‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 30 sur 54 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Profession de foi deSocrate sur la Providence.— Caractère particulier de celle-ci.

— Un mol sur Maupertuis et Lamettrie. — Comment mourut ce dernier. — Opinion de Voltaire à son sujet.— Frédéric-le-Grand en a fait le panégyrique.

— Existe-t-il un principe vital? — Est-il ou non inhérent à la matière organisée? — Doit-il être confondu avec l'âme? — Idées de l'anglais Cudworth sur ce principe. — On ne peut pas plus en nier l'existence qu'on ne peut mettre en doute celle du principe de l'attraction planétaire. — Les spiritualistes et les matérialistes purs se sont également trompés sur sa nature. — Coup d'oeil sur les actions organiques qui en relèvent essentiellement. — Opinion de V. Cousin sur la force vitale.

Marseille, septembre 1867.

Il faut croire, disait un jour Socrate dans un de ses entretiens philosophiques, que la Sagesse, qui vit dans tout ce qui existe, gouverne le monde comme il lui plaît î Quoi ! notre vue peut s'étendre jusqu'à plusieurs stades, et celle de la Divinité ne pourrait tout embrasser ; notre esprit s'occupe en même temps des événements d'Athènes.

de Sicile, d'Egypte, et l'esprit de Dieu (toO Stoît) ne pourrait porter en même temps ses soins sur toutes les parties de l'univers?

Ce raisonnement de l'illustre et malheureux Athénien est aussi simple que juste, et pour ma part (je l'ai déjà fait comprendre en divers endroits de ce livre) , non-seulement j'accepte la consolante doctrine de la Providence, mais encore je professe avec conviction que . dans les circonstan-

UN MOT SLll LA PROVIDENCE. 309

ces même où l'action de cette dernière est insensible , inappréciable, ou semble contraire au bien de l'humanité, elle ne mérite pas moins notre foi , nos hommages, parce que les fins de Dieu sont toujours mystérieuses, incompréhensibles dans leurs moyens, et qu'il ne nous appartient pas de chercher à les raisonner ou à les approfondir. Je n'émets pas d'ailleurs ici ces principes en me plaçant au point de vue religieux, chrétien , mais à celui de la saine philosophie.

((La bonté qui veut créer, a ditOzaneaux, la puissance qui crée, la sagesse qui maintient, voilà la Providence. Nier la Providence, c'est dire que le Créateur n'eut d'action que celle d'un jour, qu'il abandonna au hasard l'œuvre de sa toute-puissance ; c'est nier la bonté, c'est nier la sagesse, c'est jeter un voile sur les idées les plus claires, c'est ne plus comprendre la création, c'est croire enfin à la stupide divinité dont nous avons brisé l'autel. 0 Providence I tu es partout, car tu n'es autre chose que l'action perpétuelle, universelle du principe infini; le mot Dieu est écrit dans le firmament, il flotte dans l'océan de lumière qui nous inonde de toutes parts , il voltige sur l'aile de l'insecte, il circule avec la sève dans le brin d'herbe, il luit dans la goutte de rosée ; je dis Dieu quand je respire, quand je marche, quand je pense; je le dis qu^nd je m'endors, quand je m'éveille chaque jour ; je le dirai plein de confiance quand je m 'endormirai du dernier sommeil , et puisse- je me réveiller pour le dire encore ! »

Conune on le voit, lorsque les universitaires, si décriés à notre époque, se mêlent de parler de Dieu, ils ne le font pas à demi, et leur langage ne manque ni d'enthousiasme ni de noblesse —

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