‹ L'astronomieChapitre 3 sur 3 · Livre à l'homme étonné la conquête des cieux · texte numérisé non relu

Livre à l'homme étonné la conquête des cieux

i58 L'ASTRONOMIE.

Phénomènes nouveaux, secrets de la nature, Des mondes mal connus dites-lui la structure; Présentez-vous en foule à ses yeux plus parfaits ; Que son bonheur, sa gloire, égalent ses bienfaits. Déjà depuis long-temps par lui fut mesurée Des corps abandonnés la chute accélérée. Des lampes qui veillaient sous le dôme pieux Les longs balancements ont attiré ses yeux. Il les voit, décrivant une courbe inégale, Revenir constamment dans le même intervalle : Le pendule est trouvé pour compter les instants , Et pour servir de guide à l'aiguille du temps. Le sage, de Phcebé parcourant les campagnes, Y découvre des mers, des vallons, des montagnes; De la blanche Vénus le disque éblouissant A des phases soumis se recourbe en croissant; Dans les feux du soleil des gouffres véritables , De sa rotation témoins irrécusables , Pour la première fois étonnent ses regards. Des astres inconnus brillent de toutes parts.

CHANT QUATRIÈME. i5o,

O prodige! entouré d'un diadème énorme, Saturne est apparu sous une triple forme; Et quatre astres légers , aux plaines de l'éther , Dans sa marche rapide escortent Jupiter. Mais quoi! si Jupiter, Mars, Saturne et Mercure, Au dieu qui leur départ sa lumière si pure , Rendant comme Vénus un hommage éclatant, Tournent autour de lui dans un ordre constant , Aux loix de l'univers notre globe indocile Seul, doit-il s'arrêter sur son axe immobile? Non , à la vérité ne fermons point les yeux : Copernic nous la montre écrite dans les cieux. Ainsi pour son malheur a parlé Galilée. La superstition à sa voix s'est troublée. Qu'il périsse l'impie ! En vain soixante hivers Ont respecté sa tête, il recevra des fers.

Sous une voûte antique, où des flambeaux funèbres Dispersent leurs rayons dans l'horreur des ténèbres, l'armi les fouets, la roue et les pointes d'acier, La tenaille mordante et les feux du brasier,

Sur l'autel qu'entourait l'appareil des tortures , Un livre était ouvert, formidable aux parjures. C'est là dans ce tombeau que, nouveaux Anytus , Sept prêtres à l'œil sombre et de pourpre vêtus, En présence du Dieu dont ce monde est l'ouvrage, De leurs propres erreurs viennent punir un sage. Ils attestent ce Dieu prêt à les démentir; Leur voix au philosophe ordonne de mentir. Le front dans la poussière, il reçoit sa sentence. Le cilice, les fers, l'austère pénitence, Les larmes et le sang laveront-ils jamais De sa témérité les coupables succès ?

Plus d'espoir, à genoux sur la pierre sanglante, Qu'il expire à l'instant, si sa main défaillante, Déchirant ses écrits sur cet autel sacré, Ne désarme ce ciel dont il fut inspiré. La torture, à ce prix , lui laisse quelque trêve. Le vieillard se soumet; il signe, se relève, Frappe du pied la terre, et, les glaçant d'effroi : «Non, dit-il, elle tourne, et vous tous avec moi (,,)!»

Après six ans comptés dans une nuit profonde , L'exil accueillera le bienfaiteur du monde. Quel exil! les humains sont ingrats, mais ce ciel, Objet de tout son culte , est-il donc pins cruel ? A ses yeux si perçants la lumière est ravie. Tel autrefois, dit-on, le savant Tirésie, Pour avoir osé lire aux mystères des dieux, Vieillit errant, privé de la clarté des cieux, Tandis que les mortels, frappés de ses miracles, A son urne, après lui, demandaient des oracles. Tel et plus grand encor Galilée au tombeau Du siècle qui l'opprime est le vivant flambeau, Vainqueur des préjugés que Rome déifie.

Paraissez, défenseurs de la philosophie, Descartes, Gassendi; venez, qu'à votre voix (l5) La raison s'affranchisse et reprenne ses droits. Simple , austère et nourri des leçons d'Épicure , L'un d'un œil pénétrant contemple la nature; L'autre, non moins savant , mais plus audacieux , Reconstruit l'univers , agite tous les cieux,

i62 L'ASTRONOMIE.

Imagine en poète , et sait douter en sage :

Heureux si son génie eût douté davantage !

Il entraîne son siècle. Etrangers ses rivaux,

D'un pas mieux assuré poursuivez ses travaux.

Huvgens , donne au long tube une force nouvelle (,6>,

Suspends le balancier à l'horloge fidèle ;

Pour prix de tes travaux, que Saturne à tes yeux

Se montre couronné du bandeau radieux.

Et toi, l'illustre auteur d'une race savante ■'7\

Cassini, vers Saturne à la marche si lente

Découvre à nos regards cinq astres inconnus ;

Vois les taches de Mars et celles de Vénus :

Dis-nous comment, soumis à des ordres suprêmes,

En des temps mesurés ils roulent sur eux-mêmes;

Sur son pôle aplati fais tourner Jupiter ;

Suis ses gardes errants; cependant queRœmer (l8\

Conquête, comme toi, de l'heureuse Lutèce,

Des flèches du soleil mesure la vitesse,

Et que vers l'équateur Halley sous d'autres cieux ('9)

Cherche l'île d'Hélène et son port odieux.

CHANT QUATRIÈME. i63

Ah! que sur ce rocher la terre soit stérile. Vous que la mort menace, évitez cet asile. Voyageur malheureux, fuyez, éloignez-vous, Les flots seront plus sûrs, les orages plus doux; Que la noire tempête, assiégeant ce rivage, Sappe les fondements de cette île sauvage. Sur ce roc abhorré des hommes et des dieux Qu'aucun astre jamais ne console les yeux. Halley, tu l'éprouvas : plus d'une année entière Tu cherchas dans le ciel une faible lumière. Enfin , sous le Centaure et non loin du Vaisseau , Tes yeux se sont fixés sur un groupe nouveau. Dans les flancs caverneux un chêne séculaire A de son roi proscrit accueilli la misère : Qu'il' brille dans le ciel, cet astre généreux, Asile hospitalier des princes malheureux.

Du ciel depuis trente ans observant l'harmonie, Au silence Newton condamnait son génie ; Halley, de son ami, seul, obtint qu'Albion (zo) Apprît enfin sa gloire, et l'univers son nom.

i64 L'ASTRONOMIE.

Des rayons lumineux Newton dit le mystère, Et quel pouvoir occulte anime la matière. Des cristaux assemblés par un heureux concours, Galilée à nos sens apportant le secours, Avait grossi les corps, rapproché les distances : Newton , pour embrasser des quantités immenses , Pour se faire un compas digne du firmament, Donne aux yeux de l'esprit un nouvel instrument. Leur puissance par lui croît et se développe ; Le calcul qu'il invente est un vrai télescope : Il atteint l'infini. De cette force armé, L'homme a sondé l'abîme, et l'abîme enflammé Avoue enfin la loi constante, universelle, Que Kepler entrevit et que Newton révèle. Pourquoi ces mouvements et ces orbes divers , Que six mondes errants tracent dans l'univers ? Quel pouvoir auprès d'eux retient leurs satellites ? Où l'ardente comète a-t-elle ses limites? Pourquoi l'astre du jour, sur son axe agité, Vers le centre commun semble-t-il arrêté?

Pourquoi le firmament s'ébranle-t-il lui-même? Tout fut lancé des mains du créateur suprême : Tout pèse, attire, fuit, par un destin pareil; Le moindre grain de sable attire le soleil. Soumis aux mêmes lois, doués d'une puissance Qui s'accroît par leur masse et perd par la distance, Les astres voyageurs dans les plaines du ciel Exercent l'un sur l'autre un effort mutuel. Le pouvoir balancé de leurs forces rivales De ces corps inégaux fixe les intervalles : C'est là que , produisant l'équilibre commun , Pesant de tous côtés ils ne tombent d'aucun. Mais ces globes, enfin, comment à leur surface Retiennent-ils des corps renversés dans l'espace ? Quelle loi leur défend de s'y précipiter ? L'universelle loi qui fait tout graviter. L'espace sur les corps n'exerce aucun empire : Tomber, c'est s'approcher du point qui nous attire. Chaque astre nous dira , fidèle aux mêmes lois , Sa vitesse, son cours, sa distance et son poids;

Le soleil, au milieu des globes qu'il rassemble, Pèse seul huit cents fois tous ces mondes ensemble. La main qui mesura le soleil étonné Décompose un rayon de son disque émané, Ramène la comète, enfle les mers profondes, Et sur leurs fondements assied enfin les mondes.

!') PAGE l42 , VERS 5.

Altnaiizor, Aaron Almamon.

» Vers l'an Sou, au commencement du 9e siècle, sous les règnes d'Alraanzor , d'Haroun al Raschid et d'Almamon , Bagdad devint le centre des connaissances humaines , comme Alexandrie l'avait été sous Ptoléméc. »

Au sortir d'une guerre heureuse, en accordant la paix à Michel III, empereur de Constantinople, Almamon vmit pour condition la liberté de recueillir tous les livres de philosophie, pour les faire traduire en arabe par les savants qu'il avait rassemblés à Bagdad. Il présidait à leur travail, les éclairait lui-même et prenait part à leurs disputes. L'Almageste, dont sans doute on avait tiré le texte d'Alexandrie, fut le premier livre traduit.

(Baiixy, hist. de Tastr. mod., 1. 6 , § 7 et 8.)

W PAGE l42, VERS 11.

Et les tables d Alphonse illustrent à la fois Abensid leur auteur, la Gastille et ses rois.

Alphonse X, roi de Castille , surnomme le Sage. Les tables appelées de son nom Alphonsines parurent le jour même

i7o NOTES

qu'il monta sur le trône. Ces tables sont fondées sur les mêmes hypothèses que celles de Ptolémée. C'est le même système du inonde. Il y a seulement quelque différence dans le moyen mouvement des planètes. Le juif B. Isaac Abenside, dit Hazan, fut le principal auteur de ces tables.

( Bailly , Hist. de l'astr. mod., 1. 8 , § 7 et 8. )

(3) PAGE l44 1 VERS 9.

Les cieux sont obscurcis , l'aiguille est infidèle.

Le premier peut-être, Colomb s'aperçut de la déclinaison de l'aiguille aimantée , dans son premier voyage, en i49a; ce phénomène si important pour la navigation devait sauter aux yeux du premier qui se serait aventuré dans l'immensité de l'Océan, en suivant une ligne parallèle à l'équaleur. ( Histoire de Christophe Colomh, par le chevalier Bassi.)

^ PAGE l44-> VERS 19.

Et, surpris l'un de l'autre, ils se sont rencontrés...

« Les Portugais et les Espagnols, sortis de leurs ports en suivant des routes contraires, étaient surpris de se rencontre» à la même extrémité de l'Asie. »

( M. Fourier. Préface historique de la description de l'Egypte. )

(5) PAGE l45, VERS y.

S élève un autre pôle, où le

... Poisson ailé. Le poisson volant.

Le vaisseau d'Argus. Le navire, dont Canopus est l'étoile brillante.

L'oiseau cher à Junon. Le Paon.

Deux nuages légers. Le grand et le petit image.

Et l'hydre a déroulé. L'hydre mâle.

Ce mont vil la tempête. La montagne de la Table

(G) PAGE l4^, VERS 3.

Vainqueurs de l'Océan, Diaz, Vasco, Nugnez, Andrada, Magellan, intrépide Perez...

Et vous, Cortez, Pizarre, etc

Diaz découvre le cap de Bonne-Espérance en i486. — Vasco de Gama fait le tour de l'Afrique et parvient aux Indes en 1498. — Nugnez Balboa entre le premier dans la mer du Sud en i5i3. — Fernand Andrada découvre la Chine en 1 517. — Magellan découvre la Terre-de-Feu en i5ao et les îles Philippines en. i52i. — Perez de la Bua découvre le Pérou en i5i5. — Fernand Cortez, conquérant du Mexique en i5i9. — Pizarre, conquérant du Pérou en iSi^.

PAGE l47? VERS 4-

L'Asie eût retrouvé dans cet autre univers Ses emblèmes , ses arts , ses préjugés divers.

« Les Péruviens et les Mexicains observaient avec soin les solstices et les équinoxes au moven de colonnes érigées devant le temple du soleil , au pied desquelles on avait tracé un cercle. On reconnaît la méthode que les Indiens employent pour orienter leurs pagodes. Ils avaient douze tours pour marquer les mois, comme les Chinois ont douzepalais pour les lunes de l'année. Aussi superstitieux que les Orientaux , les Péruviens croyaient le soleil irrité contre eux lorsqu'il leur dérobait sa lumière; la lune malade lorsqu'elle commençait à s'éclipser, morte ou mourante, lorsque l'éclipse était totale. Comme les anciens Perses avaient annoncé la (in du monde, au moment qu'un esprit tomberait sur la terre, on craignait au Pérou que la lune en tombant n'écrasât les hommes par sa chute Leurs mois étaient lunaires, divisés en quatre parties qu'ils distinguaient par de

noms et par des fêtes. Voilà l'usage de la semaine bien établi en Amérique. Leur année, de B65 jours, était partagée eh 12 mois de 3o jours, avec cinq jours épagommes. » (Raii,i.y, Hist. del'astr. mod., 1. 7 , § 19. )

« Les Mexicains avaient, au lieu de la semaine, une période de cinq jours. Leurs mois étaient de 20 jours, et 18 de ces mois formaient l'année, qui commençait au solstice d'hiver, et à laquelle ils ajoutaient cinq jours. Il y a lieu de penser qu'ils composaient, de la réunion de 104 ans, un grand cycle, dans lequel ils intercalaient 25 jours. Cela suppose une durée de l'année tropique plus exacte que celle d'Hipparque, et, ce qui est remarquable, elle est la même,

à très-peu- près, que l'année des astronomes d'Almamon

Quand on considère la difficulté de parvenir à une détermination aussi exacte de la longueur de l'année , on est porté à croire qu'elle n'est pas leur ouvrage et qu'elle leur est venue de l'ancien continent. Mais de quel peuple et par quel moyen l'ont-ils reçue? Pourquoi, si elle leur a été transmise par le nord de l'Asie, ont-ils une division du temps si différente de celles qui ont été en usage dans cette partie du monde? Ce sont des questions qu'il paraît impossible de résoudre. >>

(Exposition du système du monde, l.5,ch.3. )

PAGE l47 , VERS 8.

Oh, quel étonnement ! il vit l'homme nouveau Nommer en \es montrant et l'Ourse et le Taureau.

C'est une chose bien digne de remarque que le nom d'Ourse donné à deux constellations composées de sept étoiles, dont quatre forment un carré long et trois une espèce de queue. Les ours n'ont point de queue; et cependant ces constellations ont été désignées par renom, dès la plus liante antiquité, chez des peuples de la haute Asie, chez les Plie-

DU QUATRIÈME CHANT. i73

niciens, les Arabes et les Grecs, et même en Amérique. Bailly nous apprend que les Iroquois , qui n'ont guères eu de communication avec ces différents peuples, nommaient Ohouari, c'est-à-dire l'Ourse, les sept étoiles de la grande Ourse, et que les nations des bords du fleuve des Amazones donnaient aux Hyades, qui sont sur la tète du Taureau, un nom qui dans leur langue signifie mâchoire de bœuf; et le P. Laffitteau assure que ces deux noms sont antérieurs à l'arrivée des Européens en Amérique.

Les Arabes ne nomment pas Andromède , ils disent la femme enchaînée.

Dans la sphère persienne , Cassiopée est l'homme sur une chaise; Hercule, l'homme à genoux.

Le peuple chez nous nomme les Pléiades, la Poussinière, et les Indiens les nomment les Petits et la Poule.

Persée était, dit-on, pour les Indiens et pour les Persans, l'homme qui porte une tète.

Enfin les Brames divisent le zodiaque en vingt-sept constellations et en douze signes , parmi lesquels on trouve :

Le chien maron qui répond au Bélier, le bœuf au Taureau, la fille à la Vierge, la balance, la flèche ouïe Sagittaire, la cruche ou le Verseau , etc.

La voie lactée des Grecs est pour les Chinois le fleuve céleste, pour les Coptes et les Arabes le chemin de chaume, pour les sauvages de l'Amérique septentrionale le chemin des âmes, et pour nos paysans le chemin de Saint- Jacques.

Il n'est pas possible d'attribuer ces conformités si singulières au hasard ni à aucun rapport entre la disposition des groupes d'étoiles et les Ggures des êtres dont on leur a donné le nom. Avant de chercher à les expliquer, il serait sage d'attendre que les faits fussent mieux constatés.

(Voyez à ce sujet Bailh , Ast. anc. , I. 9 , § 1. Idem , Ast. mod., t. 3. Dis. 5; Ast. ind., dis. prélim. et chap. 8. La Condamine, Mém. de l'acad. des sci. i745, pag. 447. Pluche, Spect. de la nat., t. 4 , ip part. ier entrelien. )

(?) PAGE l4^ , VERS l4.

Est-elle le bienfait d'un peuple qu'on ignore?

C'est là, comme on sait, le système de Bailly, qui tendait a établir que les Égyptiens , les Babyloniens , les Brames, avaient reçu les sciences d'un peuple plus ancien qui habitait la haute Asie , et qui nous a tout appris, disait d'Alembert, excepté son nom et son existence.

(IO) PAGE l48, VERS IO.

Déjà plus d'une voix

Avait marqué sa place au centre de la sphère.

« Hicetas Syracosius, ut ait Theophrastus, cœlum, solem, liinain, stellas, supera denique omnia stare censet , neque praeter terrain, rem ullam in mundo moveri; qua? ciun circum axem se summâ celeritate convertat et torqueat, eadem effici omnia quae si, stante terra, cœlum moveretur : atque hoc etiam Platonem in Timaeo dicere quidam arbitrantur , sed paulo obscurius. »

( Cicéron , Questions académiques , I. 4 , § 39.)

« Illo quoque pertinebit hoc excussisse, ut sciamus, utrum mundus , terra stante , circumeat, an , mundo stante, terra vertatur. Fuerunt enim qui dicerent nos esse , quos rerum natura nescientes ferat, nec cœli motu fieri ortus et occasus, sed ipsos oriri et occidere. »

( Sf.nèqtje , Questions naturelles , !. 7 , ch. .'( .

("• PAGE lf)2, VERS 4-

A sa gloire (de Copernic) et peut-être aux persécutions. « Copernic ( né à Thorn le i<> lévrier i/»73, mort le 1 1 juin

DU QUATRIÈME CHANT. i75

i543 ) se fit d'abord le disciple du fameux Mùller, professeur de mathématiques à Vienne , puis entreprit le voyage d'Italie, pour entendre à Bologne Dominique Maria, célèbre astronome, auprès duquel il s'arrêta long-temps.

Indifférent à la gloire, enflammé du seul amour de l'étude, ce grand homme sembla craindre les persécutions qui s'élèvent contre les vérités nouvelles; il se cacha pendant qu'il a vécu... Aussi rien n'a paru de lui avant son immortel ouvrage, qui, commencé, dit-on, en i5o7, fut imprimé pour la première fois en i5/t3, à Nuremberg. Il était âgé de 70 ans et mourant lorsqu'il reçut le premier exemplaire... Il mourut au moment même où l'enfant de ses veilles, ce système qu'il avait médité, et porté pour ainsi dire dans son sein pendant 36 ans , voyait enfin le jour... Sa gloire n'a commencé qu'à sa mort... Dans son livre , qu'il dédia à Paul III, pontife savant et éclairé, il ne présente ses idées que comme des hypothèses, et ne touche point aux difficultés des passages de l'Ecriture. »

(Extrait de l'Hist. del'astr. mod. deBAiLLY, 1. 9, § 19 et 20.)

f'2) PAGE l55, VERS 8.

( Un astre) nous guide dans les cieux, et cet astre est Kepler

« TichoBrahé (néà Knudstrup, en Scanie, le 19 décembre i546, mort le 24 octobre 1601 ) n'avait pas i5 ans lorsqu'une éclipse de soleil, en i56o, frappa son attention et décida sa vocation.

