermina la nouvelle lune, le commencement du mois, par observation directe, mais anticipée peut-être, comme chez les Chaldéens, quand on connut la durée de la lunaison. Et, comme les 12 mois de 30 jours ne formaient pas l'année complète, il fallut intercaler un mois complémentaire au bout de périodes de deux, quatre, huit... ans.
La période de deux ans ou diétéride se composait de 25 mois; on ignore combien de temps elle resta en usage. H est probable que la concordance avec l'année naturelle était rétablie d'une manière arbitraire, par l'intervention d'un pouvoir législatif ou autre.
Après la diétéride, on employa la tétrartcride^ période qui devait comprendre à peu près quatre foib
365 jours V^; toutefois, on ignore comment elle était exactement constituée; il n'est même pas certain qu'elle ait été d'un usage officiel.
Dans la suite on répartit trois mois complémentaires sur une période de huit ans ou octaétéride, comprenant un total de 99 mois qui étaient alternativement pleins et caves, sauf les trois complémentaires, qui étaient tous pleins. L'octaétéride comprenait donc 2.922 jours, ce qui donne 365 jours V4 P^^i* Tannée.
Cléostrate de Ténédos écrivit le premier sur Toctaétéride, mais cette période paraît avoir été connue avant Tère des Olympiades (776 avant J.-C); ainsi la connaissance de Tannée de 365 jours ^/^ remonterait en Grèce au vm^ siècle avant J.-C. Avait-elle été empruntée à TEgypte? du moins on a dit qu'elle avait été communiquée à Thaïes et à d'autres philosophes voyageurs.
Chez un peuple qui n'aurait pas eu un calendrier luni-solaire, Toctaétéride aurait pu être employée assez longtemps sans erreur bien apparente puisque Técart, par rapport au Soleil, n'est que d'un jour en 130 ans. Mais en comptant 99 lunaisons dans 2922 jours, on attribuait à la lunaison une valeur trop courte, et la Lune se trouvait en retard par rapport au mois; au bout de 10 octaétérides seulement, le retard était d'environ 15 jours, de sorte. que la Lune se trouvait pleine quand le calendrier Tindiquait nouvelle, et les fêtes ne tombaient plus au moment de la lunaison auquel on avait voulu les rattacher.
Cette erreur elle-même faisait connaître la correction qu'il fallait appliquer à la durée adoptée de la lunaison; le calendrier fut donc réformé encore, et on employa la période de 19 ans ou ennéadécaétéride^ ordinairement attribuée à Méton.
Cette période célèbre fut-elle connue en Grèce avant cette époque? on Ta prétendu, et on ajoute qu'elle était en usage dès 496 avant J.-C. ; mais alors on ne s'expliquerait pas que 70 ans plus tard le calen-
îO l'astronomie
drier eût présenté les désordres qui ont excité la verve satirique d'Aristophane.
Il parait plus probable que celte période de 19 ans ne fut pas en usage dans le calendrier civil avant 330 avant J.-C; et cela suffit à juger la valeur de la légende qui montre les Grecs, remplis d'allégresse par la découverte de Méton, faisant inscrire son cycle en chilTres d'or sur les monuments publics.
Le cycle de Méton comprend 6.940 jours distribués en 235 mois, dont 110 sont caves et dont Tensemble forme 19 années. Son inventeur le fît connaître au public sous forme de parapegme ou calendrier, dont il paraît avoir eu le premier l'idée : pour toutes les 19 ann^ées de la période, cet ancêtre de nos almanachs indiquait les équinoxes, les solstices, les divers levers et couchers des fixes, la température habituelle, enfin l'ensemble des phénomènes astronomiques pouvant régler la navigation, l'agriculture et Thygiène.
Ce cycle de 19 ans fait Tannée de 365 jours ^/^g et la lunaison de 29 jours 25/^7, trop longs l'un et l'autre : au bout de cinq cycles, l'erreur sur le commencement du mois atteignait près de 2 jours et devait être rendue sensible aux yeux du public par les phases de la Lune. Aussi Callipe proposa une nouvelle période : il remit Tannée à 365 jours V45 ce qui la rendait de ^/^^ de jour plus courte que celle de Méton, et il proposa une période de 76 ans contenant 4 X 6.940 — 1 ou 27.759 jours, avec la même distribution dans les mois, ce qui donnait à la lunaison la valeur beaucoup plus exacte de 29 jours *'^^/94o. Aussi cette période, qui ne passa jamais officiellement dans les usages civils, fut accueillie avec faveur par les astronomes grecs, qui ont généralement rapporté leurs observations aux années des périodes callipiques : c'est ce que fait Ptolémée, par exemple, et ses données permettent de fixer l'origine de cette période à Tan 330 avant J.-C, le soir du 28 au 29 juin du calendrier julien proleptique.
