‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [electronic resource]Chapitre 18 sur 30 · SUR LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

SUR LA PROVIDENCE

homme, et osa faire son éloge, après sa mort, devant l'Académie de Berlin ' .

Les expériences par lesquelles l'immortel Newton s'est • démontré à lui-même l'inertie de la matière et l'essentia- ' lité des forces qui la font mouvoir, sont trop connues pour . que je les reproduise ici. Je ne tiens pas d'ailleurs , en I pareille matière, à sortir de ma spécialité , à oublier que I c'est le dynamisme du corps humain qui doit particuliè- : rement m'occuper dans ce livre; je vais donc, sans autre |, préambule, m'expHquer sur le principe vital, qui existe i dans tous les corps vivants à peu près comme le calorique et l'électricité dans la nature inerte , que les écoles positi- \ viste etorganicienne considèrent systématiquement comme . une simple propriété de la matière organisée, et qu'il ne f faut pas confondre avec le principe de l'intelligence et du i moral, c'est-à-dire avec l'âme, puisqu'on le voit présider i à l'évolution des végétaux, qui sont privés de cette der- [ nière.

Il n'est certes pas facile de se faire une idée, même ap-

* Un roi seul pouvait tenter l'éloge d'un Lamettrie; et ni Maupertuis, président de l'Académie de Berlin , ni aucun de ses membres , n'auraient osé entreprendre cette œuvre difficile.

Dans son panégyrique, cpi'il m'a été donné de lire dernièrement, Frédéric ■ présente son professeur d'athéisme comme une victime de l'intolérance des .bigots et des prêtres; tandis qu'il est parfaitement avéré que Lamettrie ■ixie s'expatria réellement que pour échapper à la misère, et surtout au méiipris et fï la réprobation de tout ce qu'il y avait en France d'honnête et ' d'éclairé. Il avait insulté dans ses écrits Haller, Linné, Boerhaave, Astruc ■Winslow et autres illustrations médicales européennes, et, de l'aveu même de Diderot, qui ne peut certes être suspecté de bigoterie et de fanatisme religieux, « il était dissolu, imprudent, bouffon cl flalleur ». On a dit aussi de lui pittore.squement qu'z7 avait été le véritable Robespierre de la pensée, en assimilant l'homme à un automate et en décrétant pour lui le néant.

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proximative, de l'un et de l'autre de ces principes; mais cette difficulté, qui a sa source dans la faiblesse de nos moyens, ne peut rien faire préjuger sur leur existence, que révèlent les effets qui leur sont propres. L'influence de Dieu se fait sentir partout dans la nature, mais nous savons qu'il ne serait pas raisonnable d'admettre que Dieu lui-même se trouve dans tous les êtres qu'il a crées, parce que ce serait lui attribuer un rôle au-dessous de sa dignité, et le rendre responsable de tout le mal qui se produit dans le monde matériel. Il ne serait pas plus sage de croire, d'un autre côté, que chaque atome matériel possède en lui-même, virtuellement, la propriété de former, de produire, decréer. et surtout de s'arranger avec ses semblables, pour la construction harmonique des divers corps ou agrégats que nous voyons autour de nous, et dont l'existence, la conservation et la perpétuité reposent sur des lois qui accusent une intelligence et une prévoyance infinies.

Entre ces deux opinions, également défectueuses et inacceptables, il en est une autre plus conforme à la raison, plus spécieuse : c'est celle qui suppose que, dans l'acte de la fécondation , les germes , végétaux et animaux . qui possèdent déjà virtuellement la vie de la mère, acquièrent tout à coup la puissance, la force active, plastique, conservatrice^, etc. , que nous appelons vitale , qui paraît avoir son origine , sa source inépuisable dans le milieu atmosphérique, se montre isolée , indépendante, autocratique, dans le règne végétal , mais qui chez les animaux pourvus d'un système encéphalique s'allie manifestement à l'âme elle-même , en vertu de lois mystérieuses dont l'essence est absolument inconnue et en modifie jusqu'à un certain point les attributs.

Sans doute, cette' opinion n'est elle-même qu'une hypothèse; mais en pareille matière peut-on raisonner autrement que sur des inductions plus ou moins probables ? Qui pourra savoir jamais au juste ce que peuvent être Dieu, l'âme, le principe vital, lorsqu'on ne sait même pas ce que peuvent être les fluides impondérables supposés matériels , dont nous ne connaissons réellement que les effets; lorsque l'essence même de la matière de cet étrange protée que nous voyons, que nous touchons, qui serj, à tous nos besoins, nous est tout à fait inconnue? Mais, de ce que nous sommes impuissants à découvrir le fond des choses, l'essence des êtres , devons-nous pour cela renoncer à toutes conjectures raisonnables sur ce point?

Il est bien hardi de ma part, je dois en convenir, 'de trancher comme je le fais la question de la nature du principe vital, et de déclarer nettement qu'elle doit être psycho-matérielle, lorsque des génies tels que Descartes et Barthez ont évité de se prononcer sur une ipatière si obscure; mais mon excuse est dans cette obscurité même, (]ui autorise mon esprit à résoudre le problème selon ma conviction inlime, et comme celle-ci n'ajoute, après tout, qu'une hypothèse de plus à toutes celles qui ont déjà été omises à ce sujet, j'estime qu'en l'énonçant ici sans prétention, je ne fais qu'user de mon double droit de médecin philosophe et de libre penseur* .

' « La cause du transport local que j'appelle mouvement, dit Descartes, pmt être Dieu mêm.n ou une .substance créée à peu près semblable à notre âme , ou quelque autre force ou puissance à qui Dieu aurait donné le pouvoir de mouvoir les corps, mais chut (ajoute-t-il)/ n'en pârlonspas, de peur qu'on nous prêle des opinions que nous n'avons pas. »

" On ne peut flonner qiif des assertions iif'jgalives et des conjectures sur

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Du reste, quelle que puisse être la nature du principe vital, et quel que soit le cas qu'on pourra faire de ma manière devoir à ce sujet, le fait de l'existence de cet agent ne me paraît pas pouvoir être contesté , et c'est ce fait que je tiens avant tout à établir dans ce chapitre. Démontrer autant que possible qu'il est intermédiaire à l'âme et au corps, qu'il s'allie à l'une et à l'autre, tel est le but que j'ai surtout en vue de remplir ici, car, ainsi que l'a dit un auteur allemand, Herder : Autantje sais avec certitude que je pense et que je ne connais point ma force pensante, autant je vois et je sens certainement que je vis, "quoique je ne connaisse point non plus ce que c'est que mon principe de vie; cette puissance est innée, organique, génératrice, elle est le fondement de mes forces naturelles, le génie intime detout mon être. — J'ajouterai, pour compléter la pensée du philosophe d'outre-Rhin, qu'il doit suffire de suivre l'évolution d'un vil légume, d'un cryptogame, d'un champignon, pour être fixé sur l'existence du principe vital. Ne pas admettre ce principe, c'est nier la lumière du soleil, c'est se vouer au plus grossier et au plus décevant matérialisme.

«L'âme de Stahl, disait Bichat, le principe vital de Barthez , la force vitale de quelques-uns . etc. , tour à tour considérés comme centre unique de tous les actes qui portent le caractère de la vie , ont été successivement la

la nature du prhicipe vital de riiomme, dit h son tour Barthez; mais ces considérations sceptiques développées sont utiles pour préparer et rendiv plus sûre rétude des forces et des uireclions de ce principe. » Ailleurs il déclare ciuc la nature du principe vital n'a pas grand besoin d'être déloriniuée (je ne partage pas cette opinion); mais pourtant, dans sou liviT. il défend son ossentialité ot sa séparation d'avec rûmo.

base où se sont appuyées toutes les explications physio- 'logiques ; mais chacune de ces bases s'est promptement écroulée, et au milieu de leurs débris sont restés, seuls, les faits que fournit la rigoureuse expérience de la sensibilité et de la motilité. » Or , après avoir ainsi rejeté le principe vital et avoir cherché à démontrer que son étude médicophilosophique est à la fois stérile et inutile, l'immortel auteur de l'anatomie générale s'est cru forcé de créer, pour les besoins de son système, les propriétés vitales, qui sont tout aussi abstraites que le principe auquel il les substitue , et qui au fond n'en diffèrent pas. De même, dans notre siècle qui aime tant à faire valoir son positivisme, nous rencontrons tous les jours des personnes très-recommandables par l'esprit, qui s'imaginent que la substitution du mot transmission à celui de contagion est indispensable et peut mettre un terme à de vieilles quereUes ! Transmission ou contagion, qu'importe si le fait pathologique qu'on exprime par ces mots est le même! Pourquoi recourir à de pareilles subtilités au lieu d'avoir, comme on dit, le courage de son opinion ?