Ticho a la gloire d'être le premier qui a déterminé l'effet de la réfraction et le premier qui l'a employée pour corriger les observations.

Il détruisit pour jamais les sphères de cristal... , et s'occupa , ce semble , le premier, de fixer le sens de la route des comètes à l'égard de l'écliptique... Mais Ticho, plus astronome que philosophe, en amassant un trésor d'observa-

tions, s'éleva contre la vérité. Il en retarda les progrès : dans le moment où la nature venait d'être dévoilée, il osa produire un système encore plus défectueux que celui de Ptolémée.

Le n novembre 1572, il aperçut dans la constellation de Cassiopée un astre nouveau et très-brillant... Il marqua avec soin tout ce qui concernait sa position, sa forme, sa couleur, etc. Cette étoile dura toute l'année suivante et jusqu'au commencement du printemps de 1^74, sans changer de place ni de forme... Ceux qui avaient bonne vue, la voyaient en plein jour au méridien... Elle fut toujours scintillante, mais sa couleur varia très-sensiblement... Il semble qu'il s'y soit opéré des changements assez grands pour être sensibles à l'énorme distance où nous sommes. Mais ce qu'il y eut de plus étonnant, cette étoile, qui perdit sa lumière et s'éteignit par degrés, l'avait acquise tout-à-coup... Ce phénomène si rare de l'apparition subite d'une nouvelle étoile , n'avait encore eu que deux témoins, Hipparque et Ticho , et occupa tous les savants de ce siècle. »

( Baii.ly , Hist. de l'astr. niod. , discours préliminaire, I. to, § 3 , 45 !9> 22, 2 3 et 32. )

(l3) PAGE l56. VERS 8.

Il ( Kepler) parvint à la gloire et vit la vérité.

Kepler ( né «à Wiel dans le Wurtemberg, le 27 décembre 1571 , mort le i5 novembre i63o.) « Sa réputation le lit appeler pour enseigner a Gratz en Styrie : son ouvrage des proportions des orbes célestes lui valut le suffrage de Ticho qui... sentit que Kepler serait son successeur, et l'ayant attiré près de lui à Prague, lui fit donner le titre de mathématicien de l'empereur, avec des pensions... Kepler paraît s'être plaint des réserves qu'avait pour lui Ticho, qui tenait fermé le trésor de ses observations... Enfin, à la mort de Ti-

DU QUATRIEME CHANT. i77

cho, Kepler se vit en possession de son héritage astronomique. Chargé par l'empereur de continuer les tables astronomiques deTicho,qui devaient être nommées Rodolphines, il y travailla avec zèle pendant 20 années. »

(Bailly , Hist. de l'astr. niod. , t. 2, I. 1 , § 8. )

Kepler mourut dans la misère, mais il disait qu'il n'aurait pas cédé ses ouvrages pour le duché de Saxe. Pour juger de son enthousiasme et du bonheur qu'il trouvait dans ses découvertes, il ne faut que l'entendre: « Le sort en est jeté, j'écris mon livre. Il sera lu par l'âge présent , ou par la postérité, peu m'importe, il pourra attendre son lecteur : Dieu n'a-t-il pas attendu six mille ans un contemplateur de ses œuvres. *

« Kepler, dit Bailly, développa l'idée de la gravité que les anciens ont eue , et qui lui avait été transmise par Copernic... Mais combien cette idée s'était aggrandie en passant par sa tête... Avec quel plaisir nous nous arrêtons sur les idées philosophiques de Kepler, et sur les endroits où il semble deviner les pensées des grands hommes qui l'ont suivi... Combien Kepler est alors proche de Newton ? »

( Ibld. , § 3o. )

« Toutes les planètes, à la voix de Kepler, marchèrent dans des ellipses ; ces ellipses ne diffèrent que par des excentricités plus ou moins grandes , mais le soleil occupe le foyer commun.

« Kepler a été le législateur de la science en posant les trois lois fondamentales du mouvement des planètes. Il leur a tracé leur route dans une ellipse: c'est la première loi; i! a déterminé leurs inégalités par la seconde loi des aires proportionnelles au temps; et il a enchaîné tous ces mouvements par la troisième, par le rapport des révolutions avec les diamètres des orbites. »

{Ibid., §48 et 3i.)

Les lois de Kepler, sont :

i° Les aires décrites parles ravnns vecteurs des planètes

i78 NOTES

dans leur mouvement autour du soleil , sont proportionnelles aux temps.

2° Les orbes des planètes et des comètes sont des section* coniques , dont le soleil occupe un des foyers.

3° Les carrés des temps des révolutions des planètes sont proportionnels aux cubes des grands axes de leurs orbites.

Ces trois lois mathématiques ont été réduites par Newton à une seule qui les comprend toutes, et qui en est en quelque sorte l'expression simple ; je veux parler de cette attraction universelle qui s'exerce entre tous les éléments de la matière, et à laquelle on a donné le nom de gravité. Tôt ou tard les théories se ramènent toujours ainsi, par le progrès des sciences, à une règle unique, simple, et par cela même en harmonie avec les actions de la nature. Mais souvent les lois que l'on avait crues les plus générales sont subordonnées à d'autres lois plus générales encore, que le perfectionnement nécessaire des esprits et des moyens matériels vous amène à découvrir. Qui pourrait dire que la yravité est le principe de tous ces mouvements qui se passent au-delà de notre système , et qu'il ne nous sera probablement jamais donne de connaître ?

(,4) PAGE l6o, VERS 20.

Non, dit-il, (Galilée) elle tourne, et vous tous avec moi.

Galilée, né à Pise le i5 février i564, mort à Florence le 8 janvier 1641.

On a rappelé dans les vingt vers précédents les découvertes que Galilée a faites, et ce qui est plus encore, les vérités qu'il a démontrées et expliquées dans un intervalle de a5 ans, savoir :

Les lois de la chute accélérée des corps graves. « Ce travail de Galilée, dit Baillv , influera sur tous les travaux futurs. »

Le phénomène du pendule. Huant à son application aux horloges, faite 16 ans plus tard par Huygens, qui a bien pu l'avoir imaginée lui-même , on sait que Galilée en avait conçu le projet, en 1641 , et que sa cécité et sa mort l'empêchèrent de l'exécuter. ( Voy. la lettre de son disciple Viviani au prince Léopold de Médicis, en date du 20 août i65g. )

Les inégalités de la surface de la lune.

Les phases de Vénus, les étoiles de 6e et 7e grandeurs, notamment celles de la voie lactée , et l'anneau de Saturne.

Les taches dans le soleil, et enfin les satellites de Jupiter.

Il est vrai qu'on lui a disputé la priorité de ces deux dernières ; mais quand il aurait été devancé par d'autres astronomes, on n'en serait pas moins redevable de ces découvertes au télescope , et du télescope à Galilée. Le P. Scheiner, jésuite, prétendait avoir vu le premier des taches dans le soleil; mais il fut gagné de vitesse, disait-il, parce qu'il ne pouvait publier sa découverte sans la permission de ses supérieurs: or, il se trouva que le père provincial était un zélé Péripatéticien qui lui répondit : « Mon cher fils, j'ai lu plusieurs fois mon Aristote, et je puis vous assurer qu'il ne contient rien de semblable. Allez, demeurez en paix, et tenez pour certain que les taches que vous croyez avoir vues sont dans vos verres ou dans vos yeux. » Les Péripatéticiens allaient encore plus loin : ils soutenaient, d'après leur maître, que le soleil était nécessairement immaculé. Les jésuites, grands défenseurs de la doctrine d'Aristote, s'étaient trouvés en opposition sur ce sujet avec Galilée, dans l'université de Padoue; de sorte qu'à la honte de la faible humanité, il ne serait pas impossible que l'esprit de secte philosophique eût contribué autant que l'intolérance religieuse aux persécutions que le philosophe éprouva de leur part.

Voici les termes delà sentence; elle est du 2 juin 16V). (Almagestede Riccioli, t. 1, p. 496. )

« Soutenir que le soleil , immobile et sans mouvement local, occupe le centre du monde , est une proposition absurde,

/'tinsse en philosophie et hérétique , puisqu 'elle est contraire au témoignage des Ecritures. Il est également absurde et faux en philosophie de dire que la terre n'est point immobile au centre du monde ; et cette proposition , considérée théologiquement , est au moins erronée dans la foi. »

Voici la formule d'abjuration qui fut dictée à Galilée : < Moi Galilée , à la soixante-dixième année de mon âge , et ayant devant les yeux les saints Evangiles que je louche de mes propres mains, j'abjure d'un cœur contrit , et d'une foi sincère je maudis et je déteste les absurdités , erreurs, hérésies, etc. »

Depuis un an, l'auteur avait lu et analysé par de nombreux extraits tous les ouvrages relatifs à Galilée et à sa condamnation. Dansée mémorable procès dont il recueillait les pièces , peut-être vit-il le sujet intéressant d'une nouvelle composition historique. On ne peut du moins douter que le poëte n'eût déjà l'intention d'adoucir dans le tableau des rigueurs excercées contre Galilée, tous les traits dont l'historien impartial aurait reconnu l'exagération.

( Note de l'éditeur. )

(,5) PAGE l6l , VERS l5.

Descartes, Gassendi; venez, qu'à votre voix...

« A quoi bon essayer aujourd'hui de faire comprendre les tourbillons, la matière cannelée, le mouvement sans vide? Mais on ne doit pas oublier que Descartes fut le restaurateur de la philosophie. C'est par-là qu'il a été utile à l'astronomie et non par ses systèmes. »

(Bailly , Hist. de l'astr. mod., 1. 4 < § 2 et '•<>•)

« Gassendi, fils d'un paysan des environs de Digne, astronome et surtout philosophe , se rendit le défenseur d'Epicure. Il combattit Desrartes, et il partage avec ce grand homme la gloire d'avoir fondé la philosophie en France. »

(Ibid., 1. 3,r§îa.)

DU QUATRIEME CHANT. j8i

Huygens, donne au long tube une force nouvelle...

Huygens, né en Hollande en 1629, a perfectionné les télescopes, appliqué le pendule aux horloges, et découvert l'anneau de Saturne, aperçu confusément par Galilée.

(1?) page 162, vers 9.

Et toi, l'illustre auteur dune race savante...

Jean Dominique Cassini, né près de Nice en 1625, découvrit la rotation de Jupiter, de Mars et de Vénus , par le moyen des taches qu'il observa sur ces planètes, calcula la durée de la révolution qu'elles faisaient sur elles-mêmes, détermina l'aplatissement du globe de Jupiter, et aperçut quatre des satellites de Saturne.

Le mérite étant héréditaire dans cette famille, MM. ch- Cassini ont été obligés de se distinguer par des numéros comme les rois. L'Académie des sciences en est déjà à la cinquième génération.

(,S) PAGE IÔ2, VERS l6.

Cependant que Rœmer...

C'est au danois Rœmer , appelé en France comme Cassini par Louis XIV, que l'on doit la détermination de la vitesse de la lumière par l'observation des éclipses des satellites de Jupiter. Cette découverte consiste à avoir observé l'immersion d'un des satellites dans l'ombre de la planète, lorsque la terre se trouvait entre le soleil et Jupiter, et à avoir répète l'obslr'ôation du même satellite au moment où la terre, ayant parcouru la moitié de son orbite, se trouvait à 70 millions de lieues plus loin de Jupiter. La lumière, dans

i8a NOTES.

la seconde expérience, mettant iG minutes de plus à parvenir à l'observateur, il était évident que ce reta-rd était employé à parcourir le diamètre de l'orbe terrestre.

('9^ page 162, vers ig.

Et que vers l'équateur Halley sous d'autres cieux...

Halley , né à Londres en i556, alla à Sainte-Hélène pour observer l'hémisphère austral, mais il ne put faire, sous ce ciel brumeux, d'aussi utiles observations qu'il se l'était promis. « On lui avait fort vanté le climat; il fut bien trompé dans son attente. Des pluies fréquentes , un ciel constamment nébuleux, lui permirent à peine deux observations dans les mois d'août et de septembre : les éclaircies duraient une heure au plus, et quoiqu'il n'eût manqué aucune occasion, dans une année entière à peine observa-t-il 36o étoiles, quoique jamais il ne se soit occupé des planètes. »

( Delambre, Astronomie du 18e siècle, 1. 2. )

C'est lui qui a donné à un groupe d'étoiles, voisin de la constellation du Navire, le nom de Chêne de Charles, pour conserver la mémoire du chêne qui servit d'asile au roi Charles II.

(2°) page i63 , vers 19.

Obtint qu'Albion , etc.

« Ce ne fut qu'en 1687 que, vaincu par les sollicitations de Halley , Newton consentit à se dévoiler et à faire au monde savant le beau présent des Principes mathématiques de la philosophie naturelle. »

( Bailly, Hist. de l'asti', inod. , t. a, 1. 12 , § 47- )

Cljant Cinquième.

Description du monde planétaire. — Le soleil ; ce qui compose son système , ce que c'est que ce monde par rapport à l'univers. — Rotation du soleil et des planètes. — Son diamètre, sa distance de la terre, son orbite, son poids, son volume, ses taches, sa lumière, ses mouvements. — Mouvement des étoiles , ou précession des équinoxes. — Mouvement de translation du soleil et des autres astres. — Mercure , Vénus , Mars , Jupiter, Saturne, Uranus. — Planètes télescopiques ; Cérès,Pallas, Junon, Vesta.

Arbitre souverain des mondes qu'il attire , Le soleil les retient dans son brillant empire : Immobile à leur centre , il voit, obscurs vassaux, Autour de lui flotter onze astres inégaux; Errante colonie, et dont l'âge où nous sommes Vit naître la moitié long-temps cachée aux hommes. Eudoxe et Copernic n'atteignirent aux cieux Que Mercure, Vénus, Mars, et le roi des dieux; Saturne leur cachait son écharpe brillante. Mais depuis que , doués d'une force puissante , Nos yeux ont pu sonder les profondeurs du ciel , Un monde plus lointain fut conquis parHerschel.

Kepler, oh! prescience attribut du génie! Kepler, en admirant la céleste harmonie, Soupçonna qu'entre Mars et l'ardent Jupiter Quelques globes obscurs se perdaient dans l'éther, Et notre siècle a vu, peuplant ce vaste espace, Vesta , Junon , Cérès , Pallas , y prendre place.

Sur l'équateur céleste , en leur route inclinés , Dans une zone étroite ils seraient tous bornés, Si Pallas, renversant une injuste barrière, N'eût loin de l'écliptique élargi sa carrière. Tous ces astres, dont l'orbe enceint le dieu du jour, En des temps inégaux recommencent leur tour. De Mercure en trois mois la course est terminée (,) , La terre en douze mois accomplit son année , Et l'antique Uranus y consume à pas lents Seize lustres entiers prolongés de quatre ans. Plus ou moins éloignés du monarque suprême, Chacun reçoit ses feux en tournant sur soi-même. Enfin les plus puissants, courtisans couronnés, De leurs propres sujets marchent environnés.

La terre aime en Phœbé sa compagne fidèle ; De quatre astres suivi Jupiter étincelle ; Saturne , le front ceint du céleste bandeau, Voit sept gardes brillants ranimer son flambeau : Ils devancent ses pas, le suivent, et son père, Deux fois encor plus loin du dieu qui nous éclaire, De six globes amis dont il marche escorté, Pour ses profondes nuits emprunte la clarté. Loin, bien loin d'Uranus et de ses satellites, Quels astres vont traçant ces bizarres orbites? L'erreur les crut long-temps dans leur route égarés; Mais vers notre soleil, comme nous, attirés , Ils fuient et tour à tour recherchent sa présence ; Et plus prompts que la foudre en leur ellipse immense, Des limites du monde accourent vers leur roi, Hérissant leur crinière, objet de notre effroi.

De l'astre souverain telle est la cour errante , A son pouvoir soumise, et par lui seul brillante. De ces globes long-temps méconnus dans les cieux, La plupart échappaient à nos débiles yeux ;

Aux sept astres formant le nombre du mystère (a)

La science bornait le monde planétaire ;

La moderne Uranie a peuplé ces déserts,

Et peut d'astres nouveaux doter notre univers.

Mais lorsque de la terre à la voûte azurée , Observateur d'un jour, dans sa courte durée, L'homme suit sa conquête, hélas! à ces contins Qu'aux filles du soleil tracèrent les destins, S'arrête aussi l'empire ouvert à son étude. Par-delà, tout pour lui n'est plus qu'incertitude. Limité , son domaine est encore assez beau. Qu'il nous dise comment le céleste flambeau Vers l'aurore en un an, corps immense et solide, Tourne quatorze fois sur son axe rapide {3) , Tandis que des sujets qui composent sa cour , Les quatre plus voisins roulent en un seul jour , Et que des deux géants, Jupiter et son père , La révolution en dix heures s'opère.

Archimèdes nouveaux, dont le savant compas Mesura du soleil et le disque et les pas,

Dites-nous son pouvoir et sa vitesse immense. Son axe? — Cent dix fois le nôtre. — Sa distance?

— Ce même axe compté douze mille et cent fois.

— Son orbite ? — Une ellipse. — Et sa force? son poids?

— Trois cent mille leviers, puissants comme la terre. Ne l'ébranleraient pas au centre de la sphère.

— Sa grandeur, son volume? — O mortels curieux, Entassez tous ces corps qui flottent sous vos cieux , Satellites obscurs, comètes vagabondes, Saturne, Jupiter, un million de mondes

Non moins grands que ce globe où s'impriment vos pas, Et leur masse au soleil ne s'égalera pas. Bien qu'à nos yeux trompés son disque égale à peine Le disque de sa sœur que roule un char d'ébène, Trois fois il remplirait l'espace qui s'étend De notre terre obscure à ce globe inconstant. Atomes animés , contemplez votre maître : Et toi, protége-les, puisque tu les fis naître , Toi, l'un des souverains de l'immense univers, Brillant monarque, assis sur le trône des airs,

igo L'ASTRONOMIE.

De la vie et du feu source pure et féconde , Centre des mouvements prescrits à notre monde; C'est toi qui nous dépars, régulateur du temps, Les ans, les mois, les jours, les heures, les instants. Bienfaiteur des mortels , prête-leur ta lumière : Leurs jours sont-ils sereins, rallentis ta carrière; Sont-ils infortunés, retire ton flambeau, Soleil, hâte ta course, et les rends au tombeau (4). Mais quelle est ta nature, ô source inaltérable, Foyer toujours ardent, toujours inépuisable? L'œil fixé vers les cieux dans un doute constant, La science se tait, observe, admire, attend. Son regard attentif suit cette tache obscure Qui ternit de tes feux la lumière si pure, Nuage irrégulier, qui d'abord offre aux yeux Une ombre qu'environne un filet radieux; Fidèle à l'équateur, dont elle suit la trace, Dans cette route ardente elle croît et s'efface , Et le trait allongé que nous montre le bord S'élargit en marchant pour s'amincir encor.

CHANT CINQUIÈME. i9r

Après deux fois sept jours clans les cieux disparue, A l'orient du disque elle nous est rendue; Et son retour atteste à l'œil qu'elle avait fui, Que , fille du soleil, elle tourne avec lui (5). Mais quelle est cette tache? une écume formée « Des éléments impurs de la sphère enflammée ? Un gigantesque mont de feux environné, Qui lève tout-à-coup son sommet calciné? Un nuage dix fois aussi grand que la terre ? D'un immense volcan l'effroyable cratère ? Ou, dans ces cieux enfin qu'embrasent les éclairs, Un long déchirement, des gouffres entrouverts, Par qui l'œil peut atteindre à la surface obscure De ce brillant soleil flambeau de la nature ? Oh! qui me répondra? Newton, Laplace, Herschel, Vous si souvent admis aux mystères du ciel , Cet astre est-il ardent, ou le léger fluide S'enflamme-t-il autour de son disque rapide ? Quel est de tous ces feux l'éternel aliment ? Cette lumière enfin qui coule incessamment 6),

i92 L'ASTRONOMIE.

