‹ L'AtharvanChapitre 2 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Sous lancestrale terreur des mystères inexpliqués, É $ sous l’héréditaire fardeau de la crainte de l’invisible, dans cette Inde où le COrps humain subit, encore

aujourd’hui, les plus impétueux assauts d’une nature . exubérante et folle, les hommes des temps védiques | devaient, plus que tous autres, chercher aide et réconfort auprès d’une caste privilégiée et détentrice,

Le dans leur esprit, d’un pouvoir supérieur et tutélaire. D Aussi, depuis le plus humble des artisans jusqu’au __ plus grand des guerriers, tous, aux premières atteintes d’une perturbation organique, dès lapparition d’une lésion douloureuse, se croyaient victimes du jeu cruel 4 4 des démons, et se plaçaïient, aveuglément, sous la pro- - tection des sorciers.

Ces soi-disant devins, d’une importance sociale capitale, formaient deux sectes distinctes. L’une, celle des

…. Angiras, classe des magiciens-envoûteurs, avait pour En attributions les exécrations-redoutables, et l’ébranle-

. ment des forces magiques qui portaient ruine et mort

- au foyer ennemi. « Leur pouvoir est sinistre » (4). Par

(AS V., x, 108-10, È

opposition, l’autre, celle des Atharvans, classe des

serciers-guérisseurs, maniait avec art le charme qui soulage et guérit, ainsi que les incantations curatives.

Il y a lieu de remarquer, préalablement, qu'avec les médecines chinoise, chaldéenne (2000 av J.-C.), égyptienne (1800 av. J.-C), et grecque (400 av. J.-C.) les procédés médicaux des atharvans (6000 av. J.-C.) sont les plus anciens du monde. Nous ne nous occuperons, en ce qui nous concerne, que de ces derniers.

Nul ne sait d’où vient cette école sacerdotale dont l'origine est perdue dans la nuit des temps. Néanmoins, en se basant sur la presque similitu le du mot sanscrit « athar », nous lui donnons, comme ascendant, un atharvan primitif, sorte de Prométhée hindou, frottant avec virtuosité le tourniquet de bois d’où jaillit la flamme: conservant jalousement celle-ci au. creux d’un saint autel, pour en faire profiter le groupement social mis sous son influence par les circons tances. |

L’atharvan, charmeur, rebouteux, médecin, tire sa science de l’'Atharva-Véda, et, beaucoup plus tard, du Kaucita-Sutra, deux manuels magiques; ainsi que des pratiques secrètes qu’ils se transmettent, oralement, entre eux. Il joue avec art de cette science dont il porte le nom « brâähman » ; « c’est l’homme de la parole sainte ». |

Pour comprendre la différence considérable qui existe entre le prêtre tout-pusisant du moyen-âge et le magicien guérisseur des temps védiques, il faut suivre progressivement l’ascension des rusés membres

a en Se la première He et

RE passons. rapidement en revue la méthode du sorcier

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guérisseur. Sr ANR Are)

DES CHARMES CURATIFS He 4 AR EN GENERAL. RES

Les pratiques des atharvans, accompagnées d’une mise en scène soignée et d’un appareil compliqué, variaient suivant le cas. Généralement elles consistorent, sous forme de prière, en une invocation aux dieux guérisseurs, aux remèdes même. L’aspersion, la fumigation leur paraissaient souveraines contre les déboires organiques, à la condition, cependant, d’être 1 administrées par eux, détenteurs infaillibles de la

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puissance de guérison et seuls capables de poursuivre 4 les démons jusque dans leurs inaccessibles retranche- 1 ments,

Nous diviserons, en deux catégories, le présent cha- “ pitre des charmes curatifs, savoir :

1° La première comprend les méthodes dont les symptômes échappaient au sorcier : alors l’incantation élait vague et imprécise, mais, héliothérapie primi- À tive, le Soleil, grand guérisseur (, était invoqué. Le

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: m alade était aspergé avec de l’eau limpide contenant

du sampata. (beurre fondu). D’autres fois, il devait respirer la fumée des bois de bon augure ; citons parmi eux le pâlaca (butea frondosa), le vetasa (rotin), le varana (crataena Roxb) dont l'importance

thérapeutique est considérable : l’étymologie de ce.

nom n'est-elle pas « obstacle », « empêchement » ? 2° La deuxième a trait aux affections nettement définies, mais diagnostiquées de rudimentaire façon

par le magicien. Les pratiques seront naturellement

plus précises. | - Les plantes médicinales allaient jouer un rôle notable. | 3

Parmi les ingrédients les plus employés, citons les quatre sucs : « rasas » : beurre liquide, lait aigre, eau bénite et miel; mais l’accessoire le plus important est l’eau, vivifiante et divine, dont la vertu.peut être accrue par la macération de plantes curatives. N'oublions pas les graines alimentaires : blé, orge, millet, et les fruits cueillis sur les arbres, au lever au solcil, à une hauteur telle « qu’ils soient sans soul'lure ».

Rarement il y avait administration de remèdes vrais dont l'efficacité fût contrôlée par l’expérience, mais dont la posologie était, comme ïl convient, accompagnée d’une complexe mise en scène, et d’une formule magistrale adressée aux Dieux Guérisseurs. La nature de ces remèdes se transmettait dans le plus grand secret de générations en généralions. Quelques très rares allusions y sont faites dans des ouvrages de

médecine hindoue fort postérieurs. Citons cependant

Yf + 2:

la vertu dune certaine liane, « l’arundhati » (), faisant

merveille dans la cicatrisation des plaies : son nom n’était-il pas révélateur puisqu'il est formé de deux mots sanscrits « arus » (blessure) et « dhà » (remettre) ? Il est question aussi d’une certaine « lâkshâ » qui, pour certains auteurs, ne serait autre que la laque rouge. TR

Avant d'entreprendre toute cure, le sorcier devait humer quelques ‘gouttes de l’eau bénite qui avait

servi à l’ablution ou à l’aspersion, et, c’est lui-même

qui devait essuyer le patient, de haut en bas, toujours dans le même sens; la maladie étant ainsi transportée vers les pieds par lesquels elle avait mission de s’enfuir. #

En général, l’atharvan ne s’attaquait pas au principe du mal, maïs aux symptômes dont Lorigine est « un fait mystérieux, démoniaque ». Il ne luttait que contre les manifestations visibles. En conséquence, son art se bornaït à rédonner, si possible, le teint clair à un ictérique, à crever la pustule d’un varioleux, etc... Le sorcier était déjà un allopathe, et un homéopathe; nous en verrons de nombreux exemples plus loin.

Toutes les pratiques magiques pour la cure des maladies étaient secrètes et leur divulgation fut longtemps considérée comme un terrible sacrilège. Il va sans dire que les consultations n'étaient pas gratuites. Nous trouvons peu de renseignements dans les textes sur le taux des honoraires; pourtant, il est parlé, ça

(1) BLOOMFIELD, Hymns of the A. V., p. 385. TA PUITS

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