On trouve des idées aussi curieuses qu'originales sur le principe vital, dans un ouvrage anglais intitulé : Le véritable système de l'univers, par Ralph Gudworth. A mon avis, c'est l'auteur qui s'est le plus occupé de la force plastique ' et formatrice, dont les œuvres se produisent sans cesse sous nos yeux. Il allait jusqu'à admettre un principe vital particuher ou modifié, selon les individus animaux et végétaux, etjel'avouefranchement, lorsque, en maquahté d'ancien professeur de clinique médicale, je réfléchis aux circonstances de tempérament, de constitution, d'hérédité, de prédisposition variée dont il nous faut toujours tenir compte

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dans le diagnostic et le traitement des maladies, je me sens très-disposé à admettre dans une certaine mesure l'opinion de Gudworth. Pourquoi n'en serait-il pas d'ailleurs, de la vitalité de l'homme et des animaux, comme de celle des végétaux, qui se montre si variable selon les familles et même entre individus d'une même famille, qu'à côté de l'aliment se trouve parfois le poison ?

Je pourrais rapporter à ce sujet une foule de faits tirés de ma pratique; mais il me suffira de dire, sans entrer dans aucun détail, que j'ai pu suivre pendant quarante ans les péripéties , les épreuves d'une honorable famille amie de la mienne, dont tous les membres, lorsqu'ils arrivent à l'âge adulte , sont fatalement affectés d'acné ou de mentagre, et vont finir dans une maison d'aliénés lorsque ce phénomène n'a pas lieu. J'en connais déjà quatre (le frère, la sœur et deux cousins-germains) qui ont eu ce triste sort. Quant aux personnes de cette famiUe qui conservent leur santé intacte, elles le doivent toujours à des soupapes de sûreté que dame Nature leur ouvre à propos pour leur préservation. Des cas de ce genre ne permettent-ils pas de croire, je le demande, aux vitalités particulières, aux natures plastiques spéciales de l'auteur anglais ?

Dans l'embryon, le premier acte du principe vital est déformer le sang, cette chair coulante dont je parlerai bientôt, et dont les propriétés sont si merveilleuses qu'il suffit d'y réfléchir pour se prouver une fois de plus que le hasard n'est pour rien et ne peut entrer pour rien dans- la formation et l'évolution des corps vivants; mais aussi ses forces s'appliquent dès la fécondation aux premiers linéaments du système nerveux, siège probable de son alliance avec l'âme; comment ces forces, en s'appliquant d'une par

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à la matière organique, forment-elles le sang, et comment (l un autre côté reçoivent-elles l'influence de l'âme à l'insu même de ceDe-ci ? voilà des questions qu'il ne faut pas se poser, parce qu'elles dépassent les bornes de notre entendement et qu'elles ne seront jamais résolues. En pareille matière, il ne faut considérer que le fait, sans chercher à pénétrer les lois qui le régissent. Ainsi faisons-nous par exemple pour l'attraction planétaire: nous savons que les rorps célestes ont la propriété de s'attirer les uns les autres eu raison directe des masses, et inverse du carré des distances, voilà le fait: quant à la cause de cette attraction si positive et aux lois qui la réglementent, Dieu seul peut les ronnaître.

Avant de repousser le dogme vulgaire de l'existence du principe vital, les sceptiques et les positivistes doivent bien réfléchir aux mystères dont nous sommes en quelque sorte environnés ici-bas, et à l'absurdité des nombreuses hypothèses physiques, chimiques, mécaniques, etc., etc., par lesquelles on s'est efforcé d'expliquer la vie. Tout démontre en effet qu'elle est autre chose que la manif estât ion des propriétés inhérentes ou spéciales à la matière organisée, comme l'affirme hardiment le Dictionnaire de Nysten; mais tout concourt à nous faire supposer, d'autre part, que la puissance dont elle émane ne peut être l'intelligence primordiale, puisqu'il est évident que c'est sur elle et par elle qu'est basée, dans l'être humain, l'alliance de l'âme et du corps, ou des substances spirituelle et matérielle. Qu'on ne m'objecte pasd'ailleurs que cette alliance, que j 'ai comparée tout à l'hèure à celle des trois éléments de la machine à vapeur, est absurdeou incompréhensible; quelque incompréhensible qu'elle puisse être, elle existe, ses manifestations.

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sont vulgaires eL patentes : donc elle n'est pas absurde. La probabilité de mon opinion sur la mture psycho-matérielle du principe vital ressort surtout, je me hâte de le dire, des dissidences mêmes des grands médecins qui se sont occupés de cette matière. Les uns, en effet, l'ont considéré comme un agent purement physique , tandis que les autres ont soutenu qu'il relevait de l'ordre spirituel ; or, les arguments les plus spécieux n'ayant jamais fait faute aux deux écoles, je crois devoir conclure de ce fait que le principe vital est une puissance mixte appartenant à la fois aux ordres physique et métaphysique. Quant à son existence dans le règne organique, on ne saurait la mettre en doute sansoffenser la raison; car, je le répète, elle estaussi nécessaire que celle du principe de l'attraction pour les astres ; peut-être même sont-ils foncièrement identiques, mais seulement modifiés par la nature spéciale des corps auxquels Dieu lésa apphqués.

Bien qu'il pénètre les organismes végétaux et animaux par le moyen de la sève et du sang, qui en sont les éléments matérialisés, le principe vital ne leur est pas inhérent, ou plutôt n'en est pas le produit immédiat ; il est dans ces organismes, je l'ai déjà dit, comme la vapeur dans une machine, comme un moteur temporaire dont la durée est variable selon les agrégats , et qui commençant à se manifester à la fécondation, disparaît au moment de la mort. S'il n'en était ainsi, cette dernière (abstraction faite des accidents nombreux qui peuvent la produire) serait toujours sénile, c'est-à-dirê absolument subordonnée à l'usure de la machine, del'organisme, etnousneserionspasforcésdenous demander si souvent, à la vue de la dépouille intacte, parfaitement conservée, d'êtres animaux ou végétauxmorts su-

bitement etprématurément, ce qu'illui manque pour qu'elle ne manifeste plus aucune activité ; si cette dépouille, à l'aide de certains moyens excitateurs, derélectricité par exemple, semble vouloir reprendre pendant quelques instants l'activité dont il s'agit, surtout lorsque la mort est encore toute récente, la raison nous crie que ce phénomène, dont l'intensité est d'autant plus grande qu'il reste plus de sang ou de sève dans les tissus, ne peut être dû qu'à l'influence ^•itale qu'excitent encore ces fluides, mais qui ne tardera pas à s'éteindre pour livrer décidément le sujet à l'action destructive des causes physiques.

De même, il suffit, ce me semble, pour ne pas confondre l'âme avec le principe de vie chez l'homme, d'étudier ce principe chez les végétaux, chez les monstres anencéphales, et surtout chez les crétins, les idiots, qui vivent longtemps en parfaite santé et ne donnent aucun signe d'inteUigence , de morahté , en dépit de la conformation normale de leur cerveau.

