‹ L'astronomieChapitre 2 sur 3 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Couvert de noirs frimas et de voiles funèbres, Roulerait engourdi dans l'horreur des ténèbres. Déjà de la chaleur le partage inégal, De l'un et l'autre pôle aux bords du Sénégal, Ne laisse entre la glace et la brûlante arène Qu'une zone habitable à la nature humaine, Et le roi de ce monde, à l'empire appelé, Des trois parts de la terre est lui-même exilé. Et ce serait pour lui que si loin de sa vue Roulerait de soleils une foule inconnue ! L'atome se croirait, dans son illusion , Le chef-d'œuvre et la fin de la création !

Après cette lecture, l'illustre auteur de V Exposition du Système du monde vint des premiers féliciter M. Daru sur le succès qu'il avait obtenu. « Un homme, lui dit-il, qui fait si bien les vers didactiques, devrait nous donner un poème sur l'astronomie. Dans ce siècle , où tous les esprits tendent vers l'étude des choses positives , la littérature semble appelée à parcourir une carrière nouvelle. Son rôle est de populariser les sciences , de les présenter dépouillées des formes qui les rendent inaccessibles à un si grand nombre

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d'intelligences. JNous demandons seulement que l'on en parle avec une scrupuleuse exactitude. » — « Voilà pour moi la grande difficulté , » reprit M. Daru; « la moitié de ma vie a été consacrée à l'étude des lettres, l'autre moitié s'est passée au milieu des affaires : entre les deux il n'y a pas eu de place pour les mathématiques.» — « Essayez toujours, nous vous aiderons, » fut lu réponse de M. de La Place.

Cet appel de la science à la poésie , ce choix flatteur du premier de nos savants, s'adressaient à un esprit capable d'y répondre. Dès ce moment, et pendant quatre années , M. Daru, avec cette ardeur infatigable qu'il porta dans les travaux si divers dont sa vie a été remplie, étudia son sujet, l'examina sous toutes ses faces, ne s'arrêtant que là où les géomètres, à l'appui de leurs démonstrations, appellent le secours d'une analyse élevée , instrument qu'il ne possédait pas. r>e cercle dans lequel il s'était renfermé ne laissait pas d'être encore fort étendu.

Commencer des études nouvelles, et de leur

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nature assez abstraites , à un âge où d'ordinaire l'on n'apprend plus, tenter de reproduire dans une langue qui vit presque entièrement de ligures , qui personnifie tout , et qui semble le domaine exclusif des ouvrages de l'imagination, ces vérités que la prose la plus claire ne permet pas toujours de concevoir sans efforts , concilier les exigences de la poésie et celles de la science ; c'était là sans doute une entreprise mesurée au besoin de travail qui dominait M. Daru : elle eût été capable d'effrayer un esprit moins persévérant. Si l'astronomie semble, au premier coup-d'œil, par la grandeur de son objet favorable aux inspirations de la poésie, elle offre aussi de grandes difficultés dans l'expose fidèle de ses phénomènes , de la monotonie dans les répétitions qu'elle exige, lorsqu'après avoir indiqué la grosseur d'une planète , sa place , ses mouvements , ses satellites , il faut nécessairement revenir sur les mêmes particularités pour les autres astres assujettis aux mêmes

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lois; on conçoit enfin avec quelle peine un auteur parvient à faire entrer dans ses vers quelquesuns de ces termes consacrés par la science, que les périphrases ne remplacent qu'imparfaitement, et dont s'effarouchent trop souvent l'harmonie de notre poésie , la délicatesse de notre oreille ou la susceptibilité de notre langue.

Ces considérations n'arrêtèrent pas M. Daru. Au mois d'avril 1827 il avait déjà terminé les deux premiers chants de son poème ; il voulut alors pressentir en quelque sorte le goût, l'opinion du public, et récita quelques fragments de son second chant dans une des séances de l'Académie Française. L'essai fut heureux. Non-seulement on s'accorda à trouver de la grâce, de la variété dans le style, des détails techniques poétiquement rendus, maison sut gré à l'auteur d'avoir mis dans la bouche d'Orphée ces traditions mythologiques , ces explications bizarres de la sphère céleste , imaginées par l'antiquité , et qu'il ne pouvait pas sérieusement rapporter lui-même. L'interlocuteur qu'il a choisi était libre au contraire

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de les présenter avec toutes les richesses que la poésie emprunte à la fable, sans sortir de la vraisemblance même épique; ces souvenirs lui étaient naturels aussi bien que la langue dans laquelle il les exprimait. M. Daru reçut les compliments empressés de tous ses amis, et ce premier succès l'encouragea à continuer son ouvrage.

Il l'avait entièrement terminé, lorsqu'une mort aussi cruelle qu'imprévue est venue lefrapper subitement au sein de sa famille consternée , et l'enlever en peu d'instants aux lettres , qui charmèrent dans tous les temps les rares loisirs de son existence politique. Il comptait , retiré à la campagne pendant les derniers mois de l'année , revoir avec soin et dans ses moindres détails le poème qu'il allait livrera l'impression; et la pureté, l'élégance ordinaire de son style, ne permettent pas de douter qu'il n'en eût fait entièrement disparaître les taches qui pouvaient encore le déparer. L'éditeur ne se flatte pas d'un pareil succès ; mais aidé, soutenu par les conseils de quelques amis

vin PREFACE.

de l'auteur , il a trouvé daus leur goût , dans le zèle bienveillant dont ils lui ont donné une preuve si touchante, les lumières dont il n'était pas suffisamment pourvu.

Il ose espérer que ce poème , auquel on doit regretter seulement que l'auteur n'ait pu mettre la dernière main, ne renfermera aucune infraction aux enseignements de la science. M. Daru lavait soumis à plusieurs reprises à l'examen de nos plus célèbres astronomes , parmi lesquels il eut le bonheur de compter des amis. Après s'être instruit à leurs leçons , dont il se montra l'auditeur le plus assidu, il appela leur critique sur son ouvrage , et les entendit plus d'une fois , non sans quelque plaisir, manifester leur surprise du peu d'erreurs qu'ils trouvaient à relever. «Mon livre, disait- il souvent, n'aura peutêtre pas beaucoup d'attrait pour le public; mais du moins il ne contient pas d'hérésie, il est orthodoxe. » Et sa reconnaissance se plaisait à rappeler avec quelle bienveillance ses illustres maîtres avaient bien voulu l'aider de leurs conseils,

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l'encourager par leurs suffrages , et lui faire goûter une récompense anticipée de ses travaux en l'admettant au sein de cette Académie , où toutes les sciences viennent se réunir, et dont il s'enorgueillissait, à si juste titre, de faire partie.

Puisse se réaliser le vœu le plus cher de l'auteur ! puisse son ouvrage contribuer à rendre plus général le goût de ces nobles sciences dont l'étude est si favorable aux méditations philosophiques, et qui nous font sentir si vivement, et la faiblesse des moyens matériels qui sont en notre pouvoir , et les puissantes ressources de notre esprit. L'astronomie, dit Bailly, par la grandeur de son objet , par le nombre , par l'étendue de ses déeouvertes , est de toutes les sciences peut-être , celle qui donne le mieux la mesure de l'intelligence de l'homme et la preuve de ce qu'il peut faire avec du temps et de la persévérance Elle nous a montré ces espaces

énormes où nos pensées aiment à se plonger et à se perdre. En agrandissant l'univers elle a

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agrandi l'idée de l'Etre suprême ; elle a étendu notre esprit qui, trop resserré sur ce globe, aime à s'égarer de sphère en sphère, et à mesurer du moins par l'imagination cet espace immense dans lequel l'homme n'occupe qu'un point imperceptible Les observateurs recueillent ; les faits s'accumulent, comme les matériaux d'un édifice, et attendent l'homme de génie qui doit être l'architecte du monde.

Cljattt premier.

Exposition du sujet. — Notions générales sur la nature des Corps Célestes ; leur origine ; leur durée. — De la Lumière. — Bienfaits dont l'homme est redevable à l'Astronomie ; la mesure du Temps , la connaissance des Saisons ; le perfectionnement de la Navigation ; le mépris de l'Astrologie. — Abandon du culte du Soleil.

\Juel mortel , vers l'Olympe élevant ses regards,

N'a demandé les noms de tant d'astres épars ?

A contempler leur cours qui n'a donné des veilles?

J'entreprends de chanter leurs brillantes merveilles ,

Les lois que leur fixa l'arbitre souverain ,

Et que l'homme a su lire en ce livre divin.

Vous, qui de l'univers maintenez l'harmonie,

O puissance ! ô lumière ! ô sagesse infinie !

Donnez-moi d'entrevoir vos sublimes secrets,

Et qu'une voix mortelle annonce vos décrets (,).

k L'ASTRONOMIE.

Je les confie au rhythme, ami de la mémoire. Les cieux de leur auteur nous racontent la gloire : L'homme sort du néant, quand il sait l'admirer. Astres majestueux, c'est à vous d'éclairer L'atome intelligent, si grand dans sa faiblesse : Le spectacle du ciel prépare à la sagesse (î).

La terre ouvre son sein à vos feux bienfaisants : L'Océan obéit à deux astres pesants ; La brute, par instinct, d'épouvante glacée, Redemande à grands cris leur lumière éclipsée : Tout reconnaît les lois de ces globes lointains, Et l'homme crut long-temps y lire ses destins. Cieux, montrez-nous celui dont vous êtes l'image : L'étude est à ses yeux notre plus digne hommage. L'être aux sens imparfaits a dans le firmament Placé de ses travaux le plus beau monument; Mais il est des secrets que la docte Uranie Pour d'autres temps réserve aux regards du génie.

L'homme a sondé des cieux la vaste profondeur , Révélé des soleils la marche et la grandeur :

Parmi ces feux lointains , qui roulent sur nos têtes ,

Chaque jour, plus puissant, son œil fait des conquêtes;

Des astres inconstants, qui ne brillent qu'un jour,

Son art trace l'orbite , et marque le retour.

Un mortel nous apprit qu'une force invisible

Anime et fait mouvoir la matière insensible.

Tous ces mondes brillants , dans l'espace lancés ,

Attirés l'un par l'autre, y restent balancés,

Et, soumis à Newton, dans leur orbite immense

Gravitent par leur poids, qu'affaiblit la distance.

Mais quel est ce pouvoir, ce don mystérieux,

Par qui tout pèse, attire, et flotte dans les cieux ?

Quel peut être ce vide, océan de lumière,

Où tant d'astres brillants achèvent leur carrière ?

Hélas ! l'esprit de l'homme est étroit et borné

Comme le globe obscur sur lequel il est né :

Mais, tout faible qu'il est, il prend un vol sublime :

Du ciel qui l'environne il a franchi l'abîme;

Et , de ces grands travaux , sous des lauriers en fleurs ,

Uranie entretient ses immortelles soeurs.

L'homme ne peut atteindre à la cause première : Le temps, la pesanteur, l'espace, la matière, Que l'esprit croit comprendre, et ne peut définir, Cacheront leur essence aux âges à venir. Appelés, en naissant, à de pompeux spectacles, Nous vivons , nous marchons entourés de miracles ; Mais, témoins assidus, nous pouvons chaque jour Sans assigner leur cause , attendre leur retour ; Et tout ce qu'à nos yeux l'ordre des temps ramène Cesse d'être un prodige, et n'est qu'un phénomène. Le temps, de la science observant les progrès, D'une main patiente accumule les faits.

Epiant la nature, il sonde ses problêmes , Confirme les calculs, et détruit les systèmes (3). Trop long-temps les succès à nos vœux accordés , Par notre impatience ont été retardés : On voulut, dédaignant la route la plus sûre, Au lieu de l'observer, deviner la nature; Et, son prisme à la main , l'imagination Construisait l'univers sur une illusion.

La terre , six mille ans , fut le centre du monde ;

Soleil , ta place alors n'était que la seconde ;

Les sphères s'élevaient dans la voûte des cieux

Pour guider notre route et pour charmer nos yeux.

Enfin, reconnu roi des mondes qu'il attire,

L'astre dominateur recouvra son empire.

Quelques globes obscurs qui roulaient à l'entour.

Inondés de ses feux, composèrent sa cour,

Et, rejetée au loin dans la vaste étendue,

Notre terre à son roi fut peut-être inconnue.

Mais ce père des jours par lui-même embellis,

N'est qu'un de ces soleils dont les cieux sont remplis (4) ;

Innombrables, brûlants, puissants comme lui-même,

Sans doute ils sont aussi le centre d'un système;

Dans l'espace profond jetés confusément,

Ils répandent la vie avec le mouvement;

Ils marchent entourés de nombreux satellites ,

Et l'univers n'a plus ni centre ni limites.

Notre brillant soleil, dans cette immensité,

N'est qu'un point; notre terre, un atome habite

Par-delà tous ces cieux et ces voûtes profondes, Que peut-il exister ? D'autres cieux, d'autres mondes; Et plus loin, l'infini , l'abîme. O quelle voix, Quelle voix me dira si ces cieux que je vois , Ne sont que des déserts inanimés , immenses , Ou le brûlant séjour d'autres intelligences? N'en doutons point, ces cieux ont leurs contemplateurs ; Un spectacle si beau n'est pas sans spectateurs : Ces feux , ce mouvement, ces torrents de lumière Ne sont pas prodigués pour l'inerte matière; Et partout la pensée, animant ces déserts, Vivifie, ennoblit, explique l'univers.

Exilé sur un point de l'immense étendue , L'homme a dans cet abîme osé plonger sa vue : Pour qui sont, disait-il, ces cieux levés sur moi? Et l'orgueil répondait: Tout fut créé pour toi. Mais un juge plus sûr, la science sévère, Lui montrant ce qu'il est, le détrompe et l'éclairé. Ce globe, poursuit-il , où je traîne mes jours , Quel instant l'a vu naître? exista-t-il toujours?

Une voix lui répond : Arrête , téméraire ,

Éternel ou créé, ce inonde est un mystère ;

Jamais tu ne saurais entrevoir seulement

Ni son éternité , ni son commencement.

Il faut choisir pourtant : oseras-tu prétendre

A ces siècles sans fin, que tu ne peux comprendre?

Éphémère habitant d'un fragile univers,

Quel pouvoir fixerait ces éléments divers,

Lorsqu'on voit dans le ciel des astres disparaître (5)?

Rien ne périt : tout change, excepté le grand Etre(G).

Quelquefois les parvis du lointain firmament S'éclairent tout-à-coup d'un vaste embrasement : Il croit, et parcourant ces demeures profondes, L'incendie en fureur y dévore des mondes (7). L'Éridan , le Permesse , ont su le confirmer. Précipité des cieux qu'il allait consumer, Phaëton nous atteste un de ces grands désastres. Ses sœurs, que leur douleur plaça parmi les astres, Pleurent en gouttes d'ambre un frère trop puni. Et vous, céleste chœur, près d'elles réuni ,

io L'ASTRONOMIE.

Parlez, filles d'Atlas, Pléiades favorables,

Du pilote incertain déités secourables :

On dit que sur le front du taureau radieux

Un de vos sept flambeaux s'est éteint dans les cieux.

Mère du sage Hermès, Alcyone, Sterope,

Timide Céléno, Taygète, et vous , Mérope,

Est-il vrai que l'Olympe ait vu le sort jaloux

Vous ravir une sœur qui brillait parmi vous (8) ?

Des mondes ont péri dans ces vastes naufrages (9) ;

D'autres ont pu sortir de l'abîme des âges ,

Soit qu'échappé du sein d'un orbe étincelant(,o)

Un débris enflammé s'en éloigne en roulant ,

Soit, et j'en crois Herschell , que dans son atmosphère

Le soleil ait produit une vapeur légère (n)

Qui , d'atomes flottants attirant le concours ,

Obéit à cet astre et le suit dans son cours.

L'espace laisse errer cette masse fluide,

Et sa rotation sur son axe rapide

Détermine sa forme en un corps arrondi

Que vingt siècles peut-être ont à peine attiédi

CHANT PREMIER. n

C'est un soleil nouveau que le monde a vu naître, Lumineux par lui-même, et qui va ne plus l'être; Mais non solide encore , et dans l'immensité(,2) Lançant d'autres débris de son disque agité. Maîtrisés, en tournant, par la loi qui les presse , Son équateur s'élève , et son pôle s'abaisse A mesure qu'il fuit dans les plaines du ciel Le foyer enflammé de l'astre paternel ; Sa chaleur s'amortit, sa matière plus dense Règle enfin sa vitesse en gardant sa distance : Le globe ardent n'est plus, et l'on voit en son lieu Rouler un monde éteint autour d'un astre en feu. Tel fut le sort, dit-on, des sœurs de notre sphère Qui jaillirent des flancs de leur glorieux père ; Et , sur un même plan, circulant à l'entour, Forment une ceinture au dieu brillant du jour. O Muses, pardonnez, si d'une main mortelle J'ajoute à votre lyre une corde nouvelle ; Mais la science dicte , et confie à mes soins Les fastes de ces temps qui furent sans témoins.

La terre à tous les yeux raconte son histoire; Du feu qui l'embrasa tout garde la mémoire (,3), Il brûle, il vit encor dans ses gouffres profonds. Cette douce chaleur et ces rayons féconds Que le soleil sur nous chaque matin ramène, Effleurant notre globe , y pénètrent à peine : Ils sont loin d'égaler le foyer souterrain , Reste des feux ravis à l'astre souverain (,4), Et que le temps a vus, dans leur ardeur première , En torrents enflammés dissoudre la matière, Vitrifier les rocs et les métaux divers , Et suspendre en vapeurs l'Océan dans les airs. Mais sur le globe enfin les ondes rappelées D'un continent à l'autre ont rempli les vallées (,5). Sous la terre, le feu trouvant un aliment, Compose, décompose, agit incessamment; Et, lorsqu'il s'éteindra, la sphère refroidie Roulera dans les cieux une masse engourdie.

Quoi! l'ouvrage de Dieu, dit l'esprit étonné, A de tels changements serait-il destiné ?

CHANT PREMIER. i3

Si la glace et le feu, se disputant l'empire, Combattaient pour créer et créaient pour détruire, Le désordre serait la loi de l'univers ! Former, peupler, briser tant de globes divers! Que devient la sagesse éternelle et profonde Qui pour le conserver a fait naître le monde ? Mais vous, êtres bornés, ouvrage de ses mains, Quel droit vous fut donné de juger ses desseins, Et d'appeler désordre une règle constante Qui soumet à la mort la nature vivante ? L'insecte, dont le corps se dérobe à vos yeux Ephémère habitant d'un chêne audacieux, En parcourt dans sa vie une branche touffue , Et croit de l'univers mesurer l'étendue. Ce géant des forêts y régna cinq cents ans, Il couvrit son canton de superbes enfants; Sa tète fut un monde, où des peuples sans nombre Vivaient de sa substance et dormaient sous son ombre ; 11 vit naître, chanter, mourir sous ses rameaux Des générations d'insectes et d'oiseaux;

i4 L'ASTRONOMIE.

Et le voilà , des vers insensible pâture , Subissant à son tour la loi de la nature. Son sort nous est commun : la terre au monde entier N'est pas ce qu'auprès d'elle était ce chêne altier. Et vous vous étonnez ! vous invoquez pour elle Le droit d'une existence immuable , éternelle ! Chaque être, chaque monde est borné dans son cours (lG), Il faudrait s'étonner si tout durait toujours; Si, dans l'espace étroit d'où bientôt tout s'écoule, Les générations s'accumulaient en foule ; Si rien n'était changeant dans le monde animé , Et si, tout consumant, rien n'était consumé (,7). Le mouvement , le feu , le temps et la matière Renouvèlent l'aspect de la nature entière. Père de la chaleur, source de la clarté, Le feu , sans s'épuiser , remplit l'immensité. Caché dans tous les corps , ame de la nature , 11 consume et répare, unit, divise, épure (,8); Principe créateur, principe dévorant.

Le feu , par qui tout vit, détruit tout en courant.

CHANT PREMIER. i5

Rien ne reste en repos : la matière agitée

Se dissipe et revient , dans l'espace emportée,

Éternel aliment d'un foyer éternel;

Et le dieu destructeur, parricide immortel,

Saturne, dont la faim n'est jamais assouvie,

Engloutit les enfants qui lui durent la vie.

La fable nous instruit : la sage antiquité

D'un voile transparent couvre la vérité.

Gardons-nous d'interdire à l'être inaltérable

Le droit de faire un monde autant que lui durable.

Il peut tout ce qu'il veut ; et notre vanité

Assigne une limite à l'être illimité !

Tous les corps à nos yeux se transforment sans cesse ;

J'y vois sa loi suprême, et j'en crois sa sagesse.

L'homme interroge en vain et la terre et le ciel ,

La nature , le temps : Dieu seul est éternel :

Tout naît , tout vit par lui ; sa parole est féconde ,

La nature est la loi qu'il a donnée au monde(,7\

Et qui doit gouverner les astres radieux ,

Tant qu'il leur permettra d'exister à ses yeux.

Ah ! ne réclamez pas pour des sphères sans vie Cette immortalité que le sort vous dénie ! Voyez si leur état atteste vainement Leurs révolutions et leur commencement.

