‹ L'atelier d'un peintreChapitre 5 sur 6 · L?EXP!ATION · texte numérisé non relu

L?EXP!ATION

ornés de longs crêpes noirs, étaient par» tout chargés de bougies non allumées ; des cierges nombreux entouraient un sarcophage majestueux, à la hauteur de l’autel, où tout le luxe de la mort régnait, couvait dans la profonde nuit dont l’église était encore enveloppée. Yorick, préoccupé d’une grande pensée qui le détachait entièrement des témoins de cette scène, où se jouait sourdement sa destinée , jugea convenable d’élever sa morte chérie sur ce sarcophage vide et chargé d’ornemens de deuil. Il enleva de terre sans effort ce poids naguère charmant, qu’il avait deux fois porté sur son cœur, sans en apprécier le prix, et le plaça, avec une autorité calme, sur le trône funèbre que le hasard élevait pour lui.

Les prêtres , étonnés , et le suisse s’approchèrent vivement pour s’opposer à cette profanation. Il ne leur répondit que par

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des pièces d’or, qui les rendirent indécis et indulgens.

— Prenez garde, monsieur, dirent- ils en se penchant à son oreille, ceci est sacré; le vulgaire ne peut participer aux honneurs divins. On peut vous le dire , a vous : un grand acte expiatoire a lieu demain dans cette église fermée; demain, le remords et la foi pleureront. . .

— Pourquoi pas aujourd’hui? demanda Yorick avec un cœur bourrelé.

— Monsieur, répondit plus bas l’un des prêtres, ignorez-vous que c’est demain le 21 janvier !

— Un grand acte expiatoire ! répéta Yorick... Dieu soit béni! c’est Dieu qui le veut.

Et retombant dans son morne silence , armé du seul cierge allumé au milieu de tous les flambeaux oisifs et ternes préparés pour la grande solennité, il fit jaillir

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une chapelle ardente du chœur voilé par une obscurité profonde. 11 court partout où son flambeau peut atteindre et propager Fillumination funéraire. On le regarde aller, venir, agir, comme s’il était seul et qu’il fût le maître. Ses yeux sombres à travers les cierges et les lustres qu’il incendie, la pâleur effrayante de sa figure, ses cheveux dressés comme ceux de l’ange exterminateur, l’énergie imposante de ses mouvemens pleins de puissance et de volonté, étonnent et stupéfient jusqu’aux prêtres, si jaloux de leurs droits d’asile. Il monte et propage partout la lumière : le maîtreautel resplendit! Yorick le regarde, avide encore, et cherche par où il finira sa lugubre illumination.

— Ici, dit -il en marchant droit à la chapelle de la Vierge. Il l’éclaire en murmurant : expiation !

Alors le Suisse, les prêtres l’entourent, l’arrêtent, et veulent le faire descendre du siège où il s’est élancé pour atteindre le dernier candélabre , le seul qui ne montrât pas encore ses lumières pleurantes ; il les écarte sans insulte , et leur livrant ses mains pleines d’or, qu’il sème devant eux :

— Remplacez demain, leur dit- il, cette expiation par la vôtre. Celle-ci m’appartient, la mienne je l’achète... Laissez-moi !

On le laisse. Il va s’asseoir seul sur une stale déserte ; le front terne , baigné de sueur, parcourant, d’un regard fixe et content , l’effet inattendu de cet hommage inspiré.

En repassant le seuil où l’attendaient les pauvres plantés en haie , le petit convoi fut salué d’une sourde acclamation.

— Dieu vous bénira , bon monsieur !

crièrent-ils devant Yorick ; devinant par

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un instinct de pauvre, qu’il était le plus malheureux de tous, bien qu’il suivit, résigné comme les autres, le char qui se dirigeait assez vite vers Montmartre.

— Qu’ils sont loin, vos cimetières! ditil , après un long silence , parce qu’il sentait chanceler M. Léonard sous son bras.

Nos morts ne sont pas exilés ainsi dans nos provinces du nord.

— C’est vrai ! répondit M. Léonard , étonné de s’entendre lui parler. Mais il venait de sentir qu’ils étaient presque compatriotes.

— Il faut prendre des voitures : reprit Yorick encore loin de la barrière. Monsieur Léonard fait plus que ses forces.

On trouva qu’il avait raison. On se réglait sur lui comme s’il eut été le seul ordonnateur, le seul fort et de sang-froid. On arriva en voiture près de la grille de la

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