L EXPIATION
Si i
morne enceinte. Un coup de sifflet aigu, auquel répondit a Finstant un autre coup de sifflet, traversa Foreille et le cœur du vieux peintre. Les jeunes lisaient a droite, a gauche , en tous sens ,, les noms de tant d’habitans invisibles de cette ville de la mort : on glissait dans toutes ces bruyères arides , mouillées , éparses , semées de croix renversées, de couronnes déplacées par le vent, et flétries par le temps et Fhiver. Ils en tenaient plusieurs dans leurs mains , tous ces jeunes hommes, car ils en avaient acheté sur le chemin silencieux , pour les répandre tout a l’heure.
Un bruit lourd fit glisser le frisson dans leur rang consterné. Mais quand les fossoyeurs , qui se parlaient bas entre eux , levèrent leurs pelles pleines de terre , premier signal de l’inexplicable absence :
— Pas encore! cria Yorick d’une voix
l’expiation.
mâle qui fit reculer tout le monde , tandis qu’il s’élancait , rapide , au fond de la fosse :
— Pas encore!...
Une détonnation plus rapide qne la pensée , plus aiguë que le coup de sifflet de la grille, fit accourir, trop tard ,, tout ce monde éperdu qui se précipita pour sauver Yorick.
Il n’existait plus, et tenait encore étroitement serrée l’arme qu’on ne lui avait pas même vu atteindre... Sa tête sanglante rougit le sable et le cercueil.
— Cruel ! — cria le vieux peintre en tendant les bras.