Ces astres inégaux qu'en ses vastes limites Retient le dieu du jour, planètes , satellites , Roulent vers l'Orient sur leur axe incliné. Comment un même cours leur fut-il ordonné , Si ce n'est qu'échappés du centre du système, Le dieu leur imposa la loi qu'il suit lui-même ? La matière , docile au principe moteur, A fui le double pôle , et gonflé l'équateur ; Mais , pour qu'elle obéît , loin du centre emportée , Il fallait que le feu l'eût soumise et domptée. Dans leur zone d'azur, ces filles du soleil Semblent, l'environnant d'un brillant appareil, Prouver leur origine , et nous marquer la place D'où le bras de ce dieu les lança dans l'espace.

Leur distance à tes yeux, Buffon , l'atteste encor ; Quand de l'orbe de flamme elles prirent l'essor,

CHANT PREMIER. r7

Suivant sa densité, dans l'immense étendue, Chacune s'arrètant demeura suspendue ,8). Eh! comment méconnaître, à ces signes certains, De ces mondes créés les mobiles destins; Surtout , lorsque portant un même témoignage , Le moindre satellite à ces lois rend hommage ? D'un éclat emprunté tous brillent à nos yeux ; Du couchant à l'aurore ils roulent dans les cieux ; Ils disent à quel astre ils doivent la naissance , Et leur forme est témoin de leur incandescence. L'un est encore en feu ; l'autre, toujours errant, Promène dans l'espace un disque transparent; La terre est refroidie, et peut-être la glace De la pâle Phœbé couvre déjà la face (l9). Ainsi, tous ont subi des changements divers : Changer est le destin , la loi de l'univers ; Le temps fuit, la nature élabore, et chaque être Naît, croît, vit un moment, et s'éteint pour renaître (î0). Mais qu'importe après tout aux mortels curieux Cette immortalité des astres radieux ?

Notre œil ne peut braver leurs moindres étincelles,

Et nous leur demandons des clartés éternelles !

Sachons plutôt jouir de leurs bienfaits constants.

Ces clartés que sur nous leurs disques éclatants

Versent incessamment dans l'étendue immense ,

Remplissent l'univers qu'anime leur présence.

Sans corps, sans pesanteur, et pourtant colorés,

Élancés de leur source , et non pas attirés ,

Ces filets déliés d'impalpable lumière

Viennent du fond du ciel frapper notre paupière.

Ils tracent dans leur route un sillon radieux;

L'éclair est moins rapide ; et , tandis qu'à nos yeux

Le balancier du temps mesure une seconde ,

Vingt fois ils franchiraient l'axe de notre monde (2,):

Prodige de vitesse à l'homme révélé,

Que son œil ne peut suivre, et qu'il a calculé !

Vainement ce soleil, père de la nature,

Se trouve séparé de notre sphère obscure

Par plus d'un million de ces vastes degrés

Que du nord au midi Delambre a mesurés;

Un instant nous transmet sa flamme inépuisable; Et telle est de ses sœurs la distance effroyable, Quil en est dont les feux, l'un de l'autre jaloux , Courent dix ans, cent ans pour venir jusqu'à nous.

De ces traits lumineux , délices de la vue, Quelle est donc la nature ? elle reste inconnue. Messagers de la flamme, ou privés de chaleur, Chacun des sept rayons apporte une couleur. Tant qu'ils restent unis, ils brillent sans rien peindre, Tout est blanc : tout est noir, s'ils viennent à s'éteind re . Ces gerbes que le prisme a su décomposer L'art ne peut les connaître, et peut les diviser. Que l'angle du cristal les sépare et les brise, La palette se couvre, et je vois, ô surprise! Le pourpre, l'orangé, l'améthyste, l'azur, Le vert, ami de l'œil, le saphir, et l'or pur, Phénomènes brillants des jeux de la lumière, Qui prêtent leur éclat à la nature entière ; Nobles enchantements d'un art ingénieux Que l'écharpe d'Iris reproduit dans les cieux.

so L'ASTRONOMIE.

Les effets des rayons sont un autre miracle : En approchant des corps, un invisible obstacle Les force à rejaillir dans un angle pareil A celui qu'ils formaient en tombant du soleil. Si le corps, leur ouvrant un passage facile, Se laisse pénétrer par leur flèche subtile, Dans le dédale obscur que forment ses tissus Ceux-ci sont repoussés, et ceux-là sont reçus. Attirés, détournés, les uns, dans leur carrière, Sous mille angles divers font jaillir la lumière, Et du corps transparent sortent victorieux ; Les autres, absorbés, s'éteignent à nos yeux. Il en est quelquefois dont les flammes errantes, Remontant vers le ciel en gerbes transparentes, Sur l'opaque surface épanchent leurs reflets, Leur émail sur les prés, leur or sur les guérets; La nature sourit, et la robe de Flore Rend les rayons amis dont elle se colore.

Lumière de la vie, astres consolateurs, Par qui sont animés ces tableaux enchanteurs ,

Vous qui, toujours roulant sur la voûte du monde, Ramenez des saisons la présence féconde , Je dirai vos bienfaits et vos feux éclatants.

Leur marche régulière a mesuré le temps. Mesurer ce qui fuit , sans laisser nulle trace, Ce qui fait la durée, et n'est pas dans l'espace, L'homme a dû ce grand art au dieu père du jour. De l'astre, en un point fixe, observant le retour, Et suivant ses progrès dans sa course ordonnée, Il apprit à compter les jours , les mois, l'année. D'abord à l'inventeur d'un facile appareil L'ombre trace , en tournant, la marche du soleil. Dans le passage étroit qu'offre un vase infidèle, L'eau marque, en s'écoulant, l'heure qui fuit comme elle. Mais l'art vient nous offrir des secours plus certains: Un instrument fragile, ouvrage de nos mains, Et qu'anime l'effort d'une faible spirale , Suit le cours du soleil d'une vitesse égale. Dès que l'homme eut soumis à l'art ingénieux lia mesure du temps et la marche des cieux ,

Ce livre étincelant, qui s'ouvrait à sa vue, Lui montra des saisons la route mieux connue, Et , pour prix des efforts qu'il oserait tenter, Un monde à conquérir et Neptune à dompter.

Jadis le nautonier, dans sa course timide , N'osait perdre de vue un rivage perfide : Son courage lui dit: Franchis les flots amers, Et lis au front des cieux ta route sur les mers. Si l'humide nuage a déployé ses voiles , L'aimant sera ton guide à défaut des étoiles. Sur un pivot aigu légèrement porté , Toujours en équilibre et toujours agité , L'acier t'indiquera sur sa mobile roue L'angle qu'offre le pôle au sillon de ta proue. Le ciel est-il d'azur? armé de ton secteur (22), Invoque Cynosure, et jugeant sa hauteur, Détermine à l'instant la ligne que ta course Trace entre l'équateur et l'étoile de l'Ourse. Ton vaisseau vole au loin sur l'abîme emporté, Mais ce plomb , qu'à la place où ta main l'a jeté

CHANT PREMIER. ÏS

Retient quelques instants un liège qui surnage ,

Mobile point d'appui , tend ce faible cordage

Dont les nœuds , effleurant la surface de l'eau ,

Mesurent la vitesse imprimée au vaisseau.

Cet indice, il est vrai, peut tromper ton attente.

Quel chemin a décrit, dans sa marche éclatante,

Du port que tu quittas, le roi du firmament ,

Jusqu'au flot que ta nef sillonne en ce moment,

C'est ce que t'apprendront les doctes Immortelles.

Consulte de Breguet les aiguilles fidèles ,

A l'heure où le soleil , cherchant d'autres climats,

Portera vers le nord les ombres de tes mâts :

L'aiguille te dira, par sa pente avertie ,

Quelle heure on compte au port d'où ta nef est sortie,

L'espace parcouru par l'astre radieux ,

Et le point qu'il occupe à la voûte des cieux.

Alors tout est connu : déjà, dans ta pensée,

Du pôle à l'équateur une ligne est tracée ,

Et le point où ce trait divise en le touchant

Celui qui réunit l'aurore et le couchant ,

Est la place où ta nef, dans la plaine liquide, Glisse légèrement sur sa quille rapide , Et qui tient suspendus sur le gouffre écumant Ta gloire, tes destins, et tes jours d'un moment.

Mais quoi ! lire à son gré dans la voûte azurée , Conquérir l'Océan , calculer la durée , Sur l'ordre des saisons interroger le ciel, Est-ce assez pour l'orgueil d'un fragile mortel ? Non : le ciel tout entier veille à sa destinée ; Des astres pour lui seul la marche est combinée: Au jour de sa naissance attentifs spectateurs, Ils seront désormais ses guides , ses flatteurs : Ils ont à l'heure même écrit en traits de flamme Les frivoles destins d'un prince ou d'une femme. Diane et Sirius du séjour éthéré Observent tous les pas d'un mortel ignoré. Qu'un fougueux conquérant,aux plaines de Pharsale, Dispute à son rival la palme triomphale Et l'empire d'un monde inconnu de tous deux , Le soleil voilera son disque lumineux ,

Les cieux seront troublés, et la comète ardente

Annoncera César à la terre tremblante.

Voilà donc la faiblesse et l'orgueil des humains !

Si leur sort est écrit au livre des destins ,

Y lire est le grand art, la suprême science ;

Il faudra conjurer la maligne influence

De ces globes lointains qui ne s'informent pas

Si des êtres pensants végètent ici -bas;

Et , prompts à profiter de nos terreurs secrètes,

Ceux qui d'un ciel muet se font les interprètes,

Promettront aux mortels, pour les mieux asservir,

De sonder, d'expliquer, de changer l'avenir :

Esclavage honteux sous un joug ridicule,

Imposé par la fourbe au vulgaire crédule!

Qui brisera ces fers ? Le sage , dont la voix

Des cieux que l'on redoute expliquera les loix.

Leurs feux ne peuvent rien sur notre destinée.

Que la vérité montre à la terre étonnée

De ces astres lointains l'ordre mystérieux,

Et l'homme adorera la main qui fit les cieux.

Il n'invoquera plus d'impuissantes planètes; Il saura d'un œil ferme attendre les comètes (23) , Et fouler sous ses pieds les oracles menteurs, Les superstitions et les vaines terreurs.

D'un bout du inonde à l'autre, éclairés ou sauvages, Les peuples au soleil ont voué des hommages ; Tous ils ont adoré, sous mille noms divers, Dans le père du jour le dieu de l'iinivers. Un miracle éternel, garant de sa puissance, Le signale en effet à leur reconnaissance : L'empyrée est sa cour, ses dons sont la clarté, La chaleur, les saisons , et la fécondité. Par lui , tout naît , se meut , croît , végète ou respire ; Un seul de ses regards traversant son empire , Porta l'intelligence aux mortels imparfaits (24); Leurs autels ont prouvé le prix de ses bienfaits. Babylone, Eleusis, si pleines de mystères, Ceux qu'abreuvent du Nil les ondes salutaires, Et le Perse, et l'Inca, l'un à l'autre inconnus, Invoquaient Adonis, Memnon, Hercule, Orus.

Ouverts aux premiers feux dont l'Orient se dore Leurs temples attendaient le retour de l'aurore. Les prêtres, prosternés devant l'astre du jour, Au nom de l'univers saluaient son retour. Leurs vœux lui demandaient de fertiles années, Pour les jeunes époux des chaînes fortunées, De longs jours pour les rois, pères de leurs sujets, La victoire aux combats , l'abondance, la paix : Vœux impuissants de l'homme offerts à la matière! Le dieu n'entendait pas la stérile prière. Mais sitôt qu'à la terre une puissante voix Eût appris que cet astre est soumis à des lois, Qu'à mesure que l'œil plonge dans l'étendue, Mille et mille soleils s'offrent à notre vue, Que son empire immense est cependant borné, Le roi devint sujet, le dieu fut détrôné, Et l'homme, s'élançant dans la sphère infinie, Fut plus grand que ces dieux qu'abaissait son génie, Surtout quand des soleils mesurant la hauteur, Il osa s'élever jusqu'à leur créateur-.

Tous les peuples pourtant ont de ce culte antique Gardé, sans le savoir, l'image symbolique. Oh ! combien la science a renversé d'autels! Digne objet à son tour du culte des mortels, Qu'elle porte à Dieu seul un encens qu'elle épure.

Partout, lorsque l'hiver attriste la nature, Les temples sont en deuil, les autels sont voilés; Vers les cendres des morts les mortels rappelés Pleurent l'astre du jour comme eux prêt à s'éteindre, Et conj urent Typhon qu'ils ne peuvent plus craindre. Que le printemps au ciel rende un éclat nouveau , Partout dans les lieux saints s'allume le flambeau ; C'est l'astre qui renaît, et partout se déploie La guirlande de fleurs, symbole de la joie. Il semble que ce jour, qui vient charmer les yeux , Ait réconcilié la terre avec les cieux ; Et chez les peuples même où la foi plus sévère Offre un encens plus pur au dieu qu'elle révère, Des rites du vieux temps, non encore effacés, Le sens mystérieux se fait entendre assez.

Voyez, quand des beaux jours la fête solennelle Rend sa splendeur antique à la ville éternelle, Parmi les flots d'encens, les fleurs et les flambeaux, Marcher le Christ vainqueur de la nuit des tombeaux. Les cloches, les clairons , les foudres de la guerre, De leurs cent voix d'airain l'annoncent à la terre. L'astre resplendissant , qui , sur ces mêmes lieux , Fit lever autrefois tant de jours glorieux, Des rayons du printemps dore les sept collines, Et redouble l'éclat de ces pompes divines. Le chœur des Chérubins prélude à ces accords, Et le Tibre à regret s'éloigne de ces bords Où d'un double portique , en un profond silence , Un peuple prosterné couvre l'enceinte immense. Tout-à-coup , sur le front du dôme audacieux Que l'art de Michel-Ange éleva dans les cieux t Au milieu des éclairs et du bronze qui tonne. Un prêtre, le front ceint d'une triple couronne, S'avance, étend le bras, et des cieux entrouverts Appelle les bienfaits sur Rome et l'Univers,

Vous qui de l'univers maintenez l'harmonie , etc.

Tu mihi nunc, prœclara novum sapientia lumen, Tu mihi cœlestes animos infunde roganti, Uranietu vera : tuas dum prosequor artes, Et succensus amore tui, raptusque per auras, Ultima siderei motus arcana recludo.

Duc igitur qui te tua per vestigia qua?rit , Ne spatio immenso vagus aut incertus aberret.

( Ahti-Lucrèce , liv. vin.)

Le spectacle du ciel prépare à la sagesse.

Nunc purius imbibe lumen ,

Pronior iu liquidam veniet sapientia mentem.

(Iitàf.1

(3) PAGE 6, VERS l4.

(Le temps) confirme les calculs et détruit les systèmes.

Opinionum commenta delet dies, nalurae judicia confirmât. (Cicéron , de la Nature des Dieux , 1. n.)

N'est qu'un de ces soleils dont les cieux sont remplis.

La pluralité des mondes a été proclamée par l'antiquité. L'interprète d'Épicure dit :

L'éternel univers S'étend illimité dans tous les sens divers. Eh ! qui de la nature eût donc borné l'ouvrage! Oui , dans l'espace immense où la matière nage , Si ces flots créateurs de toute éternité Ont répandu la vie et la fécondité, N'auraient-ils dans leur cours enfanté que ce monde, Le ciel qui l'environne , et les plaines de l'onde ? Et d'autres éléments inhabiles rivaux Seraient témoins oisifs de leurs vastes travaux! Non , non , etc.

( Traduction de M. de Pongerviixe. )

Lorsqu'on voit dans le ciel des astres disparaître.

« La Connaissance des Temps de l'an VIII contient un catalogue de 146 étoiles qui ont disparu, ou qui ne se trouvent plus à la place à laquelle on les avait observées. On a remarqué aussi plusieurs apparitions d'étoiles nouvelles. Le chartreux Anthelme en avait aperçu une près du Cygne. » Cassini a trouvé dans Cassiopée une étoile de 4e grandeur et deux de 5e , à un endroit où il est sûr qu'elles ne se voyaient pas auparavant, puisque plusieurs astronomes ayant exactement compté jusqu'aux plus petites étoiles de cette constellation , aucun n'a parlé de ces trois étoiles. Il en découvrit encore deux autres, l'une de 4e et l'autre de 5e grandeur , vers le commencement de l'Éridan , où l'on est assuré qu'elles n'étaient pas sur la fin de 1664. Il en aperçut aussi, vers le pôle arctique, quatre de 5e ou 6e grandeur, que les astronomes n'auraient pas manqué de remarquer , si elles y avaient paru plus tôt. »

( Dei.ambre, Hist. de l'astr. mod., liv. xvi. )

Rien ne périt , tout change

i imiiM mutantur, nihil interit.

(Ovide, Métam., I.xv.)

PAGE 9, VERS l4-

L'incendie en fureur y dévore des mondes.

Seu deus instanlis t'ati miseratus, in orbem Signa per affertus cœlique incendia mitât.

( Maniliits, I. i. )

« Quant aux étoiles qui se sont montrées presque subitement avec une très-vive lumière, pour disparaître ensuite, on peut soupçonner avec vraisemblance que de grands incendies, occasionés par des causes extraordinaires, ont eu lieu à leur surface ; et ce soupçon se confirme par le changement de leur couleur, analogue à celui que nous offrent sur la terre les corps que nous voyons s'enflammer et s'éteindre. »

(Exposition du système du monde, liv. ier, ch. xin. )

« Hipparque observa le premier fait de ce genre : il aperçut une nouvelle étoile ; un nouveau feu s'alluma devant lui dans le ciel : c'était un incendie qui commençait. Nous concevons mieux la destruction que la naissance des choses ; on sent d'abord qu'un soleil peut s'éteindre , on a peine à se figurer comment il peut s'allumer. On ne peut dire où étaient renfermés les feux qui brûlent une masse, tout-à-coup embrasée : mais il ne nous est pas permis de tout expliquer. »

(Baili.y , Discours sur les corps lumineux.)

Vous ravir une sœur qui brillait parmi vous.

La pléiade qu'on prétend avoir disparu, se nommait Electre. « En ce moment (après la prise de Troie) Electre se couvrit d'un voile sombre, et s'ensevelissant dans une éternelle obscurité, elle se sépara pour toujours des autres pléiades , ses sœurs et ses compagnes. En effet , celles-ci se montrent encore en seul groupe aux yeux des mortels ; mais Electre n'est plus aperçue depuis l'affreuse catastrophe qui détruisit la ville fondée par son fils Dardanus. »

( Guerre de Troie, de Quintus de Smyrne, ch. xiii. )

Ovide rapporte la même tradition ( Fastes, 1. iv , vers 169.)

Pléiades incipiunt humeros relevare paternos ,

Quse septem dici, sex tamen esse soient. Seu quod in amplexum sex liinc venere deorum;

Nam Steropen Marti concubuisse fernnt , Neptuno Halcyonen , et te formosa Celaeno,

Majan et Electram, Taygetenque Jovi ; Septima mortali Merope tibi, Sisyphe, nupsit:

Poenitet , et facli sola pudore latet : Sive quod Electra Trojœ spectare ruinas

Non tulit, ante oeulos opposuitque manum.

Voilà deux versions sur la disparition de l'une des pléiades; mais il y a une tradition plus extraordinaire. Selon Hygin ( 1. 11 de Tauro ), Electre , après la prise de Troie, se sépara de ses sœurs, et se retira vers le pôle, dans le désordre d'une femme accablée de douleur et les cheveux épars, ce qui lui a fait donner le surnom de comète. Avienus ajoute que de temps en temps elle se montre encore aux mortels; selon d'autres, cette étoile ( Electre ou Mérope), poursuivie par Orion ou par Canopus, s'était sauvée vers le

nord, près de la queue de la grande Ourse, et on lui avait donné les noms de Longodès, de Riphax, de Renard.

Fréret a cherché à expliquer ces fables , en y trouvant la tradition de quelques comètes qui se seraient avancées de la constellation du Taureau , ou de celle d'Orion , vers le nord. Cela est fort possible : mais cela n'explique pas la disparition de la pléiade qui était une étoile. Une comète qui se serait montrée dans ce groupe n'y serait pas restée longtemps . et n'aurait pas pu être prise pour 'ine étoile.

Quant à la tradition qu'on voyait autrefois 7 pléiades , nous ne saurions en douter, car Euripide leur donne dans Iphigénie le nom d'Eptaporos, et les Latins les avaient nommées Septistellium. — Aujourd'hui, à l'aide des lunettes, on voit 64 étoiles.

te) PAGE IO, VliRS g.

Des mondes ont péri dans ces vastes naufrages.

Les philosophes de tous les temps ont pensé que le mouvement étant inhérent à la matière, il devait en résulter pour les objets existants une formation et une destruction alternative inévitable. Lucrèce dit :

Vois-tu tomber ces murs et cette tour altière? Ce temple révéré se dissoudre en poussière ? Ces dômes, ces palais, ces monuments pieux, Ce marbre où respirait la majesté des dieux, Des siècles entassés las de subir l'outrage, Chancellent comme un être appesanti par l'âge : Ainsi l'astre des jours , les orbes radieux , Des ravages du temps sont atteints dans les cieux.

