UN MOT
son auteur. Qui pourrait connaître toutes les merveilles de cette sagesse, qui pourrait la suivre dans l'immensité des cieux, dans la profondeur des mers, dans les abîmes de la terre ! et s'il n'est pas encore temps peut-être d'expliquer le système du monde, il est toujours temps d'en admirer le spectacle. »
Oui, je le répète, le savant et illustre Maupertuis fut le véritable correctif, l'antidote providentiel de l'athée Julien de Lamettrie, dont j'ai déjà parlé plus haut; car, nés dans la même ville, ils fleurirent à côté l'un de l'autre, à la cour du grand Frédéric, où l'auteur de l' Homme-machine, de l'Art de bien jouir , du Discov/rs sur le vrai bonheur et autres œuvres extravagantes, mourut prématurément pour avoir mangé, à lui seul et par forfanterie, un pâté de faisan truffé, ainsi que le raconte Voltaire avec un certain mépris, dans sa Lettre du 13 novembre 1751, faisant remarquer en passant que son corps avait été porté dans une église où il était tout étonné d'être. Après avoir torturé son esprit pour ravaler l'homme au rang des brutes, après avoir soutenu avec une fausse érudition dont personne ne fut jamais dupe , que Dieu et l'âme étaient matière, il finit comme un véritable pourceau, étouffé par les aliments indigestes dont il s'était gorgé. Et maintenant, laissons les athées du xix^ siècle l'invoquer comme un saint, et s'efforcer de remettre en honneur sa mémoire et ses monstrueuses doctrines, que le xviii* siècle lui-même ne put tolérer , où l'orgueil et la méchanceté le disputent à la mauvaise foi, et que Voltaire appelle des folies incohérentes. Déclarons aussi , avec une conviction profonde, que la postérité ne pourra jamais absoudre le prince sceptique et matérialiste qui accueillit , protégea un pareil