‹ L'AtharvanChapitre 6 sur 12 · RE E · texte numérisé non relu

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absolue du malade et, tout en lui faisant boire de l’eau dans une corne de vache « qui est tombée d’ellemême », il récitait l'hymne suivant ;

« Immobile est le ciel, immobile est la terre, immobile tout cet univers mobile ; immobiles sont les arbres qui dorment debout; reste immobile et que ton ral s’arrête immobile... (® »

En cas de métrorragie, la même recommandation

au repos s’adressait non seulement au malade, mais

aux veines utérines elles-mêmes :

« Ces fillettes qui vont là, les veines vêtues de rouge, comme des sœurs sans frère, je les dépouille de ieur force vitale; qu’elles se tiennent immobiles. Ne bouge plus, toi, la moyenne; et si la plus mignonne s’arrête, immobile soit aussi la grande artère, Des cent artères

et des mille veines, les médianes que voici se sont

arrêtées et aussitôt les extrémités sont entrées en repos. Autour de vous s’est épandue une vaste digue de sable; ne bougez plus, tenez-vous tranquilles. chut ! !»

Ces deux dernières phrases mettent sur ie chemin

d’une thérapeutique spéciale consistant à toucher le

col utérin avec un bambou à cinq nœuds, puis à répandre dans le vagin du sable et du gravier (et voilà le premier tamponnement vaginal réalisé !). En

. même temps, la malade recevait une amulette faite

d’un « tesson ramassé dans les décombres » et buvait

du lait aigri contenant des grains de sésame et quatre brins de millet.

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Il est curieux de constater l'immense succès de … l'atharvan dans $a cure contre la lèpre, l’inguérissa- | ble, La terrible maladie passait pour être dominée par la science du magicien. Maïs cette croyance tenait à un artifice très ingénieux du guérisseur, qui, faisant | disparaître les traces extérieures du mal, le considérait comme guéri. Somme toute le sorcier se trans-

formait en teinturier, en teinturier de peau humaïne, “4 et faisait disparaître les griffes blanchâtxes de la Css n

seus l’énergique pratique suivante :

Il prenait de la bouse de vache fraîche et en fric- … tionnait la tache pigmentaire jusqu’au sang, pour y 4 déposer des colorants sous forme de poudre de eurcuma, de coloquinte et d’indigo, qui sont toutes des plantes tinctoriales noires (1. Il pouvait, en outre, frictionner tout le corps, de la tête aux pieds, toujours dans le même sens avec de la poudre de rushta (costus speciosus). Naturellement un hymne accompagnait toujours la pratique : RE =

« Tu es né de nuit, à plante, Ô teinturière, reteins

| voici ®. »

ceci qui est bigarré et blanchâtre. Fais disparaître ici la bigarrure, l'enduit gris, la tache. De la bigarrure née des os, née du corps, déposée sur la peau

par une femelle malfaisante, j’ai, par ma formule, anéanti la marque blanche. Unicolore se nomme ta mère, unicolore se nomme ton père; c’est toi, à plante,

qui rends unicolore, fais unicolore la place que L'hymne et le procédé servaient à deux fins ; non seulement ils étaient employés contre l’affreuse lèpre, mais les coquettes de l’époque, réparant des ans l’irréparable outrage, y avaient également recours pour peindre leurs cheveux gris.

. Quant à la nature de la jayanya (étymologiquement « maladie de femmes », probablement la syphilis), des pustules malignes, des tumeurs purulentes ou indurées, des adénites et des autres affections cutanées, l’atharvan ne savait où donner de la tête et s’en

tirait au moyen d’une phraséologie interminablement

monotone d’où ne sortait la description d’aucun symp-

tôme défini. Les idées des sorciers à ce sujet étaient si

puériles que ce qu’ils appelaient l’apacit, en réalité pustule de nature x, passait, à leurs yeux, pour un moucheron venimeux.

Pour ces affections, la thérapeutique était la même: le magicien enlevait par combustion le sue de 55 feuilles d’un bois spécialement utilisé pour la fabrication des haches, et lappliquaït sur la glande malade avec une spatule. Cette application était suivie

d'un massage avec de la poudre de coquillage : il ajoutait une sangsue sur la tuméfaction. Une autre

thérapeutique voulait que l'endroit malade, ‘après

avoir reçu un crachat préalable, fût enduit de sel gemme. Ro

Contre une glande suppurée, le sorcier frottait la région tuméfiée avec de l’huile,- toujours de haut en bas. Mais en dermatologie védique;-un remède très employé était l'urine « jaläsha » : urine d'animaux ou urine humaine; d’ailleurs de l'Olympe hindoue, Rudra envoyait sa céleste urine pour guérir les hommes : c’était la pluie bienfaisante et curative,

« Le voici le remède, oui, le voici le remède de Rudra qui conjure la flèche à cent pointes sur une seule hampe. Lavez de jalâsha, aspergez de jalâsha; le jalâsha est remède souverain; en son nom, fais-

- nous merci pour que nous vivions.. (4 »

Son emploi était surtout réservé aux tumeurs indurées; à propos de celles-ci, également, une curieuse pratique consistait, au crépuscule, à diriger contre les indurations la pointe, entourée de flocons de laine, de quatre flèches noires ; puis, ce qui devait être plus efficace, un lavage était effectué, en même temps que des applications d’eau tiède, renfermant une corde

d'arc et des flocons de laine chauffés. C’était, en

somme, un pansement humide très primitif.

le.