QueUe connexion peut trouver d'aiUeurs le sens commun entre le mouvement vitaf. et les facultés de l'âme ; quelle relation établir entre la contraction des fibres cérébrales et la production de la pensée, qui est tout abstraite, métaphysique? Mon imagination me transporte en une seconde jusqu'aux pays les plus éloignés quej'ai été à même de visiter; celle des Virgile , des Corneille , des Racine, etc., leur a dicté des chefs-d'œuvre. Que les matérialistes, si enclins à rapporter la pensée aux mouvements du cerveau, me donnent au moins quelques explications sur ce mystère; qu'ils rempHssent cette lacune, que ne purent combler les Descartes, les Leibnitz et tous les grands penseurs anciens et modernes !

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Mais , taudis que les organiciens enseignent que rien dans les actes de la force vitale ne peut être considéré comme intellectuel ou psychique, les spiritualistes purs, protestant énergiquement contre cette assertion , ont fait de cette même force une âme véritable. Afin de nous bien fixer désormais sur sa nature mixte, je rappellerai sommairement ici ces actes :

Chez les végétaux, l'inteUigence instinctive du principe de vie porte les racines des plantes à s'enfoncer profondément dans la terre en se dirigeant vers le terrain qui leur convient le mieux ; tandis que leurs tiges, dans les lieux obscurs ou mal éclairés , dans l'intérieur des villes par exemple, s'élèvent vers le ciel sans aucune mesure, jusqu'à ce qu'elles aient trouvé le soleil.

Chez l'homme, les facultés psychiques de la vie se révèlent d'abord dans les crises ou les actes d'autocratie médicatrice qui lui ont fait donner par Hippocrate la qualification de vigilante, et de l'observation desquelles ce grand génie est parti pour émettre cet aphorisme : C'est la nature qv/i guérit les maladies. Or, cet aphorisme exprime l'une des plus grandes vérités médicales qui aient été enseignées dans les temps anciens et modernes, et si les spiritualistes en ont trop généralisé l'application clinique, les organiciens, les matérialistes se sont obstinés sans raison à la méconnaître, à la repousser. Chateaubriand a fait sans doute allusion à cet aveuglement lors(îu'il s'est permis de (lire, à propos d'une grave maladie qui l'atteignit à Pans, pendant l'été do 1808 : « que les médecins rendirent sa maladie dangereuse , et que la médecine n'était plus l'art salutaire d'I-Iippocrate, mais un art homicide».

Le chancelier Bacon, lord Verulam, pensait également

à la vigilance instinctive du principe vital et à la vérité de l'aphorisme hippocratique, lorsqu'il rappelait aux médecins qu'ils ne devaient être que les ministres et les interprètes de la natm-e : medicus natuovi; minister et interpres.

Tous les médecins savent que le grand moyen des crises médicatrices est la fièvre ; or, comment considérer celleci, sinon comme le résultat de l'effort du principe vital ? Toute maladie générale de l'ensemble de l'organisme où la fièvre ne se montre pas , est incurable : le cancer , le çholéra , les ajffections adynamiques, putrides , une foule d'empoisonnements, sont dans ce cas; il en est de même de la petite vérole, de la rougeole et de la scarlatine lorsqu'elles ne peuvent pas, faute de fièvre suffisante, faire leur évolution ordinaire ; alors la vie est atteinte dans son essence, et le sujet est en quelque sorte asphyxié ; enfin la gangrène ne se limite et n'abandonne le corps vivant qu'au moyen de la fièvre.

D'ailleurs, à ceux qui élèvent des doutes sur la réalité des actes médicateurs et • instinctifs du principe vital, on oppose judicieusement la guérison naturelle et en quelque sorte fatale des fractures et des plaies; les miracles qui se produisent pour l'expulsion des corps étrangers de l'organisme, ou pour leur isolement au milieu de ses tissus lorsque cette expulsion est impossible ; l'ouverture subite de certaines soupapes de sûreté qui conjurent quelquefois la phthisie pulmonaire, l'apoplexie cérébrale, soupapes qu'un médecin prudent doit éviter avec soin de fermer, et dont les effets salutaires sont tellement patents, qu'ils ne peuvent laisser aucun doute sur ce principe, si bien défendu par Raymond (de Marseille): qu'il existe tme foule de maladies qu'il est dangereux de guérir.

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Assurément, l'intelligence qui préside à ces divers actes des forces vitales a de prime abord un caractère automatique et routinier qui frappe le médecin philosophe ; mais enfin, quelque faible, quelque obtuse que puisse être cette intelligence qui rappelle celle des fourmis, des abeilles, des castors, etc., elle n'en est pas moins évidente et invariable ; elle est en quelque sorte à celle de l'âme humaine ce qu'un Chinois est à un Européen sous le rapport industriel. Toutefois, je me hâte de le dire, lorsqu'on vient à considérer que les œuvres qu'elle exécute ne sauraient être perfectionnées, tant elles sont parfaites , son caractère stationnaire et improgressif cesse de^ surprendre. Pour démontrer aux personnes du monde qui pourront me lire, toute la justesse de cette assertion , je rappellerai ici en style vulgaire les phénomènes que le principe vital exécute pour la guérison des fractures.

Si un de mes lecteurs, étranger à l'art de l'ébéniste ou du tourneur, voulait raccommoder lui-même un cylindre creux brisé dans un point de sa longueur, une canne par exemple, comment procèderait-il à ce travail? Il me paraît indubitable qu'après mûre réflexion il réunirait exactement les deux bouts cassés au moyen d'une cheville intérieure dont le diamètre serait calculé sur celui de la cavité ou du canal de la canne, et que, pour assurer la coaptation des fragments et donner toute la sohdité possible à son travail, il placerait finalement en dehors et sur le point même de la solution de continuité une virole quelconque. Or c'est précisément ce même travail qu'exécutent les forces vitales pour la guérison des fractures des os longs et creux, tels que ceux des membres. Il se produit d'abord dans leur canal une cheville osseuse ou bouchon, puis au dehors une vi-

rôle sur le point cassé ; le médecin ne fait réellement qu'aider à cette œuvre de la nature, et c'est ici surtout qu'il se montre son ministre et son interprète.

Mais il y a encore une chose que le principe vital fait, et que l'ouvrier dont j'ai parlé tout à l'heure ne pourrait jamais faire. Au bout d'im certain temps, la cheville et la virole, qui forment ce qu'on appelle en chirurgie le cal' provisoire, disjmraissent ; leurs matériaux sont résorbés, le canal de l'os est rétabli comme dans l'état normal avant la fracture, et la soudure à l'endroit cassé est tellement solide, qu'il devient impossible de recasser le membre au même point. Je ne veux pas fatiguer du reste mes lecteurs par le détail des diverses phases de la formation du cal, pendant lesquelles l'intelligence et la prévoyance routinières de la nature se montrent manifestement. Il doit me suffire de leur avoir expliqué l'ensemble et le résultat final de l'opération.

Cette inteUigence et cette prévoyance se font encore jour d'une manière éclatante dans la fonction sublime delà reproduction; le philosophe qui en étudie les diverses phases, depuis le moment delà conception jusqu'à l'arrivée de l'enfant dans le milieu commun, est forcé, malgTé tout, dépenser à la grande Cause première, et il n'est pas jusqu'aux circonstances les plus insignifiantes en apparence, jusqu'aux phénomènes les plus vulgaires de la parturition, qui ne le fassent profondément réfléchir. Quant à moi, je le déclare, je n'ai jamais assisté une de mes clientes en travail, sans admirer la science déployée par la nature pour faciliter la plus difficile des opérations et assurer ainsi la perpétuité de l'espèce; en dépit de l'habitude, ce spectacle ne m'a jamais trouvé indifférent ou sceptique, je l'avoue en toute

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sincérité, et j'y vois clairemeut la main du sublime Artisan. Faire honneur de pareils miracles à cette influence accidentelle sans cause et sans lois, à ce moteur sans direction et sans but qu'on est convenu d'appeler le hasard, ne serait-ce pas, je le demande, abdiquer sa raison et tomber dans le délire de l'absurdité ?

