APPRÉCIATION DES PHÉNOMÈNES
au sentiment de l'expérience, nous a déjà prouvé la réalité. »
Pour le médecin philosophe initié aux méthodes inductives de Bacon, rien n'est inutile ou indifférent. Une fois saisis, constatés, les faits, même les plus simples, sont considérés, à tous les points de vue, sous tous leurs aspects, et appréciés dans toutes leurs conséquences naturelles, alors que dans les mains des positivistes ils resteraient stériles; carie positivisme n'est qu'une base étroite, le spiritualisme une colonne qui se perd dans les nuages; tandis que l'organo-dynamisme est a la fois une base large et une colonne élevée dans la mesure de nos connaissances biologiques et anthropologiques.
Ainsi, par exemple, au moment de la découverte du sommeil éthérique et de ses phénomènes, qui en calcula bien la portée, sinon les médecins philosophes? L'illustre chirurgien Yelpeau, dont l'esprit supérieur était si généralement apprécié, exprima la conviction, dans le sein de l'Académie, que l'éthérisme ne rendrait pas seulement de arands services à la chirurgie, mais encore à l'anthropologie, à la philosophie médicale ; et il était bien naturel de penser aiusi, en constatant que les sujets qui subissent l'influence des vapeurs éthérées perdaient les facultés motrice et sensitive, tandis que celles qui dépendent absolument du sens interne demeuraient intactes. Ce fait n'était-il pas une nouvelle induction en faveur de la doctrine de la spiritualité de l'âme et du rôle que joue le système nerveux comme simple instrument de cette dernière? de plus, puisque, pendant le sommeil éthérique, toutes les fonctions de la vie végétative continuent à être exercées sans en-
DE l'É^THÉRISME et DE l'hYPNOTISME , ETC. 267
traves, ce somoieil ne vient-il pas fournir une dernière preuve de Tindépendance où elles se trouvent jusqu'à un certain point de l'action du moi sentant , pensant et voulant, indépendance que l'histoire des amyélencéphales permettait déjà de pressentir? On sait, en effet, que des fœtus privés d'encéphale et de moelle épinière ont pu vivre pendant quelques heures après leur naissance , respirer, crier, avaler, sucer, rendre le méconium, toutes fonctions que, dans les écrits de l'école matérialiste, on afQrme ne pouvoir s'exercer sans système nerveux central.
Ayantéthérisé M. M..., ditle professeur Serres, il tomba dans une sorte de raideur cataleptique ; au même instant, la chaleur générale diminua , et le pouls perdit beaucoup de sa force. Ce fut en vain qu'on piqua le sujet avec une épingle, qu'on lui arracha plusieurs poils de la barbe : il resta tout à fait impassible ; mais lorsqu'il revint à lui, il nous assura qu'il avait entendu et vu tout ce qui se faisait autour de lui, et que pendant tonte la durée de l'expérience il s'était se7iti comme cloué sur sa chaùe, comme par ime force puissante, invincible, qui l'empêchait de remuer. Cette circonstance, ajoute Serre en médecin philosophe, cette circonstance de la perte totale delà sensibilité tactile, alors i que le sujet a la conscience de son être et jouit presque en
■ entier de l'usage de ses facultés, est un fait qui mérite au plus haut degré l'attention des physiologistes.
Ce n'est pas en effet un état insignifiant, sans aucune^ .portée physiologique, celui qui, montrant d'une part lapersistance de la volonté, du jugement et des autres facultés
■ qu on rapporte directement à l'âme, ne laisse aucun doute, •Cl autre part sur la diminution, l'affaiblissement de laforce vitale, qui ne tarderait pas d'ailleurs à s'éteindre complè-