UN MOT
Un fait qui est saillant dans l'action providentielle, c'est qu'elle semble avoir opposé partout le bien au mal, dételle sorte quenotre libertépeut toujours, lorsqu'elles'en soucie, éviter ce dernier , aussi bien dans l'ordre physique que dans l'ordre moral : l'ivraie pousse au milieu du froment; le précieux tubercule de Parmentier à côté delà jusquiame et de la pomme épineuse ; le mancenillier croît volontiers sur les bords delà mer, dont l'eau purgative peut être considérée jusqu'à un certain point comme son antidote; de même , depuis l'origine des temps , le matérialisme et le spiritualisme sont en présence, toujours prêts à en venir aux mains, et se corrigeant l'un par l'autre.
Ce fut peut-être en vertu de cette loi providentielle que le fameux athée de Lamettrie, dont j'ai parlé dans ce livre, vint au monde sur la terre plantureuse de l'Armorique, à côté du philosophe qui devait être son correctif, de Moreau de Maupertuis, lequel, bien qu'il ne fut ni bigot ni fanatique , et qu'il eût été agréé par Frédéric-le-Grand comme président de la fameuse Académie de Berlin, ne cessa jamais de professer des sentiments très-orthodoxes sur la providence de Dieu.
Maupertuis a en effet établi et surabondamment prouvé dans ses écrits, assez rares et assez peu connus des savants modernes, qui se souviennent plus volontiers de ceux de L imettrie , qu'ils sont en toute occasion heureux de citer, «que tout dans l'univers fait sentir sa dépendance et le besoin où il est de la présence de son Auteur ; que c'est Lui seul qui le meut en entretenant et renouvelant sans cesse les forces par lesquelles ce mouvement se produit; que ces forces sont toujours disposées avec la plus grande économie et la plus grande prévoyance. »