Est-ce un trait qui s'élance, ou, partout répandue, Attend-elle un effort pour frapper notre vue, Pareille aux bruits lointains dans l'air retentissants, Dont la vague sonore ébranle un autre sens ? Ces mystères que l'homme encor n'a pu connaître, Le ciel à nos neveux les réserve peut-être : L'art a déjà tracé sur ses tables d'airain Les mouvements divers de l'astre souverain , Roulant parmi les feux qu'efface sa lumière. Mais d'un cours inégal poursuivant sa carrière , L'étoile, qui le soir accompagnait ses pas, Aux portes du matin ne le retrouve pas. Chaque jour, vers l'aurore, il rallentit sa route; Il s'élève, il s'éloigne, et la céleste voûte Le voit, deux fois par an , abaissant sa hauteur, Se rapprocher du pôle et franchir l'équateur. A ses pâles sujets qui peuplent l'Empyrée Il dispense des jours d'inégale durée; Mais lui-même, inégal dans son cours radieux, Plus lent ou plus rapide, il traverse les cieux,

CHANT CINQUIEME. i93

Et, pour favoriser l'hémisphère de l'Ourse, Il semble de sept jours y prolonger sa course. Ainsi ce globe obscur qui lui doit la clarté L'accusait d'inconstance et d'inégalité.

Mais quand la terre enfin, rejetée à sa place, Allongea son orbite et roula dans l'espace, Le soleil arrêta ses coursiers bondissants, Et l'ellipse expliqua l'illusion des sens. C'était trop peu; l'erreur qui redoublait ses voiles, Faisait vers l'équinoxe avancer les étoiles (7), Agitait l'équateur, ébranlait tout le ciel, Pour laisser à la terre un repos éternel. La science a détruit cet antique prestige; La terre se balance, il n'est plus de prodige. L'équateur s'est gonflé , Newton parle ; à sa voix , Et la terre, et les cieux, suivent les mêmes loix. Des corps que le soleil retient dans son système , Qui gravitent vers lui , qui l'attirent lui-même , Si le compas sévère eût tracé les contours , Sur un axe immobile ils tourneraient toujours ;

ij

i94 L'ASTRONOMIE.

Les révolutions de leur course ordonnée

Au même point du ciel ramèneraient l'année:

Mais des globes roulants, sur leur pôle aplati T

L'essor est tour à tour rapide ou rallenti ,

Et leur cours inconstant , l'ellipse qui l'enserre ,

D'une immuable loi sont l'effet nécessaire.

Voyez-vous s'élancer , d'acanthe couronnés ,

Ces marbres de Paros que l'art a façonnés ,

Dont la tige superbe élève dans les nues

Le dôme qui des dieux protège les statues ?

Le ciseau, du compas empruntant le secours,

A d'un parfait module arrondi les contours.

Que la scie, en glissant, patiente ouvrière,

Divise obliquement cette colonne altière,

Le tronçon mutilé du marbre somptueux

Offre un orbe allongé dont le centre est douteux,

Image de celui qu'aux plaines de l'espace

Suivent les corps errants dans leur route sans trace(8).

L'invisible pouvoir qui fait le mouvement

Sur des points inégaux agit diversement (9);

CHANT CINQUIEME. io,5

Infini , répandu sur toute la nature ,

Il nous est imposé par la planète obscure.

Voisin faible et pressant , le globe qui nous suit

Sollicite et retient l'astre qui le conduit (lo).

Inégale en sa forme, errante en son orbite,

D'un triple mouvement notre sphère s'agite ,

Marche autour du soleil, sur soi roule toujours,

Et, troublée, incertaine, oscille dans son cours.

Ainsi, lorsqu'un vaisseau, les ailes étendues,

De sa quille d'airain fend les ondes émues ,

Les mâts, que chaque flot balance lentement,

D'un et d'autre côté penchent incessamment,

Et le nocher croit voir dans la céleste voûte

Les astres ébranlés s'écarter de leur route ;

Aux cieux et sur la terre ainsi l'illusion

Fait marcher le rivage et tourner l'horizon.

Tout change , l'équateur s'ébranle dans sa masse ,

Avec l'axe des cieux le pôle se déplace,

L'écliptique descend; quelques siècles ericor,

Le char prendra sa course, et la reine du Nord (">

* Cessant de dominer sur le pôle infidèle,

Ne verra plus rouler les mondes autour d'elle.

Quoi ! nos neveux, un jour, verront-ils sans terreur

Le soleil égaré parcourir l'équateur ?

Plus d'été, plus d'hiver; les saisons, les journées

A l'uniformité seraient donc condamnées?

Rassurez-vous, mortels; votre globe agité

Doit son juste équilibre à sa rapidité.

Il penche , il se relève en tournant sur lui-même.

Tel, si j'ose à l'enfance emprunter cet emblème,

Tel, d'une adroite main rapidement frappé,

Le buis infatigable, à sa corde échappé,

Sur un pivot aigu suspend son cône agile,

Et plus il est fouetté , plus il dort immobile.

Dans ses frivoles jeux l'enfance a découvert

Ce que sut le premier expliquer d'Alembert (,î) .

Par un balancement peu sensible à la vue,

Sur son axe incliné la terre est soutenue.

lies astres, chaque jour, d'un mouvement pareil

Devancent d'un instant la marche du soleil;

Il semble que le dieu, regardant en arrière, S'arrête au premier pas de sa vaste carrière , Et des signes trop lents attende le retour : Tous à chaque saison président tour à tour . Vingt siècles prolongés de cent soixante années , Reviennent douze fois changer leurs destinées.

La terre se souvient qu'aux âges reculés Quatre de ces flambeaux des lambris étoiles Dispensaient les saisons , et dans sa route oblique En quatre égales parts divisaient l'écliptique. Aux tropiques fixés, l'éclatant Régulus, Et l'habitant des eaux protégé de Vénus , Qui semble de ses flots couvrir l'urne propice, De l'été, de l'hiver annonçaient le solstice (l3); Et plus loinAntarès^ Apis à l'œil sanglant, L'un à l'autre opposés dans ce cercle brillant, De leur flamme rougeâtre éclairaient l'Empyrée Dans ces nuits qui des jours égalent la durée. Long-temps Apis du Nil fut le dieu protecteur: Plus tard, quand le soleil, franchissant l'équateur,

Ramenait lentement sa barque radieuse (,4),

Et quittait pour le Nord l'Egypte limoneuse ,

Ammon, le front paré des cornes du bélier (l5),

Ouvrait à l'Orient son temple hospitalier,

Et Thèbes, vers l'autel couvert de ses offrandes ,

Conduisait un taureau couronné de guirlandes.

Rites mystérieux! antiques monuments,

Où la terre du ciel lisait les mouvements.

D' Ammon, vainqueur d'Apis, l'étoile fortunée

Présidait aux beaux jours qui commencent l'année

Autrefois le Taureau ramenait le printems ; Le Bélier à sa place a régné deux mille ans ; Et ce sont aujourd'hui les poissons de Nérée Qui rendent sa parure à la fertile Rhée. Le Verseau dardera tous les feux du Cancer ; Le brûlant Sirius verra naître l'hiver.

L'Epi, trompant nos vœux, produira les orages; Et quand , roulés enfin par le torrent des âges , Sur les vastes débris des trônes écroulés , Treize siècles vingt fois se seront écoulés,

Les signes, l'équinoxe, et le solstice et l'Ourse, Retrouveront leur place et reprendront leur course.

Ainsi nés pour l'erreur , mortels ambitieux , Tout n'est qu'illusion pour vos débiles yeux : Ce soleil, cette terre, et ces astres tranquilles, Vous paraissent briller à leur place immobiles! Hélas ! de votre esprit les efforts impuissants N'ont-ils pas leurs erreurs aussi bien que vos sens? Nier est téméraire; affirmer, impossible. La science d'Euclide est la seule infaillible : Mais comment à l'erreur prétend-elle échapper ? En écartant au loin ce qui peut la tromper. Dans le monde idéal souveraine absolue, Elle embrasse le temps, mesure l'étendue: Le monde véritable échappe à son compas. Elle ose soupçonner, mais ne nous montre pas De ces globes brillants les énormes distances Leur vitesse, leur cours et leurs orbes immenses. Déjà Lalande, Herschel, dans des angles aigus, Vers le pôle d'Auster ont vu fuir Sirius.

L'Arcture et le Lion suivent la même route. Hercule , qui du Nord illumine la voûte , Dans ce ciel qu'il porta s'élargit aujourd'hui : Est-ce lui qui s'avance, ou marchons-nous vers lui (,6J? Si le soleil voyage avec tout son système, Sur quel centre inconnu gravite-t-il lui-même ? Quels sont ces mouvements, divers, prodigieux, Et par qui rien ne change au séjour radieux ? S'il tourne sur un point qui lui-même s'agite, Notre terre sur lui, sur nous un satellite, Que deviennent alors les cercles éclatants Si savamment prescrits à ces mondes flottants ? De spirale en spirale, en sa course rapide, Phoebé va décrivant sa triple cycloïde , Et ces orbes divers qui se croisent aux cieux Echappent au calcul et trompent tous les yeux. Toutefois la science et la vue elle-même Dans l'espace conquis atteindront ce problême. ( > puissance du temps, du travail et des arts ! Vers des cieux plus voisins arrêtant ses regards.

Que l'étude assidue y sollicite encore Les autres vérités que notre siècle ignore. Comment interroger ces astres qui toujours Dans un ordre immuable accomplissent leur cours, Et qui, nous dérobant leur masse et leur distance, Semblent fixés au ciel d'où leur flamme s'élance ? Mais autour du foyer qu'enceint notre univers Sont des mondes errants dans des sentiers divers , Dont la douce lumière, au soleil empruntée , Réfléchit son éclat , et n'est point agitée.

Dans l'océan de flamme incessamment plongé , Roulant sa masse obscure en un orbe allongé, Divers dans ses aspects, Mercure solitaire Erra long-temps peut-être inconnu de la terre. Cependant quand, le soir, le soleil moins ardent Laissait le crépuscule éclairer l'occident , Au bord de l'horizon une faible lumière, Semblait suivre du dieu l'éclatante carrière. L'art mesura son orbe , et l'œil de Gassendi Sur le front du soleil suivit son vol hardi ('7).

20i L'ASTRONOMIE.

Du globe où nous marchons inconstante rivale t Entre Mercure et nous partageant l'intervalle, Compagne radieuse et sœur du dieu du jour, C'est Vénus qui l'annonce et le suit tour à tour. Mais en vain sous deux noms le vulgaire l'honore, L'étoile de Vesper est celle de l'aurore. La voilà qui paraît, courez, heureux amants! O Vénus , devant toi, ces feux, ces diamants (l8) , Tout pâlit; et que sont auprès de tes montagnes, Les Alpes et l'Atlas, géants de nos campagnes ? Lorsque sur nous des nuits l'astre resplendissant Huit fois a ramené son disque et son croissant, Des coursiers du soleil brillante avant-courrièic , Tu fermes ton année et reprends ta carrière. Près d'Hélion lui-même à son midi monté , Ta sphère brille encor d'une douce clarté : L'oeil y distingue à peine une tache légère : Dis-nous si dans les cieux tu roules solitaire. Laisse-nous mesurer ton croissant lumineux. Surtout quand du soleil tu traverses les feux ,

CHANT CINQUIÈME. 2o3

Permets à l'œil humain d'y suivre ton passage ; Qu'un obstacle jaloux , un funeste nuage Ne vienne point ravir au sage qui t'attend Le prix de ses travaux, ce bonheur d'un instant, Qu'il est venu chercher de l'Europe savante Aux rives où l'Indus roule une onde indolente.

Mars d'un œil amoureux contemple tes attraits : Mais son disque en croissant ne se courbe jamais ; Il s'arrondit en cercle, il s'allonge en ovale ('9); Maint nuage ternit sa lumière inégale.

Plus petit que Vénus , moins brillant à nos yeux , Il est deux fois plus loin du flambeau radieux ; Et, chargés de frimas, ses pôles qu'il balance Du soleil qui les frappe attestent la distance. D'une atmosphère épaisse on le dit entouré ; Aux profondeurs des cieux quelquefois égaré , Il échappe à la terre , et quand vers notre monde Deux ans ont ramené sa course vagabonde , Il revient furieux de ces orbes lointains, D'un œil ensanglanté menaçant les humains.

ao4 L'ASTRONOMIE.

Tel n'est point Jupiter, lorsque dans l'Empyrée (lo) S'élève lentement sa lumière azurée.

L'Eclatant est son nom ; d'un maître redouté Il garde seulement la douce majesté.

Vainement Uranus, et Saturne et Cybèle, Mars , Vénus , et Mercure, à son père rebelle , Contre lui réunis voudraient le détrôner, Le dieu d'un bras d'airain saurait les entraîner. Mais rien ne trouble plus son empire paisible : Son cortège long-temps à nos yeux invisible (2i), Errant autour de lui , va raconter aux cieux De ses amours divins le sens mytérieux. Le bel enfant qu'Ida vit ravir à la terre Pour verser le nectar au maître du tonnerre , L'arbitre des humains, la sévère Thémis, Hébé toujours riante, et la sage Métis, Par qui des arts savants la déesse animée Du front de Jupiter s'élança toute armée , Voltigent sur ses pas, l'entourent, et du jour Lui prêtant les clartés qu'il leur rend à son tour,

CHANT CINQUIEME. 2o5

Sans cesse à ses regards offrent la même face De globes que vingt fois notre terre surpasse.

Autant nous sommes loin du souverain des deux. Autant et quatre fois, dans son cours glorieux, Le puissant Jupiter étend son orbe immense (22). Le lustre vainement s'enfuit et recommence : Dans chacun des palais sur sa route placés Un an retient ses pas si lentement tracés; Et lorsqu'il touche enfin à sa borne dernière, La terre a terminé sa douzième carrière. Mais , tandis que nos yeux accusent sa lenteur, Dans les cieux qu'il parcourt son rapide équateur Accomplit en un an neuf cents tours sur lui-même. Plus cet orbe est immense et sa vitesse extrême , Plus , libre du pouvoir qui la fait graviter , La matière s'échappe et tend à s'écarter , Et vers son équateur par le temps amassée, Change en globe aplati sa sphère balancée : Tel roule Jupiter en fuyant l'occident.

O vous, de la nature illustre confident,

ao6 L'ASTRONOMIE.

Dites-nous , Arago , quel savant artifice

Vous a rendu cet astre et docile et propice ;

Dites-nous et son jour à cinq heures borné,

Et son axe au soleil faiblement incliné ,

Ses pôles, cette nuit qui, sur eux descendue,

Six ans de ce soleil leur dérobe la vue.

Mais des ans, sur ce globe immuable en son cours,

Rien ne marque la fin , n'annonce les retours.

D'une même saison l'éternelle durée

De feux ou de frimas couvre chaque contrée :

Le temps fuit , rien ne change , et l'hiver et l'été

Y gardent à jamais leur uniformité.

Sur ce disque pourtant des ombres infidèles (53) Étendent à l'envi leurs zones parallèles; Leur forme est inconstante et leur nombre divers. Qu'y dois-je voir ? des monts ? des nuages ? des mers? Des taches ont paru par le temps ramenées, Et que l'œil reconnaît après plusieurs années. Du globe impétueux elles disent l'essor; Ce qu'elles-mêmes sont, nous l'ignorons cncor.

Resserrant son empire en d'étroites limites ,

Jupiter près de lui retient ses satellites (24).

Tour à tour à nos yeux, de leur disque argenté

S'accroît, pâlit, s'éteint l'inégale clarté,

Et cachant son éclat dans l'ombre qui s'allonge ,

Chaque jour éclipsé, l'un ou l'autre se plonge.

Chaque jour l'œil humain peut voir au haut des cieu x

Leur ombre traverser le front du roi des dieux ,

Et l'un d'eux quelquefois avec l'autre conspire

Pour obscurcir deux parts de ce brillant empire.

O pouvoir du génie! ô travaux assidus!

Ces globes, si long-temps à nos yeux inconnus,

Leur marche, leurs retours, leurs éclipses fréquentes^

Laplace les soumet à ses règles savantes.

Delambre a calculé ces vastes mouvements.

Au pilote égaré sur les flots écumants

Ces astres vont marquer et sa place et sa route.

De l'éclipsé annoncée à la céleste voûte

Le retard dit quel tems à parcourir les cieux

Employa le rayon qui vient frapper nos yeux :

ao8 L'ASTRONOMIE.

Ces mondes avoueront leur masse et leurs distances.

Ah! s'ils sont habités par des intelligences, Que des observateurs sur leur surface épars Un spectacle brillant doit charmer les regards ! Plus grand quinze cents fois que la sphère de Rhée, Leur astre au milieu d'eux éclaire l'Empyrée.

Mais de Saturne encor le destin est plus beau (,5); Moins grand, deux fois plus loin du céleste flambeau, Il a, comme son fils, de légers satellites, Son double mouvement dans d'immenses limites , Ses bandes et son jour par cinq heures compté, Et des saisons sans terme et sans diversité. Il consume trente ans à fournir sa carrière; Phébus ne lui départ qu'une faible lumière. Sept lunes vont pour lui s'élevant, s'abaissant, Lui présentent leur disque ou leur orbe naissant , Et, favori du sort, seul dans notre système, 11 marche le front ceint d'un double diadème.

Par un espace étroit deux cercles divisés, Et d'atomes flottants à nos yeux composés,

L'éclairent sans l'atteindre, et de leur face sombre

Sur son globe attristé laissent tomber leur ombre;

Ils ont le même centre, et sur le même appui

En moins d'un demi-jour ils tournent comme lui.

De ces ponts éclatants , suspendus l'un sur l'autre ,

L'axe prodigieux vingt fois passe le nôtre.

Quels tableaux variés doivent offrir aux yeux

Ces deux écharpes d'or flottantes dans les cieux !

Oui Saturne, à bon droit, en contemplant sa masse,

Ce soleil qui pour lui n'est qu'un point dans l'espace,

Ses gardes , sa couronne et leurs orbes divers ,

Peut se croire le roi, centre de l'univers.

Nous-mêmes, race aveugle , éphémère, fragile,

Atomes exilés sur l'atome d'argile ,

N'avions-nous pas, pour nous disposant tous les cieux ,

Cru marquer des confins au monde radieux ?

Homme, console-toi de ces vaines chimères.

Si tu fus rejeté loin du centre des sphères,

Toi-même t'en bannis, et des astres nouveaux

Seront le prix heureux de tes nobles travaux.

2io L'ASTRONOMIE.

Tandis que, rallumant les foudres de la guerre , Les discordes des rois ensanglantaient la terre, Armé d'un tube immense, ouvrage de ses mains, Un sage, l'œil fixé sur ces globes lointains , Paisible conquérant de la voûte profonde, Au-delà de Saturne y découvrait un monde , Cette sphère qui luit dans ces cieux inconnus, Et que l'ingratitude a nommée Uranus (î6). Entre les feux du jour et son orbite immense Autant l'époux de Rhée a laissé de distance , Autant se plonge encor dans l'abîme du ciel Le front demi voilé de la fille d'Herschel. Trois heures ont à peine amené la lumière Qui frappe de si loin sa timide paupière. De six gardes suivie , elle embrasse en son cours Tous les mondes errants connus jusqu'à nos jours. Sait-elle cependant qu'au loin court dans l'espace Un globe que le sien quatre-vingts fois surpasse, Que de ce globe obscur l'habitant curieux Sut l'atteindre elle-même aux profondeurs des cieux ,

CHANT CINQUIÈME. an

Et, guidé parLaplace, a tracé son orbite,

Déterminé sa marche, assigné sa limite.

Pendant trois ans entiers s'attachant à ses pas ,

Delambre la soumet à l'angle du compas;

Bouvard, de qui Saturne a publié la gloire,

D'Uranus, pour cent ans, trace déjà l'histoire;

Herschel ajoute un monde à la création,

Et la France applaudit à l'orgueil d'Albion.

Honneur de l'Italie et mon guide céleste,

Toi qui daignas m'adrnettre à ton foyer modeste;

Toi qui dans tes travaux as souvent confié

Les rêves de ta gloire à la tendre amitié ,

Puis-je oublier jamais ce jour où, l'âme émue,

Palpitant de plaisir , tu me dis : — Je l'ai vue !

-Quoi?-Cette nuit.-Quoi donc?-Oui, je viens de lavoir,

La planète. Grands dieux! vous comblez mon espoir;

Un monde est découvert, ma carrière est remplie;

Piazzi peut maintenant abandonner la vie.

Juste orgueil! noble joie! oui, ton nom glorieux

Avec le nom d'Herschel est écrit dans les cieux.

a 12 L'ASTRONOMIE.