D'ailleurs, comment le philosophe ne se reporterait-il pas vers Dieu, en réfléchissant à cette miraculeuse fonction de la reproduction, et à cette seule idée qu'elle découle tout entière de la loi d'amour, qui n'est certes pas une loi purement physique, comme on l'admet si volontiers dans notre civihsation actueUe; de cette loi qui , après avoir uni deux êtres par les hens d'une inefl'able attraction, d'une sympathie véritablement divine, enfante à son tour le sentiment paternel et surtout celui de la maternité ? Sensualistes cpii voulez tout matériahser , tout dépoétiser , qui semblez prendre à tâche d'enlever une à une à la triste humanité ses plus, nobles et ses plus chères convictions, rappelez-vous la tendresse sublime d'une mère, les sacrifices , l'immolation . dont elle est si souvent la source : considérez que cette tendresse n'est, après tout, que la conséquence de l'amour conjugal; et si, envisageant ensuite ce dernier au point de vue de notre double nature, vous ne faites pas une part trop large à l'influence matérielle, vous arriverez naturellement à comprendre que cet amour préside bien plus à l'union de deux âmes qu'à celle de deucv corps, et partant qu'on ne peut en faire remonter l'origine ((u'à Dieu lui-même ! Cette théorie me semble avoir un (;ara!'tère syllogistique qui n'échappera à personne; elle est confirmée d'ailleurs par une foule de faits historiques qu'il serait trop long de rappeler ici, et qui achèvent de dé-

montrer que le sentiment de l'amour, quoique mixte, clérive bien plus des besoins moraux que des besoins physiques de l'homme; d'ailleurs ne survit-il pas à l'extinction de ceux-ci?

Après avoir fait ressortir l'intelligence et la prévoyance dont fait preuve la nature, ou la force vitale, pour laguérison des fractures, à peine est-il nécessaire de faire remarquer qu'elle montre une égale habileté dans la cicatrisation des plaies de tout genre. Cette habileté est même tellement prodigieuse qu'on peut ériger en principe que, moins les gens de l'art interviennent par des lavages, des pansements trop fréquents ou inopportuns, moins ils s'immiscent au travail naturel, plus la guérison est rapide et certaine. J'ai vu pour ma part, pendant le cours d'une pratique déjà fort longue, une foule de cas extrêmement graves ou compliqués, qui ont été ainsi débrouillés par la nature seule ou a peine aidée par le chirurgien. Les médecins espagnols, avec lesquels j'ai eu de nombreuses relations pendant mes voyages dans la péninsule, se montrent si pleins de confiance dans les moyens de la nature, qu'ils évitent autant que possible de laver ou de panser les plaies, spécialement les plaies d'armesàfeu; et mon regrettable ami don José de Bustamente, professeur de la Faculté de médecine de Cadix, me disait, un jour, qu'il connaissait des cas d'amputation dans la continuité des membres, à la guérison desquels un seul pansement avait suffi . Comme je lui faisais remarquer la saleté des appareils et leur mauvaise odeur chez les blessés auxquels on appliquait cette méthode, il me répondit que cetinconvénienl ét^it peu de chose en comparaison des avantages qui en découlaient: parmi ceux-ci, il fit valoir principalement la

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rareté du tétanos et des accidents toujoursfort graves qu'entraîne trop souvent la pénétration de l'air dans le foyer des fractures.

Ainsi, il est incontestable, aux yeux de tous les observateurs sérieux et non prévenus, que le principe de vie que d'autres ont nommé tout simplement Nature, est intelligent, actif, vigilant, prévoyant, et que, par le fait même de ces attributs sensibles, il n'appartient pas purement à l'ordre physique. J'achèverai de prouver sa natwe micete dans le chapitre suivant, où je traiterai des fonctions du sang et de la sève ; mais qu'il me soit permis, en terminant celui-ci, de faire valoir le témoignage d'un homme éminenlpar l'esprit, d'un profond philosophe, notre contemporain, en faveur de l'existence du principe vital. Je veux parler de feu Cousin. Dans une matière si controversée , il est toujours avantageux de ne se prononcer qu'en s'appuyant autant que possible sur les autorités les plus sohdes et les plus compétentes.

«La physiologie, dit l'auteur du Vrai, du beau et dubien, a, comme les autres sciences, sa partie visible et sa partie invisible. On voit les organes, maison ne voit pas les forces qui agissent sous les organes; or ces forces, gui ne se laissent pas observer , constituent pourtant le fond des cames dont les phénomènes visibles et extérieurs ne forment que la surface. Si la pensée était enfermée dans les limites de l'observation, jamais elle n'irait aux causes, principes invisibles des choses; mais à l'aide du raisonnement, de l'induction, elle s'élève du visible à l'invisible, elle juge de la nature des causes par l'observation du phénomène.

«Par exemple, continue le célèbre professeur, dans Je problème qui nous occupe, si elle ne voit pas le principe

même de la vie, elle a le sentiment intime et profond de l'unité de la vie, et alors elle se demande s'il est possible que cette unité soit le résultat d'organes si divers, et si la raison ne conçoit pas nécessairement une cause distincte de tous les organes, qui soit le principe de l'harmonie des fonctions et de l'unité delà vie. Oui, ma conviction est que, sous ces organes si divers, il y a une force qui les fait agir et concourir à la vie ; une force qui, lorsque l'exercice des fonctions a été troublé et interverti par des commotions extérieures ou des affections internes, rétablit plus ou moins l'harmonie des fonctions entre eUes, ou même le jeu de chaque fonction; une force qui a été reconnue de tout temps, bien qu'obscurément et sous des dénominations plus ou moins précises : âme appétitive pour Platon, âme sensitive pour Aristote, âme conservatrice ou médicatrice pour certains physiologistes plus modernes; une force, enfin, qu'on ne peut nier sans tomber dans ce grossier matérialisme qui ne voit dans le corps que des organes, ou sans se perdi'e dans ce spiritualisme subtil et chimérique qui confond le principe vital avec le principe même de la vie spirituelle. »

Gomme on le voit, un médecin, un physiologiste n'aurait certes pas mieux posé et résolu la question de la force vitale que ne l'a fait M. Cousin , et je ferai remarquer que, bien qu'il ne se soit pas expliqué sur la nature de ce principe, il laisse entrevoir assez clairement que son opinion sous ce rapport ne diffère pas de celle que je professe moi-même ; car si la force vitale n'est pas une propriété organique d'une part, ni de l'autre une faculté de l'âme, ;sa nature psycho-matérieUe doit forcément être admise.

Du milieu atmosphérique, du sang, de la sève; inductions philosophiques qu'on doit tirer du mystère de leur composition et des usages qu'ils remplissent dans l'univers, chez les animaux et les végétaux.

Marseille, octobre 1867.

Si la puissance infinie et la sublime intelligence du Créateur éclatent de toutes parts dans la nature, et si les cieux et la terre chantent sa gloire, il est permis aux savants, aux philosophes , aux médecins , de soutenir que son plus grand miracle a été, sans contredit, la formation du milieu universel, du sang et de la sève, véritables chefsd'œuwe, expressions les plus élevées de la divine mixtion psycho-matérielle .

L'air atmosphérique, point de départ et aboutissant de toutes les formations organiques, agent de génération, de conservation et de destruction à la fois, est, on le sait, unmélange composé sur cent parties, de 20,81 d'oxygène, de 79,19 d'azote en volume, ou de23,0i5 d'oxygène, de 76,990 d'azote en poids, de 3 à 6 dix-miUièmes d'acide carbonique, d'une quantité variable de vapeur d'eau, enfin de quelques atomes appréciables d'ammoniaque, d'iode, d'hydrogène carboné , etc. ; mais les résultats de cette analyse de l'air, invariables sous toutes les latitudes, dans tous les lieux et dans quelque condition que puisse se

DE l'atmosphère, DU SANG ET DE ^L^ SÈVE. 331

trouver ce fluide, me paraissent prouver avant toute chose que sa véritable constitution ne nous est pas connue ; qu'il doit renfermer une foule de principes, d'éléments divers impossibles à saisir ; que son essence en particulier échappe d'une manière absolue aux investigations des chimistes. Évidemment, l'air atmosphérique ou le milieu ambiant est à tous les règnes de la nature , à l'univers enfin, ce que le sang et la sève, qui en tirent d'ailleurs leurs éléments, sont aux animaux et aux végétaux. Quant à-moi , je suis intimement convaincu et je professe depuis longtemps que c'est dans l'atmosphère que les substances matérielle et spirituelle primordiales ont été combinées, amalgamées par le subhme Artisan, pour les besoins de la vie universeUe, et que, de tous les mystères qui nous entourent, celui-là est sans contredit le plus ineffable et le plus admirablement providentiel.

