‹ L'atavisme chez l'hommeChapitre 16 sur 32 · un court espace de temps · texte numérisé non relu

un court espace de temps

3.1.(3.5) Nous en dirons autant du porc : chez cet artiodactyle, la denti- 5.4 51.

ion de lait est = = 5%, la dentition définitive © Eu FE ET = Ho. À part

le développement des grosses molaires, ces deux rate diffèrent l’une de l’autre par le nombre des prémolaires, celles-ci tombant de # à 5 lors du renouvellement dentaire. Si l’une des prémolaires n’était disparue, il est évident que la dentition du porc adulte serait la dentition typique.

L’hippopotame nous fournira un dernier exemple, plus frappant que ceux qui précèdent. La dentition de lait est —52. [a den-

tion définitive est caractérisée par le développement de trois molaires à chaque demi-mächoire. Ni les dents transitoires se renouvelaient toutes intégralement, nous rencontrerions là encore la dentition primordiale des ongulés. Mais, quand les dents se renouvellent, on voit intervenir des modifications encore plus profondes que celles dont tout à l’heure nous étions témoins chez le porc.

La formule devient en effet = —56 ou bien, suivant d’autres auteurs, His Ta = 36.

Quoi qu'il en soit, le fait sur lequel se doit fixer particulièrement l'attention est celui de la disparition d’une incisive, au cours du développement ontogénique : nous allons en effet retrouver chez l’homme des faits du même genre.

La double gueule-de-loup coïncide fréquemment avec la présence

de six incisives à la mâchoire supérieure : l’intermaxillaire

4. Ch. Tomes, Traité d'analomie dentaire humaine et comparée. Varis, 1880. Voir p. 282 et 290.

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externe, uni au maxillure supérieur, porte une seule de ces dents; l'incisif interne en porte deux".

Chez un enfant affecté de double bec-de-lièvre, sans gueule-deloup, mais présentant pourtant une saillie considérable du tubereule incisif, M. Magitot® a rencontré six incisives à la mâchoire supérieure, Ces dents étaient disposées d’une façon remarquable : les quatre médianes étaient serrées les unes contre les autres ct portées en avant sur le tubereule incisif; les deux externes étaient séparées des précédentes par un large intervalle et contiguës chacune à la canine correspondante.

Enfin, à l’état normal, l'augmentation numérique des incisives n'est point rare non plus. Rudolphi* a compté six incisives à la mâchoire supérieure d’un homme adulte et Tesmer rapporte des cas analogues. L'observation la plus intéressante à cet égard est sans contredit celle de Sedgwick * : cet auteur parle d’un individu qui, pendant ses deux dentitions, présenta six incisives supérieures, parlicularité qu'il avait héritée de son grand-père maternel. Sans insister davantage, disons qu’on pourra trouver dans le livre de M. Magitot l’énuméralon d’un certain nombre de faits du mème genre.

Les incisives surnuméraires dont nous venons de constater l'existence se développent habituellement à la mâchoire supérieure; c’est tout à fait par exception qu'on les voit se montrer à la mâchoire inférieure. Le fait est mis hors de doute par l’observalion unanime qu’en font tous les auteurs, et aussi par les statistiques suivantes qui ressortent des tableaux publiés par M. Magilot : pour la dentition temporaire, cet auteur a vu les incisives surnuméraires se développer six fois sur sept à la mâchoire supérieure; pour la dentilion permanente, elles se sont montrées neuf fois sur dix à celte même mâchoire.

Il peut done apparaître anormalement, à chaque moitié de la mâchoire supérieure, une dent surnuméraire dont il convient de rattacher la signification.

Remarquons tout d’abord qu'il est un très grand nombre de mammifères chez lesquels on observe trois incisives à chaque

1. Pour cette question, voir la bibliographie donnée plus haut à propos de l'os intermaxillaire ; se reporter particulièrement aux mémoires de Hamy et Albrecht.

2. E. Magitot, Traité des anomalies du système dentaire chez l'homme et les mammifères. Paris, 1877. Voir pl. IV, fig. 16

Rudolphi. Anat. physiol. Abhandlungen. Berlin, 1802. Voir p. 148.

4. Sedgwick, Brilish and foreign medico-chirurgical review, april 1865.

moitié de la mâchoire supérieure (marsupiaux', périssodactvyles, arliodactyles, carnassiers, pinnipèdes, insectivores). À un autre point de vue, il est manifeste que la formule den-

Tes — 52 tend à devenir OS par suite du développement tardif ou même de l’absence complète de la dernière grosse molaire. Les races supérieures, les Européens par exemple, sont à cet égard dans une période de transition : elles s’acheminent lentement vers un état nouveau, dans lequel chacune des deux mächoires ne portera plus que quatorze dents. Les dents de sagesse ne font pas éruption avant dix-sept ans et, lorsqu'elles se développent, ce qui est encore la règle, il est très fréquent de les voir apparaître à un âge beaucoup plus avancé. Ces dents sont du reste remarquables par leur petitesse relative chez les races blanches et par la présence de deux racines seulement: dans les races noires, le nombre des racines est habituellement de trois, en même temps que la dent acquiert un plus grand volume.

Cet ensemble de caractères indique surabondamment que la dent de sagesse est en voie de régression. Cela tient à ce que, dans les races supérieures, les arcades dentaires vont en se raccoureissant dans le sens antéro-postérieur. On a voulu expliquer le fait par l'usage des aliments ramollis par la cuisson, aliments qui nécessitent une moindre intervention des mâchoires. Nous pensons plutôt que cette atrophie est en rapport avec le développement intellectuel : en augmentant de volume, le crâne se développe aux dépens de la face et empiète de plus en plus sur celleci. On voit ici se produire en petit ce qui se passe en grand dans l'hydrocéphalie, à savoir une réduction de la face par suite d’une exagération corrélative de la cavité cranienne.