C'était l'heure où Janus nous ramenait l'année , Et d'un siècle nouveau la première journée. Cérès se dévoilant à tes regards surpris , A ton culte pieux gardait ce digne prix. Cérès , de la Sicile antique protectrice ^ , Te devait un regard de son astre propice; Ton art de ses guérets protège les tributs, Et son île à ton nom doit un lustre de plus. Quel prix peut te payer de tes veilles savantes? Déjà la fièvre court dans tes veines brûlantes , Et va fermer peut-être à la clarté du jour Ces yeux explorateurs du céleste séjour. Mais non; après deux mois, la force t'est rendue : Tu demandes Cérès; Cérès est disparue.

Perdras-tu sans retour un si noble laurier? Le printemps fuit, l'été s'écoule tout entier: Olbers revoit ton astre, il l'atteint, il l'arrête, Proclame ton triomphe et te rend ta conquête : Qu'il soit récompensé par de nouveaux succès. Kepler, se disait-il, a de notre Cérès

CHANT CINQUIÈME. *i3

Deviné l'existence et désigné la place; Mais du quart de Phcebé n'égalant point la masse, Comment cette planète aux plaines de l'Ether Peut-elle balancer et Mars et Jupiter (28^ ? Serait-elle un débris d'une sphère inconnue, A cette même place autrefois suspendue?

Il dit, il cherche, il veille; et le tube allongé, Sur les pas de Cérès constamment dirigé , Lui découvre Pallas , Pallas, astre paisible, Pâle comme Cérès, comme elle imperceptible. Ce n'est pas toutencor; Vesta sur son autel (29^ Rallume un chaste feu désormais immortel , Et la fière Junon pour Harding s'est montrée.

Nouvelles déités de la sphère éthérée, Parlez , que venez-vous enseigner aux humains ? Laissez-vous contempler, dites-nous vos destins; Notre œil vous suit à peine en votre route obscure, Et déjà le calcul vous pèse et vous mesure : A ses efforts savants ne vous dérobez pas. Est-il vrai qu'un degré qui s'enfuit sous nos pas

2j4 L'ASTRONOMIE.

De vos pôles entre eux égale la distance ? Des mondes tels que vous le nombre est-il immense? En vous tout semble égal, vitesse, orbes, pâleur : Sœurs d'un âge pareil, de pareille grandeur, Sortîtes-vous ainsi d'entre les mains divines ? D'un monde qui n'est plus ètes-vous les ruines?

W PAGE l86, VERS l3.

De Mercure en trois mois la course est terminée, etc. Et l'antique Uranus

La durée des révolutions sidérales des planètes et leur distance moyenne au soleil , celle de la terre étant prise pour l'unité, sont :

Temps des révolutions. Distances a la terre.

Pour Mercure Vénus . .

La terre Mars. . .

Vesta. . . Junon. .

Cérès. . .

Pallas . .

Jupiter .

Saturne.

Uranus.

Jours. Mètres.

87,969 et de 0,387.

3o688,7i3 ig,i83.

Telles sont les distances des planètes au soleil. Si de là on voulait passer aux distances des différentes étoiles, même des plus rapprochées , on tomberait dans des chiffres d'une longueur si démesurée, qu'ils ne représenteraient plus rien à l'esprit; pour faire concevoir ces grandeurs qui n'ont pas de modèle dans notre nature et que notre imagination se refuse à embrasser, un auteur nommé Antide Janvier s'est servi d'une comparaison fort ingénieuse que voici :

« Qu'on se représente , dit-il , le soleil comme un globe de 10 pouces ou 120 lignes de diamètre, placé au milieu du grand bassin circulaire des Tuileries. La planète de Mercure sera représentée par un globe de o1- 4382, circulant autour de lui à la distance de 34 p- , Vénus, Mars, etc., ainsi qu'il suit :

Planète. Diam. du globe. Dist. ad soleil.

Mercure , Vénus ,

j dans le bassin.

Terre ,

Lune ,

Mars,

sur le groupe d'Enée , un peu en-deçà.

Vesta,

Junon ,

sur la statue de Jules-

Cérès ,

César.

Pallas,

Jupiter ,

au-delà duLaocoon.

Saturne ,

au Centaure.

Uranus ,

à la grille du p. tournant.

Il résulte de ce tableau que Vénus et Mercure seraient renfermés dans le bassin des Tuileries; la Terre, la Lune, Vesta, Junon, Cérès, Pallas et Jupiter, dans l'enceinte du jardin, entre les grilles latérales et la façade du palais;

Uranus à une distance répondant à peu-près à l'endroit qu'occupe la grille du pont tournant. En observant ces proportions, si on veut connaître la place qu'occuperait l'étoile la plus rapprochée du soleil, on trouve qu'en lui supposant une parallaxe de 8", il faut l'aller porter à Marseille. Que serait-ce si nous supposions la parallaxe de i" ? Cette hypothèse reculerait l'étoile la plus voisine de 67/» lieues mesurées sur notre échelle, et de i349 lieues environ, si on supposait la parallaxe de 1". Faut-il s'étonner si la science est réduite jusqu'ici à des conjectures sur le diamètre des étoiles? Notre système solaire tout entier, dans l'hypothèse d'une parallaxe de 8", est en grandeur, pour les étoiles fixes les plus rapprochées, ce que serait un cercle de 17 10 pieds de rayon, à un cercle concentrique de 2, 3o 1,264 pieds.

M PAGE l88 , VERS I.

Aux sept astres formant le nombre du mystère....

Le nombre sept était regardé comme sacre à cause des sept planètes : on élevait sept autels, on immolait sept victimes , etc. ( Dict. de la fab. de Noël ). On ne saurait croire combien chez les anciens et chez les modernes on avait imaginé de raisons pour établir que le nombre des planètes ne pouvait être que de sept, ni plus ni moins. La découverte des quatre lunes de Jupiter par Galilée , d'un satellite de Saturne par Huyghens, etc., vinrent déranger ce système.

(3) PAGE l88 , VERS l4-

Tourne ( le soleil) quatorze fois sur son axe* rapide , Tandis que , etc

La révolution du soleil sur lui-même s'accomplit en a5 jours et demi environ.

aao NOTES

La durée de la rotation des planètes est :

Pour Mercure de. . . . i jour.

Vénus o, 973.

La terre o, 997.

Mars 1, 027.

Jupiter o, 41/,.

Saturne o, ^18.

« Il est assez remarquable que cette durée soit à peu près la même et au-dessous d'un demi-jour pour les deux grosses planètes, tandis que les planètes qui leur sont inférieures tournent toutes sur elles-mêmes dans l'intervalle d'un jour à fort peu près. »

Vaxe du soleil. . . . exactement 109,93 fois le nôtre; sa distance moyenne exactement 34,522,339 lieues de 2280 toises, ou 24096 rayons terrestres de i432 lieues 7/10.

L'orbite solaire est une ellipse dont le centre de la terre occupe un des foyers. L'ellipse solaiie est peu différente d'un cercle ; car l'excès de la plus grande sur la moyenne distance du soleil à la terre, n'est que de 168 dix millièmes de cette distance.

La masse de la terre est à celle du soleil comme 1 est à 354,936.

Le volume du soleil est 1,328,460 fois celui de la terre.

(4) page 190 , vers 8.

Soleil, hâte ta course

Phœfie pater, medio cessas quid lentus Olympe- ? Quid cohibes tardos frœno remorante jugalesp Urf;e, at,re , fac céleri decurrant sœcula gressu ; Fac cilius miseris fugiat mortalibusœtas.

( Éclipses de Boscovvich , cli. 4.)

DU CINQUIEME CHANT. -ii\

Que , tille du soleil , elle tourne avec lui (tache du soleil).

« On observe souvent sur le disque du soleil des taches noires d'une forme irrégulière qui traversent sa surface dans l'espace de quelques jours. Leur nombre, leur position, leur grandeur, sont extrêmement variables. On en a vu qui, par l'espace qu'elles occupaient sur le diamètre apparent du soleil , devaient être cinq ou six fois plus larges que la terre entière... Chaque tache noire est ordinairement environnée d'une pénombre, autour de laquelle on remarque une bordure de lumière, plus brillante que le reste du soleil. Quelquefois on aperçoit d'abord des nuages lumineux sur le bore' du disque, sans voir de taches à leur centre. Mais à mesure qu'ils s'avancent, les taches commencent à se former, ou du moins à devenir visibles, et ce phénomène est assez constant pour qu'on puisse prévoir par-là leur apparition. Lorsque les taches commencent à paraître sur le bord du soleil, elles ressemblent à un trait délié. Peu à peu leur grandeur apparente augmente , à mesure qu'elles s'avancent vers le milieu du disque; ensuite elles diminuent par les mêmes périodes et finissent par disparaître entièrement... Ces accroissements et ces diminutions s'expliquent facilement, si l'on suppose les taches adhérentes à la surface arrondie du soleil ; car alors le seul mouvement de rotation doit nous les faire apercevoir sous divers degrés d'obliquité et de grandeur... Lorsqu'on a observé avec soin une même tache, pendant tout le temps qu'elle emploie à traverser le disque du soleil, ce qui demande environ 14 jours, si l'on est assez heureux pour qu'elle dure, on la revoit encore après un intervalle de temps à peu près égal; mais elle se trouve sur le bord du soleil opposé à celui où elle a disparu. Cette marche révolutive est commune à toutes les taches... Il y a des années où on n'en voit aucunes, d'autres où elles sont très-

fréquentes... La durée de leur révolution est la même; elles emploient toutes environ 27 jours -j^- pour revenir à la même position apparente sur le disque du soleil... Ces phénomènes ont conduit M. Herschel à penser que le corps du soleil est un noyau solide et obscur, environné d'une immense atmosphère, presque toujours remplie de nuages lumineux... qui s'entr'ouvrant quelquefois, nous découvrent le noyau obscur, de même que du haut de nos montagnes on peut quelquefois, à travers les interstices des nuages, découvrir le fond des vallées;... et qu'il existe aussi à la surface du soleil des montagnes très-hautes, dont les sommets paraissant par intervalles au-dessus de la matière lumineuse, nous offrent l'apparence de taches noires... En supposant, avec l'auteur de la Mécanique céleste ( qui a déclaré que la nature des taches est encore ignorée), que le corps même du soleil est embrasé, les taches pourraient être des cavités profondes d'où sortiraient par intervalles de vastes éruptions de feux faiblement représentées par les volcans terrestres. »

(Traité élém. d'astr. physique, par M. Riot, I. a, ch. i3.)

Cette lumière enfin , etc

« Les modernes se sont partagés entre deux systèmes , i° de l'émanation, suivant lequel le soleil lance effectivement une matière lumineuse; i° des ondulations, où, l'espace étant regardé comme rempli d'une substance très-rare et éminemment élastique, qu'ils nomment éther, cet éther, par des mouvements vibratoires qu'il transmet fort rapidement , produit sur l'œil la sensation de la lumière , comme les vibrations de l'air produisent dans l'oreille le phénomène du son. »

( Astr. rlément. de Quetri.et. )

DU CINQUIÈME CHANT. aa3

M. Delambre remarque que le système des ondes, dû à Huyghens , a été adopté par Euler et par quelques physiciens , mais n'a pas encore été suffisamment développé , et qu'en général, les géomètres étaient du sentiment de Newton pour l'émission en ligne droite, qui se prête mieux à l'explication générale des phénomènes.

( L'erreur) faisait vers l'equinoxe avancer les étoiles.

« Comme les étoiles ont un mouvement progressif de longitude , ou plutôt que les points équinoxiaux rétrogradent continuellement à l'égard des étoiles et des constellations, il en résultait que les levers de ces étoiles retardaient dans le cours de Tannée solaire, et que les points des équinoxes et des solstices répondaient à différents degrés des constellations. Ces changements deviennent sensibles au bout de quelques années. »

( Baux y , Hist. de l'astr. anc. , 1. 7 , § 6. )

(8) page ig4>VERS 18.

Suivent les corps errants dans leur route sans trace.

Il n'est pas étonnant que l'ellipticité des orbes planétaires ait échappé à tous les astronomes jusqu'au temps de Kepler, qui fut conduit à cette découverte par le calcul plutôt que par l'observation. Toutes les orbites des planètes sont allongées, mais d'une si petite quantité, que pour Mercure, qui décrit l'ellipse la plus excentrique, la différence du grand axe au petit n'est que de-^-; pour Mars, elle est de 4v3-s; pour les autres planètes, encore moindre.

ii[\ NOTES

(fi) PAGE I94j VERS 20.

L'invisible pouvoir qui fait le mouvement Sur des points inégaux agit diversement..

« Cette protubérance de la terre à l'équateur est comme une ceinture dont elle est enveloppée.... Newton conçut que la terre ainsi figurée ne devait plus éprouver la même attraction des corps célestes; elle n'est plus un globe dont tous les points de la surface sont également éloignés du centre; elle a des parties qui donnent plus de prise et qui doivent être différemment attirées. »

(Bailly, Hist. de l'astr. mod., 1. 12 , § 26. )

« La théorie de l'attraction universelle a fait connaître que le phénomène de la précession des équinoxes est causé par l'attraction de la lune et du soleil sur le sphéroïde aplani de la terre. Cette attraction étant inégale sur les diverses portions du sphéroïde, à cause de l'aplatissement , détourne continuellement la place de l'équateur terrestre de sa direction , et le force de rétrograder sur l'écliptique. Si la terre était sphérique, cet effet n'aurait pas lieu, il n'y aurait point de précession. »

( Traité élémentaire d'astr. physique , par M. Biot, 1. 2 , ch. 5. )

Le globe qui nous suit Sollicite et retient l'astre qui le conduit.

Euler est le premier qui ait fait voir que l'attraction des planètes sur la terre devait produire cet effet. — «. La pré-

cession des équinoxes, qui est de 5o'' par an, est produite par l'attraction du soleil et de la lune sur la partie de la terre que l'on conçoit relevée vers l'équateur du sphéroïde. De ces 5o secondes, il y en a au moins 36 qui sont produites par l'action seule de la lune. »

( Astr. de Lalandk , 1. ifi et 17. )

(") PAGE ipS, VERS 20.

L'écliptique descend ; quelques siècles encor Le char prendra sa course, et la reine du Nord.

« La théorie de l'attraction a prouvé que l'attraction tics diverses planètes qui composent notre système, doit nécessairement déplacer peu à peu le plan de l'écliptique dans le ciel, et diminuer son inclinaison sur l'équateur d'une quantité à peu près égale à 160", 83 par siècle. . . et que cette diminution d'obliquité ne sera pas toujours progressive. Il arrivera un temps où ce mouvement commencera à se ralentir, puis cessera entièrement, et alors l'obliquité de l'écliptique sur l'équateur paraîtra constante; après quoi, le déplacement de ce plan recommencera en sens contraire. »

(Traité élément, d'ast. phys. par M. Riot, 1. 2, ch. 5. )

«L'obliquité de l'écliptique était, il y a 2000 ans, d'environ il\ degrés; elle n'est plus aujourd'hui que de 23' 28" et diminue d'environ 1' tous les cent ans. » (Lalande, astr. 1. 1.) Suivant M. de Laplace , l'étendue entière des variations de son inclinaison ne peut pas excéder 3 degrés.

Autrefois l'étoile qui forme l'extrémité de la queue de la petite Ourse était assez loin du point invisible où se trouve

le pôle; elle en est la plus voisine depuis 400 ans, s'en rapprochera encore jusque vers l'an 2io3, puis s'en éloignera pour reprendre successivement les mêmes positions dans une révolution de 25o,8o ans. Deux autres étoiles, Alpha du Dragon et Beta de la petite Ourse, parviennent aussi tour à tour à la proximité du pôle.

(") PAGE 196, VERS l6.

Ce que sut le premier expliquer d'Alembert.

«Ce grand géomètre a déterminé le premier par une trèsbelle méthode les mouvements de l'axe de la terre. . . et fait connaître les vraies dimensions de la petite ellipse que décrit le pôle de la terre. »

( Exposition du système du monde, liv. 4 , ch. i3. )

(l3) PAGE 197, VERS l4-

De l'été, de l'hiver annonçaient le solstice.

« Environ 25oo ans avant notre ère, quatre belles étoiles semblaient avoir été placées par la nature pour fixer les limites des saisons, ou les divisions des signes de trois en trois, aux points équinoxiaux et solsticiaux : toutes quatre de première grandeur et de couleurs différentes, deux par deux. Les unes étaient rouges, les deux autres blanches; et elles se trouvaient en telle opposition, que quand une rouge passait au méridien supérieur, l'autre était sous la terre au milieu de sa course. Les deux rouges étaient dans les signes des équinoxcs de ce temps-là , lesquels étaient le Taureau et le Scorpion. L'une était l'œil du Taureau (Aldébaran) ; l'autre, le

cœur du Scorpion (Antarès ). Toutes deux étaient placées près du coluredes écpiinoxes. . . comme en sentinelles près des deux points qui séparent les longues nuits des longs jours. Les autres répondaient aux signes solsticiaux ou aux limites du mouvement du soleil de haut en bas et de bas en haut. L'une fait partie du Lion et se trouvait située sur le colure même des solstices. C'était le cœur duLion...ouRégulus. La deuxième, placée hors du zodiaque, mais liée au signe du Verseau, auquel répondait le solstice d'hiver, est la belle étoile de l'extrémité de l'eau du Verseau , dite la bouche du poisson et plus connue sous son nom arabe de Fomahaut. » ( Depuis, Orig. des Cultes, 1. 1, p. 116. )

« Qu'il y ait des observations de cette date dans l'antiquité, c'est ce dont il ne semble pas possible de douter. Les Perses disent que quatre belles étoiles ont été établies pour garder les quatre coins du monde ; or, il se rencontre qu'au temps du commencement de l'âge Caliougan, 3ooo ou 3 100 ans avant notre ère, l'œil du Taureau et le cœur du Scorpion étaient précisément dans les équinoxes , le cœur du Lion et le Poisson austral assez près des solstices. »

(Baili/v, traité de l'asti', indienne, dise, préliminaire. )

(l4^ PAGE 198, VERS I.

La barque radieuse.

Chaque peuple a ses usages. Les Grecs faisaient voyager le soleil sur un char ; les Égyptiens le plaçaient dans un bateau.

(l5) page 198, vers 3.

Amnion , le front paré des cornes du Bélier.

« La translation de l'équinoxe est peut-être marquée dans une fête des Égyptiens, où, selon Hérodote, 1. 2, on amenait la statue d'Hercule à celle de Jupiter Ammon , couvert d'une peau de bélier. Cela ne semble-t-il pas signifier que l'équinoxe, représenté d'abord par Hercule, l'était alors par Jupiter Ammon , et avait passé du Taureau dans le Bélier? » ( Baii.lt, Hist. de l'astr. mod. , t. 3 , dise. 5. )

(lf) PAGE 200, VERS 4-

De ces globes brillants les énormes distances

Leur vitesse , leur cours et leurs orbes immenses.

Déjà Lalande, Hcrscbell...

Est-ce lui (Hercule) qui s'avance, ou marebons-nous vers lui?

« Pour les étoiles, non-seulement les diamètres apparents sont insensibles, mais leurs distances angulaires sont invariables, ou presque invariables , même après de longs intervalles de temps ; aucun point de la sphère des fixes ne s'approche donc ou ne s'éloigne de nous, dans cet intervalle, d'une quantité sensible. Ces différences nous conduisent à regarder le soleil , la lune , les planètes , les comètes et la terre , comme une sorte de groupe particulier parmi les autres corps célestes ; c'est ce que l'on nomme notre système planétaire.

« Mais ce repos des étoiles pourrait bien n'être qu'une apparence; car, à cause de leur immense éloignement, il faut qu'elles parcourent de très-grands intervalles avant que nous puissions nous apercevoir qu'elles ont changé de place. Déjà quelques astronomes ont essayé de prouver que les distances angulaires de plusieurs étoiles ont augmenté sensiblement dans une certaine partie du ciel située vers la constellation d'Hercule , et ont diminué dans la partie opposée. Il est donc probable que les premières sont maintenant plus près de nous et les autres plus loin.