Cause première et immédiate de l'étrange dualité psycho-matérielle de tous les êtres de l'univers, depuis le simple caillou jusqu'au végétal et à l'animal, le milieu ambiant doit être le point de départ de toute étude philosophique ou scientifique; mais, je me hâte de le dire, bien que les animaux, comme tous les autres corps de la nature, tirent de ce miheu leurs éléments organiques et vitaux , et participent ainsi à la dualité universelle , on tomberait, à mon avis, dans une grande erreur, si on envisageait chez eux cette dualité comme on la considère chez les végétaux. Lorsqu'on enseigne que les animaux sont doubles, on veut dire qu'il y a en eux deux éléments distincts : 1° le principe vital et les forces qui en dérivent, amalgamé, mixtionné dans la matière organique ; 2" l'âme ourinteUigence, plus ou moins parfaite, que Dieu a empri-

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sonnée dans leur organisme pour des fins providentielles, qui n'a rien de commun avec le principe vital des végétaux. L'homme, par exemple, qui est doue d'une âme supérieure raisonnable, sent parfaitement, je crois l'avoir déjà dit d'ailleurs, constate dans mille circonstances que son esprit ne perd jamais son individualité propre , qu'il est toujours libre, indépendant de son corps, excepté dans les cas de maladie cérébrale, si bien que même pendant le sommeil naturel ou provoqué, alors que tout sentiment est aboli en lui et que sa vie de relation a cessé, il continue à avoir la perception de son moi et à éprouver des sensations qui en émanent directement, sans qu'il puisse se les expliquer par les souvenirs et les habitudes résultant de la vie journalière.

Quelques jours après la triple exécution capitale qui eut lieu à Marseille en janvier dernier, une personne qui avait eu la triste curiosité d'assister à ce lamentable spectacle, et dont l'imagination méridionale avait été fortement impressionnée , rêva que, condamnée à mort, elle subissait le supplice des assassins. En me rendant compte avec une émotion évidente des sensations qu'elle avait éprouvées pendant ce songe effrayant, je dus, en ma qualité de médecin et de physiologiste, en remarquer quelques-unes que je n'aurais pu, au point de vue scientifique, taxer d'absurdité. Pourtant, ces sensations à caractères si spéciaux avaient une origine tout interne, et ne pouvaient en aucune manière, on en conviendra, être le fait de la mémoire et de l'habitude

Quoi qu'il én soit, et pour revenir à la question qui m'a ramené sur cette matière, à laquelle j'ai déjà touché dans plusieurs parties de ce livre, la simple réflexion nous in-

duit à admettre que, de même que la sève et le sang possèdent en eux les éléments vitaux de reproduction, de conservation, dénutrition, etc., des êtres organisés, et tiennent sous leur dépendance tous les phénomènes de la vie animale et de la vie végétale, de même l'air atmosphérique, dont l'influence est universelle, contient en lui, on ne peut en douter, les éléments constitutifs de tous les corps de la nature, sans qu'on puisse en acquérir la preuve chimique. Oui, je le répète, je le proclame de nouveau, avec une foi profonde : de tous les ouvrages de Dieu, de tous les miracles qu'il a opérés par le moyen des forces naturelles soumises à sa volonté et réglementées par lui, le plus grand, à mes yeux, est la formation de l'air d'une part, et de l'autre celle des fluides sanguin et séveux; il y a dans cette œuvre de quoi dérouter jusqu'à la fin des siècles le ban et l'arrièreban des physiciens, des chimistes, des micrographes, en un mot toute la cohorte des savants qui n'admettent comme possible que ce qu'ils voient, touchent ou analysent.

Hippocrate, que je cite volontiers partout quand je le peux, parce que je m'honore particulièrement d'être son disciple, Hippocrate, qui avait pressenti, deviné tant de vérités importantes, quoique ses ressources scientifiques fussent si bornées, avait compris instinctivement le rôle que joue dans la création et en particulier sur les êtres organisés le milieu atmosphérique. « L'homme, dit- il [De flatibus) , se nourrit à la fois de trois choses : des aliments, de la boisson et du souffle ou esprit; il mange, il boit, il respire ; on nomme vent ou esprit, ajoute-il, le souffle qui est dans le corps ; en dehors, on le nomme air ; c'est l'air qui dans notre intérieur produit les plus grands phénomè-

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nés, et son pouvoir mérite toute notre attention ; il existe entre lui et Thomme ou les animaux un commerce perpétuel ; leur corps est perméable du dedans au dehors, et du dehors au dedans. »

Sans doute, si le Vieillard de Gos avait eu à traiter de l'action de l'air sur la matière inorganique, il aurait admis, comme je l'admets moi-même, que cette matière est en commerce perpétuel avec l'air et que les phénomènes qu'il suscite en elle sont, toutes choses égales, aussi merveilleux que ceux qu'il détermine dans les corps organisés. Je le répète, ce grand médecin, qui vivait à une époque où les sciences physiques étaient dans leur première enfance, était doué d'une instruction prodigieuse ; mais les hommes de génie tels que lui, tels que Galilée, Newton, Ghristophe Golomb, devinent toujours les choses: ils ont l'intuition de toutes les vérités méconnues; nous devons les regarder comme le trait d'union qui rattache l'intelligence humaine à celle qui dirige et règle tout dans l'univers. On a dit quelquefois qu'en fait de grandes découvertes, le hasard était plus puissant que le génie humain ; mais en soutenant cette énormité on a oublié tout simplement qu'en dehors de ce génie il y a encore l'action providentielle, dont il faut savoir tenir compte, parce que l'histoire de la société humaine en démontre surabondamment l'existence.

En résumé, il faut regarder le milieu ambiant comme la matrice miraculeuse incompréhensible de tous les corps de l'univers ; de quelque règne qu'ils relèvent, ils ne naissent, ne subsistent, ne s'accroissent, ne se conservent et ne se reproduisent que par lui, et c'est encore par lui qu'ils se décomposent lorsque leur durée propre, fixée par le

Créateur, est arrivée à son terme. Ces principes une fois posés, jetons un coup d'œil rapide sur les fonctions de l'organe sang, que Bordeu avait appelé la chair coulante et Hunter le fluide mystérieux ; après avoir lu le peu que j'en vais dire, on fera bien, je crois, de se demander si les gens de l'art, qui s'efforcent en vain depuis tant de siècles de pénétrer, de résoudre le problème vital du sang, peuvent faire honneur de la composition de ce fluide au hasard. Quant à la sève, qui joue le même rôle chez les végétaux, je ne m'en occuperai pas, afin d'éviter une superfétation, me bornantà renvoyer mes lecteurs à nos meilleurs et plus récents ouvrages de physiologie végétale.

Il m'a toujours semblé que ce doit être par le sang que s'effectue, chez les animaux, la combinaison des essences matérielles avec le principe vital intermédiaire à l'âme et au corps , et que Moïse, qui fut sans contredit un grand médecin hygiéniste, est dans le vrai lorsqu'il déclare dans un de ses livres, en défendant l'usage du sang comme nourriture, que l'esprit, la vie de toute chair est dans le sang : « Anima om/nis carnis in sanguine estyy . Cette idée, dont les conséquences physiologiques et pathologiques sont importantes, et qu'il ne faut pas critiquer ou condamner tout d'abord comme une vieillerie, puisque la science moderne en voit à chaque pas la justification, était aussi en faveur chez les Grecs, chez les Romains, et Virgile nous dit, par exemple, à l'occasion de la mort de Rhétus : aPurpuream- vomit ille animamy).

