‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 29 sur 54 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Histoire résumée de la chimiâtrie. — Graves erreurs dans lesquelles elle a jeté la médecine à différentes époques ; services qu'elle a rendus. — La chimie, assez puissante dans l'analyse, est incapable de composer une goutte de sang, de salive, etc.— Elle n'est en réalité que la science de la nature brute ou inerte, et n'a rien à voir ou à faire avec la vie. — Opinions à ce sujet de de Lens, Cadet de Gassicourt, Tiedemann, Berzélius, etc.. — Tous les faits chimiques qui se produisent dans le corps humain sont sous la dépendance de la vie.

Marseille, septembre 1867.

Pendant longtemps inséparable de la médecine, dans le sein de laquelle elle naquit, la chimie lui a rendu et lui rend encore des services considérables, et il faut convenir pour être juste que jamais, à l'exemple de la chirurgie, elle n'a tenté d'étoufifer sa mère pour régner à sa place , comme notre siècle a pu le vérifier; toutefois elle a souvent affiché l'ambition d'expliquer par ses procédés le grand mystère de la vie, de prendre Dieu sur le fait, de se substituer à lui dans la genèse de tous les corps de la nature, de devenir enfin la base essentielle de la physiologie de l'homme, à l'exclusion de la philosophie inductive.

Je me hâte d'ajouter qu'on ne doit pas trop en vouloir à la chimie de ses prétentions, parce que, lorsqu'on en étudie l'histoire dans les annales de la médecine , on ne tarde pas à reconnaître que ces prétentions mêmes, et lès

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erreurs qui en sont nées, onlproiité à l'art de guérir, en devenant Toccasion d'importantes découvertes.

Joseph Scaliger nous a appris qu'un certain Julius- Firmicus Maternus, qui vivait sous le règne de Constantin, fut le premier médecin-chimiste. Cependant il est indubitable qu'il existait déjà des chimiâtres au temps de Dioclétien , qui vivait sur la fin du iif siècle , puisque Suidas affirme que cet empereur fît brûler tous les livres de chimie qui se trouvaient en Egypte ; or, il faut admettre que ces livres, objets de l'attention de l'empereur, n'étaient pas modernes et avaient dû être composés bien avant cette époque, car les sciences, on le sait, n'emploient pas des jours, mais des siècles à se constituer. Remarquons, en passant, que l'Egypte a joué de malheur avec ses conquérants : leurs premiers actes ont toujours tendu à y éteindreleslumièreslittéraires et scientifiques. Aussi, après avoir été si longtemps la terre classique de la civilisation, est-elle devenue et demeurera-t-elle encore longtemps celle de la barbarie. Peut-être a-t-elle été punie par où elle avait péché?

Sous les Sarrasins, la chimie fut très-prépondérante en médecine, je l'ai déjà dit dans un de mes précédents chapitres : mais elle devint si extravagante, si charlatanesque, et joignit à ses procédés tant de superstitions, d'impostur^s et de futilités, qu'elle succomba à la Renaissance . par l'influence de l'hippocratisme.

A partir de Paracelse, de Yan Helmont et de François Sylvius, dit le Bov , jusqu'à Lavoisier et à Fourcroy, un grand nombre de médecins se sont efTorcés d'expliquer les phénomènes de la vie animale, tant dans l'état de santé que dans l'état de maladie, par les opérations et les

combinaisons de la chimie. Faisant chez l'homme abstraction absolue des forces animique et vitale, ces médecins ne voyaient dans ces phénomènes que distillations, fermentations, effervescences des humeurs. D'après eux , par exemple, les sécrétions, ces actes mystérieux en vertu desquels certains organes (les glandes) fabriquent avec le sang des fluides particuliers qui n'existent pas tout formés dans l'économie (lait, bile, salive), les sécrétions, dis-je, étaient considérées comme des actes purement, foncièrement chimiques, se produisant hors de l'influence vitale, dont l'autocratie dans le corps humain est cependant si bien établie, si réelle. Mais rien ne trompe les savants comme les préventions , l'exclusivisme, l'esprit de système. Avec de pareils guides, si funestes à la vérité, il n'est pas d'erreur extravagante, ridicule, dans laquelle ils ne puissent tomber, et certes, plus que toute autre science, la médecine a pu le vérifier à ses dépens.