« Ces phénomènes prouvent incontestablement (pie la dis tance de la terre aux divers corps célestes ne reste pas tonjours la même; mais ils ne nous apprennent pas si le soleil , les planètes et les étoiles sont réellement en mouvement, la terre étant immobile, ou si la terre en mouvement s'approche et s'éloigne de ces astres. Quelque singulière que cette question paraisse, il n'v a rien dans les observations qui puisse la décider. »

(Traité élément, d'aslr. , phys. par M. Biot, 1. iei, ch. 16. )

Voyez dans l'Astronomie de Lalande, liv. iG, les détails sur les mouvements particuliers de plusieurs étoiles, nommément d'Arcturus et de Thêta de la grande Ourse : leur mouvement est, dit-on, de n secondes par an, ce qui, en les supposant à une distance seulement 400 mille fois plus grande que celle du soleil, correspondrait à un déplacement annuel de i37 millions de lieues; et il y a plusieurs milliers d'années qu'on observe ces étoiles sans que ce mouvement ait été soupçonné.

« Quelques étoiles paraissent avoir des mouvements propres, et il est vraisemblable qu'elles sont toutes en mouvement ainsi que le soleil, qui transporte avec lui dans l'espace le système entier des planètes et des comètes , de même que chaque planète entraîne ses satellites dans son mouvement autour du soleil. »

(Exposition du système du monde, 1. 2 , eh. 2. )

« Le système du soleil et de tout ce qui l'environne est emporté vers la constellation d'Hercule avec une vitesse au moins égale à celle de la terre dans son orbite. Les observations très-précises et très-multipliées, faites à un ou deux siècles d'intervalle, détermineront exactement ce point important et délicat du système du monde. »

( Ibid., 1. 4, ch. i5.)

« Quelques belles étoiles ont change de position dans le

23o NOTES

ciel : ces changements sont légers, mais assez sensibles pour être décisifs. Plusieurs étoiles de l'Aigle, d'Orion, du Lion, ont laissé apercevoir de petits mouvements, mais surtout Arcturus et Sirius, qui se sont avancés et s'avancent encore vers le midi. Ces mouvements n'appartiennent pas à notre globe ; ils seraient communs à la multitude des étoiles ; et puisqu'ils sont différents pour chacune d'elles, ils sont réellement propres à ces étoiles. «

( Bailly, Hist. de l'astr. mod., t. 3, dise. 4. )

L'art mesura son orbe, et l'œil de Gassendi

Sur le front du soleil suivit son vol hardi (de Mercure).

L'ellipse que décrit Mercure est plus excentrique que les orbites des autres planètes : sa masse n'est à celle de la terre que comme 3o, est à 100.

'< Kepler. . . annonça un passage de Mercure sur le soleil pour le 7 novembre 176 1 . . . Gassendi s'était préparé à l'observer. . . Mais le temps fut couvert le 7 novembre. Le soleil parut dans les nuages. . . et la sortie de la planète fut le seul phénomène qu'il put observer avec soin . . . Son observation est cependant la seule dont on ait tiré des conséquences astronomiques. »

( Bailly , Hist. de l'astr. mod. , t. 2. , 1. 3 , § 10. )

O Vénus

On croit que les hautes montagnes de Vénus ont à peu près 17,000 toises d'élévation, c'est-à-dire quatre pu cinq lois plus que celles de la terre.

DU CINQUIEME CHANT. a3i

La révolution de Vénus autour du soleil est de 224, 701 jours, ce qui équivaut à huit fois 28 jours, ou huit mois lunaires.

Il y a des temps où l'éclat de Vénus est tel qu'on la voit en plein jour, à la vue simple l.

« En 1678 et en 1686 , D. Cassini , observant Vénus, vit une lumière qui avait la même phase que la planète : c'était un croissant. Il est certain que si Vénus avait un satellite, nous les verrions l'un et l'autre avec la même phase... Ce satellite , ou du moins cette apparence , a été revue en 1740 par M. Short, Anglais, en 1761 par M. Montagne de Limoges. . . Malgré ces apparitions répétées, les astronomes doutent encore de l'existence de ce satellite, qu'on n'a pu retrouver en le cherchant et qui n'a jamais été offert que par le hasard ; plusieurs sont portés à croire que c'est une illusion d'optique... »

(Bailly, Hist. del'astr. mod. , 1. io,§ 19 et 20.)

M. Le Gentil , parti le 26 mars 1760 , pour aller observer à Pondichéry le passage de Vénus sur le disque du soleil, qui devait avoir lieu le 6 juin 1761 , ne put, par suite des événements de la guerre entre la France et l'Angleterre, observer ce phénomène que de dessus le pont de son vaisseau , et par conséquent très-imparfaitement : son zèle le détermina à attendre dans ces contrées l'autre passage qui devait avoir lieu , huit ans après , le 3 juin 176g. La paix lui permit de se transporter dès 1766, pour son observation, à l'île de Manille; mais il y reçut ordre de retourner à Pondichéry, où un autre malheur lui lit perdre le fruit de dix ans d'attente. « Par une fatalité qui semblait le poursuivre , le temps serein qui avait régné tout le mois de mai, et s'était prolongé jusqu'au 3 juin 1766, cessa le jour même où il en avait le

J Vénus étant une planète inférieure, c'est-à-dire placée plus près du soleil que la terre , nous ne pouvons jamais la voir complètement éclairée.

JL31

plus besoin. Un coup de vent s'éleva de grand matin ; le ciel fut couvert constamment pendant toute la durée du passage de Vénus; il s'éclaircit une demi-heure après. Le reste de la journée et les jours suivants , il fit le plus beau temps du monde; et pour comble de regrets, M. Le Gentil apprit bientôt qu'à Manille, qu'il avait quittée presque malgré lui, le ciel avait été très-favorable. »

( Éloge de M. Le Gentil , par M. le comte de Cassini , iv. )

(,9) PAGE 2û3

Il (Mars) s'arrondit en cercle , il s'allonge en ovale. . . Pins petit que Vénus . . .

Les phases de Mars n'ont pas la forme d'un croissant, mais bien celle d'une ovale plus ou moins allongée. A mesure que les planètes s'éloignent du soleil, les phases doivent paraître moins prononcées.

Son volume est à celui de Vénus, comme i est à 9.

La distance moyenne de Vénus au soleil est de 245966,000 lieues ; celle de Mars, de 62,61 3, 000.

Ses régions polaires, suivant que l'un ou l'autre pôle est frappé des rayons du soleil, réfléchissent une lumière blanche et beaucoup plus vive que celle que nous envoient les autres parties de ce globe ; ce qu'on attribue aux neiges qui couvrent ces régions. Quelques taches de Mars, deux surtout qui forment une espèce de zone autour de ses pôles, augmentant ou diminuant, suivant leur exposition plus ou moins oblique au soleil , peuvent être des amas de glaces, analogues à nos glaces polaires.

Mars a une lumière obscure et rougeâtre, très-prononcée, qui a fait penser qu'il a une atmosphère épaisse et nébuleuse. . . et comme les étoiles , quand elles viennent d'être éclipsées par cette planète, ne reprennent leur éclat qu'après

DU CINQUIEME CHANT. a33

s'en cire éloignées d'une distance égale aux deux tiers de son diamètre, on a conclu que dans tout cet intervalle l'éclat de l'étoile était affaibli par l'atmosphère de Mars, et que cette atmosphère devait avoir mille lieues d'élévation.

Dans les oppositions, la planète est très-brillante; ce phénomène revient après i ans et 5o jours. En août 1719, Mars était à la fois au périhélie et en opposition; son éclat extraordinaire porta l'effroi parmi les ignorants.

(Uranogr.de M. Francoetjr, et Traitéélém.deM. Biot. )

(20) PAGE 2o4, VERS 1.

Tel n'est point Jupiter

L'éclatant est son nom

Jupiter, dont le nom, chez presque tous les peuples de l'antiquité, rappelle l'idée d'éclatant, surpasse par son volume, par sa masse, par son poids, toutes les planètes et tous les satellites ensemble. Homère, qui ne pouvait pas connaître cette vérité, a cependant fourni une image qui en est l'allégorie : a Osez, dit Jupiter, essayer vos forces contre les miennes , suspendez une chaîne d'or à la voûte du ciel , attachez-vous tous, dieux et déesses, à cette chaîne, tous vos efforts réunis ne pourront entraîner sur la terre le moteur et l'arbitre du monde. Moi , si je veux y porter la main, j'enlèverai et la chaîne , et la terre , et les mers ; j'attacherai la chaîne au sommet de l'Olympe , et l'univers entier ne sera qu'un météore suspendu devant moi : tant mon pouvoir surpasse le pouvoir et des hommes et des dieux. »

( Iliade , I. 8 , traducl. de M. Lebrun. )

Son cortège. . . et la sage Métis. . .

Sans cesse à ses regards offrent la même lace. . .

Hébé, la jeunesse; Ganymède, la beauté; Thémis, la justice; Métis, la prudence, sont les noms qu'on a donnés aux quatre satellites de Jupiter. « Métis était une déesse dont les lumières étaient supérieures à celles de tous les autres dieux et de tous les hommes. Jupiter l'épousa, mais ayant appris de l'oracle qu'elle était destinée à être mère d'un fils qui deviendrait le souverain de l'univers , il avala la mère et l'enfant afin d'apprendre le bien et le mal.» (Hésiode) « Ce fut ainsi qu'il conçut Minerve. »

( Dict. de la Fable , par M. Noël. )

Herschell a trouvé que les satellites de Jupiter ( ainsi que la lune et le dernier satellite de Saturne, les seuls dont on ait encore reconnu la rotation) tournent sur eux-mêmes dans un temps égal à la durée de leur révolution autour de leur planète, d'où il résulte qu'ils lui présentent constamment la même face. — Les satellites de Jupiter sont à la terre,

Le ier comme i est à 40.

Le 2e 29, 57.

Le 3e 7, 73.

Le 4e i5, 82.

(22> PAGE 2û5, VERS 5.

Le puissant Jupiter

Sa distance moyenne au soleil est 5 fois 2o3 ni. de celle de la terre.

11 emploie à parcourir les 12 signes du zodiaque 4,332 jours }, ou près de 12 de nos années à faire sa révolution autour du soleil.

goo tours.... exactement, 882 en 365 jours un quart.

Le diamètre de Jupiter étant de 3i,ii8 lieues, ou 11 fois environ celui de la terre , le contour de son equateur est près de 12 fois plus grand que celui de la terre; il roule sur lui-

DU CINQUIÈME CHANT. a35

même en moins de dix de nos heures; il s'ensuit que chaque point de 1 equateur de Jupiter fait dans un temps égal 26 fois plus de chemin qu'un point de l'équateur terrestre, et que cette rapidité de mouvement produit une force centrifuge 68 fois plus grande que celle qu'éprouve la terre. Aucune planète n'a un mouvement de rotation si rapide; aussi son aplatissement (découvert par D. Cassini) est-il plus considérable que dans les autres planètes. « M. Arago a trouvé, par des mesures très-précises, que le diamètre de Jupiter, dans le sens des pôles, est à celui de son equateur, à fort peu près, dans le rapport de 167 à 177. »

( Exposition du système du monde ,Li, ch. 7. )

« Cassini découvrit que la rotation de Jupiter s'accomplit en 9 heures 56 minutes. Le jour y est donc de 5 heures, et la nuit n'y est pas plus longue. L'axe, les pôles dansée mouvement sont presque perpendiculaires à la route que Jupiter trace autour du soleil ; l'équateur de ce globe se confond presque avec son écliptique. . . Il n'y a donc point de vicissitudes dans les saisons. Presque partout les jours sont égaux aux nuits. Mais aussi, quelque peu d'inclinaison que cet equateur ait sur l'écliptique, quand le soleil est une fois au-dessous de son equateur, il y est pour long-temps. . . et la nuit des pôles, au lieu d'être de 6 mois, comme celle de nos pôles, est de six de nos années. »

(Bailly, Hist. de l'astr. mod., t. 2, 1. 8, § 7.)

f23) PAGE 206, VERS l3.

Sur ce disque pourtant des ombres infidèles. . .

On voit à la surface de Jupiter des bandes ou taches qui ceignent le globe de cette planète par zones sensiblement parallèles entre elles et à l'écliptique. Mais les variations sont telles, quant à leur mouvement, à leur mobilité, à leur volume, à leurs apparences plus ou moins obscures ou lu-

mineuses, surtout à leur nombre ( de 8 , ou 7, ou 5, ou d'une seule , le plus souvent de 3 ) , que l'on en est encore réduit à d'ingénieuses conjectures sur la nature de ces étranges phénomènes. Seulement, les retours de plusieurs taches ou points ont suffi pour faire connaître le mouvement de rotation de Jupiter d'occident en orient. Voyez les Mémoires de D. Cassini, les opinions de MM. de Laplace, deLalande, Biot et de M. Thilorier dans son Système universel, et le morceau de Bailly sur les bandes , dans son Discours sur les corps lumineux, où il conclut ainsi: « Cette planète paraît livrée à un bouleversement général ; c'est l'image du chaos des éléments , et d'un premier état de nature. »

Jupiter près de lui retient ses satellites. . .

Le mouvement des satellites de Jupiter est presque circulaire et uniforme. Le plus éloigné n'en est qu'à 27 fois le demi-diamètre de la planète, c'est-à-dire à 27 fois 1 6,5oo lieues. Herschell a remarqué que leur éclat varie, ce qui donne lieu de croire que certaines parties de leur surface réfléchissent plus de lumière que les autres. Le quatrième disparaît quelquefois entièrement.

Les ellipses reviennent,

Pour le premier satellite après 42 heures 48 minutes.

Pour le second , après 85 heures 3 minutes.

Pour le troisième, après 7 jours 4 heures.

Pour le quatrième, après 17 jours.

Ainsi , il y a par mois trente de ces ellipses.

« M. de Laplace, entrant dans la carrière, la parcourut en entier , et chacun de ses pas fut marqué par une découverte. . . Il expliqua toutes les inégalités périodiques. . le* variations des nœuds el celles de l'inclinaison. . . Il deter

mina entre les mouvements moyens et les longitudes des trois premiers de ces satellites un rapport qui lui fournit deux théorèmes élégants qu'on pourrait appeler les lois de Lnplace, comme on a désigne par le nom de lois de Kepler, les trois théorèmes fondamentaux des mouvements elliptiques des planètes. »

( Delambre , rapport sur les progrès des seiences malhem. )

La découverte de la transmission successive de la lumière est due à l'observation des satellites vers les conjonctions de Jupiter, c'est-à-dire lorsque étant au-delà du soleil par rapport à la terre, il se trouve plus loin de nous de tout le diamètre de notre orbite, ou de plus de 6g millions de lieues, les éclipses de ces petits corps retardent sur celles qui ont lieu dans les oppositions de 16' 26", d'où l'on a conclu, et l'observation l'a pleinement confirmé , que la lumière parcourt plus de 4 millions de lieues en une minute , et nous vient du soleil en 8 ' i3''.

La masse de ces quatre petits corps est de 17 , 23 , 88 et 43 millionièmes de la masse de Jupiter.

L'observation de leurs éclipses a aussi fait trouver une méthode simple et assez exacte, et qui manquait aux anciens astronomes pour comparer les distances respectives de Jupiter et du soleil à la terre, et prouver que Jupiter est au moins 5 fois plus loin de nous que le soleil.

Plus grand i5oo fois: exactement 1470 fois que la terre.

Mais de Saturne encor le destin est plus beau. . .

La grosseur de Saturne est de 887 fois celle de la terre. Sa distance au soleil est de 5 fois 53g millièmes celle de la terre.

Il consume 3o ans . . . exactement 29 ans 5 mois ~.

Qu'une faible lumière Vu de Saturne, le soleil doit paraître 90 fois moins grand que vu de la terre.

« Il est vraisemblable que les anneaux (ou cercles) de Saturne sont des zones pareilles, abandonnées par son atmosphère. »

( Exposît. du syst. du monde, 1. 4 , ch. 8. )

« Le diamètre apparent de l'anneau, dans la distance moyenne de la planète , est , d'après les mesures précises de M. Arago, égal à 118", 58. Sa largeur apparente est de 17", 858.» Sa surface n'est pas continue : une bande noire qui lui est concentrique la sépare en deux parties qui paraissent former deux anneaux distincts, dont l'extérieur est moins large que l'intérieur. Plusieurs bandes noires , aperçues par quelques observateurs', semblent même indiquer un plus grand nombre d'anneaux. L'observation de quelque point brillant de l'anneau a fait connaître à Herschel sa rotation d'occident en orient, dans une période de oJ,437 , autour d'un axe perpendiculaire à son plan et passant par le centre de Saturne. »

(Exposit. du syst. du monde, 1. 1, ch. 8.)

La largeur du cercle extérieur est de 2>43o, lieues.

Celle du cercle intérieur est de 6,54 1

Ils sont séparés l'un de l'autre par un espace de 0,682

La distance du bord intérieur du petit cercle à la surface de Saturne est égale au tiers du diamètre de la planète, c'est-à-dire à. . . 9,645

Le rayon de la planète est de „ 14,468

Ainsi le rayon de la circonférence extérieure

du grand cercle est de 33,775 lieues.

C'est vingt-deux fois le rayon de la terre.

L'épaisseur est d'à peu près quinze cents lieues, c'est-àdire égale au rayon terrestre; mais elle décroît en s'éloignaut du centre.

(j6) PAGE 2IO, VERS 8.

Et que l'ingratitude a nommée Uranus . . .

L'auteur de sa découverte avait donné à la nouvelle planète le nom d'astre de Georges , pour témoigner sa reconnaissance au roi Georges III. Lalande lui donna celui d'IIerschell ; mais les Allemands se sont obstinés à l'appeler Uranus, et ce nom a prévalu.

La distance d'Uranus au soleil est à celle qui sépare Saturne du même astre dans le rapport de 19,183 à 9,539 { .

La lumière du soleil ne parvient à Uranus qu'en 2 heures 3/4.

80 fois. . . Uranus surpasse la terre exactement 77 fois.

MM. de Laplace, Delambre et Bouvard ont déterminé l'orbite d'Uranus , son ellipticité et les perturbations que cette planète doit éprouver par l'influence de Jupiter et de Saturne.

L'Académie des sciences ayant proposé pour sujet de prix la théorie d'Uranus, ce prix fut remporté par M. Delambre en 1790. Il compara pendant trois ans ses tables avec le ciel, et dans cet intervalle , la différence entre le calcul et l'observation ne se trouva que de sept secondes. Trente ans d'observations qu'on a faites depuis ce beau travail, n'ont donné lieu à aucune correction sensible.

M. Bouvard a donné des tables de Jupiter, de Saturne et d'Uranus.

Cérès, de la Sicile antique protectrice. . .

M. Piazzi aperçut, le ier janvier 1801, une étoile inconnue; il y reconnut un mouvement, et soupçonna une planète nouvelle... Mais bientôt une maladie grave , causée par

24o NOTES

un travail excessif, manqua de faire périr l'astronome avec sa découverte. Quand il fut rétabli ,1a planète, qu'il nomma depuis Cérès ( par allusion à la déesse de la Sicile , et qu'il surnomma Ferdinandea pour rappeler que cet astre avait été découvert sous le règne de son roi Ferdinand IV ) , avait disparu dans les rayons du soleil. Cette planète , presque imperceptible, et dont l'orbite n'avait pu encore être bien déterminé, était très-difficile à retrouver. . . Tous les astronomes étaient à sa recherche. MM. Olbers et de Zach l'aperçurent enfin à peu près dans le même temps , un an après sa première observation.

Peut-elle (Cérès) balancer et Mars et Jupiter?. . . Pallas , astre paisible.