Puisque j'ai nommé Moïse, et que je lui ai donné la qualification de médecin hygiéniste, qu'il me soit permis de faire remarquer, en passant, que quiconque voudra se donner la peine, mettant de côté toute prévention , de méditer

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attentivement seslivres et en particulier le Lévitique, reconnaîtra comme moi que ses connaissances médicales devaient être aussi étendues que le permettait son époque. Personne n'ignore d'ailleurs que les princes et les grands de l'Egypte se faisaient tous initier à l'art de guérir, qui était alors un attribut du sacerdoce , et que la médecine faisait partie de leur éducation. Or, le fondateur de la Loi hébraïque ayant été élevé à la cour d'un Pharaon, avait dû y puiser une brillante instruction. Telle est du reste l'opinion de Clément Alexandrin, qui dit formellement que Moïse n'était pas seulement médecin très-distingué, mais encore qu'il n'était resté étranger à aucune des connaissances de la civilisation égyptienne. Toutes les précautions auxquelles on recourt encore dans notre siècle contre la propagation des maladies contagieuses , et dont la nécessité a été de nouveau mise en lumière dans ces derniers temps, viennent de lui, et j'en dirai autant d'une foule d'autres mesures hygiéniques que ce n'est pas ici le lieu de rappeler. Revenons au sang.

Ce fluide est donc incontestablement un mélange biophore qui dérive lui-même du mélange atmosphérique , il est le véhicule du principe vital; en d'autres termes, ce principe est incarné en lui comme il l'est à la matière de l'air. Sans doute, je l'ai déjà dit dans le précédent chapitre, cette opinion n'est qu'une hypothèse de plus ajoutée à toutes celles que nous possédons sur le même sujet; mais on ne saurait méconnaître son caractère spécieux, sa haute probabilité. Afin de la faire ressortir autant que possible, je vais énumérer rapidement, et sous forme de simples propositions , les principales preuves du rôle immense que joue le sang dans la production des phénomènes vitaux.

De même que la fécondation chez les végétaux s'opère à l'aide de la quintessence de la sève, c'est par la quintessence du sang, s'il est possible de s'exprimer ainsi, qu'elle s'opère chez les animaux, et par suite chez l'homme.

Ce n'est que par le sang que s'exerce la faculté plastique du principe vital, en vertu de laquelle le germe fécondé se développe progressivement, devient embryon, fœtus, et s'organise alors même qu'il est anencéphale (sans cerveau, sans tête) . C'est aussi par le sang que guérissent les fractures, les plaies, et que les fragments détachés d'un polype deviennent autant d'animaux complets.

Le sang est le véhicule, sinon la source, de la chaleur animale que fournissent la respiration, la nutrition, l'absorption, l'innervation, car elle résulte en même temps de ces diverses fonctions. Quelques anatomistes ont fait de la calorification l'acte vital par excellence, ou plutôt ont regardé le calorique comme la vie elle-même; mais il sujBBt, pour juger cette hypothèse, de se souvenir qu'il existe une classe d'animauœ, dits à sang froid, chez lesquels n'existe aucune chaleur appréciable, comme les reptiles, les poissons, dont la vitalité s'exprime néanmoins par les mouvementsles plus rapides et persiste bien pluslongtemps après la mort que chez les animaux à sang chaud.

Les connexions intimes du sang avec le principe vital sont surtout exprimées par ce fait, d'observation vulgaire, que dès l'instant que la circulation est suspendue, même momentanément, les phénomènes de la syncope ou de la mort apparente se manifestent , et que lorsqu'une trop grande quantité de sang sort de ses vaisseaux dans une hémorrhagie spontanée ou traumatique, la vie générale ne tarde pas à s^ éteindre.

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Du reste, l'énorme quantité de sang que reçoit l'encéphale chez l'homme démontre bien l'autocratie vitale de ce fluide merveilleux : le cerveau seul reçoit, pour sa part, le huitième de la masse totale du sang. Très-peu de nerfs au contraire pénètrent la substance du système sanguin ; presque tous s'arrêtent à sa surface, en formant des gaines aux vaisseaux.

L'individu que les circonstances ont rendu anémique, c'est-à-dire chez lequel la masse du sang a considérablement diminué, résiste avec difficulté à l'action des causes physiques en permanence dans le milieu ambiant; ces individus demeurent surtout sans défense contre l'électricité atmosphérique et peuvent mourir subitement pendant les temps orageux, comme j'ai pu le constater à la Havane, dans une circonstance remarquable, chez un convalescent de fièvre jaune qui avait été saigné jusqu'à défaiUance par un praticien de cette ville.

Le sang contient non-seulement tous les éléments réparateurs de l'économie, mais encore les matériaux de toutes les sécrétions, c'est-à-dire qu'il devient bile dans le foie, lait dans les mamelles, salive dans les glandes salivaires, etc.; c'est dans les poumons, qu'entrant en communication avec le milieu atmosphérique, il puise sans cesse les éléments physiques dont il a besoin pour conserver ses propriétés vivifiantes.

Non-seulement il reçoit par la respiration et les absorptions ces divers éléments, mais encore il entre en communication avec le sol lui-même et s'en assimile les principes par les sucs élaborés dans l'acte digestif. Ainsi la nutrition, la fonction la plus générale et la plus essentielle de l'animalité, a pour but capital la formation, l'entretien, le

renouvellement du sang ; d'autre part , la durée , l'intensité, la normalité de la force vitale sont en raison directe de la pureté et de la quantité du sang qui existe dans l'économie : n'est-on donc pas forcé de reconnaître que ce fluide, cette chair coulante, est, sinon le principe vital lui-même, du moins sa partie visible, palpable, matérialisée? Cette opinion paraît naturelle lorsqu'on se souvient que les attributs du sang embrassent toutes les fonctions de l'animalité, dont il est le milieu spécial, et qu'on peut résumer ces attributs par les mots : respiration, calorification, réparation, dépuration et reproduction.

Le rôle que joue le sang dans la pathologie animale n'est pas moins essentiel : il reçoit et élabore tous les germes contagieux, tous les principes miasmatiques, tous les poisons en un mot , quel que soit le système organique par lequel ils procèdent. De là les maladies que les médecins qualifient de générales, de diathésiques, telles que les pestes, les fièvres essentieUes, les fièvres éruptives, le cancer, la goutte, le scorbut, les dartres, la scrofule, etc. Selon la nature du poison, du miasme ou de l'élément hétérogène qui a pénétré dans le sang, il présente des signes variables d'altération ou de dissolution, et cette altération, cette dissolution, qui ne peuvent être mises en doute tant elles sont évidentes, manifestes, coïncident toujours avec le désordre,. la perturbation profonde de toutes les fonctions de l'économie. Dans ma relation de l'épidémie de fièvre jaune à laquelle je dus faire tête aux Antilles en 1839, j'ai insisté fortement sur l'état particulier du sang dans cette maladie. J'ai prouvé qu'au moment même où on le tire de la veine, il présente des signes incontestables de putridité, et que ces signes pouvaient faire prévoir, dans

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un temps plus ou moins prochain, le vomissement noir, la jaunisse, les hémorrhagies passives, le délire, les convulsions et la gangrène, qui donnent à la dernière période de cette peste un caractère si effrayant. J'ai même établi par . de fortes présomptions que la mort propre du sang précédait celle du reste du système organique, et je me suis principalement appuyé sur ce fait que, dans la fièvre jaune, la putréfaction du cadavre commençait réellement à l'agonie. Mon vieil et excellent ami Glot-Bey a fait des observations à peu près semblables pendant la dernière peste d'Egypte : c'est que probablement la peste et la fièvre jaune sont dues a une cause morbide qui frappe directement sur le sang, partant, sur le principe vital.