( Traduction de M. de Pongerville , Luc. liv. v. )

Soit qu échappé du sein d'un orbe étincelant Un débris enflammé s'en éloigne en roulant :

C'est l'hypothèse de Buffon. « Ne peut-on pas imaginer avec quelque sorte de vraisemblance , dit-il , qu'une comète tombant sur la surface du soleil , aura déplacé cet astre, et qu'elle en aura séparé quelques petites parties, auxquelles elle aura communiqué un mouvement d'impulsion dans le même sens , et par un même choc ? »

( Théorie de la terre. ) (") PAGE IO, VERS l3.

Soit, et j'en crois Herschell, que dans son atmosphère Le soleil ait produit une vapeur légère , etc.

M. Herschell a fait sur les nébuleuses, qui ont été le sujet spécial de ses observations pendant quarante ans , un Mémoire lu à la Société royale de Londre , le 20 juin 181 1 , et dont l'objet est d'établir cette conjecture, que les nébuleuses pourraient bien être une matière lumineuse diffuse, qui en passant par divers degrés de condensation, formerait des comètes, des planètes, des soleils. On ne considère ici cette idée que dans ses rapports avec l'hypothèse de Buffon sur la formation des planètes. M. de La Place reproduit la conjecture de M. Herschell dans une note qui termine l'Expo sition du système du monde, « Comme une hvpothèse qui lui paraît résulter avec une grande vraisemblance des phénomènes ; mais il la présente avec cette défiance que doit inspirer tout ce qui n'est pas un résultat de l'observation et du calcul. »

r,2> PAGE II, VERS 1-3.

C'est un soleil nouveau que le monde a vu naître, Lumineux par lui-même et qui va ne plus l'être, Mais non solide encore et dans 1 immensité, etc.

DU PREMIER CHANT. 3q

'< Lcibnitz considéra les planètes comme des soleils éteints. Les changements observés dans les étoiles le conduisirent sans doute à cette idée ingénieuse et vraisemblable. Il regarda leur disparition comme la (in de leur incendie. »

( Bailly, Hist. de l'astr. mod., t. ri, discours sur les corps lumineux.)

« Toutes les planètes n'étaient donc alors que des masses de verre liquide, environnées d'une sphère de vapeurs: tant qu'a duré cet état de fusion et même long-temps après , les planètes étaient lumineuses par elles-mêmes, comme le sont tous les corps en incandescence ; mais à mesure que les planètes prenaient de la consistance, elles perdaient de leur lumière. Elles ne devinrent tout-à-fait obscures qu'après s'être consolidées jusqu'au centre. »

( Buffon, Époques de la nature.)

Du feu qui l'embrasa tout garde la mémoire , etc.

Presque tous les philosophes anciens pensaient que le monde avait été autrefois bouleversé par l'action des eaux et du feu. Lucrèce dit :

Entre les éléments avec force pressé, Par leurs efforts jaloux le globe est balancé. Pourtant si nous croyons la fable ingénieuse , Des ondes et des feux la lutte furieuse A triomphé jadis du monde infortuné; D'un océan de flamme il fut environné, Lorsque de Phaéton l'imprudente faiblesse Des coursiers du soleil égara la vitesse. Ils erraient emportés dans la plaine des airs , Et des torrents de feux inondaient l'univers. De l'Olympe bientôt le monarque sévère Parut, et foudroya l'illustre téméraire.

Apollon remonta sur son char radieux .

4o NOTES

De sa n;ain suspendit le grand flambeau des cieux.

Des coursiers écumants la fougue comprimée

A sa voix retrouva la route accoutumée.

Avec ordre épanchant une douce clarté,

Ce dieu rendit le calme au monde épouvanté.

Les nobles fictions n'abusent pas le sage,

Mais de la vérité nous y trouvons l'image.

( Traductiou de M. de Pongerville. )

Ils sont loin d'égaler le foyer souterrain, Reste des feux ravis à l'astre souverain.

« On a fait une estimation assez précise de la chaleur qui émane actuellement de la terre et de celle qui lui vient du soleil. On a trouvé, par des observations très-exactes et suivies pendant plusieurs années, que cette chaleur qui émane du globe terrestre est en toute saison 5o fois plus grande que celle qu'il reçoit du soleil.

(,5) PAGE 12, VERS l3.

Mais sur le globe enfin les ondes rappelées D'un continent à l'autre ont rempli les vallées.

« Tant que la surface du globe n'a pas été refroidie au point de permettre à l'eau d'y séjourner sans s'exhaler en vapeurs, toutes nos mers étaient dans l'atmosphère; elles n'ont pu tomber et s'établir sur la terre, qu'au moment où sa surface s'est trouvée assez attiédie pour ne plus rejeter l'eau par une trop forte ébullition. »

( Buffon, Époques de la nature. )

(,G) PAGE l4, VERS 7~I2.

Chaque être, chaque monde est borné clans son cours,

Il faudrait s'étonner si tout durait toujours, etc.,

Et si, tout consumant, rien n'était consumé.

L'éternelle durée du monde est une de ces questions que la science ne résoudra jamais. Newton , considérant dans les mouvements des corps célestes des inégalités qu'il croyait destinées à s'accroître, disait que le système finirait par avoir besoin d'une main réparatrice. Mais, dit l'auteur de l'Exposition du système du monde, liv. 5, ch. 6 , cet arrangement des planètes ne peut-il pas être lui-même un effet des lois du mouvement , et la suprême intelligence que Newton fait intervenir ne peut-elle pas l'avoir fait dépendre d'un phénomène plus général? Tel est, suivant nos conjectures, celui d'une matière nébuleuse, éparse en amas divers dans l'immensité des cieux. Peut-on encore affirmer que la conservation du système planétaire entre dans les vues de l'auteur de la nature ? L'attraction mutuelle des corps de ce système ne peut pas en altérer la stabilité, comme Newton le suppose; mais n'y eût-il dans l'espace céleste d'autre fluide que la lumière, la résistance et la diminution que son émanation produit dans la masse du soleil doivent à la longue détruire l'arrangement des planètes, et pour le maintenir, une réforme deviendrait sans doute nécessaire. Mais tant d'espèces d'animaux éteintes, dont M. Cuvier a su reconnaître avec une rare sagacité l'organisation dans les nombreux ossements fossiles qu'il a décrits, n'indiquent-elles pas dans la nature une tendance à changer les choses , même les plus fixes en apparence? La grandeur et l'importance du système solaire ne doivent point le faire excepter de cette loi générale, car elles sont relatives à notre petitesse, et ce système, tout vaste qu'il nous semble, n'est qu'un point insensible dans l'univers.

(I7) PAGE l5 , VERS l8.

La nature est la loi qu'il a donnée au monde.

Naturam vero appello legem Omnipotentis Supremique patris , quam prima ab origine raundi Cunctis imposait rébus, jussitque teneri Inviolabiliter, dum mundi secla mauerent.

(Marcel Palingen, Zodiaq. de la vie, liv. ai.) (l8) PAGE 17, VERS 2.

Suivant sa densité, dans l'immense étendue Chacune s'arrêtant , demeura suspendue.

Sed cum septeni certâ sub Iege planetœ Perpétua médium lustrent verligine solem, Vorlicis a centro non aequo limite distant. Illi , quos crustœ moles onerosior ambit , Vorticis extremas longe jaculantur ad oras; Quique minus solidà couilantur mole plauelaî, Exiguum peragunt multo velocius orbem, Et centro solis gyro propiore rotantur.

( Le Monde de Descartes , par le P. Dccouedic , jésuite. )

« Kepler avança que la différence des révolutions des planètes démontrait la différence de leur densité. Il établit que le soleil est de tous les corps le plus dense : ceux qui le sont le plus après lui sont rangés le plus près de lui. Kepler compare Saturne au diamant, Jupiter à l'aimant, Mars au fer, la Terre à l'argent, Vénus au plomb, Mercure au vifargent, et le soleil, qui est le plus lourd, et, selon lui, le plus dense des astres, à l'or, le plus pesant comme le plus précieux des métaux. Cet ordre de densité des planètes est presque le véritable. Les planètes les plus éloignées sont celles qui renferment le moins de matière , relativement à leur volume. Le soleil, que Kepler croyait le plus dense, est le seul qui s'écarte de la règle qu'il ose lui prescrire.»

( Bailly , Hist. de l'aslr. mod. , t. ir, liv. 11. )

Les planètes voisines du soleil sont les plus denses ;

celles qui en sont les plus éloignées sont en même temps les

plus légères. »

( Ruffon , Époques de la nature.)

Si l'on veut connaître comment on est parvenu à découvrir les rapports de densité entre les planètes, on peut consulter l'Étude du ciel de Joseph Mollet, chap. 12, et l'Exposition du système du monde de M. de La Place, liv. 4, chap. 3.

Voici la table des densités que nous a donnée M. Francœur, dans son Uranographie, la densité de la terre étant i :

Mercure 2,879646.

Vénus 1,047010.

La Terre 1,000000.

Mars o,o,3o736.

Jupiter 0,241 190.

Saturne 0,095684.

Uranus 0,020802.

La terre est refroidie , et peut-être la glace De la pâle Phœbé couvre déjà la face.

«Lesgrosses planètes, telles que Jupiter et Saturne, sont, encore brûlantes ; l'excès de la chaleur ne permet pas l'habitation. Les petites, telle que la lune, ont tout perdu; le refroidissement est consommé : elles sont dans un état de glace et de mort. La terre , avec sa grandeur moyenne , avec les secours du soleil, jouit de cette heureuse température qui rend habitable le plus grand nombre de ses climats. Ses pôles seuls, abandonnés du soleil, sont inhabités, circonscrits et fermés par une zone de glaces, qui s'étend et s'avance lentement sur le globe, en lui annonçant sa destinée. »

(Bailly, Hist. del'astr. mod., discours sur les corps lumineux.'

(20) PAGE iy , VERS l8.

Naît, croît, vit un moment, et s'éteint pour renaître. Cette idée philosophique rappelle ces vers de Lucrèce :

Si des airs et du feu , de l'onde el de la terre L'essence avec lenteur croît, s'augmente et s'altère, Le monde , leur ouvrage , est soumis à leur sort , Il reçut la naissance, il subira la mort.

(Traduction de M. de Ponger ville.)

(2l) PAGE l8, VERS l4.

Vingt fois ils franchiraient l'axe de notre monde.

La plus grande distance du soleil à la terre est de 34,93/|, 736 lieues, la moindre de 33,780,210 ; la distance moyenne de 34,357,473 : la lumière parcourt cet espace en 8 minutes i3 secondes 2 tierces. La circonférence de la terre est de 9,000 lieues, et son diamètre de 2,864 ; ainsi la lumière parcourt en une seconde une ligne à peu prés égale à 26 fois ce diamètre.

(22) PAGE 22 , VERS l5.

Armé de ton secteur....

Le secteur est un instrument composé de deux miroirs placés sur un arc qui forme la 6e partie de la circonférence, c'est de là que lui vient son nom. On s'en sert beaucoup pour les observations astronomiques faites à bord d'un vaisseau , parce que l'exactitude des résultats qu'il donne n'est pas altérée par la mobilité du lieu sur lequel on se trouve. Il indique la hauteur d'un astre au-dessus de l'horizon; on en conclut le point que l'on occupe sur le globe, et par suite le chemin qu'on doit suivre.

(l3) PAGE 20, VERS 2.

Il saura d'un œil ferme attendre les comètes.

Jacques Bernonilli annonça en 1680 que la comète qu'on venait d'observer reparaîtrait en 17 19 le 17 mai, dans le ier degré 12' de la Balance. L'assurance avec laquelle il faisait cette prédiction scandalisa quelques esprits, et on lui fit sentir combien son assertion était malsonnante ; car , si la marche des comètes était réglée, l'apparition de ces astres ne serait plus un signe de la colère du ciel. Cette objection l'ébranla , et il s'en tira par une distinction : il persista à soutenir que le corps de la comète avait une marche réglée , mais il avoua que la queue pouvait bien être un signe de la colère céleste , et qu'aussi cette queue n'était qu'accidentelle. « Tant il fallait encore, dit Fontenelle, avoir de ménagements pour cette opinion populaire, il y a a5 ans; maintenant on est dispensé de cet égard, c'est-à-dire que le gros du monde est guéri sur le fait des comètes , et que les fruits de la saine philosophie se sont répandus de proche en proche; il serait assez bon, ajoute-t-il, de marquer, quand on pourrait, l'époque de la fin des erreurs qu'elle a détruites. »

(24) PAGE 26, VERS l5.

Un seul de tes regards, traversant ton empire, Porta l'intelligence aux mortels imparfaits.

Le soleil , chez les anciens , était l'ame , l'intelligence du monde. ( Voy. Pline, liv. 11, ch. vi. )

Cl)ant Benxicmc.

Orphée décrit aux Argonautes la Sphère céleste. — - Le Zodiaque. — Les Constellations connues des anciens.

CHANT DEUXIE31E.

Les premiers pas que l'homme imprima sur la terre Lui firent rencontrer la famine, et la guerre. Il fallut disputer et fouiller de sa main Le champ que du reptile infectait le venin , Et long-temps au travail sa misère enchaînée ^ Lutta péniblement contre la destinée.

Aux importuns besoins renaissant tous les jours En vain des arts grossiers offrirent leurs secours. Il fallut sur les mers poursuivre la fortune , Invoquer l'art savant qui subjugue Neptune : Pour demander un guide aux astres radieux, Le pilote éleva ses regards vers les cieux :

5o L'ASTRONOMIE.

II apprit à compter, à nommer les Hyades, Les Ourses, Orion , les humides Pléiades (2) , £t, grâce aux vils besoins, grâce à la soif de l'or, Vers de nobles pensers l'homme prit son essor.

Ainsi la Renommée aux Grecs encor barbares Vint dire que l'Euxin sur ses rives avares Recelait des trésors à l'Europe inconnus : Un dragon y gardait le bélier de Phryxus. De cinquante héros une élite intrépide S'élance sur les mers où l'audace les guide ; Et ce lointain voyage aux vainqueurs de l'Euxin, Pour prix de leurs travaux, révèle un art divin : Ils conquièrent l'Olympe , et la savante Asie Leur livre pour trésors les secrets d'Uranie.

Le dieu du jour, quittant le céleste Bélier, Surmontait le Dragon et le Taureau guerrier, Alors que triomphant d'Amphitrite étonnée, Montrant à l'Hellespont sa poupe couronnée, Leur vaisseau de Colchos emportait la toison Qu'osa livrer Médée au trop heureux Jason.

CHANT DEUXIEME. 5r

Le héros, pour ravir son illustre conquête,

De l'hydre venimeuse avait foulé la tète,

Et les taureaux ardents , monstres aux pieds d'airain,

Avaient courbé leurs fronts sous sa puissante main.

Les vents favorisaient la nef impatiente,

Ouvrage de Minerve et comme elle éloquente.

Déjà dans le lointain fuyait avec le jour

Dindyme, qui d'Argo saluait le retour:

Le pilote assuré franchit, d'un vol rapide,

Le rivage où Sestos se rapproche d'Abyde;

La nuit tombe des cieux , et le chef des héros

Promet enfin la Grèce aux vainqueurs de Colchos.

Sous un dôme d'azur, la carène écumante

Sillonne sans effort une onde obéissante;

Et, tel que l'alcyon balancé dans les airs,

Qui d'une aile d'argent rase le sein des mers,

Le navire animé porte aux natales rives

Les matelots penchés sur leurs rames oisives.

L'interprète des dieux, Orphée, était assis Entre le fils d'Éson et Pelée et Tiphys;

5i L'ASTRONOMIE.

La main sur le timon, les yeux vers les étoiles, Le sage Canopus s'abandonnait aux voiles; Et, du haut de la poupe, aux enfants de Léda Lyncée à l'œil perçant montrait les feux d'Ida. Il voyait dans ce vide où s'égare la vue D'astres pour lui brillants une foule inconnue : Tous les yeux les cherchaient aux célestes lambris. « Toi que l'Egypte admit aux mystères d'Isis, Parle, divin Orphée, héritier de la lyre Qui t'ouvrit de Pluton le redoutable empire. Dis-nous, non ces secrets que le culte des dieux Défend de dévoiler à de profanes yeux , Mais des cieux mieux connus chante-nous les merveilles. Dis-nous l'heureux mortel qui, dans ses doctes veilles, Sut imposer des noms aux astres étonnés; Dis-nous quels mouvements leur furent ordonnés. Ouvre le vaste Olympe à nos regards avides ; Et tes chants, immortels comme les Piérides, Instruiront l'avenir, si tu peux pardonner Qu'une bouche vulgaire ose les profaner. >>

Ainsi dit Auiphion; et de la troupe entière lie fils de Calliope exauçant la prière , Prélude sur sa lyre et commence en ces mots^, Que semble respecter le silence des flots :

«Dieux qui nous ramenez vers ces heureux rivages, Des Grecs reconnaissants acceptez les hommages. Salut, terre d'Hellen ,bois sacrés de Lemnos, Naxe, fertile Eubée, inconstante Délos : Quand pourront tes enfants , Athènes si chérie , Baiser victorieux le sol de la patrie?

Père brillant du jour , dont le premier rayon Va rendre à nos regards Athos et Pélion ; Compagnes de ma mère, augustes bienfaitrices , Chastes divinités, mes premières délices, Pour prix d'un long amour et d'un culte pieux , Ouvrez-moi l'empyrée, et montrez-moi les cieux. Chantez, Muses, chantez sur vos lyres savantes, Le cours harmonieux des sphères éclatantes , Et proclamez le nom des sages dont la voix A ces inondes errants sut imposer des lois.

Et vous, nos protecteurs au milieu des tempêtes, Astres qui m'écoutez , suspendus sur nos tètes, Et par qui notre nef, triomphant de l'Euxin , Sut atteindre Sinope et le Phase lointain; Vainqueurs du noir chaos et de la nuit profonde, Feux divins , dites-moi quel bienfaiteur du monde , Dégageant vos rayons dans l'Erèbe émoussés, Sut lire au firmament que vous embellissez. Ce fut toi, sage Hermès, père de l'harmonie, Législateur du ciel conquis par ton génie, A qui tant de bienfaits ont valu tant de noms ; Ta lyre dans mes mains va célébrer tes dons.

«Mais lorsque tu traçais les sacrés caractères, Qui du vaste univers renferment les mystères, Les dieux n'ont pas permis qu'à nos faibles regards La lumière en torrents jaillît de toutes parts. Ils nous ont accordé la lente expérience, Le désir de connaître, et non pas la science : La science est assise au pied de leurs autels; Et le temps, le travail, instruisent les mortels

« Avant de s'élancer dans la voûte azurée, Avant que sur leurs lois , leur marche , leur durée , Son audace savante interrogeât les cieux , L'homme admira long-temps leur cours silencieux. Les pasteurs chaldéens, sur leurs paisibles rives(4) , Consumaient de la nuit les heures fugitives A voir, sous un ciel pur, ces feux étincelants, D'un mouvement égal sur leurs tètes roulants , Et l'Euphrate charmé répétait dans son onde Ces flambeaux suspendus à la voûte du monde, Qui tous, vers l'occident avec elle emportés, Allaient au sein des mers éteindre leurs clartés. A ces peuples errants, observateurs rustiques, Les astres de l'Olympe ont dû leurs noms antiques. Leur piété plaça dans les sacrés lambris Le bélier conducteur de leurs troupeaux chéris, Le chien qui les gardait, et le taureau superbe, Et le front virginal que couronne une gerbe, La chèvre aux cornes d'or , le sauvage coursier , La vendangeuse active , et le char du bouvier.

Des objets de leurs soins la sphère était remplie, Tout le ciel leur parlait des travaux de leur vie. Ils surent , attentifs à l'ordre des saisons , Sous quels astres amis jaunissent les moissons.

« Voyez-vous, disaient-ils, le dieu de la lumière a Fournir seul, sans rivaux, sa brillante carrière? « Le soir Hesper le suit dans l'humide séjour ; « L'astre ami des bergers annonce son retour^. « Mais, sitôt que la nuit nous couvre de ses voiles, « L'azur du firmament brille de mille étoiles ; « Toutes, gardant leur place à la voûte des cieux , « Y décrivent ensemble un cercle harmonieux. «Des bords de l'orient les unes qui s'élèvent, « Vont commencer leur cours quand les autres l'achèvent. « Sur son trône de flamme ardent à s'élancer, « Le dieu le lendemain revient les effacer; « Mais il s'éloigne, il tombe, et le soir fait renaître « Celles qu'à l'occident nous vîmes disparaître. « D'où viennent tous ces feux qui se lèvent sur nous? a Où vont ceux qu'en ses (lots reçoit un dieu jaloux ?

« Comment, par quel chemin se trouvent-ils encore

« Des rives du couchant aux portes de l'aurore?

« Quelques astres pourtant dans leur déclinaison

« Tournent sans effleurer les bords de l'horizon;

« Une étoile surtout , immobile à la vue ,

« Toujours au même point demeure suspendue

« Sur les climats glacés qu'habitent les hivers,

« Et semble le pivot de tant d'orbes divers.