« Kepler avait soupçonné l'existence de deux planètes , l'une entre Mars et Jupiter , l'autre entre Mercure et Vénus... Cérès se trouve à peu près à la place où les idées de Kepler indiquaient une planète inconnue. Cette espèce de prédiction ne fut accueillie qu'en Allemagne, où l'on forma un plan méthodique pour découvrir la planète de Kepler. . . M. Piazzi l'avait trouvée en cherchant autre chose : cette rencontre inespérée ramena plus fortement à l'idée de Kepler. . . On fut obligé de renoncer au rapport qu'il avait cru entrevoir dans les distances des planètes au soleil ... Ce fut en recherchant Cérès, que M. Olbers aperçut une nouvelle planète , qu'il nomma Pallas. Cette planète est encore plus petite que Cérès , et chose beaucoup plus extraordinaire, elle fait sa révolution dans un temps égal, et par conséquent à même distance du soleil. Ces deux circonstances réunies lui firent soupçonner que ces deux planètes imperceptibles et hors de toute proportion avec lés planètes connues, devaient être des fragments d'une ancienne pla-

iL\\

nète de grosseur ordinaire, et qu'une cause inconnue avait pu diviser eu différents morceaux, qui auraient continué de se mouvoir avec la même vitesse et à la même distance. . . idée au moins fort ingénieuse. . . et qui a été suivie de recherches pénibles et heureuses. »

( Delambre, Rapport sur le progrès des sciences math. )

Les astronomes allemands ont remarqué que la distance moyenne des planètes au soleil (la terre étant prise pour unité ) suivait la progression des multiples de 3 en les doublant toujours, ainsi qu'il suit :

Mercure , 4

mètr. lieues , du soleil.

387 ou i3,36i,ooo

Vénus ,

4 + 3 ou

La terre,

34,5i5,ooo

Mars ,

52,6i3,ooo

Vesta ,

Junon ,

g2,o5i,5oo

Pallas,

Cérès ,

Jupiter,

Saturne ,

Herschel ,

ig,i83

L'accord de cette formule avec les mesures reconnues est fort singulier, mais rien n'explique la cause de ce rapport; la lacune qui existait dans la progression ci-dessus entre Mars et Jupiter, s'est trouvée remplie par la découverte des 4 petites planètes. (Extrait du même Rapport.)

Et la fière Junon

(29) PAGE 21 3, VERS ll-l^.

. . . Vesta , sur son autel . .

ifc NOTES.

M. Olbers a découvert Pallas en 1802, et Vesta en 1807.

M. Harding a découvert Junon en i8o3. — On dit que le diamètre de Junon n'est que de a5 lieues. "Vesta paraît encore plus petite. Cérès et Pallas sont plus grandes. — Ces planètes n'ont pas encore été observées pendant assez longtemps pour être bien connues.

Cljant Sirième.

La terre ; sa forme. — Voyage des académiciens à l'équateur. — La Condamine. — Voyage sous le cercle polaire. — La Caille , au cap de Bonne- Espérance; constellations de l'hémisphère austral nommées par lui. — La pesanteur. — La lune; ses phases et ses nœuds; ses particularités. Elle présente toujours la même face à la terre. Elle n'a point d'atmosphère. Ses taches. — Phénomène des marées. — Phénomène de la réfraction. — Mesure de l'arc du méridien par les astronomes français. — Les comètes : terreurs qu'elles ont inspirées. — Etoiles multiples, changeantes, nébuleuses. — Epilogue.

CHANT SIXIExME.

Après un long voyage aux limites du monde , Après avoir erré sur l'abîme de l'onde, Parmi les noirs écueils et les flots étonnés, Que la carène encor n'avait point sillonnés, Quand du haut de ce mât d'où s'agrandit la vue , Par un agile enfant la terre est aperçue; Ah ! que le voyageur entend avec transport Le cri victorieux qui lui promet le port! Terre! terre! féconde et sage bienfaitrice , Toujours l'homme t'implore, et ta bonté propice L'accueille, le nourrit, le porte , et dans ton sein, Lorsque tout l'a quitté, tu le reçois enfin.

Donne , donne un asile à ma nef imprudente , Qu'égarèrent les feux d'une route brillante ; Laisse-moi, descendu de la voûte des cieux, Contempler à loisir tes destins glorieux : Ton globe n'est qu'un point dans la sphère infinie , Mais son noble habitant fut doué de génie : Eh ! parmi tous ces corps lumineux , éclairés , Brûlants ou refroidis, attirants, attirés, Planètes ou soleils, comètes, satellites, Qu'importent les grandeurs ? qu'importent les limites? Ces mondes et le tien, sur leur axe agités, Roulent inaperçus dans cette immensité.

Plus grande que Vénus , que Mars et que Mercure , Ceins ton front de forêts , pare-toi de verdure ; Que l'automne et l'été , variant leurs couleurs, Répandent sur ton sein et les fruits et les fleurs , Doux charme des saisons , variété féconde , Qu'ignore Jupiter aux limites du monde. Et vous , de cette terre enfants industrieux , Qui cultivez son sein, qui lisez dans ces cieux,

Mesurez sa grandeur du pôle à cette zone Qu'enferme le tropique, et parcourt l'Amazone.

Oh! du génie humain succès toujours croissants! Colomb ajoute au monde, et Galilée aux sens ; L'un agrandit la terre et l'autre l'Empyrée : Herschel peuple de feux cette voûte azurée , Et Copernic, Kepler, Newton, à tous ces corps Marquent leur rang, leurs lois, leur force et leurs rapports.

A ces lois, cependant, du globe de Cybèle L'essor capricieux parut long-temps rebelle ; Les sages qu'en son vol Newton sut devancer Sur ses vastes calculs n'oseraient prononcer. Ils hésitent, leur art à la planète obscure Demande vainement sa forme , sa mesure ; Picard et Cassini la cherchent, et leur main Ouvre et ferme vingt fois le compas incertain. « Sortons, sortons du doute, a dit La Condamine: « Mesurons les degrés que le pôle domine ; « Partageons-nous la terre, allons sous lequateur , « Le pendule à la main, juger la pesanteur.

a48 L'ASTRONOMIE.

« Que sa marche révèle à la vue attentive

« Du centre plus distant la force moins active. »

Il dit, il part: Godin , Bouguer, vont sur ses pas

Chez les fils du soleil affronter les frimas ;

La neige est sous leurs pieds, la flamme est sur leurs tètes;

Les Andes les verront, défiant les tempêtes,

Elever leurs signaux sur les rochers déserts,

Et soumettre au compas le nouvel univers.

Hélion a neuf fois , sur ces rives sauvages ,

Traversant l'équateur, ramené les orages ;

Neuf fois il a revu, de leurs tubes armés,

Ces enfants de l'Europe à leur tâche animés.

Quels périls lasseraient leurs efforts, leur constance?

Sur un mont où le feu s'ouvrit un gouffre immense,

La Condamine , seul , dans la nuit égaré ,

Hasardait sur la glace un pied mal assuré.

Point de guide au ciel même, et la mort l'environne :

Le sentier est glissant, le cratère bouillonne :

Partout le précipice , et , dans ce lieu d'horreur ,

Aucun asile au loin ne s'offre à son malheur

Il se sent pénétré par l'humide nuage ; Le givre à coups pressés sillonne son visage ; La flamme tour à tour vient éblouir ses yeux, Retombe au fond du gouffre ou s'éteint dans les cieux , Et le laisse éperdu dans l'horreur des ténèbres. Adieu France, famille, amis chers et célèbres : Oh! qu'un trépas stérile est amer loin de vous ! Daignez, daignez sur lui jeter un œil plus doux, Cieux , qui fûtes toujours son étude chérie ; Sciences qu'il servit, postérité, patrie, A ce Pline nouveau luttant contre la mort Donnerez-vous des pleurs, apprendrez-vous son sort? Dieux! quevois-je? perçant les ombres redoutables. Des gémeaux fabuleux les astres secourables Brillent à l'orient: « Voilà, voilà Castor, C'est lui, je vois son frère , et c'est ici le nord. Le nord : de ce côté la pente est moins perfide. » Il dit, marche à pas lents, suit l'astre qui le guide; Et le soleil enfin qui frappe ces sommets Le rend aux compagnons de ses nobles succès (,J.

a5o L'ASTRONOMIE.

Muses, dites leur gloire, et du pôle du monde Qu'à vos chants de triomphe une autre voix réponde! Prenez vos harpes d'or, êtres mystérieux Qui peuplez de Fingal le ciel harmonieux, Et, dédaignant enfin des exploits fantastiques, Bardes , chantez du nord les héros pacifiques ! Voyez-les imprimant sur vos âpres climats L'ineffaçable trait de leurs savants compas. Les prismes du Kittis qui brillent dans la nue, Des angles calculés marquent la cime aiguë. Docile au voyageur, le renne bondissant Dans ces routes sans trace emporte un char glissant; Les fleuves, arrêtés dans leur course rapide, Offrent à la mesure une base solide , Et la toise qui court sur leurs sentiers unis , Se confie au niveau de ces flots aplanis (2). Que des pins renversés les tiges résineuses S'élèvent en brasier sur ces rives neigeuses , Et de l'homme engourdi protégeant le repos, Que la flamme pétille où murmuraient les eaux.

CHANT SIXIEME. a5i

II faut qu'incessamment de la voûte de glace Le fer à coups pressés brise et perce la masse, Pour tirer d'une source épuisée à l'instant Le liquide trompeur qui se gèle en sortant. La vie est un combat dans ces tristes contrées, Mais l'art a su dompter ces monts hyperborées. Du degré qui s'allonge en fuyant l'équateur La courbe se revêle à l'œil observateur. Le marbre en redira la grandeur véritable; Et là, sur les confins de la terre habitable, Restent gravés ces noms à la gloire promis , Lemonier, Le Camus , Clairault et Maupertuis.

Uranie a parlé , que Neptune réponde; Sous la voile de Cook lancés autour du monde , Que d'autres voyageurs, non moins audacieux, De tous les points du globe interrogent les cieux. Élèves de la France, enfants de l'Angleterre, Pingre, Chappe, Masson , dispersés sur la terre, Allez, allez, armés d'un magique instrument, Aux deux pôles, au Gange, épier le moment

Où Vénus du soleil franchira l'orbe immense, Et surprendre à ce dieu l'aveu de sa distance (î). Sur le mont qu'autrefois gardait Adamastor La Caille vient s'asseoir loin du flambeau du nord : Dans le ciel peu connu qui brille sur sa tète Dix mille astres comptés deviennent sa conquête. 11 divise à son gré ces vastes régions. Législateur, par lui les constellations Consacrent les travaux de la docte Uranie, Les instruments des arts, les bienfaits du génie. Tel que l'homme nouveau qui nomma dans Éden Les êtres habitants du céleste jardin, Puissant nomenclateur du nouvel hémisphère, L'astronome a peuplé l'Olympe qui l'éclairé. Il dispose, il ordonne, il place dans les cieux w Le triangle, autrefois signe mystérieux, Le burin patient, la palette brillante, Le ciseau consacré par les dieux qu'il enfante , L'équerre et son niveau, la règle et le compas Qui marche en pivotant et mesure ses pas,

La pompe d'où l'air finit pour produire le vide,

Et l'aiguille soumise au pôle qui la guide.

Là le fourneau d'Hermès fond les métaux ardents,

Le pendule animé compte ici les instants.

Du ciel le télescope a conquis les royaumes ,

Et le verre puissant donne un corps aux atomes.

Un jour, lorsque le temps dans un long avenir Aura détruit nos arts et notre souvenir, Lisant ces mêmes noms, écrits à cette place, L'homme dira sans doute : Oui , je revois les traces Des antiques travaux, et du ciel les deux parts; Leur contraste éloquent l'atteste à nos regards : Sous les astres du nord les peuplades sauvages Ne virent dans ces feux que bizarres images , Des ourses , des dragons, des monstres fabuleux, Tandis qu'à son génie associant les dieux, Le midi , plus savant, confiait aux cieux mêmes Des arts qu'il inventa les fidèles emblèmes.

Hélas! quand à nos yeux s'offrent des monuments. Telle est souvent Terreur de nos vains jugements;

s54 L'ASTRONOMIE.

Par les siècles guidé, l'homme pourra sans doute Prendre un vol plus heureux vers la céleste voûte, Et connaître , éclairé par des arts plus puissants , Des secrets jusqu'alors interdits à nos sens. Mais , heureux d'agrandir son illustre héritage , Il n'aura point le droit de mépriser notre âge , Qui, bienfaiteur aussi de la postérité, A sur l'expérience assis la vérité.

De ce qu'il a fondé l'avenir doit s'instruire, Il y peut ajouter, mais n'y peut rien détruire.

Oui, la terre accomplit dans un ordre constant Autour d'un point central ses lois , son mouvement ; Chaque astre voyageur va roulant sur lui-même, Et le soleil réside au centre du système , Il est le souverain , l'ame de tous ces corps , Dont l'art a calculé la marche, les rapports, Comparé la grandeur, mesuré les distances, Et tracé dans les cieux les orbites immenses.

Lorsqu'au signal soudain d'une puissante voix La matière se mut pour la première fois ,

Par un ordre éternel, deux forces différentes Fixèrent les destins des planètes errantes ; En mille sens divers tous les globes lancés Allaient fuir dans le vide, incessamment poussés , Sans jamais s'écarter de leur route première, Sans atteindre jamais la fin de leur carrière; Si par une autre force en limitant leur cours , Un centre plus puissant ne les fixait toujours. Par ce double pouvoir lancée et retenue , Chaque sphère poursuit son orbite connue : Tout se meut, rien ne change et ne peut s'arrêter.

Affranchis de la loi qui les fait graviter , Les mondes dispersés se perdraient dans l'espace ; Que la pesanteur seule agisse sur leur masse , Les gardes de Saturne et ceux de Jupiter Roulent précipités des voûtes de l'Éther; La lune , s'échappant de sa route brillante , Vient tomber en éclats sur la terre tremblante ; Enfin, sur le soleil s'écroulent Uranus, Ces mondes loin de lui si long-temps retenus;

a56 L'ASTRONOMIE.

La terre, Jupiter, la comète elle-même, Les soleils l'un sur l'autre avec tout leur système, Vont former, des débris de tant d'astres divers, Une masse immobile au sein de l'univers. Rassurez-vous, mortels, le mouvement des sphères, Leur ordre est maintenu par deux forces contraires.

Mais quel bras imprima le premier mouvement A ces corps que leur centre attire incessamment? Quelle cause produit cet attrait invisible Qu'éprouve de si loin la matière insensible ? Quel contraire pouvoir en agitant ces corps Les fait fuir de leur centre et les chasse au dehors? L'homme interroge en vain et le ciel et la terre : Newton a dit les lois, la cause est un mystère.

Le caillou que ma fronde a long-temps agité S'échappe vers les cieux, malgré la gravité; Il m' obéit encor, déjà loin de ma vue: Ma force qui le suit le soutient dans la nue; L'air s'ouvre devant lui par mon bras refoulé : I^ pierre inerte monte au séjour étoile;

Mais son ardeur s'épuise à vaincre Je fluide,

L'obstacle rallentit son essor moins rapide,

Et de la pesanteur l'invincible pouvoir

Le ramène à mes pieds pour ne plus se mouvoir.

Cette force, non loin de l'heureuse Cybèle, Captive incessamment sa compagne fidèle.

Commence-t-elle à croître ? un filet argenté Se courbe à l'occident que Phébus a quitté. Est-elle en son décours? arrondi vers l'aurore, Son croissant fuit le dieu qui la poursuit encore. La pointe de ses dards menace tour à tour L'espace que le ciel oppose aux traits du jour. De sept nuits en sept nuits, plus brillant ou plus sombre, Son disque se dégage ou se plonge dans l'ombre , Se dévoile à demi , s'arrondit par degrés , Et disparaît enfin dans les cieux azurés. Sur l'orbe du soleil sa marche est inclinée. Mais avant d'accomplir sa dix-neuvième année , Coupant sur tous les points le zodiaque ardent,

Son char qui le parcourt a gagné l'occident.

a58 L'ASTRONOMIE.

C'est non loin de ces nœuds, où dans sa route oblique Le globe de Phébé divise l'écliptique, Qu'elle ose du soleil nous dérober les feux, Ou le rend à la terre, et se cache à tous deux : Quatre lustres ont vu ses courses incertaines, Et le ciel reproduit les mêmes phénomènes.

Par ces nœuds inconstants, ses caprices divers, Phébé semblait braver les lois de l'univers : Laplace l'a soumise, et la sphère infinie Obéit tout entière au sceptre du génie. Notre terre en grosseur passe cinquante fois L'astre dont le croissant nous ramène les mois : En vain il voudrait fuir; à sa distance extrême La terre l'atteindrait en dix tours sur soi-même.

La fille de Latone au visage si doux Va roulant à la fois sur son axe et sur nous. Ses révolutions qu'un temps égal opère, Fixent toujours nos yeux sur le même hémisphère, Et du globr paisible, à notre sort lié, L'œil humain ne peut voir qu'une seule moitié ;

CHANT SIXIÈME. s59

L'autre face, sans cesse évitant notre vue,

Ne connaît point la terre et lui reste inconnue.

D'hémisphères gémeaux ô bizarres destins !

L'un obscur, effleuré de quelques feux lointains,

Suit un guide invisible en sa marche tracée ,

Sans savoir que la terre est près de lui placée.

Pendant ses longues nuits, si lentes dans leur cours ,

Egales en durée à quinze de nos jours,

Il roule enveloppé de ténèbres profondes.

Pour lui plus de flambeau dans l'abîme des mondes

Jusqu'au jour qui lui rend son maître couronné.

Cependant que vers nous sans cesse ramené ,

L'autre voit dans les nuits briller un orbe immense.

Qui du soleil jaloux fait oublier l'absence.

Que dis-je, pour jouir d'un spectacle si beau ,

Pour admirer aux cieux le terrestre flambeau ,

Cette lune , qu'on dit par la glace envahie,

Conserve-t-elle encor quelques restes de vie?

Nous contemplons son disque, image du chaos,

Et ces mers où jamais ne s'agitent les flots,

u6o L'ASTRONOMIE.

Et les gouffres profonds qui creusent ses campagnes:

Rien ne s'y meut que l'ombre au pied de ses montagnes.

*Men n'y change, tout dort : quelques points lumineux

De volcans non éteints semblent les derniers feux.

Mais autour de ce globe il n'est point d'atmosphère ,

Qui brise les rayons du soleil qui l'éclairé.

Jamais sur ces déserts un nuage flottant

Ne promène à nos yeux une ombre d'un instant;

Et l'art a pu graver les fidèles images

De sa face immuable et de ses froides plages.

Que la reconnaissance y consacre à jamais

Ces noms qu'ont illustrés de sublimes bienfaits:

Ptolémée, Archimède, Eudoxe, Eratosthènes,

Kepler, vous avez droit aux célestes domaines;

Gassendi, Copernic, Ticho , noms glorieux,

Phébé s'honorera de vous redire aux cieux ^\

Et toi , dont la nature occupa le génie, Pline , monte à la place où t'appelle Uranie ; La mer te révéla, pour prix de tes travaux, Le pouvoir inconnu qui tourmente ses flots,

CHANT SIXIEME. ^6r

Et, devançant Newton, de ce grand phénomène Tu demandais la cause au ciel qui le ramène. La marche de Phébé , la colère des mers, Fixent l'œil attentif sur leurs rapports divers. La lune vient d'atteindre au haut de sa carrière, Déjà l'Océan gronde et franchit sa barrière ; Elle fuit, il s'apaise; elle se rallentit, Le flot séditieux l'attend et s'amortit. L'astre est-il plus voisin ? De sinistres orages , Des vagues en fureur insultent les rivages. Est-ce donc que Phébé chaque jour vient deux fois Refouler l'Océan qui mugit sous le poids ? Non, mais des flots émus pour soulever l'empire, Au lieu de les presser sa force les attire. Phébus, qui de plus loin appelle nos regards, De ce pouvoir caché lui laisse les trois parts. Quand le frère et la sœur, opposés l'un à l'autre , De leurs disques rivaux prêtent l'éclat au nôtre , Ou quand le dieu du jour et la reine des mois Sous l'humide occident se plongent à la fois,

iiyi

Neptune, maîtrisé par leur double influence, Vers ces astres amis se soulève et s'élance. Mais sur notre horizon le croissant de retour Fait-il obliquement tomber les traits du jour? Les flots sollicités par deux forces contraires N'élèvent qu'à demi leurs écumes amères, Et le dieu, pour atteindre à toute sa hauteur, Attendra qu'Hélion franchisse l'équateur.

O mystères ! Laplace a fait tomber ces voiles {>6K

Lalande , poursuivant et fixant les étoiles , A montré par milliers à l'univers surpris Ces feux par lui rangés au céleste lambris (7'; Humboldt observera sur la montagne altière Comment l'air fait fléchir les traits delà lumière; Et l'art, plus sûr que l'œil , à l'esprit détrompé Marquera le vrai lieu par l'objet occupé (8). Bienfaiteur de nos sens , conquérant qu'on admire, Viens, Herschel, du soleil viens reculer l'empire. Treize mondes nouveaux, apparus sous les cieux, Dans la création prennent place à nos yeux (9).