Je rappellerai maintenant que les émotions vives de l'âme retentissent aussi avec promptitude, instantanément, surcefluidemerveilleux. Le peuple en est si bien convaincu qu'il a conservé l'habitude de recourir à la saignée après une émotion violente, sous prétexte d'évacuer le mauvais sang: en effet, la colère, la terreur, peuvent le changer en un véritable poison. Qui ne connaît les exemples authentiques de décomposition subite , d'altération spontanée du sang, qui à toutes les époques furent signalées par les médecins, etdontj'ai rapporté moi-même plusieurs exemples frappants et authentiques dans mes écrits! Qui ne sait que, par cette cause, le lait, la salive, etc., peuvent acquérir tout à coup des propriétés virulentes délétères !

Mais si les vives émotions de l'âme agissent directement sur le sang d'une manière fâcheuse, les manifestations propres de ce principe peuvent être troublées profondément à leurtour par la perturbation où ce fluide malade jette les fonctions de l'entendement. Chez les scorbutiques, les

chlorotiques, les anémiques, etc., les facultés intellectuelles et morales sont languissantes, et le délire, les convulsions et autres phénomènes nerveux, se montrent trop souvent danslecoui's desempoisonnements du sang parles miasmes ou le virus septique. Il y aurait un magnifique ouvrage à composer sur ce sujet si vaste et si intéressant: j'ai osé en faire une ébauche que je n'ai pas eu le courage d'achever' ; car , pour mener un pareil travail à bonne fin, il faudrait être un Bordéu, un Barthez, un Bichat, et pouvoir disposer d'une très-longue vie.

On a professé dans beaucoup de livres, et bien des personnes admettent encore, que la mort sénile résulte de l'usure de l'organisme. Mais il serait plus rationnel de remonter jusqu'à la cause de cette usure, de ces changements qui se produisent chez les vieillards dans les divers tissus, et on arriverait alors à reconnaître que le point de départ de l'état sénile, et partant de la diminution de la vitalité, est dans le sang; avec l'âge, ce fluide s'appauvrit, et sa masse diminue, sans doute parce que les forces digestives et les absorptions diminuent d'activité, dans une proportion fâcheuse; déplus, la transpiration cutanée devient presque nulle. A partir de ce moment, c'est-càdire dès que le sang a perdu une partie de ses qualités vivifiantes et qu'il ne peut plus se débarrasser des principes hétérogènes, toutes les facultés vitales languissent; les plaies; les fractures deviennent des lésions incurables ou à peu prés, les maladies aiguës guérissent difiicilement faute d'action médicatrice et dépuratoire naturelle;

' D,' la mixtion p.ij/cho-malàrielle, ou nouvelle base de dynamique universelle.

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et il se produit dans l'économie animale des changements de forme, de volume, dans les viscères, qui sans cela conserveraient leur aspect normal; ces changements consistent surtout dans des obstructions, des concrétions calcaires, des corps étrangers enfin, dont la source est le sang, et qui ne tardent pas d'ailleurs à l'entraver luimême dans sa marche circulatoire, de la manière la plus fâcheuse. On peut alors comparer le corps humain aune machine à vapeur dont les chaudières et les conduites sont incrustées de masses salines que le fluide élastique y abandonne, et qui finit par se détraquer et tomber dans l'inertie ; tandis qu'elle eût continué à fonctionner trèslongtemps encore, si le moteur était resté dans ses conditions normales. La vie moyenne de l'homme serait bien plus longue s'il s'attachait, par les moyens hygiéniques appropriés, à maintenir les qualités normales du sang, et à faire fonctionner convenablement sa peau.

Lorsqu'on médite bien ces phénomènes de l'état sénile en se plaçant au point de vue que j'indique, et après avoir réfléchi aux belles expériences de Legallois, de Leuret, de Velpeau, de Gendrin, de Guersent, de Lecanu, etc., etc., on demeure convaincu que, dans l'immense majorité des cas, nos maladies sont dues à des altérations du sang, et que les médecins qui de nos jours s'obstinent à nier la vie de ce fluide et ses affections essentiefies, peuvent être comparés avec justesse à ces habitants dé la zone torride dont parle Hunter, qui refusent opiniâtrément de croire à la solidification de l'eau , parce qu'ils ne peuvent s'en faire une idée nette, n'ayant jamais vu de glace.

La haute importance ou plutôt la nature essentiellement

vitale du sang ressort encore de quelques faits authentiques, irrécusables, de transfusion de ce fluide, faits qui ont démontré que des sujets qui ne respiraient presque plus et qui commençaient à se refroidir par l'effet d'héniorrhagies formidables, ont été en quelque sorte ress uscités par l'introduction dans leurs veines d'un sang riche et vivifiant. P. Bérard a rapporté une quinzaine de ces faits, et des plus probants, dans le tome III de ses Leçons de physiologie .

-Si l'analyse chimique a été impuissante jusqu'à ce jour à pénétrer la composition du mélange atmosphérique, elle n'a pas été plus heureuse à l'endroit du sang ; les travaux de Berzélius, Dumas, Marcet , Becquerel , Andral , Gavarret, Lecanu, sont sans doute d'un très-haut intérêt sous le rapport chimique, et on ne saurait leur refuser une grande utihté; mais ils ne peuvent avoir aucune portée sur l'histoire du sang, considéré comme organe distributeur de la vie ; sous ce dernier point de vue, la question du sang ne peut être envisagée que philosophiquement, c'est-à-dire par les lumières que fournit la méthode inductive et expérimentale, par la méthode baconuienne. J'ai déjà dit que la chimie a bien peu de chose à voir dans la solution des problèmes biologiques, que les chimistes eux-mêmes le sentent, et que les plus éminents d'entre eux sont précisément ceux qui comprennent le mieux, sous ce rapport, la faiblesse de leur science. Cependant, malgré la solidité de mes convictions en cette matière, j'aime à admettre, avec le savant M. Lecanu, dont j'ai lu avec le plus grand intérêt les travaux sur le sang, que (( un jour viendra où l'analyse plus exacte de ce fluide pourra fournir des indications d'une extrême importance

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sur notre constitution, notre tempérament , la nature de nos affections morbides, le mode d'action de nos aliments, de certains médicaments, etc. »

De tout ce que j'ai dit, dans mon précédent chapitre èt dans celui-ci, sur la force vitale et sur le sang, je crois pouvoir faire découler la théorie suivante :

Bien que ce que nous sommes convenus d'appeler la vie ne soit qu'un ensemble, une succession de phénomènes propres aux corps vivants, animaux et végétaux , et qu'il soit absolument impossible d'en découvrir et d'en apprécier la cause, le raisonnement inductif nous amène pourtant à admettre :

Que le principe vital est un agent psycho-matériel, en permanence dans l'atmosphère pour l'entretien de la vie animale et végétale ;

Que, communiqué aux germes dans l'acte de la fécondation, il préexiste à l'organisation de l'individu , ainsi que l'ont admis non-seulement les plus célèbres médecins vitalistes, mais encore beaucoup de philosophes éminents parmi lesquels je me bornerai à citer le panthéiste allemand Kant, qui a dit dans sa Téléologie ou Science des causes finales, que l'organisme est un tout résultant d'une intelligence calculatrice qui réside dans son intérieur. Il est vrai qu'aux yeux de Kant cette intelligence était Dieu luimême; mais en faisant la part de ses erreurs, nous voyons clairement que c'est du principe vital qu'il a voulu certainement parler ;

Que l'essence de ce principe, qui, je l'ai déjà dit ailleurs, peut se rapporter à celle des fluides impondérables, est un mystère pour nous comme celle de ces derniers, d'abord à cause de l'imperfection et de la faiblesse de nos

sens, ensuite et surtout parce que nous ne possédons aucune donnée sur les êtres de raison que l'on nomme esprits, substances, et qui peuvent pourtant former le dessous de la matière elle-même ; mais que la présence, dans le sang et dans la sève, du principe vital, qui s'entretient et se renouvelle sans cesse dans le milieu ambiant, au moyen de la respiration, ne saurait être mise en doute ;

Que ce n'est qu'en considérant ce principe comme je le fais ici, c'est-à-dire comme une essence, une substance paycho-matérielle, et non pas comme une modalité, une simple propriété de l'organisme, qu'on peut faire la part des exagérations spiritualistes et matérialistes, également fâcheuses, et répondre d'une manière sinon exacte, mais du moins satisfaisante et en harmonie avec le dogme de la double nature de l'homme, aux principales objections qui ont été faites pour démontrer ou nier l'existence du principe vital;

Que ce serait en vain qu'on s'obstinerait à soutenir que chez l'homme il n'est que la partie inconsciente de l'âme, puisque, d'une part, ce principe existe chez tous les êtres organisés qui ne possèdent pas cette dernière , et que , d'autre part, nous savons parfaitement qu'il se produit en nous : 1° des actes intellectuels, moraux, volontaires, que notre libre arbitre dirige ; 2» des actes involontaires, des fonctions végétatives qui s'accomplissent absolument à notre insu ; 3o des actes ou fonctions mixtes qui tiennent à la fois des deux autres ordres.