« Jamais l'astre du jour ne s'est approché d'elle ;

« A sa zone de feu le dieu toujours fidèle

« Visite tour à tour les signes radieux

« Qui montent au .sommet de la voûte des cieux.

« Sur l'ardent équateur sa route est inclinée,

« Et son disque deux fois le franchit dans l'année.

(f Les nuits dans cet instant sont égales aux jours ,

« Et, selon qu'il s'approche ou s'éloigne en son cours,

« L'été brille sur nous , ou l'orageux Borée

« Des tristes nuits d'hiver allonge la durée. (6) »

«Tels furent les objets qui, dans l'ordre des cieux, De ces simples bergers durent frapper les yeux.

L'apparence à leurs sens en imposait sans doute,

La terre était un plan , et le ciel une voûte ,

Les astres des flambeaux; mais de ces vastes corps

Us ignoraient les lois, les masses, les rapports.

Hélas ! malgré l'orgueil de nos brillants systèmes,

Combien de ces secrets nous ignorons nous-mêmes !

L'antiquité du moins, dans ses illusions,

Sut partager du ciel les vastes régions.

Les prêtres de Memphis, ceux de l'Inde , et les sages

Qui de l'extrême Asie occupent les rivages ,

Elevant dans le ciel d'immuables signaux ,

Ouvrirent au soleil douze palais égaux.

Leur main déjà savante y traça l'écliptique,

Et divisa dès-lors dans cette route oblique

Le mois en trente jours, l'année en douze mois,

Qu'un jour capricieux vint allonger cinq fois.

Oh ! combien il fallut de jours, de mois, d'années,

De siècles consumés en veilles obstinées,

Pour observer des cieux les divers mouvements

Et fixer pour jamais ces premiers éléments !

CHANT DEUXIÈME. 5g

Que de siècles encore avant que ces merveilles Allassent du Brachmane étonner les oreilles , Et qu'aux rives du Nil le porphyre sculpté Aux yeux initiés montrât la vérité.

«Justement étonné de ces travaux sublimes, Que n'ont point des vieux temps engloutis les abîmes? Un voyageur disait au prêtre d'Osiris : c Quoi ! l'Olympe est tracé sur vos doctes lambris ! « Les cieux vous sont ouverts! Quel peuple heureuxet sage « Vous transmit autrefois ce brillant héritage? « A qui doit notre encens payer de tels travaux? » Et le prêtre des dieux répondait en ces mots : « Tu demandes quel peuple a conquis cet empire : <c Lève les yeux , mortel, les cieux vont te le dire. « Ces signes qu'y sema la main de nos aïeux , « Des rustiques travaux symbole ingénieux, « Dans quels autres climats seraient-ils explicables? « La nature en ces lieux en dit plus que vos fables. « Remonte dans les temps à ces antiques jours « Où le char du soleil au plus haut de son cours

« Traversait d'Egipan le domaine céleste (7):

« La Chèvre suspendue à la colline agreste

« Est l'emblème animé du char étincelant

« Tout prêt à s'élancer du solstice brûlant.

« Le Verseau , les Poissons à l'Egypte altérée

« Annoncent l'heureux temps, où de l'urne sacrée

« Son fleuve protecteur épanchera les eaux.

« Le Bélier dans les champs ramène nos troupeaux.

« Le Taureau nous rappelle aux travaux de l'année.

« Des Gémeaux d'Osiris l'enfance fortunée

« Invite la nature à la fécondité.

« Au solstice d'hiver le soleil arrêté,

« Revenant sur ses pas, imite en sa carrière

« De l'oblique Cancer la marche irrégulière (SK

« Le Lion reparaît , et son cœur belliqueux

« Rend la force à la terre en nous dardant ses feux.

« Et toi, brillante Isis, qu'un épi d'or couronne,

« Protège ces moissons que ton astre nous donne.

« La Balance te suit, par qui l'ombre et le jour(,J)

« Se partagent l'empire au céleste séjour.

« Le sinistre Antarès d'une haleine empestée

u Verse ses noirs poisons sur la terre infectée;

« L'Egypte , qui languit sous cet astre oppresseur,

« Attend le Sagittaire, implore un défenseur;

« 11 vient ; le monstre fuit, le trait part , l'air s'épure,

« Et les vents ont rendu la joie à la nature.

« Parle , étranger : qui sut dévoiler à tes yeux

« De ce livre sacré le sens mystérieux ?

« Si le ciel fut conquis, l'Egypte en a la gloire ,

« Et depuis dixmille ans la pierre en saitl'histoire(lo).»

«Sage, tu disais vrai : dans ce cercle des jours, Où l'ordre de l'Olympe est écrit pour toujours, Les peuples ont reçu de l'Egypte féconde Le plus grand monument des annales du monde. Les noms, les attributs des signes éclatants, Peuvent changer au gré du caprice des temps; Mais l'orbe restera dans la céleste voûte , Autant que ce soleil dont il trace la route.

« La piété de l'homme aux plus puissants des dieux Osa distribuer les signes radieux (ll):

Minerve dans le ciel guida l'Agneau timide ; Au superbe Taureau c'est Venus qui préside ; Phébus eut les Gémeaux, Mercure le Cancer; Le Lion rugissant trembla sous Jupiter; Cérès avec l'Épi nous porta l'espérance ; De sa robuste main Vulcain tint la Balance; Le Scorpion brûlant de Mars suivit les lois; Diane au Sagittaire a prêté son carquois. Chastes feux de Vesta, vous ranimez à peine Le douteux Égipan que l'hiver nous ramène. Junon , reine des airs , que ton urne à longs flots Épanche les trésors de ses fertiles eaux ; Et toi, Neptune, admis au partage du monde, Protège tes poissons au ciel comme sur l'onde. « En peuplant de leurs noms le céleste palais, La gloire a des héros consacré les hauts faits : En Egypte Osiris , Bacchus dans l'Arabie (l-J, Mythra cher à la Perse, Ammon à la Libye , Bélus qui vit couler l'Euphrate sous ses lois, Ont mérité le ciel pour prix de leurs exploits;

L'Hercule qui du IN il dompta le cours rapide, Cet Hercule thébain que nous rend notre Alcide, De ses douze travaux a rempli tous les cieux(,3); Chaque pas du soleil les rappelle à nos yeux: Là brillent le lion, le monstre d'Erymanthe, Les serpents étouffés d'une main innocente , L'hydre cent fois frappée et renaissant encor, Achéloùs vaincu , la biche aux cornes d'or, L'immense Géryon tombant sous la massue, Les oiseaux de Styinphale expirant dans la nue , Le taureau des Cretois par Dédale enfermé, Rendant le sang impur dont il était formé , De l'arbre d'Hespérus les pommes enlevées, Les juments de Typhon dans son sang abreuvées, Et le triple Cerbère arraché des enfers, Épouvantant les cieux quoique chargé de fers.

« Mais entre chaque pôle et la zone inclinée, Que parent de leurs feux les signes de l'année , Dans ces champs azurés combien d'astres épars, Se défiant l'un l'autre, appellent les regards'

Pour parcourir ce ciel que notre vue embrasse, L'homme, par la pensée, a divisé l'espace. Le compas d'Uranie a tracé dans les airs Sept invisibles points et huit cercles divers. Tandis que tous les cieux roulent d'un pas tranquille, A leur centre commun la terre est immobile : Aux deux bouts de leur axe , en des climats glacés, De Borée et d'Auster les pôles sont placés : Apollon tour à tour rencontre dans sa lice L:un et l'autre équinoxe et le double solstice. L'horizon fuit en cercle autour du spectateur: La sphère sur ses flancs arrondit l'équateur, Qui des pôles entre eux divisant l'intervalle , Garde de l'un à l'autre une distance égale : Ces grands méridiens qui se courbent sur nous, Coupent deux fois leur axe et s'y rencontrent tous : La zone qu'en deux parts divise l'écliptique, Voit ses bords limités par le double tropique ; Et les astres du pôle , en leur course bornés , Dans deux cercles étroits semblent emprisonnés.

« Voyez- vous cette étoile à sa place arrêtée , De la commune loi par le sort exceptée? Cynosure est son nom. Quand la mère des dieux Redoutait pour son fils Saturne furieux , La nymphe de la Crète, avec ses six compagnes, Emporta Jupiter au sein de ses montagnes; Et l'Ida protégea , dans ses antres déserts , L'enfance de ce dieu qui lance les éclairs. Cynosure et ses sœurs , de la céleste voûte , Propices au nocher, le guident dans sa route ; Et leurs astres, amis du souverain des dieux, Pour l'Érèbe jamais ne quitteront les cieux.

« IN on loin de Cynosure , et plus brillante encore, S'élève Calisto vers le dieu qui l'adore. Elle servait Diane : épris de tant d'attraits, De la sœur d'Apollon Jupiter prend les traits ; Et la Nymphe abusée à ses vives tendresses Rendait avec transport d'enfantines caresses. La sévère Junon , dans son orgueil jaloux,

Couvrit d'un poil grossier ce visage si doux;

Calisto devint ourse, et sur les monts errante, Elle pleura quinze ans sa faiblesse innocente. Hélas! elle était mère. Un jour, au fond des bois, S'offre un jeune chasseur armé de son carquois. C'est son fils. O tendresse! ô douleur! à sa vue, Ne pouvant lui parler, Calisto méconnue Tâche en vain d'adoucir son farouche regard. Arrête , malheureux! il la voit, le coup part.. . , Mais Jupiter veillait sur la nymphe timide; Un prodige a trompé la flèche parricide.

« Brillez, astres du pôle, embellissez la nuit; Le Dragon vous enlace, et le Bouvier vous suit. Là sourit Ganymède ; ici c'est la Couronne Offerte à la beauté que Thésée abandonne ; Et plus loin c'est Hercule, Hercule glorieux, Fléchissantle genou pour rendre grâce aux dieux (,4). Le Dauphin dans le ciel levant sa tète humide , La Flèche au vol léger, l'Aigle encor plus rapide, Le Cygne harmonieux, à qui, brûlant d'amour, Un dieu dut le bonheur, et deux héros le jour;

Le Vautour las enfin de déchirer l'impie, Et le coursier vainqueur dans les champs d'Olvmpie, Des étoiles du nord compagnons immortels , Les entourent de feux comme elles éternels. Voyez-vous, orgueilleux d'une plus belle gloire, L'autre coursier si cher aux Filles de Mémoire , S'élever sur son aile et conquérir les cieux? Il frappe de son pied le Verseau pluvieux , Comme il frappa jadis cette montagne aride D'où jaillit à longs flots la source Aganippide. Dirai-je le Delta , les sœurs de Phaéton , Le serpent d'Esculape et le char d'Érichthon ? Érichthon, l'inventeur du rapide quadrige {lS) , Mais de qui la naissance , ineffable prodige , A fait rougir le front de la chaste Pallas, Quand l'amour de Vulcain outrageait ses appas. « Au-dessus de Pégase , à l'éclat dont il brille , L'œil reconnaît Céphée, et sa femme, et sa fille. Andromède expiait, sur un roc odieux, Le crime de sa mère et le courroux des dieux.

Cette reine trop belle , ivre de sa fortune , Méprisa les attraits des filles de Neptune ; Un monstre que la mer vomit près de l'Atlas, Vint du prince Numide infester les états : Et l'oracle ordonnait qu'offerte en sacrifice Andromède du ciel désarmât la justice.

Enchaînée au rocher qui domine les mers, Elle entend à ses pieds mugir les flots amers ; Et le monstre déjà, du fond du noir abîme, S'apprête à dévorer sa dernière victime. Nul espoir de secours , tout a fui de ces lieux : Et quel bras s'armerait pour l'arracher aux dieux? Les dieux ont condamné, l'heure vient, la mer gronde, Et la victime est seule entre le ciel et l'onde. Tout-à-coup, ô prodige ! est-ce un dieu qui fend l'air ? C'est un jeune héros, le sang de Jupiter, Emportant dans les cieux son terrible trophée , La tête de Méduse. O fille de Céphée, Lève tes yeux mourants, dissipe ton effroi; Persée aux pieds ailés est déjà près de toi.

11 apprend son malheur, il combattra pour elle. Le péril est si beau , la victime est si belle. Seule avec son vengeur, Andromède rougit. Et cependant la mer s'enfle, écume, mugit; C'est le monstre. Persée , élancé du rivage , Du dragon sur lui seul veut attirer la rage. L'un vole dans la nue , et l'autre , sur les flots Se dressant, de son dard menace le héros; Dans ses replis affreux il brûle de l'étreindre. Le héros fond sur lui sans se laisser atteindre , S'élève, redescend, frappe encor, mais en vain , L'écaillé impénétrable a repoussé l'airain. Le monstre est en fureur; Andromède éperdue De cet affreux combat veut détourner la vue , Pousse un cri lamentable , et , levant ses beaux yeux, Retrouve son vengeur qui plane dans les cieux. Vingt fois il eût péri moins prompt et moins agile; Vingt fois le fer trompé tombe sur le reptile. Le terrible ennemi , bondissant sur la mer, Poursuit de ses élans le fils de Jupiter.

7o L'ASTRONOMIE.

La fille de Céphée , en sa douleur mortelle ,

Pleure, frémit de crainte, et ce n'est plus pour elle.

Mais enfin le héros vers le monstre abhorré

Précipite son vol , et, d'un bras assuré,

Dans sa gueule béante enfonce cette épée

Du sang de la Gorgone encor toute trempée.

C'en est fait : à ses pieds revoyant son vengeur,

Andromède a senti redoubler sa rougeur ;

Les dieux sont satisfaits ; et, près de lui placée ,

Jusqu'au brillant Olympe elle a suivi Persée.

Par quels plus beaux exploits monte-t-on dans les deux ?

« D'autres astres encor s'élèvent à nos yeux Par-delà l'équateur et la ligne écliptique : La coupe de Bacchus, et l'Hydre du tropique; L'Eridan , qui reçut dans son lit embrasé Le char de Phaéton par la foudre brisé ; Le Loup cruel atteint par le fils de Philyre, Qui, le premier des Grecs, dans l'Olympe sut lire; Et l'immense Baleine; et, plus brillant encor, L'autre Poisson si fier de ses écailles d'or ;

CHANT DEUXIÈME. 7i

Le Corbeau, qui trahit un amoureux mystère;

Et l'Autel , des serments sacré dépositaire ;

Le Lièvre aux pieds légers, l'agile Procyon ,

Le brûlant Sirius; toi surtout Orion ,

Toi , dont le bras soulève ou chasse les tempêtes ,

Le plus beau de ces feux qui roulent sur nos têtes :

Ta ceinture éclatante atteste à l'univers

Que tu dois la naissance au souverain des mers.

O vous , que sur les flots emporte votre audace ,

Conjurez ce géant qu'Hélion seul efface !

O Grecs , sur ces flambeaux brillants de toutes parts ,

Pieux navigateurs , attachez vos regards ;

Ils vous parlent des dieux: vers de lointains rivages

Ils ont guidé vos pas à travers les orages :

Consacrez-leur un culte , et des bienfaits nouveaux

Deviendront chaque jour le prix de vos travaux.

Que de secrets encor nous réserve Uranie !

Mais ce ciel qui m'écoute est ouvert au génie.

« Regardez cette zone où se perdent nos yeux , Qui du nord au midi ceint la voûte des cieux ,

Et qui, tout à-la-fois brillante et nébuleuse, Laisse tomber sur nous une clarté douteuse.

« Dites-moi si du sein de l'auguste Junon Une goutte échappée a tracé ce sillon; Si le char égaré par le fils de Clymène Des deux qu'il embrasait a dévasté la plaine; Ou bien faut-il en croire un récit des vieux jours? Le soleil autrefois suivait un autre cours (l6) ; Cette zone, dit-on , en a gardé la trace, Et le pôle lui-même avait une autre place. Mais plutôt n'est-ce point le concours radieux (l?) D'innombrables flambeaux qui confondant leurs feux, Forment ce blanc tissu de lumière incertaine Dont la reine des nuits pare son front d'ébène?

« Si les dieux dans l'Olympe ont établi leur cour , Des héros cette zone est le brillant séjour. C'est là que de mortels une race choisie (l8) Est admise aux festins qu'embaume l'ambroisie. Ceux à qui la patrie a dû ses saintes lois, Et ceux qui de leur sang ont cimenté ses droits,

Les inventeurs des arts à leur culte fidèles, Et les chantres aimés des doctes Immortelles, Au céleste banquet sont dignes de s'asseoir. Amis, et vous aussi concevez cet espoir: La gloire vous appelle;heureuxceux quirentendent : La carrière est ouverte, et les dieux vous attendent. Un jour, reconnaissants de vos nobles travaux, Et pleins du souvenir des vainqueurs de Colchos, Les mortels placeront dans ce ciel qui m'inspire, Le vaisseau qui nous porte , et vos noms, et ma lyre.»

Ainsi disait Orphée, et ses accords savants Allaient mourir au loin sur les ailes des vents. Amphitrite prêtait une oreille attentive ; Et déjà, retirant leur clarté fugitive, Ces astres que chantait son luth harmonieux Achevaient lentement leur route dans les cieux.

Et long-temps au travail sa misère enchaînée. « Et duris urgens in rébus egestas. »

( Géorgiques , 1. ier. )

Il apprit à compter, à nommer les Hyades...

«Navita tum stellis numéros et nomina fecit, Pleiadas, Hyadas, claramque Lycaonis Accton. »

( Ibid. )

Prélude sur sa lyre, et commence en ces mots...

« Dans le même temps, le divin Orphée prit en main sa lyre, et, mêlant à ses accords les doux accents de sa voix, il chanta comment la terre, le ciel et la mer, autrefois confondus ensemble, avaient été tirés de cet état funeste de chaos et de discorde; la route constante que suivent dans les airs le soleil, la lune et les autres astres; la formation des montagnes , celle des fleuves , des nymphes et des ani-

maux. Il chantait encore comment Ophion et Eurynome, fille de l'Océan, régnèrent sur l'Olympe, etc. Orphée avait fini de chanter, et chacun restait immobile. La tète avancée, l'oreille attentive, on l'écoutait encore, tant était vive l'impression que ces chants laissaient dans les âmes. « Le repas fut terminé par des libations, etc. »

(Les Argonautes d'Aroi,LONius de Rhodes , ch. ier. )

Les pasteurs Chaldéens , sur leurs paisibles rives , etc.

«. Principio Assyrii, propter planitiem magnitudinemque regionum quas incolebant, cùm caelum ex omni parte patens et apertum intuerentur , trajectiones, motusque stellarum observârunt. »

( Cicero , de Divinatione , 1. 1 , n. i. )

L'astre, ami des bergers, annonce son retour.

« L'éclat dont brille Vénus avait frappé les Grecs; mais ses mouvements avaient jeté ce peuple dans une erreur bien grossière. On sait que Vénus se montre alternativement avant le lever du soleil et après le coucher de cet astre, selon qu'elle est plus occidentale ou plus orientale que le soleil. Les Grecs n'imaginèrent pas qu'une même étoile pût se montrer sous deux aspects si opposés. Ils crurent devoir les attribuer à deux astres différents. Conséquemment à cette idée, Vénus reçut chez ces peuples deux noms, qui, caractérisant ses deux situations opposées, montrent que réellement les Grecs, d'une seule planète, en avaient fait deux. Ainsi, lorsque Vénus paraissait avant le lever du soleil, ils la nommaient Esophoros, c'est-à-dire, l'astre précurseur de l'aurore. Ils

l'appelaient au contraire Esperos, l'astre du soir, lorsqu'elle ne se montrait qu'après le coucher du soleil. »

( Goguet , Origine des Lois , t. ni , 1. ni. )

(6) PAGE 57, VERS l8.

L'été brille sur nous , ou l'orageux Borée Des tristes nuits d'hiver allonge la durée.

Nous savons aujourd'hui que le soleil n'est pas plus près de la terre en été qu'en hiver: il en est au contraire plus loin : mais ici, c'est Orphée qui parle.

(7) page 60, VERS I.

Ou le char du soleil au plus haut de son cours Traversait d'Egypan le domaine céleste : La Chèvre....

Égypan ou le Capricorne.

Nota. Voyez à la suite des notes , les noms des autres constellations décrites par Orphée.

« Ideo autem his duobus signis , quse portae solis vocantur, Cancro et Capricorno, hsec nomina contigerunt, quod cancer animal retrô atque oblique cedit, eâdemque ratione sol, in eo signo, obliquum ( ut solet) incipit agere retrogressum. Caprse vero consuetudo haec in pastu videtur, ut semper altum pascendo petat; sic et sol in Capricorno incipit ab imis in alta remeare. »

( Saturnales de Macrobe , 1. 1 , ch. xvn. )

De l'oblique Cancer la marche irrégulière...