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Dès lors, Tannée grecque se trouvait définitivement fixée. Cependant deux siècles plus tard llipparque trouve que l'année de la période callipique est trop longue de ^/loo ^^ i^^^-» de sorte qu'en 300 ans Méton comptait cinq jours de trop et Callipe un. Aussi proposa-t-il une nouvelle période renfermant 4x76== 304 ans, 3.760 lunaisons et 27.759x4—1 ou 111.035 jours. Cette période, qui n'a été employée ni dans la vie civile, ni par les historiens ou les astronomes, donne, pour l'année tropique et surtout pour la lunaison, les valeurs, beaucoup plus exactes que les précédentes, de : 365^ 5^ 55°^ 15' et 2942M4'"2%5.
Calendrier romain. — On connaît inexplicable année que des auteurs anciens attribuent à Romulus. C'est chez les Etrusques qu'il faut aller chercher l'origine du calendrier de Rome : le mot Idus, désignant le jour qui partage le mois romain en deux parties égales à peu près, vient d'une racine étrusque signifiant diviser ] et le mot Calendas^ nom du premier jour de chaque mois, paraît venir d'une racine analogue.
Le calendrier romain a toujours présenté le plus grand désordre, même après la réforme célèbre de l'an 304 de Rome (450 av. J.-C), faite par les décemvirs chargés de fixer les principes du droit : ses travaux furent préparés par une commission d'études qui séjourna deux mois en pays grec et qui ramena, pour lui aider, Hermodore d'Ephèse.
Dans la suite, on trouve l'année civile en désaccord complet avec les saisons, et, vers l'an 48 avant J.-C, elle avançait de trois mois pleins sur l'année solaire. C'est alors que César, devenu dictateur, dessaisit les Pontifes du privilège de régler le calendrier, et, avec le secours de Sosigène d'Alexandrie, l'établit sur des bases fixes.
Réforme Julienne. ~ On n'a pas de renseignements sur les données astronomiques utilisées îor^ d'j
cette réforme; fut-elle précédée ou accompagnée de quelques déterminations d'équinoxes, de solstices? nous rignorons, comme aussi la raison qui empêcha d'adopter la longueur de Tannée trouvée par Hipparque. Cette réforme présentait d'ailleurs des difficultés plus grandes qu'il ne parait au premier abord, car il fallait éviter de heurter les idées reçues et même diverses superstitions. Les mois furent composés du nombre de jours que chacun a aujourd'hui encore, ce qui donne 365 jours à Tannée ordinaire. Et, pour tenir compte du quart de jour, on décida qu'une année sur quatre aurait un jour de plus, -— que ce jour complémentaire serait ajouté au mois de février, — et enfin placé entre le 23^ et le 24*j*our de ce mois, afin de ne rien changer à la dénomination des jours qui terminaient ce mois. Comme le 24® jour de février s'appelait sexto-calendas^ le jour complémentaire reçut le non de bis-sexto-calendaSy d'où est venu cel^i d'année bissextile donné à chaque année de 366 jours.
Réforme grégorienne. — L'année julienne de 365' V4 était trop longue de 11°" 8% ce qui fait un jour en 128 ans. Par suite, le moment de Téquinoxe arrivait de plus en plus tôt par rapport à un jour de même date de ce calendrier; si, par exemple, une année, Téquinoxe du printemps tombait le 21 mars, au bout de 128 ans il arrivait le 20, et au bout de 2, 3, 4... de ces périodes, il arrivait successivement le 19, le 18, le 17..., de sorte qu'inversement la date du 21 mars s'avançait d'autant vers Tété.