CHANT SIXIÈME. u63

Notre âge a vu briller ces merveilles savantes, Notre âge qu'ont troublé les discordes sanglantes, La colère des rois parcourant l'univers, Et les peuples émus, s'agitant dans leurs fers. C'était peu que de Mars la fureur impunie Renversât dans Manheim le temple d'Uranie, Dans Copenhague en feu , du haut de ses vaisseaux, Nelson d'un astronome a détruit les travaux (,o).

Ce fut au bruit des vents déchaînés sur nos têtes , Quand la foudre appelait les publiques tempêtes, Quand le sol ébranlé s'entrouvrait sous nos pas, Que Delambre et Méchain , armés de leur compas , Des sables de Dunkerque aux rivages de l'Ebre , Sur la terre marquaient cette ligne célèbre Qui du globe inégal mesure les degrés : Tel aux yeux des humains, par lui-même éclairés, Hermès gravait jadis, de sa main immortelle, Le type des grandeurs sur la pierre fidèle ; Mais d'un art plus parfait empruntant le secours , Nos savants bienfaiteurs Vont fixé pour toujours ,

Et , grâce au monument élevé par ces sages , Les peuples, affranchis de bizarres usages, Pourront dans tous les temps soumettre aux mêmes lois La ligne, la surface, et le cube et le poids.

Emules de Delambre, achevez sa victoire, Portez sous d'autres cieux et son art et sa gloire : Allez , Svanberg , cherchez sous les astres glacés Les pas de Maupertuis non encor effacés; 1 j'a mbton, aux bords du Gange affrontez les obstacles : Uranie autrefois y rendait ses oracles; Et vous, de notre France o l'espoir et l'orgueil , Saisissez le compas de Méchain au cercueil, Poursuivez ses travaux jusqu'à cette île ardente Où des serpents jadis répandaient l'épouvante. Parmi tant, de succès et de périls divers Méchain trouva la mort; vous, Arago, des fers; Et Biot ira plus tard, défiant les orages, De l'extrême Thulé chercher les noirs rivages (,l).

Fière de ses enfants, riche de leurs travaux, La France à les juger appelle leurs rivaux ,

CHANT SIXIÈME. a65

Et l'Europe savante, à Paris invitée (,,\ Par ses ambassadeurs s'y voit représentée. Élite des mortels, venez, et des Français Proclamez les travaux , partagez les succès.

Rien n'est désordonné dans la nature entière, Rien ne reste en repos : tout change; la matière Pèse, attire, et, soumise aux lois du mouvement, S'assemble, se disperse, et roule incessamment. Voyez- vous la comète en sa route brillante; Elle semble égarée , et n'est qu'obéissante.

Volez, mondes légers, que l'on croyait errants; Promenez dans les cieux vos disques transparents : Arbitres autrefois des destins de la terre , Vous portâtes long-temps l'épouvante et la guerre; Plus tard, vous répandiez, astres consolateurs, Sur les mondes vieillis vos feux réparateurs. Vos destins sont changés; planètes solitaires, Comme nous, du soleil vous êtes tributaires; Sa force vous captive, et comme nous, en lui Dans votre orbe allongé vous trouvez un appui.

Tel que le char volant dans des flots de poussière , Poursuit la borne assise au bout de la carrière. Revient , tourne , s'éloigne , et reprenant son cours, Ne la touche jamais, et l'effleure toujours; Telles dans votre ellipse et votre essor rapide , Que poursuit ou devance un lumineux fluide, Par-delà les confins de l'antique Uranus Vous fuyez, vous plongez dans des cieux inconnus; Vers un autre soleil vous semblez entraînées, Mais un regard, après des centaines d'années, Un regard vous rappelle , et du maître éclatant Le cortège en son sein vous reçoit un instant. Votre apparition soudaine, inattendue, Surprend l'œil, qui des cieux parcourait l'étendue : Par un art diligent vos pas sont mesurés; D'un soleil plus voisin vos astres éclairés, Brillent, changent de phase , et prompts à disparaître, Se perdent dans l'espace, innombrables peut-être; Us échappent à l'œil qui les épie en vain : Comment les reconnaître en leur cours incertain t1

Des planètes qu'au ciel ils trouvent sur leur route

Le pouvoir attirant les égare sans doute.

Trois d'entr'eux seulement, plusieurs fois signalés,

Promettent des retours que l'homme a calculés.

Mais leur course est immense et non pas sans limites:

Héliou , jusqu'à lui ramenant leurs orbites,

Permet qu'en tous les sens leur vol capricieux

Divise l'écliptique et traverse les cieux.

Tantôt loin des regards du souverain du monde,

Tantôt couverts des feux dont le dieu les inonde,

Ces globes inconstants dispersent à l'entour

Des vapeurs que blanchit la lumière du jour;

Echarpe radieuse ou crinière embrasée,

Dont la flamme au soleil est toujours opposée,

A travers le tissu de ce voile léger

Perce l'éclat lointain d'un rayon étranger.

La comète elle-même au ciel dont elle émane

Se montre quelquefois sur un char diaphane.

Mais si près du soleil ces astres emportés,

Tour à tour refroidis, tour à tour dilatés,

a68 L'ASTRONOMIE.

Perdent incessamment quelques parts de leur masse, Qui vers d'autres destins vont errer dans l'espace(,3). Et voilà ces objets, terreur de nos ayeux, Où la terre lisait la colère des cieux !

«Voyez-vous, disaient-ils, ces arides campagnes, Les pas de l'Océan gravés sur nos montagnes , La terre calcinée et ses flancs déchirés , Sur la poudre des champs les marbres égarés , Ces os devenus pierre, où des races éteintes Le temps, sur des débris, déposa les empreintes, Innombrables témoins d'un désastre lointain, Qui de notre planète a changé le destin ? Sans doute que du ciel sur la terre tremblante, Tombant avec fracas, une comète errante Troubla l'axe du monde, et soulevant les eaux, De l'homme industrieux renversa les travaux. Tout périt, disparut sans laisser nulles traces, Les champs et les cités, les empires, les races, Les arts, les souvenirs. Quelques rocs escarpés, Par la noire tempête incessamment frappés ,

Reçurent les débris de ce vaste naufrage.

Là, seuls, nus, au milieu d'une mer sans rivages ,

Les plus infortunés, car ils vivaient encor,

N'attendaient que la mer, la famine et la mort;

La mort , à chaque instant plus pâle et plus affreuse ,

S'avançait en roulant sur la vague orageuse.

Après trois longues nuits, les autans conjurés

Ont enfin, dispersant les lambeaux, déchirés

Du voile ténébreux qui couvrait l'hémisphère,

Rendu la terre au ciel et le ciel à la terre ;

Mais en vain à ce ciel qui les avait proscrits ,

Les mères, les vieillards redemandaient leurs fils;

Par la faim enhardis, sur la fange liquide

Quand ils osent enfin poser un pied timide ,

Oh terreur' plus d'espoir! leurs champs sont ravagés,

Leur famille est éteinte , et les climats changés.

Même les animaux descendus des montagnes

Ne reconnaissent plus leurs bois et leurs campagnes.

De son génie alors rappelant le secours,

L'homme de ses travaux recommença le cours;

Et depuis cinq mille ans qu'il invente et répare, Un désastre nouveau peut-être se prépare. »

Ainsi de nos ayeux s'exprimait la douleur. Et comment, en effet, défier le malheur, Alors que d'un Néron la fatale puissance De ces astres cruels attesta l'influence? Un globe teint de sang s'est levé sur l'Ossa, Et soudain, dans les flots où domine Crissa, Hélice , aux naufragés long-temps hospitalière , Avec ses citoyens s'abîme tout entière.

Un Arabe imposteur, un farouche Timour, Vont-ils porter la mort aux lieux où naît le jour? La comète a paru , sinistre messagère , Semant devant leurs pas l'épouvante et la guerre. Un autre Mahomet a-t-il d'un bras puissant Aux murs de Constantin arboré le croissant? Le Danube étonné se trouble au bruit des armes , La Grèce est dans les fers, l'Europe est en alarmes : Et, pour comble d'horreur, l'astre au visage ardent De sos ailes de feu va couvrir l'occident.

CHANT SIXIEME. u7i

Au pied de ses autels, qu'il ne saurait défendre, CalJixte, l'œil en pleurs, le front couvert de cendre , Conjure la comète , objet de tant d'effroi : Regarde vers les cieux, pontife, et lève-toi! L'astre poursuit sa course, et le fer d'Huniade Arrête le vainqueur, qui tombe sous Belgrade (,4). Dans les cieux cependant le globe suspendu , Par la loi générale à jamais retenu , Ignore tes terreurs, l'existence de Rome, Et la terre peut-être, et jusqu'au nom de l'homme , De l'homme, être crédule, atome ambitieux, Qui tremble sous un prêtre et qui lit dans les cieux. Parmi ces feux sans nombre et ce vaste silence L'élève d'Uranie en conquérant s'élance; Mais pour de tels travaux les avares destins N'ont accordé qu'un sens et qu'un jour aux humains. C'est par un point douteux, fuyant dans l'étendue, Que l'astre se révèle à notre faible vue, Notre œil seul peut l'atteindre au haut du firmament, Mais son cours dure un siècle, et la vie un moment.

in -i

N'importe , ce moment suffit à des conquêtes. La marche de ces feux , qui roulent sur nos tètes , Sert de mesure au temps, et ce temps à son tour Mesure leur vitesse et promet leur retour. L'homme a doué ses yeux d'une force nouvelle ; H s'arme du compas, de l'équerre fidèle, Compte les pas égaux du pendule agité , Et le calcul enfin, par lui-même inventé, Atteint la certitude à nos sens inconnue, Et la reporte au ciel dont elle est descendue.

Mais dans ce ciel encor que de faits remarqués Sont à peine entrevus et sont mal expliqués ! De ces points rayonnants, dont le nombre est immense. Chaque jour loin de moi recule la distance. Plus le verre est puissant qui vers eux me conduit, Plus leur éclat redouble et leur corps se réduit ; Mais aux yeux de l'esprit il croît dans l'étendue , L'imagination vient aider à la vue.

Sirius , nous dit-elle , ardent en son courroux, S'il venait se placer entre Phébus et nous,

D'un côté frapperait le quadrige fragile ,

Et de l'autre brairait notre globe d'argile (,5).

Pourtant ce Sirius entre mille soleils

Peut-être est le moins grand de tant d'astres pareils.

Leur axe échappe à l'œil et trompe la mesure ;

Ils sont fixés , dit-on , à cette voûte obscure :

Et voilà qu'une étoile entraîne dans les cieux (,6)

Un groupe dont l'éclat se confond à mes yeux,

Des astres différant de grandeur, de lumière,

En roulant l'un sur l'autre achèvent leur carrière.

L'éclat de ces soleils , ou moins vif ou plus pur,

Imite le rubis, et l'opale et l'azur.

Le Lion tout sanglant presse l'Hydre livide ,

La Vierge épand sur nous une clarté timide ;

L'Aigle d'un œil de feu parcourt le firmament,

Et l'ardent Sirius, pareil au diamant,

Eblouit nos regards de ses flèches brillantes.

C'est peu : le ciel connaît des étoiles changeantes ■'?)

Dont l'éclat inconstant, mais toujours ramené,

Pâlit et se ranime en un temps ordonné.

a74 L'ASTRONOMIE.

La tête qui tomba sous les coups de Persée Reprend après trois jours sa splendeur éclipsée. Céphée , Antinous, l'Hydre, Léviathan, La Lyre harmonieuse , et le Cygne éclatant, D'un pareil phénomène étonnent notre vue. L'astre brille et s'éteint , grossit et diminue , Ici dans quelques jours, quelques mois écoulés, Plus loin, après dix ans sur huit accumulés. D'un globe sans clarté la marche régulière , Vient-elle d'un soleil éclipser la lumière? Ou lui-même , en tournant, offre-t-il à nos yeux Un côté tantôt sombre et tantôt radieux?

Il est des changements dans la sphère azurée Dont l'art ne peut encore assigner la durée. Tel astre s'est éteint qui peut renaître un jour; Tel autre a dans le ciel disparu sans retour. Voyez-vous ces Gémeaux à la terre fidèles, D'une sainte amitié doux et brillants modèles, Habitants du Ténare et des sacrés parvis : Aux âges reculés, quand leurs astres amis

Se levaient dans les cieux pour conjurer l'orage,

Le fils de Jupiter y brillait sans partage;

Aujourd'hui c'est Castor, à son éclat rendu,

Qui fait pâlir son frère aux Enfers descendu.

Sous un voile léger déguisant ce mystère,

La fable ingénieuse instruisait le vulgaire;

Mais la science antique aurait-elle connu

Ce qu'après tant d'efforts nos yeux ont entrevu ?

Ou plutôt serait-il dans notre destinée ,

Sans cesse au même point par le temps ramenée,

D'apprendre, d'inventer, d'oublier, et toujours

Dans un cercle borné de suivre un même cours;

Pareille à tous ces corps errant dans la nuit sombre ,

Eclatants aujourd'hui, demain plongés dans l'ombre,

Tantôt fuyant , tantôt poursuivant à grands pas

Un but qui les attire et qu'ils n'atteignent pas ?

Non , non , l'esprit humain marche dans la science;

Chaque jour, chaque instant, la lente expérience

Ajoute à sa richesse et conduit par degrés

Jusqu'à la vérité ses pas mieux assurés :

Chaque jour il confie à la presse fidèle De faits mieux observés une moisson nouvelle; Mais n'allons plus sonder, follement indiscrets, De la marche des deux les éternels secrets : Sachons abandonner d'insolubles problèmes; Que notre orgueil échappe à l'attrait des systèmes. Il est de ces esprits, du monde séparés, Sublimes, loin de nous, dans l'espace égarés; Laissons-les, sans troubler leurs conquêtes paisibles, Tenter ces régions pour nous inaccessibles : Le monde ne sait pas qu'ils habitent les cieux. Ainsi près du soleil, loin de nos faibles yeux, L'oiseau de Jupiter aux ailes étendues- Aimé, combat, triomphe, et plane dans les nues. Qu'Herschel poursuive au loin ces nuages confus, Dans l'espace pour lui par milliers répandus, D'atomes vaporeux lumineux assemblage, Où déjà la comète et se forme et surnage ; Qu'il y cherche une terre, et qu'un soleil nouveau Dans ces cieux agrandis allume son flambeau ;

Ces doutes, hasardés par un esprit sublime, Aux respects des mortels ont un droit légitime : Nos regards, élancés aux profondeurs du ciel, Verront peut-être un jour ce que crut voir Herschel, Atteindront ce fluide, ou plus dense ou plus rare, Où des mondes futurs le destin se prépare : Déjà par ses secours que d'astres découverts Dans la zone qui ceint l'orbe de l'univers !

L'univers! qu'ai-je dit? ah! pardonne, ô grand Etre, Pardonne à cet orgueil qui voudrait tout connaître. Créateur des soleils, source de la clarté, Nous diras-tu leur nombre et leur immensité ? L'univers est borné, si notre esprit l'embrasse; L'univers que je vois n'est qu'un point dans l'espace. Placez l'observateur sur l'ardent Sirius , Un fil lui cachera l'orbite d'Uranus , Et les mondes flottants que le soleil attire, Et cet astre lui-même avec tout son empire. La Terre, les Gémeaux, les Ourses, Procyon, Et l'énorme Baleine et l'immense Orion,

Et les signes brillants qu'enferme le tropique, Et cette écharpe d'or dont l'éclat pacifique Montre aux yeux éblouis et d'un long tube armés D'innombrables soleils l'un sur l'autre semés; Enfin ce qui remplit la sphère radieuse Pour les mondes lointains n'est qu'une nébuleuse, Pareille à ces vapeurs d'atomes pâlissants Dont les faibles clartés n'arrivent à nos sens Qu'après avoir couru , de leurs deux émanées , Dans l'espace désert, des millions d'années (l8).

Oh! quand pourront nos yeux sonder ces régions? Qui me transportera parmi ces légions De mondes animés par leurs métamorphoses ? Qui me dira les lois , le principe , les causes , La nature en travail, et ces orbes flottants, Vapeur, poussière , corps , puis astres éclatants , Véritables soleils dont les flammes fécondes Eclairent un empire et gouvernent des mondes ? Serait-il vrai qu'un jour sur leur trône écrasés Ces monarques du ciel, déchus, éteints, brisés,

Doivent se disperser en poussière impalpable,

Des mondes renaissants matière inépuisable ?

Les torrents de lumière, au sein du firmament,

Peuvent-ils sans tarir couler incessamment ?

Enfin cette substance , invisible et fluide,

Qui reçut un vain nom pour occuper le vide ,

L'éther, qui dans ses flots voit nager tous les corps,

Peut-il, sans les user , fatiguer leurs ressorts ?

Ainsi dans l'univers tout s'agite et circule ,

S'assemble et se détruit, l'astre et la molécule;

Tout change , et, s'élançant dans les âges lointains ('9),

Court sous une autre forme à de nouveaux destins ;

Cet avenir obscur, les mystères de l'Être ,

Qui les expliquera? la mort, la mort peut-être.

Dans ces lieux souterrains où par de durs travaux L'avarice poursuit les sels ou les métaux, Il est des malheureux dont la faible paupière N'a jamais du soleil entrevu la lumière. Nés dans les profondeurs des antres ténébreux, Jamais un jour serein ne se leva pour eux;

a8o L'ASTRONOMIE.

Us n'en connaissent point la fraîcheur ravissante , Ni d'une belle nuit la pompe éblouissante. Mais pour d'autres mortels, leur dit-on, un ciel pur Brille, et la nuit revêt son écharpe d'azur, Resplendit de saphirs et de rubis sans nombre; Et tandis qu'enfouis dans votre asile sombre Vous n'avez sous les yeux que les tristes clartés Des flambeaux résineux aux forets empruntés , Ils ont pour se guider un soleil , des étoiles , Des cieux dont l'œil humain peut écarter les voiles, Des arts qu'ils ont créés, dont les secours puissants Rapprochent l'univers de leurs débiles sens. Ces feux qui vont roulant sous des voûtes profondes, Ces feux sont des soleils, ces soleils sont des mondes, Ces mondes ont des lois. Comme à de tels récits Les pâles habitants de ces antres noircis Brûleront de détruire une injuste barrière ! Pourront-ils s'élancer jusques à la lumière? Qui les délivrera de leur obscurité?

Tel est l'homme, aspirant après la vérité :

C'est au jour qui pour lui s'éteindra sans renaître, Qu'à ses yeux dessillés elle doit apparaître, Qu'elle fera briller son immortel flambeau : La lumière l'attend sur le seuil du tombeau.

Voyez-vous tous ces corps, et l'atome et les sphères, Rouler assujétis à deux forces contraires , Par l'une vers un centre en vain précipités , Par l'autre incessamment de leur orbe écartés, Dans l'espace captifs, errants dans leur empire, Et fuyant le repos qui toujours les attire? Voyez l'homme, il subit aussi les mêmes lois; Sublime intelligence et matière à la fois , Il penche vers la terre, et toujours son génie S'élance vers les biens que le sort lui dénie. Faible atome perdu dans cette immensité , Il veut embrasser tout, le ciel, l'éternité, Les causes et la fin, le temps et la nature, Et lui-même à ses yeux n'est qu'une énigme obscure. Aveugle, il consuma sa vie à s'égarer ; Plus savante la mort seule peut l'éclairer.

Ainsi, m'abandonnant à ces graves pensées, J'oubliais les clartés dans les cieux effacées : Vénus avait pâli devant l'astre du jour , Dont la terre en silence attendait le retour; Avide explorateur durant la nuit obscure, J'assistais au réveil de toute la nature : L'horizon s'enflammait, le calice des fleurs Exhalait ses parfums, revêtait ses couleurs ; Deux insectes posés sur la coupe charmante S'enivraient de plaisir, et leur aile brillante Par ses doux battements renvoyait tous les feux De ce soleil nouveau qui se levait pour eux; Et je disais : Devant le créateur des mondes Rien n'est grand, n'est petit sous ces voûtes profondes , Et dans cet univers, dans cette immensité Où s'abîme l'esprit et l'œil épouvanté , Des astres éternels à l'insecte éphémère , Tout n'est qu'attraction , feu , merveille, mystère.