8o NOTES

« Les noms des constellations du zodiaque ne leur ont pas été donnés au hasard ; ils ont exprimé des rapports qui ont été l'objet d'un grand nombre de recherches et de systèmes. Quelques-uns de ces noms paraissent être relatifs au mouvement du soleil. L'Ecrevisse, par exemple, et le Capricorne indiquent la rétrogradation de cet astre aux solstices, et la Balance désigne l'égalité des jours et des nuits à l'équinoxe. Les autres noms semblent se rapporter à l'agriculture et au climat du peuple, chez lequel le zodiaque a pris naissance. Le Capricorne, ou la constellation de la Chèvre, paraît mieux placé au point le plus élevé de la course du soleil qu'à son point le plus bas. Dans cette position, qui remonte à i5,ooo ans, la Balance était à l'équinoxe du printemps, et les constellations du zodiaque avaient des rapports frappants avec le climat de l'Egypte et avec son agriculture. »

( Exposition du système du Monde, 1. v, ch. ier. )

Nota. Voir sur le même sujet l'Astronomie du 18e siècle, par M. Delambre, 1. vit, et le mémoire de Dupuis sur les constellations.

La Balance te suit, par qui l'ombre et le jour, etc..

Quelques personnes ont cru que la figure de la Balance était une invention moderne, ou du moins postérieure à Orphée. On trouvera dans le discours préliminaire de l'Histoire de l'astronomie du moyen dge , par M. Dclambre , et dans le Mémoire de Dupuis , sur l'origine des constellations , l'exposé des motifs qui autorisent à croire que cette figure était connue des Égyptiens, dont Orphée reproduit ici les traditions.

(IO) PAGE 6l , VERS IO.

Si le ciel fut conquis , l'Egypte en a la gloire ,

Et depuis dix mille ans, la pierre en sait l'histoire.

Le prêtre que je fais parler ici est Lion modeste, comparativement à ses compatriotes. Les Égyptiens avaient de bien autres prétentions : ils assuraient, au rapport de Syncelle, (pie le soleil avait gouverné l'Egypte pendant 3o,ooo ans. Ils comptaient, suivant le même auteur, 36,525 ans d'existence; suivant saint Augustin (Cité de Dieu, I. 18, ch. 40 ) , 48,863, et même 100,000 ans. Diogène Laërce rapporte qu'ils prétendaient avoir observé 3y3 éclipses de soleil et 83a de lune. Diodore de Sicile parle (liv. 1 ) de deux traditions , qui se seraient bornées à 33, 000 ans, et même à a3,ooo. Platon dit que, du temps de Solon , les prêtres qui passaient pour les mieux instruits, ne faisaient pas remonter les origines égyptiennes au-delà de 9,000 ans. Hérodote , qui voyagea en Egypte 100 ans après Solon, nous donne sur cet objet (La, n. 142) une notion encore plus précise. Les prêtres de Thèbes assuraient, dit-il, que leur monarchie existait depuis 11, 340 ans. Ils comptaient 341 rois, selon les uns; 475, suivant les autres. C'était bien pis chez les Babyloniens : ceux-ci prétendaient avoir observé le cours des astres pendant 47^,000 ans; aussi Cicéron ne veut-il en rien croire. « Contemnamus etiam Babylonios... condemnemus, inquam, hos , aut stultitiae, aut vanitatis, aut imprudentia?, qui CCCCLXX millia annorum , ut ipsi dicunt , monumentis comprehensa continent , et mentiri judicemus, nec saeculorum reliquorum judicium , quod de ipsis futurum sit pertimescere. « ( De Divinatione , 1. 1 , n. 109. ) En effet de pareilles traditions paraîtront exagérées ; mais il n'en est pas moins vrai que les monuments astronomiques des Égyptiens attestent une longue suite d'observations.

r,T) PAGE 6l , VERS 20.

La pieté de l'homme aux plus puissants des dieux Osa distribuer ces signes radieux.

Restât, qua> proxima cura,

Noscere tutelas, adjectaque numina signis, Et quœ cuique deo rerum natura dicavit, Cùm divina dédit niagnis virtutihus ora, Condidit et varias sacro sub numine vires, Pondus uti rébus persona imponere possit. Lanigerum Pallas, Taurum Cytherea tuettir, Formosos Phœbus Geminos ; Cyllenie , Cancruni ; Tuque pater , cum matre deùm , régis ipse Leoriem ; Spicifera est Virgo Cereris , fabricataque Libra Vulcaui; pugnax Mavorti Scorpius bœret; Yenantem Diana virum, sed partis equinœ; Atque augusta fovet Capricorui sidéra Vesta ; E Jovis adverso Junonis Aquarius astrum est ; Agnoscitque suos Neptunus in œthere Pisces.

( Manii.ius , Astronomiques , I. 2. )

«Les Japonais ont douze dieux, partagés en deux classes; sept primitifs et cinq qui ont été ajoutés depuis. Le nombre de douze dieux est évidemment relatif aux signes du zodiaque , aux mois de l'année, aux années de la période de douze ans, dont l'usage a été et est encore universel dans l'Asie. Les Égyptiens avaient également douze dieux , ce qui est encore une conformité singulière. Mais ce n'est pas tout , les douze dieux des Égyptiens ne furent primitivement qu'au nombre de sept : c'étaient les sept planètes. Les cinq autres furent ajoutés pour suffire aux douze signes du zodiaque.

« Il y a donc le même nombre de dieux et le même partage de ces dieux , en sept et en cinq , au Japon et en Egypte. » ( Bailly , 3e Lettre sur l'origine des sciences. )

En Egypte Osiris, Bacchus dans l'Arabie , etc.

Te Serapim Ni'.us, Memphis veneratur Osirim,

Dissona sacra Mithram , ditemque,ferumque Typhonem.

Atys pulcher item , curvi et puer alnius aratri , Ammon , et arentis Libyes et Biblus Adonis Sic vario cunctus te nomiue convocat orbis.

( Hymne au soleil de Marcien Capella.)

L'Hercule, qui du Nil dompta le cours rapide... De ses douze travaux a rempli tous les cieux.

« On verra dans la fable d'Osiris ou du soleil, qui voyage dans toutes les contrées de l'univers, pourquoi, tandis que ce héros s'avance vers les contrées brûlantes de l'Ethiopie, le Nil se déborde, et inonde principalement la partie de l'Egypte où régnait Prométhée, qui pensa en mourir, et pourquoi il donna à ce fleuve le nom d'Aigle ou de Vautour de Prométhée , c'est-à-dire de la constellation qui suit l'Hercule céleste dans son coucher, durant le débordement, et qui reparaît le matin avec lui, au bout d'environ trois mois, lorsque le Nil rentre dans son lit. C'est sans doute ce qui donna lieu de dire que ce fut cet Hercule qui vint repousser le fleuve, et le fit rentrer dans ses limites. »

(Dcruis, Orig. des Cultes, Lui, p. 161. )

Voici le passage de Diodore de Sicile, qui est le fondement de cette allégorie.

« Au lever de la canicule , le Nil rompit ses digues et se déborda d'une manière si furieuse, qu'il submergea presque toute l'Egypte, et surtout cette partie dont Prométhée était gouverneur , de sorte que peu d'hommes échappèrent à ce déluge. L'impétuosité de ce fleuve lui fit donner le nom d'Aigle. Prométhée voulut se tuer de désespoir, mais Hercule , se surpassant lui-même , entreprit de réparer ces brèches et de faire rentrer le fleuve dans son lit. »

Voyez l'explication des douze travaux d'Hercule par l'Astronomie , dans le Mémoire de Dupuis sur l'origine des constellations , t. iv de l'Astronomie de Lalande, p. 474 et suivantes.

(l4-> PAGE 66, VERS 17.

Hercule glorieux Fléchissant le genou pour rendre grâce aux dieux.

L'Agenouillé est le nom ancien de cette constellation. On dit que cet homme qui fléchit le genou était Hercule. Pingre croit que l'on n'a donné à l'Agenouillé le nom d'Hercule qu'à une époque postérieure à Orphée. On peut voir la réfutation de cette opinion dans le Mémoire de Dupuis sur l'origine des constellations, Astronomie de Lalande , t. ft , p. 496.

(l5) PAGE 67, VERS l3.

Erichton sa naissance , ineffable prodige

A fait rougir le front de la chaste Pallas...

« De cujus progenie ( Erichtonii) Euripides ita dicit; Vulcanum Minervae pulchritudine corporis inductum petiisse ab eâ ut sibi nuberet, neque impetrâsse; et cœpisse Minervam sese occultare in eodem loco qui propter Vulcani amorem Ephestius est appellatus; quo persecutum Vulcanum ferunt cœpisse ei vim afferre; et cum plenus cupiditatis ad eam, ut complexui se applicaret, ferretur, repulsus effudit in terrain voluptatem, quo Minerva , pudore permota, pedepulverem injecit. Ex hoc autem nascitur Erichtonius anguis, qui ex terra et eorum dissentione nomen possedit. »

(Hygin, Astronomiques, 1.2.)

On lit à-peu-prèsla même chose dans les Mythologiques de Fulgeutius, évêque de Carthage, 1. 11.

(l6) PAGE 72 , VERS 8.

Le soleil autrefois suivait un autre cours.

An meliùs manet illa fides , per saecula prisca Illàc solis equos diversis cursibus isse, Atquealiam trivisse viam longumque per aevum Exustas sedes, incoctaque sidera, flammis Caeruleain verso speciem mutasse colore, Iofusiimqne loco cinerem , mundumquesepultum.

(Manilius, Astronomiques, I. i. )

Les Pythagoriciens flottaient entre ces diverses opinions. « Ils pensaient, dit Bailly (Hist. de l'Astronomie ancienne, Éclaircissements, liv. 7, § i), que la voie lactée était la trace d'une étoile enflammée au temps de l'incendie de Phaéton , laquelle avait tout brûlé sur son passage : selon quelques-uns , ce cercle fut autrefois la route du soleil; enfin selon d'autres, la voie lactée est produite par une réflexion des rayons du soleil, à peu près pareille à celle qui produit l'arc-en-ciel ou les couleurs des nuées. »

Mais plutôt n'est-ce pas le concours radieux...

« An major densâ stellarum turba coronâ Contexit flammas et crasso lumine candet Et fulgore nitet collato clarior orbis ! »

( Manilius, 1. ier. )

C'est là que de mortels une race choisie...

« An fortes animas dignataque numina eœlo Hue migrant ex orbe. »

( Manilius , 1. Ier. )

« Hic manus ob patriam puguando vulnera passi, Quique pii vates et Phœbo digna locuti , Inventas aut qui vitam excoluere per artes. »

(Virgile, 1. vi. )

Noms des constellations décrites par Orphée.

Le Lion reparaît , et son cœur.

Le sinistre Antarès.

Le douteux Égypan.

Cynosure est son nom.

Cynosure et ses sœurs.

S'élève Calisto.

Là sourit Gauymède.

... Ici c'est la Couronne.

. . . Hercule glorieux.

Le coursier vainqueur.

L'autre coursier si cher.

Dirai -je le Delta.

. . . Les sœurs de Phaéton.

. . . Et sa temmeet sa fille (de Céphée)

... Et l'Hydre du tropique.

... Le fils de Phillyre.

L'autre poisson si fier.

. . . L'agile Procyon.

Le brûlant Sirius.

Le vaisseau qui nous porte.

... Et vos noms.

... Et ma lyre

Régulus , ou le cœur du Lion.

La principale étoile du Scorpion.

Le Capricorne, moitié chèvre moitié poisson.

L'étoile Polaire.

La petite Ourse.

La grande Ourse.

Antinous.

La couronne d'Ariane.

L'Agenouillé.

Le petit cheval.

Pégase.

Le Triangle.

Les Hyades.

Cassiopée, Andromède.

L'Hydre femelle.

Le Centaure ( ou Chiron ).

Le poisson austral, l'étoile de Fomalbaut.

Le petit chien.

Le grand chien.

L'Argo.

Jason, Hercule, les Dioscures, Canopus.

La lyre.

Cljant îxûwtme*

Premiers systèmes imaginés par les Grecs. — Ecole d'Ionie. — Thaïes explique les éclipses.

— Pythagore : ses voyages dans l'Inde et en Egypte. — Fondation de l'École d'Italie. — Disciples de Pythagore, et dispersion de la secte. — Méton : son cycle. — Eudoxe , Pythéas , Platon , Aristote. — Ecole d'Alexandrie.

— Euclide , Manéthon , Eraiosthène, Conon, Archimède , Hipparque , Sosigène, Ptolémée, son système. — Incendie de la bibliothèque d'Alexandrie. — L'étude de l'astronomie passe »hez les Arabes.

Comment du sein des nuits put jaillir la lumière? Quand commença le temps? d'où sortit la matière ? L'espace est-il fini ? Tous ces mondes divers , Eternels ou créés, habités ou déserts, Seraient-ils destinés à tracer leurs orbites Pendant desjours sans fin dansdes cieux sans limites? Des limites? le temps, l'espace, n'en ont pas: Ils échappent à l'œil, aux nombres, au compas. C'est en les divisant que notre intelligence De ces corps, de ces faits signale l'existence, Xrésor mystérieux de la nature : en vain A concevoir en eux un principe, une fin,

Notre esprit se consume. Il doit enfin se rendre

A ce double infini qu'il ne saurait comprendre.

Mais d'où viennent les corps , l'ordre, le mouvement ?

Ces mondes que leur centre attire incessamment :}

Cette lumière enfin , qui des cieux descendue

Coule sans s'épuiser, et remplit l'étendue?

O méditations! voiles mystérieux,

Délice et désespoir de l'esprit curieux !

Que notre ame, attachée à ces rêves sublimes,

Se plonge avec orgueil dans ces vastes abîmes !

Eh! qui put contempler ces mondes enflammés,

S'agitant dans l'espace , et peut-être animés ,

Sans s'élancer vers eux , et vouloir sur des ailes

Aller interroger les sphères éternelles?

L'homme est un vermisseau sur la terre banni,

11 rampe, mais son œil aperçoit l'infini;

Tout le frappe à-la-fois dans ce dédale immense,

Ces feux , ce mouvement , cet éternel silence ,

Tout l'écrase et l'élève. En vain ces vastes corps

Échappent à sa vue et bravent ses efforts:

D'un vol audacieux, sous ces voûtes profondes, Il poursuit, il atteint, il pèse tous ces mondes. L'art d'un cristal magique arme ses faibles yeux; Il force les soleils à descendre des cieux; Des siècles engloutis dans la nuit des ténèbres S'éveillent à sa voix les ruines célèbres ; Et cet être éphémère , aveugle , avec fierté S'élance dans les temps et dans l'immensité.

Mais, en osant tenter ces sublimes problêmes, Combien l'esprit de l'homme enfanta de systèmes ! De nos propres erreurs esclaves complaisants , Vainement avertis du mensonge des sens, Nous aimons le prestige, et la raison confuse Sortant péniblement d'un songe qui l'abuse , N'abjure qu'à regret tous ces romans divers , Qui sans l'étudier expliquent l'univers.

Qu'aux rives de l'^Egos un brûlant météore Tombe du haut des airs aux pieds d'Anaxagore , La Grèce adorera cet informe débris, Comme un fragment lancé des célestes lambris (,>i.

Mais , le premier, qu'il dise à la savante Éphèse :

Le soleil est plus grand que le Péloponèse ;

Aux erreurs de leurs sens intéressant les deux,

Nul n'osera le croire et démentir ses yeux.

Si je demande aux Grecs d'où jaillit la lumière?

Ce soleil quel est-il ? l'un répond : une pierre ,

Un immense rubis brillant sur nos climats ;

Pour d'autres, le soleil n'existe même pasfa);

Des parcelles de feu s'élevant de la terre

Forment un météore au séjour du tonnerre.

Le disque étincelant s'arrondit tous les jours

Pour verser la lumière, et suivre un même cours;

Et le soir, tous ces feux dispersés dans l'espace ,

A la voûte d'azur vont prendre une autre place.

De l'univers la terre est le centre et l'autel :

Les sept astres errants dans les plaines du ciel

De la lyre sacrée entendent la cadence,

Et règlent sur ses tons leur marche et leur distance. (3)

C'est par de tels discours qu'à l'Olympe autrefois L'esprit léger des Grecs croyait donner des lois.

Ils savaient que non loin des sables de Libye , A l'étude du ciel un roi vouant sa vie, Avait tracé la sphère, et de l'astre des jours Dans des cercles d'airain déterminé le cours : Qu'Hercule, parcourant cette terre étrangère, Des mains du sage Atlas avait reçu la sphère ; La Grèce va prêter à ces inventions Le voile ingénieux de vaines fictions.

Atlas est un géant chargé du poids du monde ; Dans ce travail immense Hercule le seconde. Les fruits d'or à Yesper par le héros ravis Sont les astres brillant au céleste parvis (4), Que l'on voit chaque jour, quand leur course s'achève. S'évanouir aux feux du soleil qui s'élève. Hercule a triomphé de cinquante beautés, Par le nombre des mois ses exploits sont comptés; Et le soleil aussi cinquante fois ramène Le cercle étroit des jours qui forment la semaine. (5)

De la fable trompeuse ainsi prenant les traits , La vérité perdit ses pudiques attraits.

De ces vains ornements la parure étrangère Trop long-temps dégrada son front noble et sévère. Le voile allégorique est une ombre de plus Qui dérobe Uranie à nos regards confus. Elle a ses mots sacrés, sans doute, et ses mystères; Mais son temple est ouvert, et ses prêtres austères Par un art mensonger n'osent plus l'avilir; Car c'est la profaner que vouloir l'embellir. Instruire est son partage , et suffit à sa gloire. Elle permet pourtant qu'ami de la mémoire, Doux charme de l'oreille, en doublant d'heureux sons Le vers en traits plus vifs y grave ses leçons.

De la science enfin quelques lois plus certaines De la terre d'Isis vont passer dans Athènes : Le Nil instruit Thaïes à lire dans les cieux; A sa voix tombera le glaive furieux Par qui le sang du Mède inondait la Lydie. Après cinq ans entiers de meurtre et d'incendie, Deux peuples, vers l'Halys, dont ils couvrent les bords, Dans un dernier combat épuisent leurs efforts.

CHANT TROISIEME 9 ï

Thaïes paraît; il dit qu'à leur rage guerrière Le soleil indigné refuse sa lumière, Qu'il va voiler son front, si les crimes de Mars Insultent plus long-temps et souillent ses regards. Vains discours ! la fureur est sourde à la menace : Mais quoi ! l'astre pâlit , et son disque s'efface. (6) O terreur! ces guerriers, l'un sur l'autre acharnés, Des ombres de la nuit soudain environnés , Ne reconnaissent plus leurs enseignes flottantes, Frappent leurs compagnons égarés sous leurs tentes, Et de la guerre enfin maudissant les forfaits, Ne demandent au ciel que le jour et la paix. Ils ont jeté le fer; et bientôt à leur vue Le soleil reparaît, la paix leur est rendue. Sarde, Ephèse, Théos, Mèdes et Lydiens Accueillent à grands cris l'auteur de tons ces biens. Quel dieu l'a revêtu de ce pouvoir suprême ? Il parle, et du soleil tombe le diadème. Ma voix, leur répond-il , n'a pas un tel pouvoir: C'est la voix d'un mortel. Quand vous avez cru voir

L'astre du jour s'éteindre au haut de sa carrière , ♦ Un astre sans clarté nous voilait sa lumière. De ce grand phénomène un savant autrefois M'enseigna vers l'Euphrate et la cause et les lois.

Le globe de Diane au soleil qui l'éclairé Présente et tour à tour dérobe un hémisphère ; Et, suivant les aspects qu'elle montre à nos yeux, Le disque ou le croissant resplendissent aux cieux. De l'hémisphère obscur s'allonge dans l'espace Un cône ténébreux attaché sur sa trace /7) Une ombre qui voyage, asile de la nuit, Dans cette mer de flamme où l'astre la conduit. Vers ce disque brillant la lumière élancée Du globe qu'elle frappe est au loin repoussée , Et porte jusqu'à nous, sur son rayon brisé, L'éclat de ce grand corps au soleil opposé ; Phébé rend tous les feux dont son frère l'inonde ; Mais si l'astre des nuits , la terre et l'œil du monde, Dans un ordre pareil amenés par le temps , Sur un axe commun tournent quelques instants,

L'un de l'autre au soleil va dérober la vue; L'ombre fuyant alors dans l'immense étendue, Dans son cône jaloux reçoit pour l'éclipser L'astre aux feux empruntés qui l'ose traverser : Ainsi vous avez vu Phébé d'un crêpe sombre Couvrir le dieu du jour et nous plonger dans l'ombre; Et ses feux s'éteindront par un effet pareil Quand la terre à ses yeux voilera le soleil.

La Lydie écoutait ces savantes merveilles Qui jamais des Romains n'occuperont les veilles. Empédocle, en des vers par le temps respectés r8) , Traçait l'ordre prescrit aux célestes clartés.

Cependant de Thaïes émule ardent et sage , Pythagore au savoir voue un noble courage. Vers le Gange, dit-on, des hommes révérés Célèbrent de Witsnou les mystères sacrés. Il part , et le disciple est aux pieds de ses maîtres. « Reçois la vérité de la bouche des prêtres; « Witsnou , dit le Brachman , est l'être universel M ; « D'une fleur qui flottait sur l'abîme éternel

« Il engendra Brama; Brama créa les ondes,

« Et c'estdusein des eauxque sont nés tous les mondes.