Mais, quoi qu'il en soit de cette théorie, que je n'ai pas la prétention d'imposer à personne, et que je ne saurais développer ici avec tous les détails qu'elle comporte, je ne crains pas d'être contredit en proclamant avec la plus

546 DE t/ ATMOSPHÈRE ,

profonde conviction, que quiconque méditera sur les actes du principe vital et sur le rôle admirable , prodigieux , que jouent le sang et la sève suï les êtres vivants, sera forcé de penser à Dieu et de flétrir l'absurde et fallacieuse doctrine du hasard.

Bien que quarante années de pratique médicale, dont près de trente dans de grands hôpitaux, aient fait de moi un homme feès-positif, s'attachant essentiellement à la lésion palpable, visible, et ne manquant jamais de poursuivre partons les moyens usités la constatation de cette lésion, et bien que je sois parfaitement convaincu qu'au lit du malade le clinicien n'a jamais besoin de remonter jusqu'aux causes premières pour arrivera saisir la nature d'une maladie et le traitement dont elle a besoin; malgré tout cela, dis-je, je ne suis pas de ceux que le mot de Dieu paraît étrangler lorsqu'ils le prononcent, tant il sort avec difficulté de leur gosier, et je professe en toute occurrence la nécessité etl'utilité delà philosophie médicale qui, plus qu'aucune autre branche des connaissances humaines, est à même de démontrer que les faits les plus grossièrement matériels peuvent conduire à des inductions précieuses sur la vie et sur le grand principe de causahlé. Quoi de plus vulgaire que le sang, et pourtant quelle œuvre sublime que ce liquide mystérieux auquel sont dévolues de si nombreuses, de si importantes fonctions, et qui renferme en lui tant de propriétés différentes et contradictoires! QuelSera le physiologiste, le médecin qui, cherchant à les approfondir, ne sentira pas tout le vide du matérialisme, toute l'absurdité de l'athéisme; quel sera le chimiste qui entreprendra d'en composer une seule goutte ? Qu'avons-tious à faire de Dieu? disént souvent des sa-

vants estimables, mais qui sacrifient un peu trop aux idées de l'époque ; ce n'est là qu'un mot de convention , exprimant l'idée d'un être insaisissable, invisible, incompréhensible, extra-scientifique, et qu'il est parfaitement inutile de faire intervenir dans le raisonnement, si ce n'est lorsqu'on veut trancher d'office, et sans les éclairer le moins du monde, les problèmes les plus insolubles. Nous ne pouvons pas plus comprendre ce que peut être Dieu que l'éternité, qui est son premier attribut. - A cela je réponds: S'il nous est difficile de concevoir l'existence d'un être qui n'a jamais eu de commencement et n'aura jamais de fin, ne peut-on concevoir celle de la durée indéfinie, comme l'est par exemple la multiplication des unités, ceUe des nombres dans le calcul mathématique ? Or, à l'endroit de l'éternité. Dieu est l'unité ou le principe du nombre des siècles, et la raison ne peut assigner une hmite à la succession de ces derniers. Oui I Dieu et l'éternité sont et ne peuvent être qu'une seule et même chose, ou plutôt ils sont l'un dans l'autre, et nous ne pouvons nous en faire une idée logique qu'en les considérant amsi. Bien qu'en métaphysique on doive autant que possible éviter les comparaisons matérielles, il est cependant permis quelquefois d'y recourir pour se faire mieux comprendre; qu'il me soit donc permis de dire ici que je compare Dieu et l'éternité à un cercle central autour duquel se rangent parallèlement et indéfiniment d'autres cercles concentriques.

Sans doute, nous ne pouvons ni voir, ni toucher, ni comprendre le grand être de raison que "nous appelons Dieu. Nous devons nous résigner, comme l'a dit avec tant de justesse Lamartine: à/ecoTinaz^reen/'i^nomn^, etàl'ignorer

348' DE l'atmosphère ,

en le connaissant. A peine, messieurs les savants, savezvous quelque chose de la composition de l'atmosphère, dont tout sort et où tout retourne; ce que vous nommez les fluides impondérables ne vous est guère mieux connu, car vous ne savez pas au juste si l'électricité, le magnétisme, la lumière sont réellement des matières subtiles ayant une existence propre, ou de simples phénomènes résultant de certains états de la matière universelle. Au miheu de tant d'obscurités, n'y aurait-il pas de la folie à faire abstraction du grand principe de causaUté, et ne nous convient-il pas, en le trouvant et en le sentant par tout, de confesser en toute occasion qu'il est invariablement la raison de tous les mystères qui nous entourent, enfin le nœud de notre propre énigme.

«L'idée d'une cause suprême, dit Tiedem^m Traité de physiologie), est l'œuvre de la raison; l'unité et l'harmonie qui régnent dans l'univers, la tendance vers un but unique que la raison y découvre dans les corps innombrables qui le composent, et dont l'homme n'apprend à bien connaître que quelques fragments, prouvent qu'il ne peut y avoir qu'une seule cause première. La raison, qui est contrainte par elle-même de reconnaître dans la nature un tout complet, à la fois cause et effet de lui-même, doit se représenter ce qui crée et conserve dans l'univers, comme l'absolu, l'âme du monde. Dieu.

))La raison génératrice de l'idée de Dieu, ajoute l'illustre allemand, a beaucoup trop de tendances à se déifier ellemême et à s'assimiler à la raison qui règne dans l'univers . Mais il nous semble que la raison, même celle des plus profonds métaphysiciens, est à peine à celle de Dieu comme le ver luisant à la clarté du soleil.»

L'idée de Dieu, dirai-je à mon tour en finissant ce chapitre, celle de l'immortalité qui en découle naturellement, sont la pierre angulaire de l'édifice social. Sans elles, il n'y a plus rien de grand et de beau dans l'humanité, et la science elle-même, vouée à de funestes erreurs ' , devient un véritable élément de dissolution. Malheur I malheur au peuple qui entre dans les voies putrides de l'athéisme ou qui ne se sent pas la force de l'extirper de son sein ! il inaugure lui-même l'ère de sa décadence physique, i-ntellectuelle , morale , et signe en définitive son propre arrêt de mort.

' C'est surtout à la médecine que s'appliquent ces paroles ; depuis qu'elle s'est vouée au. matérialisme et qu'elle est sortie des voies tracées par les grands génies de l'art, elle est tombée dans le chaos et semble frappée partout de stérilité , tandis que ses prétentions redoublent. Qu'on nous dise, par exemple, où sont les grandes découvertes de cette médecine expérimentale dont on fait tant de bruit , qui ne s'occupe que des phénomènes matériels , laissant sciemment de côté l'étude inductive des forces , et qui repousse même le principe de l'unité vitale, si bien établi sur l'observation des sympathies organiques ! Qu'on nous dise aussi dans quelles écoles on voit poindre les grands maîtres qui devront fonder la nouvelle science médicale si pompeusement promise de toutes parts , et au milieu du gâchis le plus épouvantable 1

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