LES «RANDES DIVISIONS DU TEMPS
étoiles et observèrent combien de temps elles se levaient ou se couchaient héliaquement après le commencement de leur année.
Ainsi, en Egypte, on distingua spécialement les trente-six rfecan^, constellations ou étoiles dont Sothis était la reine : chacun d'eux présidait une décade, et son lever héliaque se produisait quand cette décade commençait. On attribuait aussi aux décans un pouvoir mystérieux, et leur rôle a été surtout astrologique, mais ils n'en constituaient pas moins un moyen pratique de subdiviser Tannée.
En Chaldée, il y avait aussi des étoiles indicatrices des mois, par le moyen de leurs levers héliaques. On connaît plusieurs listes de ces étoiles, peu en accord d'ailleurs, ce qui- prouverait Tétat d'enfance de l'Astronomie quand elles furent dressées ; et cette époque est certainement antérieure de plusieurs siècles à la destruction de Ninive, parce que la plus complète et la mieux ordonnée que nous possédions se trouve sur une tablette du trésor d'Assurbanipal : elle ne renferme pas moins de trente-six noms d'étoiles ou de constellations, soit trois pour chaque mois comme en Egypte, et elle forme une sorte de figure circulaire à laquelle on a voulu donner le nom d'astrolabe; d'autres y ont vu un grossier planisphère.
Chez les Grecs, ce moyen de diviser Tannée, par les levers et couchers héliaques, se trouve déjà dans Hésiode ; il est donc bien antérieur à la formation d'un calendrier un peu perfectionné. Plus tard, quand l'Astronomie fut devenue savante, on distingua entre les vrais astronomes, qui s'occupent des mouvements planétaires, et ceux qui, à la manière d'Hésiode, observent les levers et les couchers des astres pour Tusage des laboureurs et des marins. Mais les indications de ces levers et couchers n'en restèrent pas moins le fond des parapegmes ou calendriers grecs, et passèrent de là jusque chez les auteurs latins, où on les trouve en grand nombre.
La décade et la semaine. — La semaine est aujourd'hui en usage chez presque toutes les nations civilisées. Sa durée de sept jours pourrait être rattachée facilement aux phases de la Lune ; et, à la suite de Bailly, Montucla, Laplace, on a répété longtemps que son usage a été universel chez les peuples anciens. Rien n'est moins exact cependant ; on ne la trouve que chez les Juifs, d'où elle passa chez les Alexandrins. Au contraire, presque tous les anciens peuples. Egyptiens, Grecs, Chinois... comptèrent par périodes de dix jours ou décades.
Ce qui a pu induire en erreur à ce sujet, ce sont les idées superstitieuses attachées partout au nombre 7, A ce point de vue, les Babyloniens avaient une sorte de semaine, mais dont l'usage était limité à certaines personnes ; ainsi les jours 7, 14, 21, 28 de chaque mois étaient considérés comme néfastes; on devait y éviter certains actes et observer certains rites, comme il est ainsi indiqué au calendrier rituel :
« Le pasteur des grands peuples (c'est-à-dire le roi) « ne mangera ni viande rôtie, ni pain préparé avec (( du sel ; il ne changera pas le vêtement de son corps, « il n'endossera pas un vêtement blanc et ne pourra « faire de sacrifice. Il ne montera pas sur son char (( et ne prononcera aucun décret. Le prophète ne « rendra pas d'oracle, le médecin ne posera pas la « main sur le malade. Ce n'est pas un temps pro» « pice aux exorcismes. »
La même règle s'appliquait au dix-neuvième jour du mois, considéré comme le quarante-neuvième à partir de la nouvelle Lune du mois précédent : ce jour était considéré comme spécialement néfaste, non seulement pour le roi, les prêtres et les médecins, mais pour tous en général. Et, pour éviter ce nombre 19 de mauvais augure, dans les contrats et les actes civils faits à la date du 19, on avait l'habitude d'écrire la date : 20 moins 1.