« A leur centre commun notre globe arrêté

« Est par quatre éléphants dans le vide porté.

« Le soleil loin de nous roule sous les étoiles

« Qui de la nuit profonde embellissent les voiles;

« Et, d'une ombre soudaine enveloppant les cieux,

« Un dragon quelquefois le dévore à nos yeux.

« Sa sœur, encor plus loin, poursuivant sa carrière,

« Arrondit par degrés et cache sa lumière.

« Que de fois, dans le cours des siècles écoulés,

«Les sages de Brama, sur nos tours assemblés,

« L'œil toujours attaché sur la céleste voûte,

« Ont vu l'astre du jour s'éteindre dans sa route!

« Leur prophétique voix peut aux âges lointains

« Prédire de ces corps les mouvements certains.

« C'est peu , dans ce grand livre , où la flamme étincelle ,

« Ils lisent l'avenir à leurs ordres fidèle :

« Brama leur révéla tous les secrets du sort ;

« Ils commandent aux rois, à la terre, à la mort :

« Le ciel leur est soumis; et ces astres paisibles, « Des sévères destins confidents inflexibles (,°^ , « Pour eux, de la nature interrompant les lois, « De l'Olympe obscurci descendent à leur voix. « Viens-tu de la science apprendre le mystère ? « Le prêtre saint en est le seul dépositaire : «Obtiens que son esprit descende jusqu'à toi; « Crois sans examiner : la science est la foi. « Sois soumis, il suffit: le front dans la poussière, « Que ta raison superbe attende la lumière , « Et que sur toi Brama la répande à grands flots. »

Pontife, répondit le sage de Samos, Tu veux me commander, et ne veux pas m'instruire. Sans doute que du ciel la vérité doit luire; Mais, si tu la comprends, de quel droit prétends- tu Subjuguer mon esprit sans l'avoir convaincu? Le droit d'interroger les temps et la nature Est le plus beau présent fait à la créature ; L'honneur d'avoir ravi le céleste flambeau

Est du génie humain le titre le plus beau.

ioo L'ASTRONOMIE.

Non , le ciel , pour venger sa lumière empruntée, N'a jamais au Caucase enchaîné Prométhée(t,): Le ciel n'est point jaloux de ces nobles succès Qui nous le font bénir, et qui sont ses bienfaits. Le crime est dans l'orgueil du prêtre qui l'outrage , Qui veut de ma raison m'interdire l'usage, Consacrer l'imposture, et, la foudre à la main , Le bandeau sur les yeux, guider le genre humain. Celui qui m'a créé pouvait aussi sans doute M'interdire ce bien qu'on veut que je redoute. Si ma faible raison n'est qu'un guide trompeur, Qui m'égare , a-t-il droit de punir mon erreur ? Il m'a dit : Sois doué d'une céleste flamme , Élève jusqu'à moi ta pensée et ton ame; Sois libre pour choisir, et, dans ta liberté , Marche vers la justice et vers la vérité. J'obéis, et d'un cœur respectueux, sincère, Je cherche à le connaître, et j'aspire à lui plaire. Je viens des murs d'Athène aux rives de l'Indus Consulter la science, admirer les vertus,

A la voix qui m'éclaire ouvrir un cœur facile. Vous qui faites trembler un vulgaire imbécile, Si vous voulez ma foi , dessiliez-moi les yeux : Je ne les ferme point à la clarté des cieux ; Mais le doute à l'erreur est encor préférable; Laissez-moi ma raison, mon guide véritable : Ma foi n'est qu'à ce prix, et sur de tels sujets Le sage ne commande et n'obéit jamais.

S'éloignant à ces mots du prêtre dont l'audace Fait descendre du ciel l'erreur et la menace , » Il dirige ses pas vers les fertiles bords (l2) Où le Nil tous les ans épanche ses trésors. Là , par mille travaux , monuments du vieil âge , La savante Uranie a marqué son passade. L'ombre de l'obélisque élancé dans les cieux Décroît, tourne, s'allonge, et montre l'heure aux yeux; Le Bootès blanchit de ses clartés timides Le front qu'à ses regards offrent les Pyramides; Et , lorsque vers le nord le soleil ramené Vient toucher le tropique à son char incliné,

io2 L'ASTRONOMIE.

Au pied même des tours qu'un ciel ardent éclaire, Le pâtre cherche en vain une ombre tutélaire : La flamme est sur sa tête , et dans ses cavités Syène voit du jour descendre les clartés (,3). Le sage a parcouru cette Egypte féconde Que divisent les eaux du fleuve qui l'inonde; Il arrête ses pas au temple de Memphis , Et sa voix de l'Aurore interroge le fils : « O Memnon , par ce jour que ramène ta mère, Aux vœux d'un étranger ouvre ton sanctuaire. » Il dit : la porte d'or a roulé sur ses gonds , La réponse du dieu sort des antres profonds : « La vérité réside en ce temple paisible , Elle est mystérieuse et non inaccessible ; Mais aux yeux des mortels son voile n'est levé Que pour une ame pure, un courage éprouvé; Trop souvent elle a lui pour un cœur infidèle : Toi qui l'oses chercher, montre-toi digne d'elle ; Descends sous cette voûte, et viens, qui que tu sois , Recevoir la lumière une seconde ibis. »

CHANT TROISIEME. ioj

La voix cesse, et déjà dans l'enceinte sacrée

L'étranger sans pâlir s'avance. Dès l'entrée ,

S'opposent à ses pas des obstacles soudains :

Un fleuve, il est franchi ; des feux, ils sont éteints ;

La faim, la sombre nuit, l'effroi d'un long silence,

Et le fer , tour-à-tour éprouvent sa constance.

Des rites d'Orient imitateur pieux,

D'une part de lui-même il fait hommage aux dieux ;

Et lorsque de la nuit la reine redoutée

Sept fois a ramené sa lumière empruntée,

Aux mystères du ciel le néophyte admis ,

De ses mâles travaux reçoit enfin le prix.

La science d'Hermès à ses yeux dévoilée ,

Les sept astres errants sous la voûte étoilée ,

La terre suspendue, et son globe lancé

Dans l'espace des cieux sur son pôle abaissé ,

Les mondes habités par des intelligences ,

Le soleil présidant à ces orbes immenses ,

La lune que sans lui ne verraient pas nos yeux ,

Le voilant quelquefois dans son cours glorieux ,

io4 L'ASTRONOMIE.

L'Egypte se levant sur ses humides plages Comme un vivant témoin du savoir des vieux âges, Et les siècles lointains guidés par ces flambeaux Entretenus par elle au milieu des tombeaux ; Voilà de quels objets la lumière inconnue Du sage initié vient étonner la vue ; Et des monstres hideux sur la pierre sculptés Déjà le sens pour lui n'a plus d'obscurités.

La ville du soleil t'appelle en son enceinte, Pythagore; introduit dans la demeure sainte, Regarde sur l'autel l'oiseau mystérieux, L'oiseau dont les couleurs resplendissent aux cieux, Présent qu'a fait au Nil l'odorante Arabie. Né sans père, il vit seul; la mort lui rend la vie. Etre pur et léger , c'est en vain qu'à ses yeux La terre vient offrir ses fruits délicieux ; Dédaignant des mortels la pâture grossière, Il s'abreuve aux rayons, source de la lumière (l4): L'Olympe est son palais, l'éther son aliment; Sur ses ailes de pourpre il plane incessamment,

CHANT TROISIÈME. io5

Part, s'éloigne, revient et règne dans l'espace.

Quand l'hiver trois cents fois an printemps a fait place,

L'oiseau , qui de ses jours sent le terme approcher,

Vient à l'autel sacré confier son bûcher;

De myrrhe et d'aloès lui-même le compose:

Sur ce lit de parfums enfin il se repose ,

Cherche d'un œil éteint la lumière du jour,

Kt son dernier adfeu monte au divin séjour.

C'en est fait; mais du ciel un trait part, l'encens fume;

Dégagé tout-à-coup du feu qui le consume,

Le phénix rajeuni, plus brillant et plus beau,

S'élance du brasier qui devient son berceau,

Et toute la nature , en le voyant paraître ,

Retrouve en lui le dieu qui s'éteint pour renaître.

La ville d'Hélion sur son fertile bord

Des cendres du bûcher recueille le trésor,

Et l'Egypte salue avec des cris de joie

L'astre resplendissant que le ciel lui renvoie.

Pars , Pythagore , et va du phénix ranimé

Raconter la merveille au Céphise charmé^.

io6 L'ASTRONOMIE.

Bientôt, impatient d'illustrer sa patrie , 11 portait la lumière à son île chérie; Mais, ô de la sagesse inévitable sort ! La persécution l'attendait sur ce bord.

Proscrite dans Samos, méconnue, exilée, lia science à Crotone est enfin consolée. Il y trouve un asile , et souvent dans ces lieux Numa vient avec lui s'entretenir des cieux(l6\ Ces murs avec orgueil possèdent Pythagore; Du titre du plus sage un oracle l'honore : Métaponte à genoux lui dresse des autels. Inconstante faveur des aveugles mortels!

Un disciple a bravé le vulgaire stupide fl7) , Son imprudente voix dit que d'un cours rapide Notre terre se meut, et de l'astre du jour, Roulant sur elle-même, en un an fait le tour. C'en est assez : soudain le préjugé s'irrite, Les sens ont démenti la vérité proscrite : La secte est en horreur;cherchant des bords lointains, Les sages ont aux flols confié leurs destins,

Et du maître au tombeau la cendre profanée Chez ces peuples ingrats demeure abandonnée.

Après les noirs frimas le printemps de retour Sur l'Olympe embaumé fait lever ce beau jour Où les talents rivaux dans le cirque d'Elée Demandaient des lauriers à la Grèce assemblée. C'était là qu'Hésiode et le chantre d'Hector Avaient dit ces beaux vers qui nous charment encor, Qu'OEdipe de Sophocle éternisait la gloire. C'était là qu'aux récits du père de l'histoire , Les acclamations d'un peuple transporté Avaient prédit l'arrêt de la postérité , Et que, né pour atteindre à ces palmes heureuses, Thucydide versait des larmes généreuses.

Muses, redites-moi quels sublimes accents Des enfants de la Grèce enivrèrent les sens !

La ville de Cadmus , de Pindare si fière , Opposait ce grand nom à l'Hellénie entière; Pour la cinquième fois du laurier glorieux La couronne attendait son front victorieux :

jo8 L'ASTRONOMIE.

Une femme paraît , qu'Apollon même inspire; Ses doigts harmonieux s'égarent sur sa lyre; Et le chantre thébain , muet d'étonnement , Laisse tomber la sienne en son ravissement. Cette femme chantait les sphères immortelles , Les travaux de Titan et ses retours fidèles , La lumière et le feu sur les corps répandus, Tous les bienfaits du ciel jusqu'à nous descendus, Et cette ame incréée, invisible et féconde, Qui meut, soutient, anime et répare le monde.

Transportés aux beaux jours du naissant univers , Admis dans l'Empyrée aux célestes concerts , Tous les Grecs, se levant à cette voix divine, Proclament le triomphe et le nom de Corine : Mais elle : « Retenez des transports trop flatteurs , « Hell'ènes ; si ma voix a su toucher vos cœurs, « Ce n'est point que Pindare ait en moi sa rivale : « 11 chantait d'un mortel la palme triomphale ; « Je célébrais l'Olympe et ses rapides feux : « Son talent fut plus beau, mon sujet plus heureux :

« Je rends ce noble prix au ciel qui me le donne. » Elle dit, et les Grecs consacrent sa couronne Au pied de cet autel qui brille au firmament (,8), Et qui des dieux jadis a reçu le serment. La gloire de Corine au ciel est confiée. Bientôt à d'autres jeux l'Élide est conviée : Près de l'Alphée assis, les peuples cette fois D'un sage aimé des dieux vont entendre la voix.

Méton se lève et dit : « Élite de la Grèce , Ma main n'anime point la lyre enchanteresse ; Mais l'art ingénieux qui mesure le temps Peut-être est digne aussi d'occuper vos instants. Des révolutions de la sphère éthérée L'homme dut observer l'immuable durée ; Apollon et sa sœur, au même point des cieux , Ne viennent point finir leur cercle radieux. Diane moins constante, et pourtant régulière, Signalait chaque pas de sa vaste carrière ; En quatre fois sept jours, sa forme quatre fois Changeait, et dut régler la semaine et le mois('9),

no L'ASTRONOMIE.

Tandis que le soleil dispensait les années Et les saisons par lui tour-à-tour ramenées. Pour diviser le temps en espaces égaux Combien l'esprit de l'homme essaya de travaux ! L'ombre silencieuse et l'onde fugitive Prêtèrent leur secours à la vue attentive. Entre leurs mouvements et les célestes corps Un art industrieux sut trouver des rapports; Grâce au cône léger qui laisse fuir le sable , Le temps devint visible et sa trace palpable, Et le rapide instant qui s'enfuit pour jamais Put être apprécié par nos sens imparfaits. »

« De l'orbe que Phébus parcourt à notre vue , Trois fois cent vingt degrés divisent l'étendue ; Mais sans cesse roulant sur son axe incliné Dans le cercle de feu qui lui fut ordonné , Il consume à franchir ses brillantes demeures Douze mois et cinq jours prolongés de six heures(2o). La déesse des nuits et le père des jours , Dans des cercles divers accomplissant leur cours.

CHANT TROISIEME. ni

Nous dispensent des ans de longueur inégale : Mais, lorsque terminant sa marche triomphale, Phébus a dix-neuf fois de son char embrasé Effleuré le Tropique à l'Austcr opposé , Au même point du ciel, et la sœur et le frère, De leurs feux réunis remplissent l'hémisphère, Et réconciliés, mais pour quelques instants , Recommencent leur cours par un nouveau printems. De cette période adoptez la durée; Il est digne de vous , de la Grèce éclairée , En fixant pour jamais vos fêtes , vos travaux , De mettre enfin d'accord les deux astres rivaux. » Il a dit : tous les Grecs , d'un concert unanime , Applaudissent au vœu que sa voix leur exprime ; La science triomphe , et ce jour a porté Le cycle de Méton à la postérité (2IK

Eudoxe , ambitieux d'une pareille gloire , Du ciel , sans l'observer, osa tracer l'histoire ; Mais il sut recueillir chez des peuples lointains Sur les astres errants des calculs plus certains;

ua L'ASTRONOMIE.

11 dessina la sphère, aida l'agriculture, Et de l'art des devins méprisa l'imposture.

Voyageur courageux, cherchant un ciel nouveau, Pythéas vers le nord dirigea son vaisseau. Là du sommet glacé d'un mont Hyperborée Il observa des nuits l'importune durée, Et ces temps où Phébus , toujours à l'horizon , Ne fait qu'un jour sans nuit de toute une saison (22^.

De la docte Uranie expliquant les mystères , Ces sages la montraient sous ses formes austères. Elle illustra leurs noms, mais, par un nouveau choix, Du plus brillant génie elle emprunta la voix. Sur un mont escarpé dont le faîte domine Les vagues que Céos renvoie à Salamine , S'élève un temple antique à Pallas consacré. Là , le divin Platon , de sages entouré (23), Aux vents tumultueux , à la voix des abîmes, Mêlait la gravité de ses accents sublimes; Il disait la sagesse enfantant l'univers , Et des mondes flottants les célestes concerts :

CHANT TROISIEME. n3

Ces mondes animés par l'immortelle essence, Noble émanation de la tonte-puissance.

« La flamme , ajoutait-il, emporte dans les cieux, De l'aurore au couchant , les disques radieux , Tandis qu'appesantis par leur masse grossière , Roulent vers l'orient nos globes de poussière. Moi-même, par l'orgueil trop long-temps abusé, J'ai cru que notre terre, astre favorisé, Aux yeux de son auteur et plus noble et plus chère , Demeurait immobile au centre de la sphère. Mais de la vérité les oracles certains Ont sous la loi commune abaissé nos destins. Un sage l'apporta d'Egypte en Italie, Et par un autre sage elle y fut accueillie. Premier législateur d'un peuple encor grossier Qui fonde sur le Tibre un empire guerrier, Le disciple et l'ami de notre Pythagore En reçut les secrets dont l'Egypte s'honore. Un temple par ses mains élevé dans ces lieux ,

A l'œil qui sait y lire offre l'ordre des cieux.

u4 L'ASTRONOMIE.

Sa forme circulaire est l'emblème du momie; Il s'ouvre^ à l'orient. Sous la voûte profonde, On voit Phébé, Cybèle , et Mercure, et Vénus , Mars sanglant , Jupiter et le fils d'Uranus ; Un autel est au centre, où, par un soin fidèle, Vesta nourrit sans cesse une flamme immortelle. »

Il disait; et les Grecs, dans ses discours vantés, Admiraient le talent plus que les vérités : L'éloquence brillait , mais la patrie ingrate Applaudissait Platon et condamnait Socrate : Peuple léger ! les arts conquis par tant d'efforts Avec la liberté s'exilent de tes bords.

Tandis qu'au bruit lointain des vagues courroucées Platon donne l'essor à ses hautes pensées , Un prince, non content du trône paternel , Veut être conquérant, fondateur, immortel, Dieu : le voilà qui court asservir les rivages Où dormait le trésor du savoir des vieux âges. Digne d'un tel dépôt , sur les peuples vaincus Aristotca levé ses glorieux tributs (,4);

CHANT TROISIÈME. i,5

De son rapide élève il absout la victoire;

Et l'Euphrate du ciel lui raconte l'histoire.

Du Gange aux murs de Tyr le jeune conquérant

A détruit, et fondé les villes en courant.

Sur les sables du Nil s'élève Alexandrie :

Les arts ont reconnu leur première patrie.

C'est là qu'on voit bientôt les sages accourir,

A l'ombre de la paix les sciences fleurir.

Et naître sous les lois de l'heureux Ptolémée

Une école nouvelle à l'étude animée.

Un phare audacieux s'élance dans les airs ;

De la chute du Nil au bord des flots amers

L'Egypte est mesurée, et Syène l'antique

S'étonne d'avoir vu reculer son tropique (25).

Oh! que d'illustres noms, que de nobles travaux

Transmettra cette école à des siècles nouveaux !

Euclide, Manéthon, le sage Ératosthène,

Explorateur du Nil à sa source lointaine ;

Conon, qui dans le ciel plaça ces beaux cheveux

Offerts par une reine à la mère des Jeux(,6);

Et ce grand citoyen dont l'heureuse industrie Fit servir la science à venger sa patrie , Archimède! Au foyer d'un ardent appareil, Concentrés par son art, les rayons du soleil Défendaient Syracuse, et dans la mer filmante Embrasaient des Romains la flotte menaçante. Sa main sous le cristal d'un globe ingénieux A suspendu la terre et les astres des cieux; Des ressorts animés l'invisible puissance Dans de justes rapports de temps et de dislance, Autour de leur soleil, sur des orbes divers Fait circuler les corps du petit univers; Et sur l'ordre du ciel leur marche calculée A révélé les lois de la sphère étoilée (27). Hipparque infatigable , et génie inventeur , Incline l'écliptique au plan de l'équateur; Les triangles, par lui soumis à la mesure, De la sphère aplanie expriment la figure, Et tout le ciel lui dit, long-temps interrogé, « L'équinoxe s'avance et le pôle a changé. »

Il entreprend (les dieux l'encourageaient sans doute) De dénombrer les feux de la céleste voûte ; Et mille astres par lui légués à l'avenir (a8) Des cieux alors connus fixent le souvenir. Du haut de cette tour où veille la science 11 soumet au calcul la lente expérience; Il demande au soleil quel espace effrayant Sépare de nos yeux son disque flamboyant. Des astres inconstants il trace les orbites, Et du monde agrandi recule les limites. Du rivage africain chez le peuple de Mars, Sosigène, à la voix du premier des Césars, Sur un ordre meilleur vient réformer l'année , Dont Janus ouvrira la première journée(ï9). Combien d'heureux essais, de nouveaux instruments, Du génie inventif utiles monuments , Vont, de l'observateur aidant les doctes veilles, Révéler à ses yeux de brillantes merveilles ! Les triangles qu'au ciel a tracés le compas, Reproduits sur la terre y mesurent nos pas :

u8 L'ASTRONOMIE.

Sur les mers au pilote ils serviront de guide. Voyez-vous de Memphis laitière pyramide ? Son immense contour, cent vingt fois mesuré, Du globe où nous marchons exprime le degré(3o).

Les révolutions de la sphère éclatante, Et tout ce qu'entrevit l'antiquité savante , Et les astres comptés, qu'à la voûte d'azur L'œil put voir rayonner sous le ciel le plus pur, Et tant d'heureux travaux si dignes de mémoire , D'un autre Ptolémée éternisent la gloire. « Quel pouvoir a, dit-il, suspendu dans les cicux Ces astres qui sans cesse y marchent à nos yeux? Dans un ordre immuable ils poursuivent leur route , Au ciel qui les entraîne ils sont fixés sans doute ; Mais, sans voiler ces feux, quelques globes errants Tracent plus près de nous des orbes transparents, Et des cieux de cristal, que perce la lumière, Se recourbent sept fois sur la nature entière. »

Tel fut dans l'Orient ce système inventé, Mélange de l'erreur et de la vérité.