D'après Sylvius le Boë, l'estomac n'était qu'un simple creuset dans lequel les aliments soumis à certains réactifs chimiques subissaient quand même, et en dehors de l'action vitale, les changements qu'exige leur assimilation. Sylvius paraissait oublier complètement l'influence de l'âme sur la digestion, influence qui est si grande, si incessante, qu'il suffit de la moindre émotion gaie ou triste pour activer, troubler et arrêter même cet acte de la vitalité.

n regardait la circulation comme le fait d'une effervescence produite par la rencontre d'un sel volatil huileux de la bile avec un acide dulcifié de la lymphe ; la même opération donnait naissance à la chaleur vitale, ou feu. Enfin irisum teneaiis) , les actes du m^i sentant, pensant et

voulant, étaient aussi, selon lui, le résultat d'opérations

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chimiques; ils découlaient de l'action des esprits vitaux qui, préparés dans le cerveau et distillés par lui, participaient aux propriétés et à la nature de Talocol.

Il parait que l'immortel Newton, qui rattachait naturellement la chimie à la physique générale, sa science par excellence , prêta plus d'attention qu'il n'en méritait au système de Sylvius, système qui est complètement tombé depuis dans Toubli.

De nos jours, on peut considérer le savant allemand Justus Liebig, l'un des premiers chimistes d'Europe, comme le continuateur éclairé de Sylvius. En s'occupant spécialement de chimie organique, il a fait des découvertes trèsimportantes à l'aide de procédés analytiques qui lui sont propres, et a surtout jeté la lumière sur les phénomènes de la fermentation, de la décomposition spontanée et sur les transformations de la matière organique, mais il n'a pas soulevé le moindre coin du voile qui nous cache la vie.

Du reste, à notre époque, la chimie commence à comprendre qu'elle a trop de gloire à revendiquer pour ne pas abandonner ses prétentions biologiques, et — c'est par l'organe même de ses plus hautes personnalités qu'elle en convient — elle sait qu'elle ne pourra jamais composer une seule goutte de sang, de salive ou de bile, et il suffit à son amour-propre que la physiologie, reconnaissant sa puissance et son utilité, recoure à elle pour connaître :

l® La composition des diverses parties liquides et sohdes des corps organiques ;

2® Les matériaux que les organismes puisent dans le milieu ambiant, et au moyen desquels ils entretiennent leur nature propre, et par conséquent les qualités des aliments, de l'air et des eaux;

3* Les changements que ces dernières substances subissent SOUS l'influence de la vie, lorsqu'elles sont introduites dans nos voies afin d'être assimilées, et les modifications que cette assimilation peut apporter à la nature de la lymphe, du sang artériel et veineux, du produit des diverses sécrétions et, en un mot, à celle de tous les fluides de l'économie;

4** L'examen, l'analyse des gaz intestinaux, du produit de l'exhalation pulmonaire, de celle de la peau, et en général de toutes les excrétions.

Je ne parle pas ici des services journaliers que rend la chimie à la médecine proprement dite par l'invention, la préparation, le perfectionnement des substances médicamenteuses et de celles qui combattent la contagion et l'infection : il serait oiseux d'entrer dans ce détail et d'avoir l'air de mettre en lumière des faits qui sont devenus vulgaires et que personne n'a la pensée de contester.

Mais, après avoir ainsi fait justice à la grande science de l'époque, à cette science qui a rendu et rendra encore de si grands services à l'humanité , à l'industrie, au commerce , à l'agriculture , je dois le proclamer bien haut avec la conviction que donne l'amour de la vérité : c'est en vain que, convertissant notre organisme en véritable laboratoire de chimie, certains médecins voudraient faire de cette dernière la science de la vie, et lui accorder ainsi une partie de la puissance créatrice qui appartient à Dieu seul: leurs hypothèses sont inadmissibles. S'ils veulent nous convaincre, ces chimiâtres, qu'ils prolongent la vie de l'homme au-delà du terme fixé par la nature, en trouvant le moyen de renouveler directement et à volonté le sang appauvri du vieillard, de remplacer sur-le-champ

