FOIE
Le professeur Flower‘ a montré que, quelque complication qu'il puisse d’ailleurs présenter, le foie des mammifères: se rarmenait à peu près constamment à la disposition schématique suivante :
Un large sillon médian divise la face postérieure de l'organe dans le sens dorso-ventral ; ce sillon est parcouru par la veine ombilicale où du moins par le cordon fibreux qui provient de son oblitération. Le foie se trouve de la sorte séparé en deux lobes, l’un à droite, l’autre à gauche. Chacun de ces lobes est à son tour parcouru en son milieu par un sillon dorso-ventral, parallèle au précédent. Le lobe droit est ainsi subdivisé en deux lobes secondaires, le lobe central droit et le lobe latéral droit; de même le lobe gauche est partagé en un lobe central gauche et un lobe latéral gauche.
Le lobe central droit est croisé transversalement en son milieu par la veine porte, au moment où ce vaisseau pénètre dans le foie. Ce lobe se trouve ainsi interrompu et segmenté en deux portions : l’'inférieure (antérieure chez l’homme) est le lobe carré ; la supérieure (postérieure chez l'homme) est le lobe de Spigel. La terminaison externe de ce dernier se continue en un long prolongement effilé ou lobulus caudatus, qu'il est aisé de reconnaître à ce que la veine cave inférieure, enchâssée dans un sillon plus ou moins profond, le parcourt suivant sa longueur.
Les différents lobes qui entrent ainsi dans la constitution du foie peuvent se subdiviser eux-mêmes à des degrés divers ; dans d’autres cas, ils se peuvent fusionner, et c’est précisément ce qui s’observe chez l’homme, où le lobe central gauche et le lobe latéral gauche ne sont pas distincts.
Le foie de l’homme ne présente donc plus, à sa face inférieure (postérieure), que deux sillons antéro-postérieurs (ventro-dorsaux), réunis lun à l’autre par un sillon transversal, en sorte que l'ensemble représente exactement un H. D’après ce qui précède, il est aisé d’établir les homologies des sillons en question. La branche gauche de VI est à proprement parler le sillon médian et axial du foie, celui qui sépare le lobe droit du lobe gauche et
1. W.H. Flower, Lectures on the Comparative Anatomy of the Organs of Digestion of the Mammalia. Medical Times and Gazette, I, 1872.
que parcourt la veine ombilicale. La branche droite de l'H sépare le lobe central droit du lobe latéral droit. Enfin, la branche transversale, par laquelle la veine porte et l'artère hépatique pénètrent dans le foie, subdivise le lobe central droit en deux lobes secondaires, placés à la suite l’un de l’autre dans le sens dorso-ventral, et sépare ainsi le lobe de Spigel du lobe carré : entre ce dernier et la portion correspondante du lobe latéral droit, c’est-à-dire dans la moitié inférieure de la branche droite de l'H, est logée la vésicule biliaire.
Il est important de remarquer que le foie de l’orang et celui du chimpanzé et du gibbon sont identiques à celui de l'homme, quant à leur disposition générale. On peut donc caractériser l’organe hépatique de ces trois primates en disant que le lobe gauche n’y est pas divisé et que le lobe de Spigel y est dépourvu de lobule caudé ; à proprement parler, ce dernier ne fait pas défaut, mais il estextrêmement réduit et est entré en coalescence avec le lobule latéral droit : c’est lui qui forme ce bourrelet saillant, sous lequel s’enfoncent les branches droites de la veine porte et de l'artère hépatique".
Le foie du gorille, des gibbons et de tous les autres singes est au contraire construit suivant le plan général que nous avons décrit plus haut ; en particulier, le lobe gauche y est nettement subdivisé et le lobule caudé y atteint de grandes dimensions”*. La constance de ces dispositions dans la série des mammifères nous amène à les considérer comme typiques et nous indique clairement que les variations présentées par l'homme, l’orang et le chimpanzé ne sont que secondaires. Cela revient à dire que nous devrons expliquer par l’atavisme les cas où 1l nous sera donné d'observer sur le foie de l’homme des dispositions d’ailleurs particulières au foie des quadrupèdes. Or, ces cas sont fréquents : le lobule gauche est souvent divisé par un sillon dorso-ventral et le lobe caudé réapparaît dans bon nombre de cas. Un remarquable exemple en est fourni par le microcéphale dont Broca nous à rapporté l'observation *.
4. J. Deniker (La valeur des caractères morphologiques que présente le foie du gorille. Bulletin de la Société d'anthropologie, p. 743, 1884) a fait l'intéressante obser-
vation que, chez le fœtus humain, le lobule caudé est plus imparfaitement soudé que chez l'adulte.
2. Chudzinski, Note sur le foie d'un gorille mâle, mort au Muséum d'histoire naturelle. Bulletin de la Société d'anthropologie (5), VII, p. 608, 1884.
5. P. Broca, Sur un microcéphale âgé de deux ans et demi. Anomalies viscérales régressives. Bulletin de la Société d'anthropologie (5), II, p. 587, 1880.