Or, le concile de Nicée, tenu en 325, fixa la fête de Pâques au premier dimanche après la pleine lune qui suivrait le 21 mars, date où tombait alors Téquinoxe du printemps. Par suite cette fête se déplaçait de plus en plus vers Tété ; et en 1582 l'anticipation était de 10 jours : c'est alors que Grégoire XIII décida la réforme qui porte son nom et qui comprit deux parties ; 1"* la suppression immédiate des 10 jours d'an-
licipatîon; 2^ la suppression de la cause de Tanticipation en décidant qu'on enlèverait trois bissextiles en 400 ans, savoir les années dont les deux premiers ^:hiffres ne seraient pas divisibles par 4, comme 1700, 1800, 1900, 2100
Au lieu de 365' 25, valeur de Tannée julienne. Tannée grégorienne est de 365*, 2425, peu différente de Tannée tropique, mais encore un peu plus longue cependant. Il en résulte que la fête de Pâques s'avancera encore graduellement vers Tété, mais d'une quantité qui n'atteint pas un jour en 4.000 ans. On aurait pu tenir compte de cette différence, qui était connue, en décidant par exemple que les années 4000, 8000..., ne seraient pas bissextiles, mais telle qu'elle est, la réforme grégorienne peut suffire encore pendant un grand nombre de siècles.
L'année grégorienne étant ainsi reliée définitivement au cours des saisons, on aurait pu fixer invariablement la fête de Pâques, et avec elle toutes les mobiles qui en dépendent; par exemple, on pouvait décider que la fête de Pâques serait toujours célébrée le premier dimanche d'avril ; et ainsi on n'aurait eu à tenir compte que du cours du Soleil, qui règle la saison. Mais on voulut respecter de très anciens usages, faire tomber la fête de Pâques au voisinage de la pleine Lune, ainsi que Tavait établi le concile de Nicée. En outre, on voulut donner des règles propres à déterminer la lune pascale, les jours de la semaine correspondant à chaque date, etc., sans avoir besoin de recourir aux tables astronomiques ; c'est ce qu'on fit au moyen de diverses périodes alors connues des mouvements célestes, et ainsi on formula les règles du comput ou du calcul du calendrier ecclésiastique. Cette partie de la réforme grégorienne, fort complexe d'ailleurs, est aujourd'hui peu connue parce que, en raison de la diffusion des almanachs et des calendriers, elle est devenue généralement inutile.
Uo détail à retenir : c'est qu'on voulut éviter Tera-
ploi toujours compliqué, et même incertain parfois, des Tables astronomiques. On aurait pu, en effet, leur demander les moments des équinoxes, des nouvelles lunes, etc., mais on préféra, avec raison, avoir uniquement recours aux mouvements moyens^ et même à des nombres entiers et assez petits pour être retenus facilement : il est vrai qu'ainsi les résultats obtenus ne sont pas tout à fait d'accord avec les mouvements célestes, mais le désaccord ne peut ni s'accroître longtemps, ni dépasser des limites qui n'ont pas ici d'importance pratique.
Calendrier français. — Ce calendrier, adopté en 1793, avait bien des ressemblances avec le calendrier égyptien : les mois avaient invariablement 30 jours divisés en trois décades, de sorte que la date indiquait immédiatement le jour de la période substituée à la semaine; après le douzième mois on ajoutait cinq jours complémentaires dans les années ordinaires et six dans les années bissextiles.
L'année commençait le 22 septembre, c'est-à-dire à un équinoxe, et ainsi le commencement de chaque mois coïncidait à peu près avec l'entrée du Soleil dans un des signes du zodiaque.
Les noms des mois offraient des terminaisons uniformes pour une même saison, et changeaient d'une saison à Tautre.
C'étaient là des avantages fort appréciables, mais accompagnés de défauts manifestes : les noms des mois étaient empruntés aux travaux agricoles du climat de la France, de sorte qu'ils auraient formé obstacle à l'adoption universelle de ce calendrier. En outre, l'année devait commencer à l'entrée vraie du Soleil dans le signe de la Balance, et on décida que ce moment serait fixé par décret législatif sur l'avis des astronomes : c'était détruire inutilement la facilité et l'uniformité de l'intercalation, et s'exposer d'ailleurs à ce que les astronomes eux-mcmcs fussent dans l'im-
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possibilité de fixer le commencement de Tannée. Sapposons, en effet, que Féquinoxe vrai tombe très près de minuit : en raison de la lenteur du mouvement, certaines tables pouvaient le faire tomber avant, et d'autres, tout aussi bonnes, le faire tomber après. C'est ainsi que déjà en préparant un calendrier pour Tan IV certains astronomes durent demander l'avis du Comité d'Instruction publique pour savoir si l'an III aurait 5 jours complémentaires ou 6.