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celui que vient de perdre la femme en couches atteinte de métrorrhagie, ou le blessé qui a une artère importante ouverte, et qui tous les deux ne tarderont pas à succomber! — qu'ils nous composent des élixirs de vie résumant en eux, comme le sang, tous les principes qui servent à la réparation de l'organisme, l'entretiennent et le maintiennent dans ses conditions normales ! qu'ils guérissent ratlica/ement i[)aT \qs moyens chimiques , les diabétiques, les albuminuriques,leshydrophobes, les cholériques, les goutteux, les cancéreux, etc. ! Tant que nous n'aurons pas été témoins de cesmiracles, qu'il nous soit permis de douter de l'avenir de la chimie considérée comme science biologique, et reconnaissons qu'elle n'est au fond que celle de la nature inerte ou brute, puisque ce n'est que lorsque la vie s'éteint dans la machine humaine que les forces physiques générales dont elle est sans cela indépendante, régnent sans obstacle sur elle. Mais ces forces physiques, il ne faut jamais l'oublier, ne sont pas conservatrices de l'organisme comme les facultés vitales; loin de là, elles détruisent le cadavre en opérant la séparation des divers éléments qui le constituent , et le font rentrer dans la poussière dont il était sorti. C'est sans doute en se bien pénétrant de cette diflérence de but entre les actions vitales et les actions chimiques de l'économie, que l'illustre Bichat a cru devoir définir la vie, si difficile d'ailleurs à définir: l'ensemble des fonctions qui i^ésistent à la mort. N'aurait-il pas pu dire avec autant de justesse: l'ensemble des fonctions qui rês latent aux lois destructives de la physique et de la chimie f

Cette opinion sur l'impuissance biologique de la chimie,

je la professe depuis longtemps, et je l'ai exprimée en

1850, dans mon travail sur la Spiritualité de l'âme; je vais

faire valoir ici, en sa faveur, le témoignage de quelques autorités dont la compétence ne peut être mise en doute.

« I.es applications de la chimie à la médecine, dit le D' de Lens, dans son excellent travail intitulé : ConsidéMtiens générales sur l'application de la chimie à la médecine, ont des hmites. Les phénomènes chimiques, modifiés sans cesse par l'action vitale, ne sont qu'auxiliaires dans l'économie animale; mais, de ces phénomènes, on ne peut rigoureusement conclure à l'intervention, dans l'organisme, (Ips lois qui régissent les corps inertes, puisque des effets semblables ne prouvent jamais des causes identiques. Pour admettre cette conclusion, il faudrait que l'on put agir directement sur lui par des agents chimiques; en outre, on voit peu de rapport entre la constance des phénomènes chimiques et la variabilité extrême des phénomènes vitaux . Les applications de la chimie à la physiologie doivent donc être bornées à l'explication des résultats et non des causes des phénomènes de l'organisme animal. r>

Cadet de Gassicourt a émis une opinion à peu près semblable dans plusieurs de ses écrits . et il est échappé à Fourcroy lui-même certains aveux qui prouvent clairement qu'en dépit de sa confiance dans la chimie , il en entrevoyait parfois le côté faible.

Écoutons maintenant l'illustre physiologiste allemand Frédéric Tiedemann : « Quoique la chimie, dit-il dans sa Physiologie générale , ait répandu dans ces derniers temps beaucoup de lumières sur les phénomènes chimiques qui acompagnent la vie, cependant elle ne peut pas, dans l'état actuel, accomplir tout ce qu'on attend d'elle; elle manque encore de réactifs et de méthodes pour mettre en évidence les rapports délicats de composition qui accompagnent la

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vie; d'un autre côté, on ne peut pas toujours, dans les analyses qu'elle exécute, distinguer ce qu'elle produit de ce qu'elle isole, et souvent on est dans l'incertitude de savoir si les principes découverts dans la composition des solides et des liquides y existent comme tels , ou s'ils sont les résultats de l'analyse chimique. Enfin, Une faut pas perdre de vue que la chimie ne soumet les substances organiques à l'analyse, qu'après l'eœtinction de leurs manifestations d'activité vitale, déjàvraisemblablement précédée elle-même d'un changement de composition. »

Voici l'appréciation qu'a faite le célèbre chimiste suédois Berzélius, de la chimie organique ( Traité de chimie, tom. v) :