LA PARASITOLOGIE

Le diagnostic, en parasitologie, était réduit au minimum. Pour le sorcier, le parasite, quel qu’il soit,

est une incarnation du démon qui, pour mieux tour-

menter l’homme, ne trouve rien de mieux que de prendre domicile en son corps. Combien de commères de villages pensent ainsi, encore maintenant ! Les incantations seront donc fatalement transformées en exorcismes :

« J’invoque le Ciel et la Terre, j’invoque la déesse

Sarawahà, j’invoque Indra et Agni et je leur dis fi

Broyez le ver. celui qui rampe autour des yeux, celui qui rampe autour du nez, celui qui pénètre entre les dents, ce ver, nous le broyons. Les 2 pareils, les.2 qui ne le sont pas, les 2 noirs, les 2 rouges, le brun et celui qui a les oreilles brunes, les voilà tués. Les vers aux épaules blanches, les noirs aux pattes de devant blanches, quels qu’ils soïent, les vers de toutes les formes, nous les broyons. — Le soleil se lève à l'Orient, visible à tous, tueur des invisibles, frappant les visibles et les invisibles et broyant tous les vers. Ie vers à 3 têtes, à trois chefs, bigarré blanchâtre, je lui brise les côtes, je lui fends la tête, — Tué est le roi

des vers, tué son lieutenant ; tué est le ver, tué sa mère, tué son frère, tuée. sa sœur — tués tous les commensaux et tués ses voisins et même les tout petits, tous les vers sont tués. — Et tous les vers mâles

el tous les vers femelles, avec la pierre je leur brise

la tête, avec le feu je leur brûle la gueule (4. » Deux choses frappent dans cet hymne : : d’abord

l'appel au soleil, le grand guérisseur ; ; ces primitifs

ressentaient la puissance thérapeutique de l’astre brû-

lent et l’invoquaient lorsque leur science se trouvait

en défaut. Ensuite, là encore, nous avons une vague ébauche des théories modernes de la psychothérapie ; il est vrai qu’en parasitologie les résultats ne devaient pas être des plus brillants.

La thérapeutique était ici des plus nes Les simagrées consistaient en l’écrasement, en effigies, du parasite, d’où la pompeuse ordonnante. du rite qui suit : les vers, représentés surtout par une racine de

Kartra (capparis aphy'la) ou par un roseau cerclé de

noir, étaient d’abord rendus captifs à l’aide des poils de queue de vache, écrasés ensuite avec une pierre et

jetés au feu; le patient devait en respirer la fumée.

En outre, ce qui devait être d’un résultat plus sûr dans la parasitose intestinale, le sorcier broyait 21 racines d’andropogon, les réduisaïit en une poudre très fine cl faisait avaler ce vermifuge au malade. Il est presque inutile de mentionner que, pour finir, et en

guise d’eau bénite, le patient était largement. aspergé

d’eau mélangée de sampata.

(L) AMV av Tes,

Ici nous nous trouvons en nbcerte d’une maladie ien définie et faisant d’ailleurs d’ épouvantables ravages. La fièvre des tropiques, par son action ou brutalement mortelle ou insidieusement épuisante, a semé une telle terreur que l’atharvan l’a déifiée : c’est

Le dieu Takman, le bras droit de Rudra, le céleste

faucheur; mais le nom mystique, le nom qu’il faut savoir pour se concilier cette divinité, c’est Hrüdu. Les livres sacrés sont donc riches en invocations, en suppliques s

« Alors que pénétrant dans les eaux, Agni les consuma, là où les grands soutiens de l’ordre divin ont incliné leurs têtes adorables, c’est là, dit-on, que gît tun lien natal suprême : fais alliance avec nous et épargne-nous, Ô Takman !

« Que tu sois ardeur resplendissante ou ardeur consumante, ou que tu naisses du feu qui couve sous les copeaux, de ton nom tu es Hrûdu, à Dieu du jaune :

faïs alliance avec nous et épargne-nous, Ô Takman !

-. « Que tu brüles d’un seul coup ou à petit feu, à la fièvre froïde, au délire ardent, à la fièvre brûlante, je

fais hommage. À celle qui revient le lendemain, à celle qui dure deux jours de suite, à celle qui revient

Je troisième jour, hommage (1), »

Par exception, il est décrit dans les poèmes certains

signes précis (nous sommes si peu habitués à un tel

luxe de symptomatologie que nous nous empressons de le souligner) : ce sont la céphalée terrible et tenace, les vomissements incessants. le teint de bronze, qui agissait de si folle façon sur l’âme primitive du malade ; enfin, la sécheresse de la peau, les convulsions ce tout ce pauvre organisme qui s’épuise et se tord comme un vers coupé. |

Après avoir invoqué Takman pour se le concilier,

le magicien, tout en commençant ses pratiques, réci- “tait un hymne bizarre, dans lequel il renvoyait la

fièvre dans le pays « d’où elle est venue ». Etrange et sauvage région, inconnue de nous, mais qui, n’en doutons pas, était pour eux territoire précis, sans doute situé vers le Nord, puisque l’atharvan se tournait dans

ri direction en psalmodiant : $

… Sa demeure est chez les Mahâvrshas. De naissance les Balhikas sont tes compatriotes. O fièvre maligne, va-t-en, au Mujavant ou chez les Balhikas, bien loin; va chercher la lubrique femelle du sauvage et secouc-la comme il faut... O fièvre avec ton frère la consomption, avec ta sœur la toux, avec ton cousin le päman, émigre vers ces étrangers, là-bas. ® »

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