‹ L'atavisme chez l'hommeChapitre 32 sur 32 · XI. Conclusions · texte numérisé non relu

XI. Conclusions

L'étude à laquelle nous venons de nous livrer es! sans doute bien incomplète, puisqu'il est des chapitres entiers, dignes de longs développements, que nous avons dû, faute de temps, ou

4. W. Turner, On the placentation of the apes. Philos. Transactions, CLXIX, p. 035, 1878.

2. Th. Chudzinski, Sur un placenta unique observé chez une mandrille. Bulletin de la Société d'anthropologie (3), VII, p. 826, 1884.

résumer trop succinctement ou passer entièrement sous silence. Tel qu'il est, notre travail nous conduit pourtant à des conclusions qui ne sont pas sans Importance, en ce qu’elles viennent apporter quelque lumière dans la question encore si obscure de l'origine de l’homnie.

Dans l’examen critique et impartial que nous avons fait des anomalies qui se peuvent observer chez l’homme, aussi bien dans son squelette que dans les organes de la digestion, de la circulation, de la génération, etc., en un mot dans chacun de ses systèmes et de ses appareils, nous avons rencontré, pour ainsi dire à chaque pas, des conformations qui reproduisent avec une grande fidélité Pétat normal des anthropoïdes et même des singes pithéciens. On en doit donc conclure à une étreiite parenté de l’homme avec les primates : celle parenté est d’ailleurs tellement manifeste, qu'il n’est plus personne aujourd’hui, même parmi les adversaires les plus acharnés de la doctrine lamarckienne, qui ose la révoquer en doute. Mais si on s’en tenait à celte conclusion, on ne déduirait de notre étude que la moitié des conséquences qu’elle comporte. En effet, il en ressort surtout que, à une époque antérieure, les ancêtres de l’homme, ou plutôt les êtres dont il provient, ont eu une organisation anatomique et physiologique qui ne différait pas essentiellement de celle que nous pouvons constater à l'heure actuelle chez les anthropomorphes et chez les singes catarhiniens : l'existence anormale d’une queue, d’un lobule azygos au poumon, d’un double disque placentaire, d’un os central au carpe, etc., sont autant d'arguments en faveur de cette manière de voir.

On se méprendrait du reste étrangement si on cherchait dans la nature actuelle le singe dont dérive l’homme. Il est parfaitement oiseux de se demander si nous sommes plus proches parents du chimpanzé que du gorille, de l’orang que du gibbon. Certains de nos caractères anatomiques, normaux ou tératologiques, nous rapprochent davantage de telle espèce, mais il est d’autres caractères tout aussi importants qui nous éloignent considérablement de cette même espèce et nous rendent plus semblables à une espèce différente. On peut donc, dans une certaine mesure, reconstituer l'anatomie de notre ancêtre, par un procédé tout autre, mais non moins sûr que celui auquel les paléontologistes ont recours pour restaurer leurs fossiles. Et cette reconstitution même nous montre que l'être qui nous a précédés, tout en ressemblant beaucoup aux singes actuels, n'était pourtant complètement semblable à aucun

d'eux. Il s'ensuit que, parmi ces derniers, il n’en est aucun que l’on puisse considérer comme la souche de l'humanité.

Pes faits d'un ordre plus élevé nous amènent encore à cette conclusion. IT faut ne pas avoir saisi les lois qui régissent l’évolution des espèces, pour vouloir rencontrer tout à la fois dans la nature le type primilif et le type dérivé, l’anthropoïde qui à donné naissance à l'homme à côté de l’homme lui-même. Cela n’est pas plus possible que de voir simultanément lhipparion et le cheval, les sauropsidés volants tels que l’Archæopteryxet les oiseaux tels que l'aigle. L'évolution des êtres vivants est comparable à la course qu’accomplissent à travers l’espace les comètes non périodiques : sans cesse en mouvement, elles s’éloignent sans cesse de leur point de départ ; de même, les êtres vivants se modifient d’une façon incessante, quelque lenteur qu'ils y apportent, et se différencient progressivement de leurs ancêtres.

Ce n’est point seulement avec les primates que l’homme présente des affinités. La duplicité de l’utérus, l'existence de la fossette vermienne et de mamelles abdominales et inguinales, bien d’autres anomalies encore, le rapprochent des quadrupèdes : c’est en particulier avec les lémuriens et avec les marsupiaux qu'il affecte les relations les plus intimes, en sorte qu’on est en droit d'admettre que ses ancêtres ont passé par des formes analogues à celles-là.

On ne peut méconnaître d'autre part l'importance et la valeur des arguments qui établissent la parenté de l’homme avec les reptiles : l'existence de l’os basiotique, la division du malaire, la présence d’une septième côte cervicale, de côtes lombaires, l’hypospadias, la duplicité de l’utérus, ete., sont du nombre. Enfin, nous rappellerons pour mémoire la segmentation anormale de certaines organes.

Cet ensemble de faits démontre surabondamment l’origine animale de l’homme. Sans descendre plus bas dans l'échelle, on sera frappé des nombreux points de contact qu'offre son anatomie anormale avec l'anatomie normale des reptiles, des marsupiaux et des lémuriens ; il est surtout manifeste que ses ancêtres les plus immédiats ont été semblables aux catarhiniens, puis aux anthropoïdes de la nature actuelle.

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