(') page 249 , vers 20.

Le rend aux compagnons de ses nobles succès.

« M. de La Condamine, né ardent et curieux, doué de ce mouvement de l'esprit qui met sur la voie des découvertes, dans une assemblée de l'Académie de Paris, où on discutait cette grande question devenue si difficile par la contradiction des faits, proposa, en 1733, de lever toutes les difficultés en envoyant des académiciens déterminer un degré du méridien vers l'équateur, et répéter dans la zone torride les mesures qui avaient été faites en France , afin de les comparer ensemble. Il s'offrit lui-même pour ce voyage. »

(Ba.ii.lt , Hist. de l'astronomie moder., dise, premier.)

«Ce qu'ils eurent de fatigues, de malheurs à supporter, ne saurait se concevoir ( Biog. univer. ). » Voyez le Journal du voyage à l'équateur, par La Condamine.

Bouguer qui fut, dit-on, l'ame de l'expédition , en publia les résultats dans son grand ouvrage Théorie de la figure de la terre.

W PAGE 2 5o, VERS 1 6.

Les prismes de Kittis de ces flots aplanis.

Le Kittis est l'une des montagnes les plus septentrionales de la Laponie.

« Vers le milieu de l'heptagone formé par les triangles se trouvait une base plus grande qu'aucune qui eût jamais été mesurée ( elle fut de 7407 toises ), et sur la surface la plus plate, puisque c'était sur les eaux du fleuve ( de Tornéo ) que nous devions la mesurer, lorsqu'il serait glacé. » ( Maupertuis, Figure de la terre).

Où Vénus du soleil franchira l'orbe immense, Et surprendre à ce dieu l'aveu de sa distance.

Des savants de diverses nations se dispersèrent sur les différents points du globe pour observer, en 176 1, le passage de Vénus sur le soleil : Le Gentil à la côte de Coromandel (voyez les notes du Vme chant ) , l'abbé Chappe à Tobolsk , Pingre à l'île Rodrigue , près l'île de France , Maskelyne à l'île Sainte-Hélène, Masson au cap de Bonne-Espérence. L'Académie de St.-Péteisbourg envoya des astronomes sur les confins de la Tartarie et de la Chine.

Le second passage, en 1769, fut observé avec le même zèle par l'abbé Chappe en Californie, où il mourut de la peste ; par Pingre , à Saint-Domingue; par le P. Christophe, capucin , à la Martinique. L'Angleterre envoya huit observateurs sur divers points du globe. Le roi de Suède en plaça douze dans ses états. Le roi de Danemarck , un à Wardus. Sept autres occupèrent divers points de la Laponie russe, de la Russie d'Asie, de la mer Caspienne. Ainsi plus de trente personnes observèrent ce passage sur tous les points de l'Europe, où il y avait des observatoires permanents.

W PAGE 252, VERS l5.

Il ( La Caille) dispose, il ordonne, il place dans les cieux Le triangle

« Terraque composuit crelum , quae pendet ab illo. »

( M anilius, Astronomie, La.)

On porte à dix mille le nombre des étoiles observées par La Caille pendant son séjour au cap de Bonne-Espérance. On a désigné ici les constellations qu'il a ajoutées à celles que ses pre'décesseurs avaient déjà formées dans l'hémisphère austral : le Triangle, le Burin du graveur, le Chevalet du peintre, l'Atelier du sculpteur, l'Équerre et le Niveau, la Bègle, le Compas , la Machine pneumatique, la Boussole, le Fourneau du chimiste, l'Horloge ou le Pendule, le Télescope, le Microscope, l'Octant, le Rhéticule rhomboïde.

(5) page 260, vers 16.

Par ses nœuds inconstants, ses caprices divers(la lune),. .. La terre l'atteindrait en dix tours sur soi-même.... L'autre voit dans les nuits briller un orbe immense....

il n'est point d'atmosphère

Phébé s'honorera de vous redire aux cieux.

La lune, chaque fois qu'elle traverse l'écliptique, avance un peu vers l'occident. Cette révolution s'accomplit en 18 ans aa3 jours et quelqueo minutes, de sorte qu'à la fin de cette période la lune se trouve couper l'écliptique au même point où elle avait passé dix-neuf ans auparavant, et alors tous les phénomènes recommencent dans le même ordre.

On remarquait autrefois tant d'irrégularités dans les mou-

vements de la lune , avant que les astronomes modernes les eussent expliqués, qu'Halley appelait cet astre Siduscontumax.

(Bofois.. . . ) Le volume de la lune est la 49e partie de celui de la terre. La terre a 9,000 lieues de tour, et la plus grande distance de la terre à la lune n'est pas de 90,000 lieues.

« Qu'on se place dans la lune, on aura une nuit de quinze fois 24 heures et un jour de durée égale. Une aussi longue absence du soleil, autant que le défaut d'atmosphère, doit y causer un refroidissement considérable. Dans un jour aussi étendu, l'accumulation de la chaleur doit la rendre excessive. Chaque nuit est un hiver rigoureux, chaque jour un été

fatigant Notre habitant de la lune n'aura jamais le

spectacle de la terre s'il se trouve sur l'hémisphère qui nous est inconnu; mais, à la face opposée, les phases terrestres changeront graduellement et à vue dans une seule nuit. La clarté solaire disparaissant, sera sur-le-champ remplacée par celle que refléchira la terre, d'abord sous laformed'un croissant ; mais à mesure que la terre approchera de l'opposition, la phase terrestre prendra plus d'étendue, et bientôt la terre sera vue pleine sous un angle de 20 , c'est- à - dire avec une surface treize fois plus grande que la lune, et environ treize fois plus de lumière. Nos mers, nos plaines, nos montagnes, nos volcans et nos neiges, par le contraste de leurs reflets , produiront des teintes variées et des taches que notre rotation fera voir sous des aspects sans cesse différents. Après environ sept fois et demie 24 heures, on aura le minuit. Enfin la phase se trouvant dirigée vers le côté opposé, le soleil reparaîtra du côté de la convexité du disque terrestre, et le jour renaîtra. Il n'aura jamais le spectacle de la nuit ni des étoiles, puisque l'éclat du jour sera aussitôt remplacé par celui que notre globe reflète. »

( Uranog. de M. Francœur. )

« L'atmosphère lunaire, si elle existe, est d'une rareté ex-

DU SIXIEME CHANT. a8g

trente, et telle, qu'aucun tics animaux terrestres ne pourrait

respirer et \i\ re dans la lune, et que, si elle est habitée , ce ne peut être que par des animaux d'une autre espèce. Aux bords de la partie éclairée du disque lunaire, les montagnes m' présentent sous la forme d'une dentelure, qui s'étend audelà de la ligne de lumière d'une quantité dont la mesure a fait connaître que leur hauteur est au moins de 3,ooo mètres. On reconnaît par la direction des ombres que la surface de la lune est parsemée de profondes cavités semblables aux bassins de nos mers. »

(Exp. du syst. du moude, 1. 1", ch. 4.)

On a essaye de deux systèmes pour la nomenclature des taches de la lune. Hévélius y avait transporté les noms des régions du globe terrestre, quoiqu'il n'y eût aucune ressemblance de formes ; on ne s'accoutuma point à voir dans ces taches l'Europe, la Méditerranée, la Sicile, le mont Etna, et l'on adopta la nomenclature proposée par le P. Riccioli. Celui-ci remplaça les noms d'Hévélius par ceux de quelque.-, astronomes anciens et modernes, et de beaucoup de jésuites, ses confrères, sans s'oublier lui-même. Les principales taches, les seules dont on fasse usage dans les observations ( pour reconnaître et mesurer l'immersion et l'émersion du corps de la lune dans les éclipses, sont au nombre de quarante-neuf, dont trente portent des noms d'hommes et onze le nom de mers ou de promontoires.

Et toi ( Pline ) dont la nature occupa le génie ,

O mystère ! Laplace a fait tomber ces voiles !

« La connaissance précise du flux et du reflux de la mer paraît appartenir à cette époque (de l'école d'Alexandrie). Possidonius reconnut les lois de ce phénomène qui, par ses

rapports évidents avec les mouvements du soleil et de la

lune, appartient à l'astronomie, et dont Pline le naturaliste

a donné une description remarquable par son exactitude ,

liv. 2, § 99- "

( Exposition du syst. du moude , 1. 5, ch. i. )

« Il résulte des rapports généraux entre les phénomènes des marées et les actions du soleil et de la lune sur la mer, une certitude entière que ces phénomènes ont pour cause unique l'attraction de ces deux astres conformément à la loi de la pesanteur universelle.

« L'action du soleil et de la lune sur la mer, suite nécessaire de l'attraction universelle , démontrée par tous les phénomènes célestes , étant confirmée directement par les plié nomènes des marées, elle ne doit plus laisser aucun doute. Elle est portée maintenant à un tel degré d'évidence qu'il existe sur cet objet un accord unanime entre les savants. «

( Ibid., liv. 4, chap. n. )

(ÏÏ PAGE 262 , VERS 12.

Ces feux par lui (Lalande) rangés au céleste lambris.

Catalogue de 5o,ooo étoiles par M. Le François Lalande. « Ausus etiam rem Deo improbam, adnumerare posteris stellas, et sidéra ad normam expangere. »

(Pline , Hist. nat. , 1. n, ch. 26.)

W PAGE 262, VERS l6.

( Humboldt ) marquera le vrai lieu par l'objet occupé.

Observations de M. de Humboldt sur le phénomène de la réfraction , faites, de 1799 à 1804, sur les hautes montagnes dos Cordillères.

Treize inondes nouveaux. ...prennent place à nos yeux.

Urauus, et ses six satellites en i78i;Cérès, iSoi;Pallas, 1802; Junon, i8o3; Vesta, 1807 ; les sixième et septième satellites de Saturne, 1789.

(l°) PAGE 2Ô3 VERS 7.

dans Manheim dans Copenhague en feu.

« En 1798, des bombes tombèrent sur l'observatoire de Manheim. »

( Lalande, Hist. de l'astron., p. 799. )

« M. Bugge, astronome royal de Danemarck, avait perdu ses livres, ses manuscrits et toutes ses observations par le feu, dans le bombardement de Copenhague par les Anglais. » (Delambre, Hist. de l'astr. mod., 1. i5. )

(tl> PAGE 264, VERS l8.

Que DelambreetMéchain.. Allez, Svanberg..Lambton. Méchain trouva la mort ; vous , Arago , des fers; Et Biot.,..de Thulé.... chercher les noirs rivages.

«En 1801 et 1802, une nouvelle mesure du degré sous le cercle polaire fut exécutée par MM. Svanberg, Ofverboom et Holmquist , savants suédois : ils trouvèrent le degré de 57,196 toises 'réi-0'1 c'est-à-dire 208 toises plus petit que celui déterminé par les astronomes français.

En 1802 et i8o3, la société asiatique du Bengale voulut

faire mesurer la presqu'île de l'Inde dune mer à l'autre,

vers le parallèle de Pondichérv. Le major Lambton, auteur

du projet et chargé de l'exécution, commença par la mesure d'un arc du méridien, sur la côte de Coroinandel , dans la latitude de 12° 32', et d'un arc perpendiculaire au méridien. Il en conclut la longueur du degré correspondant au milieu de l'arc de 56744>9 toises.»

( M.Voiron, Hist. de l'asti*, de 1781 à 1811, 3e part., i'e sect., art. 5. )

« La France ayant adopté un système de mesure fondé sur la grandeur du méridien terrestre, MM. Méchain et Delambre avaient été chargés de mesurer exactement l'arc de ce méridien compris entre Barcelone et Dunkerque. Les opérations de la partie boréale furent exécutées par M. Delambre. La partie qui s'étend de Barcelone à Rhodez fut confiée à M. Méchain. Il mourut victime de son dévouement à l'astronomie, avant d'avoir pu joindre les triangles d'Es pagne à ceux des stations françaises; et, par suite des guerres et des désordres du temps, la grande méridienne de France fut seule terminée, et ne le fut qu'en 1799.

En 180G, MM. Biot et Arago furent chargés de la terminer en Espagne, et la prolongèrent jusqu'à l'île de la Fermentera, le point le plus austral de l'arc (l'ancienne Ophiuse , ou île des Serpents); et après un séjour de près de deux ans dans les îles Baléares, malgré tous les obstacles que la nature et les hommes opposèrent à leurs immenses travaux , ils eurent l'avantage de terminer d'une manière digne de leurs prédécesseurs la plus belle entreprise qui ait jamais été exécutée sur les mesures terrestres

L'arc mesuré par Delambre et Méchain était deo,°, G7.Î8. Il a été prolongé par les opérations de leurs continuateurs jusqu'à 12°, 370/,, ouà i3°, 74487a de la division décimale. En multipliant ce nombre de degrés par les 100,000 mètres ipie contient chaque degré décimal, ils auraient obtenu le nombre de mètres que devait contenir l'arc mesuré, si la terre était exactement sphérique. A.yant donc fait à ce noinbre la réduction qu'exige l'aplatissement de la terre , j^-i ,

donné par la théorie de la lune, ils onl trouvé, pour la dis tance entre Dunkerque et Formentera , un résultat qui ne diffère de celui que donnent les mesures des triangles que de 41 centièmes de mètre ou de i pied i pouces i ligne. » ( Hist. de l'astr. de M. Voiron, 3e part., irc sect., art. 3e. ) «M. Arago, victime de la haine excitée par l'invasion des Français, fut jeté dans les prisons de Roses. Pris par les corsaires, jeté par la tempête sur des côtes ennemies , etc., il ne revit la France qu'en 18 . ><

(Voir dans M. Voiron , ibid. , les détails de ce voyage.)

M. Biot a fait, en 1817, un voyage aux îles Schetland ou Orcades, dont la principale est l'ancienne Thulé, pour prolonger vers le nord la mesure de l'arc du méridien.

lit l'Europe savante, à Paris invitée

Les envoyés d'Espagne furent MM. Ciscar et Pedrayés; du roi de Sardaigne, M. Balbo, remplacé ensuite par M. Vassali; de Rome, M. Franchiui; de Toscane, M. Fabroni; de Milan , M. Mascheroni ; de Gènes , M. Multedo; de la république helvétique, M. Trolles; de la Hollande, MM. OEnée et Van-Swinden ; du roi de Danemar<?k, M. Rugge.

Savants Français MM. Borda, Brisson , Coulomb, Darcet, Delambre, Haiiy, Lagrange, Laplace, Lefèvre-Gineau , Legendre, Mechain et Prony.

(I?) PAGE 268, vers 2.

Volez, mondes légers.... vos feux réparateurs... Comme nous, du soleil vous êtes tributaires.... Un regard vous rappelle.... vous revoit un instant... Brillent , changent de phase.... innombrables peut-être

Promettent des retours que l'homme a calculés.... Leur vol capricieux divise l'écliptique.... Se montre quelquefois sur un char diaphane... . . .vers d'autres destins vont errer dans l'espace....

Newton avait soupçonné que les comètes pouvaient finir par être absorbées par le soleil, servir d'aliment à ses feux et réparer peut-être l'émission continuelle de sa lumière.

« Diximus cometas esse genus planetarum in orbibus valdè excentricis circa solem revolventium. «

( Principes de Newton. )

"Les comètes, qu'on a regardées pendant long-temps connue des météores, sont des astres semblables aux planètes. Leurs mouvements et leurs retours sont réglés suivant les mêmes lois que les mouvements planétaires. »

(Exposition du système du monde, 1. 2 , ch. 5.)

« Nous voyons cpie la puissance du soleil suit la comète de 1680 jusqu'à une distance de 5,700 millions de lieues, et que là cet astre est encore assez fort pour arrêter la course fugitive de la comète et la faire revenir vers lui. "

( Bailt.y , Hist. de l'astr. mod. , tom. 3, dise. 4. )

La plus longue apparition des comètes observées jusqu'ici n'est que de quelques mois.

« La lumière des comètes est toujours faible et douce; c'est une lumière du soleil qu'elles réfléchissent sur nous aussi bien que les planètes. Cela est prouvé spécialement par la phase observée dans la comète de 1744, dont la partie éclairée n'était visible qu'à moitié. »

( Mémoires de l'Académie, 1744» paç- 3o4. )

« Si ces phases ne s'observent pas toujours , c'est que l'atmosphère épaisse où la plupart des comètes sont noyées disperse la lumière, en sorte qu'elles nous semblent toujours d'une forme à-peu-près ronde. »

(Astronomie de Lalanoe, I. 19. )

DU SIXIÈME CHANT. i$5

« Une évaluation très-modique fera mouvoir dans nôtresystème solaire pour le moins cinq cents millions de comètes. »

( Lambert, Système du monde. )

On connaît aujourd'hui la marche de trois comètes périodiques ; il n'y a que peu d'années que M. Biot disait : « Il n'y a jusqu'à présent qu'une seule comète dont la révolution sidérale soit bien connue et dont le retour soit certain , c'est celle de 1682, déjà observée en 1607, i53i et i456, et qui a reparu en 1759; elle emploie environ 7G ans à faire sa révolution et doit reparaître en i832.»

( Traité élémentaire d'ast. phys. 1. 4 , ch. S. )

« Ces astres ne se meuvent pas tous dans le même sens comme les planètes. Les uns ont un mouvement réel direct, d'autres ont un mouvement rétrograde; les inclinaisons de leurs orbes offrent toutes les variétés d'inclinaisons depuis l'orbe couché sur le plan de l'écliptique jusqu'à l'orbe perpendiculaire à ce plan.»

( Exposition du système du monde ,1.2, ch. 5. )

«Les masses des comètes sont d'une petitesse extrême; les diamètres de leurs disques doivent donc être presqu'insensibles, et ce qu'on nomme leur noyau est, selon toute apparence , formé en grande partie des couches les plus denses de la nébulosité qui les environne. Aussi Herschell, avec de très-forts télescopes, est-il parvenu à reconnaître dans le noyau de la comète de 181 1 un point brillant, qu'il a jugé avec raison être le disque même de la comète. Ces couches sont encore extrêmement rares, puisque l'on a quelquefois aperçu des étoiles au travers. »

( lbld.J

( Sénèque avait consigné cette dernière observation dans ses Questions naturelles, ch. 18. )

« On voit, dit Delambre, les étoiles à travers la queue, à travers la chevelure, on dit même à travers le noyau. » ( Ast. du 18e siècle, article Pingre.)

< Les substances évaporables d'une comète, diminuant ;i chacun de ses retours an périhélie, elles doivent, après plusieurs retours, se dissiper entièrement dans l'espace, et la comète ne doit plus alors présenter qu'un noyau fixe; ce qui doit arriver plus promptement pour les comètes dont la révolution est plus courte. On peut conjecturer que celle de 1682, dont la révolution n'est que de 76 ans, et la seule à laquelle on ait jusqu'ici soupçonné des phases, approche de cet état de fixité. Si le noyau est trop petit pour être aperçu, ou si les substances évaporables qui restent à sa surface sont en trop petite quantité pour former par leur éveporation une tète de comète sensible, l'astre deviendra pour toujours invisible; peut-être est-ce une des causes qui rendent si rares les réapparitions des comètes, et la disparition de plusieurs plus prompte qu'on ne devait s'y attendre. ( Exp. du syst. du monde, I. 2, ch. 5. )

Néron. . . attesta l'influence. . .

Hélice. . . s'abîme tout entière.

Un Arabe imposteur, un farouche Timour. . .

Un autre Mahomet .... tombe sous Belgrade.

Il parut deux comètes du temps de Néron, l'une en l'année 55 de l'ère chrétienne, à-peu-près à l'époque où ii parvint à l'empire, et l'autre en l'année 64.

La submersion des villes d'Hélice et de Buris dans la mer de Crissa fut précédée de l'apparition d'une comète on d'un météore.

( V. Sénèque, Quest. nat., I. (i, ch. a5 et 9.6. )

La comète de 6o3 parut au temps de Mahomet, et celle de iît/|0 parut à l'époque de l'irruption de Tamerlan.

Après la prise de Constantinople par Mahomet II, en

Page 1