« Tout ce que nous pouvons faire dans cette partie mystérieuse de la chimie , c'est d'observer les changements chimiques que les corps vivants produisent dans les éléments au milieu desquels ils se trouvent, c'est-à-dire dans les réactifs chimiques dont ils sont entourés ; de suivre autant qu'il nous est donné de le faire les phénomènes qui accompagnent l'exercice de l'action vitale ; puis de séparer les produits organiques les uns des autres, d'étudier leurs propriétés et de déterminer leur composition. Mais tout cela est fort difficile. Le premier obstacle que l'on rencontre en traitant des matières organiques, consiste dans la difficulté de distinguer si l'objet qu'on veut examiner est une combinaison ou seulement un mélange de deux substances organiques, ou s'il est réellement isolé de tous les autres. Il arrive souvent que deux matières organiques combinées ensemble s'accompagnent réciproquement, dans leurs combinaisons avec des corps inorganiques. Quand nous ne parvenons pas à les séparer dans aucune de nos

expériences, nous sommes induits par là en erreur, et regardons la substance soumise à notre examen comme étant exempte de tout mélange. De là résulte que nous sommes toujours dans le doute, si ce que nous considérons comme une seule substance est réellement tel. D'ailleurs, il y a impossibilité, dans une foule de cas, d'obtenir une substance pure et exempte des matières étrangères dont la présence nous est inconnue; partout, dans la nature organique, les difficultés de séparer sont plus grandes, et les moyens d'y parvenir moins nombreux que dans la nature inorganique, de sorte que cette partie de la chimie peut être considérée comme étant encore dans l'enfance. »

Depuis Berzélius, les procédés de la chimie se sont-ils beaucoup perfectionnés , et offrent-ils plus de précision ? Je ne peux que le souhaiter, dans l'intérêt de cette belle science; mais il m'est permis d'en douter, et de continuer à penser qu'elle ne pourra, par le fait même de sa nature, parvenir à résoudre le grand problème de la vie ; il faut considérer surtout que les opérations chimiques réduisent autant que possible à leu/rs éléments les combinaisons organiques , qu'elles n'ont pas réussi jusqu'à ce moment à les reproduire comme elles le font pour les composés inorganiques . ainsi le sucre , l'amidon , la gomme, le gluten , l'albumine , la fibrine, etc., ont été ramenés à leurs éléments, mais n'ont jamais pu être recomposés, et il en est de même pour toutes les parties liquides et solides des corps vivants. icC 'est pourquoi nous sommes en droit d'admettre, dit Frédéric Tiedemann, dans l'état actuel de la chimie, que la composition des corps organiques n'est pas seulement l'effet de l'affinité, mais qu'elle dépend de forces propres à ces corps par lesquelles les affinités chimiques sont dominées .r»

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Quelques chimistes prétendent bien avoir obtenu des combinaisons organiques en soumettant des composés inorganiques à certains traitements, mais on peut élever des doutes à ce sujet. Ainsi Bérard {Annales de chimie ei de physique, tom. V, pag. 217) dit avoir obtenu un peu de graisse cristalline eu faisant passer une mesure de gaz acide carbonique , dit gaz oléifiant , et vingt d'hydrogène à travers un tube rouge. Il est très-probable que la substance analogue à la graisse qui s'est trouvée là était tenue en dissolution dans le gaz oléifiant qui avait été tiré de l'alcool. Dœbereiner , en faisant passer de la vapeur aqueuse sur des charbons rouges dans un tube de fer, obtint une matière volatilisable, soluble dansTeau, et douée de la saveur de la graisse ; mais on peut objecter que le charbon doit être considéré comme une combinaison organique. D'ailleurs , Bérard et Tromsdorf ont répété l'expérience et n'ont pas obtenu le même résultat. Si les chimistes ont réellement réussi à produire, avec des substances purement inorganiques , quelques combinaisons dans lesquelles les éléments sont associés à la manière des combinaisons organiques, ce ne sont que celles qui se trouvent placées sur l'extrême limite entre les composés organiques et inorganiques.