La main de son auteur le grava sur la pierre Du temple que Canope ouvrait à la prière (3*'; Et long-temps l'étranger qui visitait ces lieux Sur ces murs éloquents lut l'histoire des cieux. Les siècles vont passer sur ces doctes ruines, Mais Rome jusqu'au Nil étendra ses rapines , Kome, toujours livrée aux durs travaux de Mars, Apporte l'esclavage et disperse les arts. La ville d'Alexandre a vu sa gloire éteinte, Les sages dès long-temps ont fui de son enceinte , Et des travaux par eux légués à l'avenir Elle conserve à peine un vague souvenir. Il fut un monument, palais de la science, Qui des fils de Lagus dit la munificence. C'est là qu'incessamment se déroulaient aux yeux Les écrits rassemblés par un zèle pieux; Là du monde savant l'illustre colonie , Au papier confiait les trésors du génie. L'ambitieux César descendu sur ce bord, Embrase ses vaisseaux, assiégés dans le port,

i2o L'ASTRONOMIE.

Et le feu dévorant sa flotte criminelle Atteint de ce palais la moitié la plus belle. Sept siècles écoulés , un Arabe , un Omar , Barbare imitateur de l'illustre César , Fanatique orgueilleux , insulte et met en cendre Le dépôt du savoir et les murs d'Alexandre. Un livre, un livre seul échappe à tous ces feux. O destin ! d'un Arabe il attire les yeux ; L'Almageste l'étonné , et son ame charmée Saisit, dévore, admire, explique Ptolémée. C'en est fait, son esprit n'aura plus de repos: Du maître après mille ans reprenant les travaux, La science lui doit une nouvelle vie.

Ptolémée au tombeau sert encore Uranie , Comme si son destin était de ranimer Le flambeau qu'autrefois sa main sut allumer.

(0 page 91 , vers 20.

Un fragment lance des célestes lambris.

« Les Grecs font grand bruit d'une prédiction d'Anaxagorc de Clazomène, qui par ses connaissances astronomiques annonça dans la 2e année de la 78e olympiade, qu'à tel jour une pierre tomberait du soleil. Au jour indiqué, une pierre tomba dans un canton de la Thrace, près du fleuve JEgos. On la montre encore aujourd'hui, elle ferait la charge d'une charrette. Elle est enfumée et noircie par le feu. A la même époque une comète brilla pendant plusieurs nuits. Si l'on veut bien admettre cette prédiction, il faut avouer en même temps que la prescience d'Anaxagore est plus merveilleuse que le fait lui-même, et que toute notre science est en défaut, que tout est confondu, si l'on doit croire en effet, ou que le soleil soit de pierre, ou qu'une pierre ait été dans le soleil. Au surplus, on ne peut disconvenir que des pierres ne tombent du ciel assez fréquemment. Aujourd'hui encore on en révère une de ce genre dans le gymnase d'Abydos : elle est peu volumineuse. On prétend que le même Anaxagore avait prédit qu'elle tomberait au point central de la terre. Une autre est révérée à Cassandrie, nommée aussi Potidée. Une colonie y a été conduite à cette occasion. J'ai vu moi-même une pierre pareille dans la campagne des Vocontiens, où elle était tombée peu de temps auparavant. »

( Pmîie , Hist. nat. , 1. 11 , § 5g. )

i24 NOTES

L'un me dit une pierre, Un immense rubis brillant sur nos climats, Pour d'autres le soleil n'existe même pas.

Xénophon, Memorab., I. iv.

Platon, Apol. ; Plutarque , de Siiperstitioue ; Dioglne Laerce, 1. 11, §8.

Platon, de Rep., 1. vi.

Plutarque, de Plac. philos. , I. 11, ch. 24.

Aristote, Météor, 1. n, ch. 2.

(^ PAGE C)2 , VERS l8.

Et règlent sur ses tons leur marche et leur distance.

« Les planètes , eu y comprenant le soleil et la lune, sont au nombre de sept. L'beptacorde , ou la lyre à sept cordes, renferme deux tétracordes unis par un son commun, et cpii, dans le genre diatonique, donnent cette suite de sons , si, ut , ré , mi, fa, sol , la. Supposez que la lune soit représentée par si, Mercure le sera par ut, Vénus par ré , le soleil par mi, Mars par/a, Jupiter par sol, Saturne par la. Ainsi la distance de la lune si à Mercure ut sera d'un demiton , c'est-à-dire que la distance de Vénus à Mercure sera le double de celle de Mercure à la lune. Telle fut la première lyre céleste, etc. »

( Voyage d'ANACHAKSis, cliap. 3i.)

Voyez dans Pline ( Hist. nat. , 1. 11 , § 20) une exposition de ce mèmesystème, c'est-à-dire des rapports entre les distances des planètes et celles des tons de la musique, « toutes subtilités, ajoute-t-il , plus agréables que nécessaires. »

(4) PAGE g'S , vers 12.

Sont les astres brillant au céleste parvis.

DU TROISIÈME CHANT. i25

« Suivant Vossins, la fable des Hespérides est un tableau des phénomènes célestes : les Hespérides sont les heures du soir, le jardin est !e firmament, les pommes d'or sont les étoiles, le dragon est le zodiaque, ou l'horizon qui coupe l'equateur à angles obliques : Hercule, c'est-à-dire le soleil, enlevé les pommes d'or, c'est-à-dire que cet astre, quand il paraît , semble faire disparaître tous les astres. »

( Noël, Dict. de la table, mot Hespérides. )

Le cercle étroit des jours qui forment la semaine.

La même allégorie se retrouve dans les amours de Diane et d'Endymion , qui eurent cinquante enfants.

. . . L'astre pâlit , et son disque s'efface.

« Divers astronomes ont essayé dans ces derniers temps de calculer cette éclipse et d'en trouver le jour. Ils s'accordent pour le 17 mai de l'année 6o3 avant Jésus-Christ, et ils trouvent que l'éclipsé dut être totale pendant 4 minutes 4 , pour le lieu de la bataille entre les rivières d'Halys et du Mêlas. »

( Court de Gebelin , Hist. civile du calendrier. )

Un cône ténébreux, attaché sur sa trace.

Inde tenebrosum sectatur in œthere conum, Corpore quem spisso tellus in lumine solis Defensat, cœlique trahit per aperta sequacem.

( Anti-Lccrfce , 1. v.)

ï26 NOTES

Empédocle en des vers par le temps respectés, etc...

Il v a un ancien poème grec qui est attribué au philosophe pythagoricien Empédocle, quoique plusieurs critiques ne soient pas de cette opinion. Ce poème, intitulé la Sphère, consiste en une énumération des constellations et des signes dii zodiaque avec des étymologies souvent forcées des noms de ceux-ci. C'est au sujet de ce poème qu'a été dit un mot qui a fait une grande fortune :

(ïritemios, Quœst. ad Csesarem Maximilianum.)

Deum empédocle uni esse sphœram intelligibilem cujus cen- Irum ubique circumferenlia nusquam sit. Et ce mot remonte à une bien plus haute antiquité ; car on attribue cette définition de l'intelligence universelle à Hermès Trismégiste.

(9) page 97 , vers 19.

Witsnou , dit le Brachman , est l'être universel , etc.

On peut consulter sur la cosmographie des Indiens l'Ézour- Védam ( Éclaircissements , t. 11 , p. 209 ) , Bailly ( Hist. de l'astron. anc, 1. iv, § 18), et M. Delambre, lequel conclut d'un passage de M. Davis, « que les Hindous commencent à douter de leur dragon , qui occasionnait les éclipses en dévorant le soleil. »

Des sévères destins confidents inflexibles , etc.

« Carminé, divinasartes , et conscia i'ati Sidéra, diversos hominum varianlia rasus; Cœlestis rationisopus, dcdurere mnndo

Aggredior, primusquc novis Helicona movere Cantibus, et \iridi mitantes vertice sjlvas, Hospita sacra ferens , nulli memorata priorum. »

(Manilius, Astronomie, 1. 1. )

(") PAGE IOO , VERS 2.

N'a jamais au Caucase enchaîné Prométhée.

Riccioli trouve dans Servius que Prométhée demeurant sur le Caucase, où il était tourmenté par le besoin de deviner les lois du mouvement des astres, avait ainsi donné lieu à la fable du vautour qui lui ronge les entrailles.

(Det.ambre, Hist. de l'astr. mod., I. xt. )

Il dirige ses pas vers les fertiles bords Où le Nil

Pythagore voyagea dans les Indes et en Egypte : toutes les traditions s'accordent sur cela. Dans laquelle de ces contrées puisa-t-il les connaissances astronomiques qu'on lui attribue généralement? C'est ce qu'on ne dit pas. Quel est le peuple qui a précédé les autres dans les découvertes de cette science? Nous ne le savons point. Je ne me charge point de prouver que cette gloire appartenait aux Égyptiens, mais j'ai cru pouvoir la refuser aux Indiens, et voici sur quels fondements. « Un peuple qui fait la terre plate, qui <• imagine une montagne au milieu, pour cacher le soleil « pendant la nuit , qui crée exprès deux dragons , l'un rouge « et l'autre noir , pour éclipser le soleil et la lune : un peuple « qui place la lune plus loin que le soleil, et pose la terre « sur une montagne d'or , inventeur de ces absurdités , n'est ■ point l'auteur des méthodes savantes que nous admirons. » ( Lettres de Raii.ly sur l'Origine des sciences , lettre n. )

ia8 NOTES

Il est vrai que cet auteur suppose que chez ces peuples, dont les connaissances astronomiques étaient si grossières, les prêtres avaient conservé des traditions plus exactes qui venaient d'un peuple plus ancien.

(l3J PAGE I02, VERS 4'

Et dans ses cavités

Syène voit du jour descendre les clartés.

« On lui montra aussi les gnomons horaires, qui à midi ne fournissent point d'ombre , parce que le i*ayon solaire étant vertical à Syène le jour du solstice d'été, la lumière est également répandue de toute part, et ne donne lieu à aucune ombre, tellement qu'au fond même du puits, la surface de l'eau est éclairée en entier. »

(Éthiopiquesd'Héliodore, liv. 9.)

« Umbras nusquam flectente Syene. »

(Lucain , 1. 2. )

(l4) PAGE I04, VERS l8.

Il (le phénix) s'abreuve aux rayons source delà lumière.

Non epulis saturare famem , non fontibus ullis Assnetus prohibere sitim, sed purior illum Solisfervor alit, ventosaque pabula libat Tetbyos, innocui carpens alimenta vaporis.

( Claudien , !e Phénix.) t'5) PAGE Io5, VERS 20.

Raconter la merveille au Géphise charmé.

« La plus remarquable de ces fables est celle du phénix : cet oiseau, suivant les idées égyptiennes, est unique; son plumage est or cramoisi , il vient du pays des ténèbres pour mourir en Egypte et renaître de ses cendres dans la vilk? du soleil, sur l'autel de cette divinité. On ne peut douter que ce phénix ne soit l'emblème d'une révolution solaire...» (Baux y , Lettres sur l'origine des sciences, lett. 8. )

Numa vient avec lui s'entretenir des cieux.

( Ovide , Met. , 1. xv , et Fastes , I. m. ) (*?) PAGE IC-6, VERS l3.

Un disciple a bravé le vulgaire stupide.

« Pythagore enseigna publiquement que la terre était au centre de l'univers. Il réserva pour ses disciples de choix l'opinion du mouvement de la terre et de l'immobilité du soleil , qui eût choqué le vulgaire. »

( Bailly , Hist.de l'asti*, ancienne, 1.8, § 3.)

«■ Philolaus de Crotone , disciple de Pythagore et d'Architas de Tarente, est un des Pythagoriciens les plus célèbres dans l'astronomie, pour avoir établi plus précisément qu'aucun autre Pythagoricien le mouvement de la terre. » ( Astronomie de Lalande , 1. 1. )

(r8J PAGE IO9, VERS 3.

Au pied de cet autel qui brille au firmament , etc.

Corinne de Tanagre disputa cinq fois avec succès le prix de la poésie à Pindare. La couronne qui lui fut décernée fut consacrée parmi les astres sous le nom de couronne australe. Elle est placée au-dessous de l'autel. Cet autel est celui sur lequel les dieux jurèrent leur ligue contre les Titans.

i3o NOTES

En quatre fois sept jours , sa forme quatre fois Changeait, et dut régler la semaine et le mois.

» La semaine depuis la plus haute antiquité , dans laquelle se perd son origine, circule sans interruption à travers les siècles en se mêlant aux calendriers successifs des différents peuples. Il est très-remarquable qu'elle se trouve identiquement la même sur toute la terre , soit relativement à la dénomination de ses jours réglée sur le plus ancien système d'astronomie, soit par rapport à leur correspondance au même instant physique. C'est peut-être le monument le plus ancien et le plus incontestable des connaissances humaines. Il paraît indiquer une source commune d'où elles se sont répandues; mais le système astronomique qui lui sert de base est une preuve de leur imperfection à cette origine. »

( Exposition du syst. du monde , 1. 1 , ch. 3. )

(20) PAGE IIO, VERS l8.

Douze mois et cinq jours prolongés de six heures.

n Les prêtres de Thèbes passent pour très versés dans

l'astronomie et dans la philosophie. C'est d'eux que vient

l'usage de régler le temps, non d'après la révolution de la

lune, mais d'après celle du soleil. Ils ajoutent aux douze

mois de trente jours chacun, cinq jours tous les ans; et

comme il reste encore, pour compléter la durée de l'année,

une certaine portion de jours, ils en forment une période

composée d'un nombre rond de jours et d'années, suffisant

pour que les parties excédantes étant ajoutées, fassent un

jour entier. Ils attribuent à Hermès toute leur science en ce

genre. «

( Strahon , I. i 7. )

DU TROISIEME CHANT. n3

On trouve dans Diodore de Sicile, liv. ier, un passage tout-à-fait semblable à celui de Strabon; il est même évident que l'un a été calqué sur l'autre; mais on ignore lequel est l'original : ces deux écrivains étaient contemporains d'Auguste.

(2I) PAGE III, VERS l6\

Le cycle de Méton à la postérité.

« Méton proposa son cycle de 19 années solaires, pendant lesquelles s'écoulent 19 années lunaires et sept mois intercalaires. Par ce moyen les mouvements du soleil et de la lune sont très-heureusement conciliés, et les deux astres se retrouvent, à très-peu près, au bout de la période, au même

point du ciel Quand son auteur en présenta les tables et

une explication dans l'assemblée des Jeux olympiques, quoiqu'il changeât l'ordre public, sa forme fut adoptée sur-lechamp par toutes les villes et colonies grecques, et reçut unanimement le nom de cycle ou nombre d'or pour marquer son excellence , nom qu'elle a conservé jusqu'aujourd'hui chez la plupart des peuples de l'Europe , qui en font encore «sage Le premier cycle commença l'an 432 avant Jésus- Christ. »

(Raixlt, Hist. de l'astr. anc. , I. 8, § ra, î3, 14.)

Ne fait qu'un jour sans nuit de toute une saison.

Il n'est guères possible de croire qu'un philosophe qui avait voyagé ait raconté aux habitants de Marseille qu'en s'élevant vers le nord il était parvenu à un point où la voiite du ciel était si basse, qu'un homme ne pouvait s'y tenir debout. On a pourtant prêté cette exagération méridionale à Pythéas.

(23) PAGE 112, VERS l6\

Là le divin Platon , de sages entouré , etc.

Toute cette doctrine est empruntée des discours que l'abbé Barthélémy fait prononcer à Platon, sur le promontoire de Sunium.

( Voyage (TAnacharsis, ch. 5ç. )

« Platon avait d'abord été de l'opinion générale, comme on le voit dans plusieurs endroits de ses ouvrages; mais plus avancé en âge, on dit qu'il connut mieux la physique de l'univers et qu'il adopta le sentiment des Pythagoriciens sur le mouvement de la terre. C'est le témoignage que lui rendent Cicéron , Acad., quest. a, ia3, et Plutarque dans la

vie de Numa. «

( Astronomie de Lalande , 1. 2.)

« L'on tient que Numa fit fabriquer le temple rond de la déesse Vesta , auquel est gardé le feu éternel, voulant représenter, non la terre, que l'on dit "Vesta, mais la figure du monde universel , au milieu duquel les Pythagoriciens veulent que ce soit le siège et le séjour propre du feu , lequel ils appellent Vesta et disent être l'unité; car ils ne tiennent pas que la terre soit immobile , ni située au milieu du monde, ni que le ciel tourne à l'environ , mais, au contraire, disent qu'elle est suspendue àl'entour du feu, comme du centre du monde, et si ne veulent point que ce soit l'une des premièies et principales parties de l'univers; laquelle opinion l'on dit que Platon même tint en sa vieillesse, que la terre était en autre place que celle du milieu. »

( Pmjtarquk , Numa. )

'^i] PAGE I l4 j VERS 20.

Aristote a levé ces glorieux tributs

On raconte que Callisthènes, parent et disciple d'Aristote, ayant eu communication à Babylone, où il avait accompagné Alexandre, d'une suite d'observations astronomiques qui re-

DU TROISIEME CHANT. i33

montait à igo3, les envoya à ce philosophe, qui en fit usage dans les écrits qu'il publia. Le conquérant en fut jaloux, et il écrivit à son précepteur. « Tu n'as pas bien fait d'avoir publié tes livres des sciences spéculatives, pour autant que nous n'aurons rien au-dessus des autres , si ce que tu as enseigné en secret vient à être publié et communiqué à tous; et je veux bien que tu saches que j'aimerais mieux surmonter les autres en intelligence des choses hautes et très-bonnes que non pas en puissance. »

( Plutarque, vie d'Alexandre. Voyez aussi les Nuits Attiques d'Aulu-

Gelle, 1. ai, ch. 5.)

(j5) PAGE Il5, VERS l4-

L'Egypte est mesurée , et Syène l'antique S'étonne d'avoir vu reculer son tropique.

On va même jusqu'à accorder aux astronomes de l'école d'Alexandrie l'honneur d'avoir mesuré la circonférence de la terre : les moyens qu'on croit qu'ils employèrent pour y parvenir sont expliqués par M. de Lalande.

( Astronomie, 1. ier. )

« Ce lieu si âpre ( Syène ) était pour les géographes un des points les plus importants du globe. Il a servi à Ératosthène, à Hipparque, à Strabon et à Ptolémée, de point de départ pour déterminer la position des lieux de la terre. C'était la seule ville placée sous cette ligne qui sépare la zone torride de celle que nous habitons. L'opinion que Syène était sous le tropique fut maintenue plus de 3ooo ans après que cette ville avait cessé d'y répondre , et même de nos jours. Au 2e siècle de l'ère vulgaire , le bord septentrional du soleil atteignait encore au zénith de Syène, séjour du solstice d'été... Aujourd'hui le tropique est bien plus rapproché de l'équateur, et sa distance à Syène est de 87' aî" au sud, ou de plus de i5 lieues et demie. » ( Description de Syène et des Calai-actes, par M. Jomard.) V. la note 12.

i34 NOTES

(l6) PAGE Il5, VERS 20.

Ces beaux cheveux

Offerts par une reine à la mère des Jeux.

Bérénice Evergète, femme de Ptolémée Soter, roi d'Egypte, fit vœu de consacrer sa chevelure à Vénus, si son mari revenait triomphant d'une guerre qu'il faisait en Asie. Sa prière ayant été exaucée, elle se coupa les cheveux et les déposa dans le temple de la déesse. Mais ils disparurent, et pour expliquer cette disparition, l'astronome Conon montra au roi sept étoiles dans le voisinage de la queue du Lion, qu'il prétendit être la chevelure de la reine transportée dans le ciel.

« « mi 11 1,1 qui magni dispexit lumipa ni mut 1 .

Qui stellarum ortus comperil atque obitus , Flammeus ut rapidi solis nitor obscuretur,

Et cédant certis sidéra temporibus , Idem me ille Conon cœlesti lumine vidit

E Bereniceo vertice cresaricm Fulgentem clarè , quam multis illa deorum,

Laivia protendens brachia, pollicita est , Quâ rex tempestate, novo auctus hymenieo ,

Vastatum (ines iverat assyrios. »

( Catulle , Epig. 66. )

<27) PAGE Il6, VERS l4»

A révélé les lois de la sphère étoilée.

Archimède avait fait une sphère mécanique.

■< Arte syracosiâ suspensus in aère clauso Stat globus, immensi parva figura poli.

( Ovide , Fastes, 1. 6. ) Huccine mortalis progressa potcnlia cura;? Jam meus in fragili luditur orbe labor.

DU TROISIÈME CHANT. i35

Jura poli, reruiuque fidem, legesque deorum ,

Ecce Syracusius trauslulit arte senex ; Inclusus variis famulatur spiritus astris,

Et vivum certis motibus urget opus.

Percurrit proprium mentitus signifer annum ,

Et simulata novo Cinthia mense redit:

Jamque suum volvens audax industria inuiiduin

Gaudet , et humanâ sidéra mente régit. »

( Claudien, sur la sphère d Archiniede. )

Voyez, dans le Traité de la République de Cicéron, liv. / § i4, quelques détails sur la sphère que Marcellus rapporta de Syracuse.