On peut se demander maintenant si ce qui se passe à l’heure actuelle chez nous-mêmes pour la dernière grosse molaire ne s’est pas produit anciennement pour l’une des deux incisives portées par los intermaxillaire interne. Dans ce cas, la réapparition de deux dents sur cet os aurait la valeur d’un phénomène de réversion.

Nous pensons que cette interprétation est la vraie : elle trouve un puissant appui dans l'anatomie comparée, qui nous démontre

taire de l’homme, qui est — %,

1. Chez la plupart de ces animaux, le nombre des incisives par demi-mâchoire est même très fréquemment de # ou ».

l'existence de trois incisives par demi-mâchoire chez bon nombre d'animaux. La dent disparue peut réapparaître dans de certaines conditions; elle se montre de préférence chez les individus atteints de gueule-de-loup, parce que chez ceux-ci, grâce à la fissure qui sépare l’un de l’autre les deux os intermaxillaires du même côté, cette dent peut disposer pour son développement d’un espace considérable, qui lui fait défaut dans la mâchoire normale.

La disparition progressive de la dent de sagesse, chez les races humaines supérieures, conduit insensiblement celles-e1 vers un état de différenciation où la formule des dents molaires, qui est encore communément de Le sera devenue Ti et où le nombre total des dents tombera de 32 à 28.

On peut dire que ce qui se passe actuellement pour la troisième orosse molaire s’est produit jadis pour une quatrième grosse molaire, que ne possède plus normalement aucune des races humaines actuelles, mais qu'il n’est point rare de voir réapparaitre par alavisme. Cette réversion est surtout fréquente dans les races inférieures (Néo-Calédoniens, Tasmaniens, Australiens, Nècres), ce qui indique certainement que celles-ci sont, encore à ce point de vue, moins avancées en évolution que les races blanches.

Un grand nombre d'auteurs se sont occupés de la question des moläires surnuméraires, ou du moins en ont signalé incidemment des exemples. Sans remonter jusqu'à Gavard, Sômmerring, Is. Geoffroy Saint-Hilaire, ete., nous dirons quelques mots des observations les plus récentes.

Un dentiste anglais, Mummervy', a passé en revue 5000 crânes provenant d'individus de races diverses ; dans ce nombre se trouvaient 928 crânes de nègres de la côte occidentale d'Afrique, dont 9 présentaient des molaires surnuméraires:; les crânes ashantis étaient surtout remarquables à cet égard. Mummery n’a jamais vu plus de deux dents surnuméraires, portées dans tous les cas par la mâchoire supérieure. Il ne faudrait pourtant pas conclure de ces observations que la mâchoire inférieure ne puisse porter aussi des molaires sarnuméraires : le fait est au contraire démontré par Langer*, qui a rencontré dans les collections du

1. Mummery. Transaclions of the odontological Society of Great-Britain, H, p. 7,1870. 2. C. Langer, Negerschädel mit überzähligen Zäühnen. Mittheil. der anthropol. Geselschaft in Wien, I, n° 5. p. 118, 16 décembre 1870.

Josephinum, à Vienne, un crâne de nègre possédant 37 dents, dont à surnuméraires: #4 de ces dernières étaient disposées régulièrement, une par demi-mâchoire, à la suite de la dent de sagesse; la 5° était située en dedans de l’arcade dentaire et dans la moitié gauche du maxillaire inférieur, entre les deux prémolaires.

Le professeur Mantegazza ‘ a trouvé à son tour une quatrième grosse molaire de chaque côté de la mâchoire supérieure d’un jeune nègre de la tribu des Dinka (la mandibule était absente), ainsi que sur la moitié gauche du maxillaire inférieur d’un ouvrier florentin. Il est bon de remarquer que ce dernier était épileptique.

Enfin, le 21 juillet 1881, M. Fontan* présentait à la Société d'anthropologie un crâne néo-calédonien muni d’une quatrième molaire de chaque côté de la mâchoire supérieure: il ajoutait avoir observé trois fois celte même disposition à la Nouvelle- Calédonie.

De tout ce qui précède, on doit, ce nous semble, conclure que la dentition de l’homme a subi avec le temps de profondes modilications : celles-ci ont porté notamment sur une diminution du nombre des incisives (tout au moins des supérieures (et des grosses molaires, en sorte que les précurseurs de l’homme ont

certainement passé par une phase où leur dentition correspon-

ls 34(2.4) dait à la formule THE — 38.

Ces conclusions, auxquelles nous conduisent l'anatomie comparée et linterprétalion rationnelle des faits tératologiques, trouvent un appui précieux dans l’histoire du développement. On sait en effet que la lame épithéliale qui s'enfonce dans l’épaisseur de la gencive et qui prolifère par son bord libre, de façon à donner naissance aux bourgeons dentaires, produit des bourgeons plus nombreux que ne le seront au total les dents des deux dentitions successives. Or, qu'est-ce donc que ces bourgeons supplémentaires, sinon les derniers vestiges de dents aujourd’hui disparues”? Qui donc pourrait s'élever contre celte interprétation, maintenant qu'il est démontré que les oiseaux, animaux édentés par excellence, n’en présentent pas moins d’une façon transitoire

1. P. Mantegazza, Due casi di denti soprannumerarii nell’ uomo. Archivio per l’antropologia, II, p. 53, 1872.

2. Fontan, Sur l'existence fréquente des dents supplémentaires chez les Néo-Calédoniens. Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris (5), IV, p. 594, 1881.

les germes des dents que possédaient les reptiles volants dont ils dérivent ?

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