Berzélius, que je viens de citer tout à l'heure, s'exprime à cet égard de la manière suivante :

(( Quoiqu'il puisse se faire que dans la suite on découvre plusieurs de ces produits de matières purement minérales , ayant une composition analogue à celle des produits organiques, cependant cette imitation incomplète se réduit toujours à trop peu de chose pour que l'on ose espérer qu'il soit jamais en notre pouvoir de fabriquer des

matières organiques de toutes pièces, et de confirmer ainsi l'analyse par la synthèse, comme nous le faisons presque toujours dans la nature minérale. »

Des divers arguments que j'ai fait valoir dans ce chapitre contre les prétentions de la chimiâtrie, et des témoignages si élevés, si compétents que j'ai rapportés, j'estime pouvoir conclure, sans hésiter, que tous les faits chimiques qui se produisent dans l'économie animale sont essentiellement et absolument subordonnés à la force vitale, force suprême, autocratique, et qui n'a rien de commun avec les affinités chimiques des corps inertes. En résumé , les mérites de la chimie sont immenses et les fleurons de sa couronne magnifiques : la théorie en vigueur sur la respiration lui appartient ; elle a fixé la médecine sur l'état du sang dans une foule de maladies graves dont elle a ainsi puissamment contribué à dévoiler la nature ; ce qu'elle a fait pour les calculeux, les diabétiques, les albuminuriques, les scorbutiques, etc., etc., est devenu vulgaire ; elle a éclairci beaucoup de points relatifs à l'absorption, puisqu'elle nous a démontré le passage de diverses substances dans tel ou tel ordre de vaisseaux ou dans les voies urinaires. La science médicale et l'humanité lui doivent donc une juste reconnaissance; mais qu'elle modère son ambition sous le rapport biologique, si elle veut s'éviter de fâcheux mécomptes, de pénibles déceptions, et révéler son côté faible au milieu même de ses triomphes; car l'économie animale, considérée sous le rapport de son dynamisme, appartient d'une manière absolue à la Vie, qui est et sera toujours le grand secret de la nature.

Lorsqu'on veut se bien convaincre de l'impuissance biologique des sciences physiques en général, il ne faut

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pas perdre de vue un seul instant que les êtres vivants ont été organisés de façon à échapper, pendant un temps limité, aux lois physiques et chimiques générales et à l'influence du milieu ambiant. C'est ce principe que je me suis efforcé d'établir en 1859, dans mon mémoire intitulé : De Vinfîuence réelle de la chaleur, du froid, de VhumidUé, sur Véconomie animale, et de la résistance vitale à ces agents. J'ai démontré en effet dans ce travail, contrairement à l'opinion généralement reçue parmi les matérialistes, mais en m'appuyant : 1** sur l'autorité de Becquerel, de Banks, de Blagden, de Fordyce, etc.; 2* sur des observations, des expériences tirées de ma pratique dans les pays chauds; j'ai démontré, dis-je, qu'il n'existe pas de relation exacte entre la température du corps humain et celle du milieu où il est placé; que la chaleur propre de l'homme et celle de plusieurs classes d'animaux est généralement supérieure à celle de l'atmosphère, et ne lui est pas subordonnée ; que la production de la chaleur animale et son maintien à un degré invariable ou à peu près, quel que soit le climat ou milieu, sont des phénomènes essentiellement vitaux, c'est-à-dire impossibles à expliquer clairement par les lois de la physique et de la chimie ; qu'enfin on ne saurait constater aucune relation entre les conditions thermométriques de l'atmosphère et certaines affections qui ont pour caractère pathognomonique le développement d'une chaleur acre et mordicante ou d'une algidité glaciale, telles par exemple que la fièvre jaune et le choléra. Je ne dirai rien ici de ce dernier, que tous les médecins ont vu de près et qui règne partout , pendant les saisons et sous les climats les plus chauds ; je consignerai , en passant, qu'ayant eu le triste avantage de combattre la

fièvre jaune, non-seulement sous les tropiques, mais encore à la hauteur de Terre-Neuve, par une. température de 1 0* à 12* Réaumur et au milieu d'un froid relatif très-incommode, je n'ai pas remarqué que cette circonstance exerçât la moindre action sur le développement de la chaleur terrible, qui forme l'un des caractères particuliers de cette maladie fébrile.

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