<28) page 117 , vers 3.

Hipparque infatigable

Et mille astres par lui légués à l'avenir, etc.

«• Cœlo in hœreditate cunctis relicto. »

(Pline, 1. a, ch. at>. )

Le catalogue d'Hipparque contenait 1022 étoiles et assignait leur position pour l'année 128 avant Jésus-Christ.

Hipparque fut l'inventeur de la trigonométrie et du planisphère , et découvrit la précession des équinoxes. « Syne sius, ancien auteur, qui a écrit sur l'astrolabe, atteste qu'Hipparque avait dit aussi quelque chose sur les planisphères , c'est-à-dire la manière de tracer sur un plan la convexité du ciel , sans changer les proportions des cartes , malgré la différence des surfaces. »

( Astronomie de Lalahde , I. a. )

PAGE II7, VERS l4-

Sosigène.... vient réformer l'année, Dont Jaiius ouvrira la première journée,

i36 NOTES

Ecce tibi faustum, Germanice, nunliat annum Inque meo primus carminé Janus adest.

(Ovide, Fastes, 1. iei.)

Voici l'explication de Dupuis, Orig. des Cultes, tom. i, pag. 85.

«L'année des Romains commença à minuit depuis Nuina, qui en fixa le départ huit jours après le solstice d'hiver. Cet instant où le jour naturel commençant ouvrait en même lemps la carrière du soleil et de l'année , qu'il engendre dans sa course à travers les 12 figures, était marqué dans les cieuxpar le lever des étoiles des pieds de la Vierge. La plus remarquable d'entre elles fut regardée comme le portier de l'Olympe, et en prit le nom de Janitor ou de Janus. Cette étoile devint un génie qui fut placé à la tète du'calendrier.»

(3o) PAGE Il8, VERS 4-

Du globe où nous marchons exprime le degré.

Le périmètre de la grande pyramide de Memphis avait 3o secondes du degré propre à l'Egypte; ainsi le côté de la pyramide répété 480 fois, ou le périmètre pris 120 fois, faisait le degré terrestre.

( Mémoire sur le système métrique des anciens Égyptiens par M. Jomard.)

L'Egypte, dit Paucton, dans sa Métrologie, conservait le module authentique des mesures. Les anciens en avaient pris le type dans la mesure de la terre. Le côté de la grande pyramide pris 5oo fois est précisément la mesure du degré déterminé par les modernes.

« Les rapports de plusieurs mesures de la plus haute antiquité, soit entre elles, soit avec la longueur delà circonférence terrestre, ont fait conjecturer non-seulement que dans des temps fort éloignés , cette longueur a été exactement connue, mais qu'elle a servi de base à un système complet de mesures, dont on retrouve des vestiges en Egypte et

dans l'Asie. »

l'A p. du syst. du inonde , 1. 1, cli. 14.)

On peut voir sur le même sujet un passage du même ouvrage, liv. 5, ch. 2, et l'Astronomie mod. de Bailly, liv. 4.

Du temple que Canope ouvrait à la prière.

«Ptolémée inscrivit dans le temple de Sérapis à Canope les principaux éléments de son système astronomique. Ce système a subsisté pendant 14 siècles. Aujourd'hui qu'il est entièrement détruit , l'Almageste, considéré comme le dépôt des anciennes observations, est un des plus précieux monuments de l'antiquité. »

(Exposition du système du monde, 1. 5, ch. 2.

Cl)ant (Quatrième.

Histoire de l'astronomie moderne. — Les Arabes. — Tables d'Alphonse X, roi de Castille. — Découvertes géographiques. — Christophe Colomb. — Les Portugais. — Constellations australes. — Les antipodes. — Les Péruviens. — Les sauvages d'Amérique. — « Système de Copernic. — Ticho- Brahé. — Kepler. — Galilée , ses découvertes , sa condamnation. — Descartes. — Gassendi. — Huygens. — Dominique Cassini. — ■ Rœmer. — Halley , son voyage à Sainte-Hélène. — Newton.

Palais des Pharaons, ouvrez-moi vos portiques! Tombeaux, tables d'Isis, et vous, marbres antiques, Où le ciseau savant traça l'ordre des cieux, Des temps qui ne sont plus témoins silencieux, Nous direz-vous un jour quelle source première Sur ce monde engourdi fit jaillir la lumière ? Des bienfaiteurs du globe à qui les arts sont dus Rétro uverai-je en vous les vestiges perdus? De leurs premiers travaux quelle terre s'honore ?

Soit qu'ils cachent leur source aux lieux où naît l'aurore, Soit que l'onde du Nil ait porté leur berceau, L'Egypte a dans son sein rallumé leur flambeau.

Errant des murs de Thèbe à l'indien rivage , L'Arabe a recueilli ce brillant héritage. Califes conquérants et savants couronnés, Consolant par les arts leurs peuples étonnés , Almanzor, Aaron, voient l'Europe soumise (,) Chanter la double gloire à leurs règnes promise; Et par quelques écrits , glorieuse rançon , Les Grecs payent la paix que leur donne Almamon. Des princes d'occident un seul suit cet exemple , Fait recueillir les lois des astres qu'il contemple, Et les tables d'Alphonse illustrent à la fois Abensid leur auteur, la Castille et ses rois (,). Mais un siècle naissait, où l'essor du génie Allait ouvrir à l'homme une route infinie. Il semble que le sort dans le cercle des ans Assigne à nos travaux quelques heureux moments. Après un long sommeil, l'esprit humain s'élance, Il renverse l'obstacle, il franchit la distance, Il invente, et pour prix de ses nobles transports, La gloire quelquefois sourit à ses efforts.

CHANT QUATRIÈME. i43

Honorable toujours, avec un but utile, Le travail assidu rarement est stérile.

Mais lorsque la nature à nos yeux indiscrets A laissé pénétrer quelques nouveaux secrets , Qui peut dans l'avenir en prévoir tout l'usage ? Ainsi quand le hasard, favorisant un sage, Vint lui montrer le fer, mystérieux amant, Par un charme invincible attiré vers l'aimant, Vit-il dans ce jouet, vit-il dans le prodige De ce mobile acier que le pôle dirige, L'essor audacieux d'un conquérant hardi , La mer d'Atlas soumise et le monde agrandi? Mais depuis qu'heureux don d'une main inconnue, L'aiguille d'Amalfi vint étonner la vue, Qui voudrait affronter , dans un frêle vaisseau , Sur la foi d'un tel guide, un Océan nouveau ? Si les monts de Calpé sont les bornes du monde , Où finit cette mer ? et , si la terre est ronde, Comment peuvent marcher, renversés dans les airs, D'autres mortels bannis dans un autre univers ?

i44 L'ASTRONOMIE.

Vains doutes de l'esprit, préjugés du vieil âge, Vous n'arrêterez pas un généreux courage. Ferme dans ses desseins ,• les yeux vers l'occident, Colomb s'est élancé sur l'abîme grondant. L'horizon fuit ; la mer, se courbant sous ses voiles, Retarde chaque jour le coucher des étoiles. Pointde bords, plus d'espoir, les vents sont déchaînés. Entendez-vous les cris des soldats mutinés? Les cieux sont obscurcis, l'aiguille est infidèle (3). « N'importe : à l'occident! l'occident nous appelle; « Nos yeux verront des bords et des astres nouveaux.» Il dit, le jour renaît, un monde sort des eaux.

Par-delà l'équateur et la zone brûlante, Deux continents aigus dans l'onde turbulente S'avancent, et les flots, par ces caps divisés, Offrent vers l'orient deux chemins opposés. Gama des Portugais y conduit la vaillance. Sur un autre océan le Castillan s'élance , Et, surpris l'un de l'autre , ils se sont rencontrés (4) Aux rives où le Gange épand ses flots sacrés.

CHANT QUATRIÈME. i45

Que ces enfants du Tage ont bravé de tempêtes !

Que de cieux inconnus ont brillé sur leurs tètes!

Tandis que le Bouvier et le pôle abaissé

Ont fui sous l'horizon avec le Char glacé;

Tandis que le Dragon , qui ceint l'axe du monde ,

Pour la première fois a disparu dans l'onde ,

S'élève un autre pôle où le Poisson ailé(5)

Disperse les rayons de son corps étoile :

La colombe y redit ses amours innocentes.

Déployant l'appareil de ses voiles brillantes ,

Sous le tropique ardent fuit le vaisseau d'Argus ,

Qui reconnaît encor la main de Canopus.

Là du caméléon se fixe enfin l'image.

L'oiseau cher à Junon étale son plumage.

Deux nuages légers flottent parmi ces feux.

La grue y vole auprès du phénix fabuleux ,

Et l'hydre a déroulé ses écailles dorées.

C'est à vous , conquérants de ces mers ignorées ,

C'est à vous de nommer tous ces astres nouveaux.

Ce mont vit la tempête arrêter vos vaisseaux ;

Qu'il aille dans les cieux publier vos conquêtes , Et que la croix du sud y protège vos tètes. Vainqueurs de l'Océan, Diaz, Vasco, Nugnez(6), Andrada, Magellan, intrépide Perez, Quand vous fendez ces flots témoins de votre gloire, L'Europe est sous vos pieds et n'ose encor le croire. Et vous , Cortez , Pizare , heureux navigateurs , Des enfants du soleil rapides destructeurs, Dites-nous , quand ce bord reçut vos nefs avares, Les arts qu'à leurs vainqueurs apprirent ces barbares.

Ces princes du Potose, illustres par leurs lois, Adoraient leur ayeul dans le père des mois. Un temple qu'entouraient douze nobles demeures Offrait aux yeux le cours des saisons et des heures. A douze mois égaux ils savaient ajouter Les cinq jours que Memphis nous apprit à compter. Au pied d'une colonne un savant édifice Forçait l'ombre incertaine à marquer le solstice. Mais, si l'astre des nuits s'éclipsait dans les cieux, Tout ce peuple craignait que la lune à ses yeux

CHANT QUATRIÈME. i/,7

Ne se précipitât du liant de sa carrière; Et par des hurlements rappelait la lumière. L'Asie eût retrouvé dans cet autre univers Ses emblèmes , ses arts , ses préjugés divers^. Lorsque l'Européen , jusque chez les sauvages, Dans ce monde inconnu vint porter ses ravages , Oh ! quel étonnement ! il vit l'homme nouveau Nommer en les montrant et l'Ourse et le Taureau W! Ces noms capricieux qu'il ne saurait comprendre , Au fond de ces déserts où put-il les apprendre? Mais , nous-mêmes , de qui les avons-nous reçus ? Le Nil, l'Euphrate, l'Inde, ont instruit l'Ilissus. Faut-il aller plus loin ? et la science encore Est-elle le bienfait d'un peuple qu'on ignore (9)? Ils vont briller ces jours à sa gloire promis : Fidèle au saint dépôt par l'Egypte transmis, L'Europe expliquera, par la suite des âges, Ce que d'un œil timide entrevirent les sages. L'homme a franchi les mers; au midi parvenu, Ses regards ont erré sous un ciel inconnu.

Notre globe exploré, suspendu clans l'espace, A révélé sa forme, et va changer de place. L'astrolabe, l'aimant, le tube ingénieux, Livrent le monde à l'homme et rapprochent les cieux ; L'art d'Euclide au compas, dans sa marche assurée, Soumet le mouvement, l'espace, la durée, Et bientôt tout le ciel suit de nouvelles lois. Dans les siècles passés déjà plus d'une voix , Proclamant les destins du Dieu qui nous éclaire , Avait marqué sa place au centre de la sphère (,o). Mais quand la vérité trouve un facile accès , Le préjugé l'attend pour troubler ses succès. Faiblement aperçue et sans preuve annoncée, Reproduite vingt fois et vingt fois repoussée, Son destin est celui des astres qu'en leur cours Notre œil ne reconnaît qu'après de longs retours. Vers le pôle du nord , dans ces plaines fécondes Où la lente Vistule épand ses froides ondes, Un sage, l'œil fixé sur ces globes errants, Observait de leur cours les aspects différents.

CHANT QUATRIEME. i/jQ

Il voyait Jupiter, Mars, et lepoux de Rhée D'un vol capricieux traverser l'Empyrée , S'avancer, hésiter, suspendre leur essor, Revenir sur leur route et la reprendre encor. Quel désordre , dit-il , constant , inexplicable , Egare ces trois corps dans leur marche semblable. Les étoiles sans cesse accomplissent leur tour; L'écharpe de Vénus enceint le dieu du jour; La déesse des nuits, paisible et solitaire, Chaque mois de son orbe enveloppe la terre ; Et ces autres flambeaux, incertains dans leur cours, A des instants marqués l'interrompent toujours! Est-ce une loi secrète à ces corps imposée ? Est-ce une illusion de la vue abusée?

Oh ! qui pénétrera ce mystère des cieux ! Et comment démentir ce qu'attestent mes yeux?

C'en est fait ; ce problème , où sa gloire est placée , Trente ans de Copernic assiège la pensée. Pour lui plus de repos; son bonheur, son destin Est d'affranchir du doute un esprit incertain.

i5o L'ASTRONOMIE.

Il demande à la nuit ce secret qu'il ignore,

Et le jour se consume à le chercher encore.

Mùller est des Germains l'oracle révéré ;

Par l'ardent Copernic Mùller est imploré.

Maria de Bologne illustre les Portiques,

Et Copernic descend des Alpes helvétiques.

Oh ! tant qu'il restera de ces cœurs généreux ,

Des nobles vérités saintement amoureux,

Us sauront quelle force à notre ame charmée

Donne le juste espoir de quelque renommée :

Mais pourront-ils jamais nous peindre leurs transports

Ceux à qui la science ouvre enfin ses trésors;

Ceux qu'enivre la joie et la gloire féconde

D'expliquer la nature et d'éclairer le monde?

Copernic, quel bonheur, lorsqu'un rayon divin

T'apporta les clartés qui te fuyaient en vain !

Plus éloignés que nous du dieu de la lumière,

D'un pas toujours égal poursuivant leur carrière,

Mars, Jupiter, Saturne à la voùle des cieux

Ne ralentissent point leur cours silencieux.

CHANT QUATRIEME. i5i

Par-delà le soleil quand leur sphère s'élance, Plus bornée en son cours la notre la devance. Par un rapide essor dans l'espace entraînés, Aux erreurs de nos sens nous sommes condamnés. Lois, mouvements, rapports, pour nous tout se complique; Observé du soleil , tout est simple et s'explique. Il est donc vrai , tu tiens dans tes heureuses mains Le flambeau désormais seul guide des humains' Tu brises tous ces cieux de métal ou de verre: Copernic a fixé les destins de la terre. Qu'immobile à présent et remis dans ses droits Le soleil nous dispense et ses feux et ses lois ; Que les globes errants, que la terre elle-même, Composent un cortège au monarque suprême, Et, n'assignant qu'un centre à leurs orbes divers, Qu'une loi générale explique l'univers.

Puissante vérité, tu vas enfin nous luire! Ardent à te chercher, mais lent à te produire , Le sage dont la main a fait briller tes traits , Feint de douter encor et voile tes attraits.

La presse te révèle à la terre étonnée. O néant ! Copernic ! clans la même journée, 11 s'est éteint ! la mort l'enlève aux nations , A la gloire, et peut-être aux persécutions (l,).

Le fanatisme ardent, l'ignorance profonde Auraient-ils épargné l'architecte du monde, Lorsque son successeur, cligne d'être après lui L'héritier de sa gloire et son plus ferme appui , Autour du globe obscur que son erreur protège Lance encor le soleil et son brillant cortège? O faiblesse ! et pourtant sur ces astres divers Ticho dès son enfance avait les yeux ouverts. Espoir de la science, honneur de la Scanie, Sa main dédie un temple au culte d'Uranie; D'instruments qu'il invente il aime à le parer, Et des rois courtisans l'y viennent honorer.

Heureux le citoyen digne d'un tel hommage ! Et plus heureux les rois qui cultivent le sage! Ce titre vénéré Ticho l'eût mérité, S'il eût pour elle-même aimé la vérité.

CHANT QUATRIÈME. i53

Mais de son précurseur la gloire créatrice L'importune; il promet d'en saper l'édifice: Et ce grand monument, au lieu de s'écrouler, Repoussera la main qui le veut ébranler. Pour sonder l'univers d'un œil sûr et rapide, C'est peu d'être savant dans les règles d'Euclide ; Le ciel reste muet aux esprits assiégés De superstitions et de vains préjugés.

L'observer est un art, y lire est le génie : Ticho n'atteignit point cette gloire infinie. Epris de l'art qui cherche aux lambris étoiles Les arrêts du destin à tous les yeux voilés, Philosophe timide et savant véritable, Il prodigue à l'erreur un zèle infatigable. Daignez lui pardonner, chastes filles du ciel! Des abeilles du Pinde il savoura le miel; Amant de la science et de la solitude, Il confia trente ans son bonheur à l'étude : Il aima l'art des vers. Persécuté, banni, En fuyant sa retraite il fut assez puni.

i54 L'ASTRONOMIE.

A contempler des cieux les savantes merveilles, INul n'a depuis Hipparque employé tant de veilles. Accordez-lui de voir l'auguste vérité ; Qu'il soumette au compas le rayon réfracté; Que sa main par-delà les orbes des planètes Aux profondeurs des cieux repousse les comètes. Vous l'exaucez : déjà semble naître pour lui Un astre qui jamais aux humains n'avait lui ; Leurs yeux depuis mille ans ont compté les étoiles, C'est en vain : de la nuit perçant les sombres voiles, Celle-ci tout-à-coup prend son rang dans les cieux, Et de l'heureux Ticho vient étonner les yeux. Blanche comme Vénus , à Jupiter égale , De l'ardent Procyon éclatante rivale , Elle brille à la place où vers l'astre du nord Le père d'Andromède étend son sceptre d'or. O bonheur ! ô du ciel faveur inattendue ! A l'Hipparque nouveau cette étoile était duc. Sans doute l'un à l'autre attachés désormais , Et son astre et son nom vont briller à jamais.

CHANT QUATRIEME. i55

Fragile espoir ! à peine au terme de l'année Où l'astre s'est levé sur la terre étonnée , Il fuit, décroît, pâlit, s'éteint pour tous les yeux, Et sans changer de place il se perd dans les cieux. Console-toi , Ticho ! protégeant ta mémoire , Tes disciples savants suffisent à ta gloire ; Ton étoile n'est plus, mais un astre plus cher, Nous guide dans les cieux, et cet astre est Kepler ('2) .

Disciple indépendant, vaste et puissant génie, Kepler a pénétré les secrets d'Uranie.

Philosophe hardi , mais sage observateur , Son esprit entrevoit le principe moteur Qui semble animer tout , traverse les espaces , Et des mondes divers précipite les masses. Moins du centre commun chacun s'est écarté , Plus il franchit les cieux d'un vol précipité; Et si l'éloignement règle leur course immense , Leur vitesse à son tour vous dira leur distance. Les corps dont le soleil est le centre et l'appui , Dans un orbe allongé , roulent autour de lui ;

i56 L'ASTRONOMIE.

Il tourne sur lui-même, et ces sphères énormes, Les révolutions que trahissent leurs formes, Leur vitesse, leur cours circulaire autrefois, Kepler , l'heureux Kepler en a dicté les lois. Heureux! ah! qu'ai-jedit? Souffrant, dans la misère, Ses enfants déploraient les travaux de leur père : Son siècle fut ingrat; mais dans la pauvreté 11 parvint à la gloire, et vit la vérité (l3).

Cette ardeur inquiète et jamais assouvie, Besoin de notre esprit, élément de la vie, Par qui l'homme a connu ce monde fait pour lui, Est un jour bienfaisant qui du ciel nous a lui. Source de tous les biens, charme de l'existence, C'est notre activité qui fait notre puissance. Qui sait l'encourager en bénit les effets, Et les nouveaux besoins sont déjà des bienfaits. Par eux sont rapprochés l'un et l'autre hémisphère; Même en se combattant le genre humain s'éclaire.

Dans sa course égaré, quelquefois sur ses pas, L'homme rencontre un bien qu'il ne soupçonnait pas.

Des voyageurs campaient aux plaines d'Idiimée,

De leur foyer s'écoule une lave enflammée :

La fougère, le nitre et le sable fondus

Avaient produit le verre à leurs yeux confondus.

Sidon bientôt reçoit leur brillante conquête;

Rome de ses palais en décore le faîte.

Le cristal protecteur, dans nos âpres climats,

Sans repousser le jour écarte les frimas;

Ou, d'un métal opaque opposant la barrière,

Sa surface polie arrête la lumière ,

Et, renvoyant à l'œil de fidèles reflets,

Dans ces tableaux vivants nous peint tous les objets,

Venise produira ces merveilles fragiles

Ornement des palais , et luxe de nos villes.

Un art plus secourable à Florence inventé

Dans nos yeux presque éteints ramène la clarté.

Enfin chez le Batave un jouet de l'enfance

Des cristaux combinés révèle la puissance;

Et Galilée, armé du tube audacieux,

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